Écrire une nouvelle fantastique


Première étape : choisir un personnage, un thème fantastique

Un récit fantastique est un récit où l’auteur présente sans y croire des êtres et des événements effrayants et réellement impossibles.
Le récit fantastique se caractérise par l’irruption brutale et menaçante du surnaturel dans un monde qui ressemble au nôtre. Le phénomène y devient une agression interdite, menaçante, qui brise la stabilité d’un monde dont les lois étaient jusque-là cohérentes, rigoureusement logiques et immuables. Il est l’Impossible, ce qui ne peut pas arriver et qui se produit cependant.
L’élément essentiel du récit fantastique est donc le phénomène, tout entier sous le signe de l’Autre Monde. Le choix du thème de votre récit est donc très important. Pour vous aider, voici une liste de personnages et de thèmes possibles. Nous les accompagnons d’indications de lectures, dont la plupart figurent dans la
Grande Anthologie du Fantastique de J. Goimard et R. Stragliati, 4 vol, coll. Omnibus, Presses de la Cité, rééd. 1997.

1. Le magicien ou le sorcier
Ce thème met en scène un être humain allié de l’Au-delà. Le magicien agit sur la nature avec des formules magiques ou des enchantements qui ont un pouvoir fatal sur les humains. La malédiction d’un sorcier entraîne une maladie épouvantable et surnaturelle.
La Marque de la bête, de Rudyard Kipling, Lutundo, d’Edgar Lucas White, Les Lèvres de Henry Whitehead, en sont des exemples connus. La magie ou les prédictions astrologiques sont le thème du Miroir d’encre de J.-L. Borges et de La Main enchantée de G. de Nerval.

2. Le fantôme
C’est un mort qui revient parmi les vivants pour les tourmenter. Une âme en peine exige pour son repos qu’une certaine action soit accomplie ; un défunt revient sur terre pour persécuter son meurtrier ; un châtiment attache un fantôme au lieu où il a accompli un forfait ; un spectre est condamné à une course désordonnée et éternelle ; un mort revient pour se venger ou annoncer une mauvaise nouvelle. Ce thème a été mis en œuvre par William Austin, dans
Peter Rugg le Disparu, par Ann Bridge dans La Limousine bleue, par Alexandre Pouchkine dans La Dame de pique, par Bram Stoker dans La Maison du juge, par Charles Dickens dans Le Signaleur, par R. Hickens dans Comment l’amour s’imposa au professeur Guildea.
La femme fantôme, issue de l’au-delà, est toujours séductrice et mortelle : le vivant qui l’aime et l’a perdue la rappelle et reste prisonnier de la morte. Les récits débouchent sur la folie. Ce thème a été développé par plusieurs chefs d’œuvre :
Véra, de Villiers de l’Isle Adam, Ligeia, La Chute de la maison Usher, d’Edgar Poe

3. Le double
Je suis double, et mon autre moi-même me fausse compagnie pour me persécuter. Dans la littérature occidentale, ce motif apparaît souvent lié à un déchirement de l’homme, partagé entre le bien et le mal. Dans le domaine de l’amour, le héros se partage entre deux femmes, l’une symbole de la pureté, l’autre du vice. Le thème du double permet bien des variations : le portrait, l’ombre, le miroir y sont associés. Le thème du double reflète l’angoisse de l’homme. C’est le thème de
L’étrange cas du Dr Jekyll et de M. Hyde de R. L. Stevenson, de L’Homme qui a perdu son ombre de Chamisso, des Aventures de la nuit de la saint Sylvestre, d’ E.T.A. Hoffmann, de Lui ? de G. de Maupassant, du Portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde.

4. La « chose »
La « chose » est terrifiante, car elle est indéfinissable et invisible. Elle est présente, elle pèse, elle tue ou elle nuit : Fitz James O’Brien dans
Qu’était-ce ? et Ambrose Bierce, entre autres, en ont tiré des récits saisissants. La réussite inégalée de cette catégorie est Le Horla de Maupassant, qui allie ce thème à ceux du double et du vampire, renouvelant tous ces thèmes de façon magistrale.

5. Le vampire
Les vampires sont des morts qui s’assurent une perpétuelle jeunesse en suçant le sang des vivants. Le vampire est le plus souvent un homme mort en état de péché mortel, un sorcier, un infidèle, un assassin, un suicidé, ou une victime contaminée elle-même par un vampire. Vous connaissez de nombreux films qui traitent de ce thème, et de nombreux récits s’y consacrent :
La Morte amoureuse de Théophile Gautier, La Fiancée de Corinthe de Gœthe, Le Gardien du cimetière, de Jean Ray, La Maison maudite de H. P. Lovecraft ; mais le grand classique du genre demeure Dracula, de Bram Stoker.

6. La statue animée
La statue, le mannequin, l’armure, l’automate, la poupée, s’anime soudain et acquiert une redoutable indépendance : ce type d’histoire a inspiré Mérimée pour
La Vénus d’Ille, Achim von Arnim pour Isabelle d’Égypte et pour Marie de Melük-Blainville.

7. Le monstre
Objets de terreur, de honte, de répulsion pour la plupart des hommes, les monstres sont des signes dans lesquels il est difficile de démêler s’il s’agit d’un message envoyé par l’au-delà ou une particularité significative de l’individu. Dans les contes de fées, le monstre est nain, géant ou ogre. Dans la littérature fantastique, le monstre est un criminel, un fou qui hante les récits de terreur. Ce thème apparaît dans
Frankenstein de Mary Shelley, Lokis de P. Mérimée, Les Mains d’Orlac de Maurice Renard, Le Dernier démon d’I. B. Singer…

8. Le diable
Longtemps considéré comme le principe du Mal, le diable est le tentateur par excellence. Son arme est le désir. Il est associé aux péchés les plus graves qui entraînent à coup sûr la malédiction et la mort. Il prend souvent une apparence féminine séduisante. Le pacte avec le diable permet d’obtenir l’amour, la richesse, le pouvoir, le savoir. Le personnage emblématique est le Dr Faust. Mais le diable habite de nombreux récits fantastiques :
La combe de l’homme mort de Charles Nodier, L’homme qui a vu le diable de Gaston Leroux, Les Héritiers du majorat d’A. von Arnim, Le Golem de G. Meyrink.

9. La mort
Personnifiée, elle apparaît au milieu des vivants. Tantôt lors d’une fête, elle désigne ses victimes l’une après l’autre, pour les punir, ou selon les aléas du destin. Tantôt elle attend celui qui la fuit dans la retraite même où il avait couru se réfugier. Tous les récits fantastiques la mettent en scène, mais elle apparaît en personne dans
Le Masque de la Mort rouge d’Edgard Poe.

10. L’aberration de l’espace
La chambre, l’appartement, l’étage, la maison, la rue sont effacés de l’espace. Un lambeau d’espace est aboli à l’improviste, et le voyageur ne retrouve plus au matin la chambre où il a dormi la nuit : la paroi est lisse et sonne plein. Il n’y a pas de chambre à cet endroit, il n’y en a jamais eu. Ce thème est illustré par Jean Ray, dans
La Ruelle ténébreuse, par F. J. O’Brien dans La chambre perdue, par M. R. James dans La chambre n° 13 et H. P. Lovecraft dans Les rêves dans la maison de la sorcière.
Le thème exemplaire dans cette catégorie est le labyrinthe, à la fois ouvert et isolé, multipliant les tours et les détours. Le labyrinthe est un décor truqué, un espace aberrant chez Lovecraft,
Les Montagnes hallucinées, ou Borges, La Bibliothèque de Babel.

11. L’arrêt ou la répétition du temps

À des minutes ou à des siècles d’intervalle, les mêmes faits se reproduisent dans le même ordre ; une chronique ancienne relate avec exactitude un événement en train de se produire. Le temps se dédouble, se multiplie ou s’immobilise. Il faut vivre deux fois, dix fois la même horreur, chaque matin, jour après jour. Les éphémérides, les journaux, les cachets de la poste répètent la même date impitoyable. Potocki, Elisabeth S. Holding avec
Vendredi 19, Edgar Poe dans La Chute de la maison Usher, Erckmann-Chatrian dans La montre du doyen, Jules Verne dans Maître Zacharius, Alain Dorémieux, dans Fin d’un amour ont enrichi ce thème.

Deuxième étape : Le scénario

Tous les récits fantastiques ne se déroulent pas selon la même progression, bien heureusement. Cependant, des constantes existent, et nous allons les rappeler pour vous aider. Ces étapes sont l’introduction, l’avertissement, la transgression, l’aventure, le châtiment et la conclusion. Vous pourrez l’utiliser avec souplesse.

L’introduction
Dans l’introduction, le narrateur explique en général pourquoi et comment il est amené à raconter l’aventure qui lui est arrivée, à lui ou à un de ses proches, ou dont il a été témoin. Il introduit l’événement étrange en racontant ce qui l’a précédé et qui reste dans le domaine réaliste. Le héros n’a aucun soupçon de ce qui va lui arriver, il n’a pas peur car son aventure commence de manière banale et ne comporte que de petits faits insolites et isolés. L’histoire commence par quelques pages réalistes, situées dans la banalité quotidienne, mais où se glissent déjà, très discrètement, quelques événements étranges.

Quand nous partîmes pour notre promenade, le soleil brillait avec éclat au-dessus de Munich et l’air s’emplissait de la joie d’un début d’été. À l’instant même de notre départ, Herr Delbruck (le maître d’hôtel des Quatre-Saisons où je m’étais installé) descendit, nu-tête, à la calèche, et, après m’avoir souhaité une bonne promenade, dit au cocher, tout en laissant sa main sur la poignée de la voiture :
— N’oubliez pas ! Soyez de retour à la tombée de la nuit ! Le ciel paraît bien dégagé, mais il y a un frémissement dans le vent du nord qui signifie parfois l’arrivée soudaine d’une tempête. Mais je suis sûr que vous ne rentrerez pas tard. (En disant cela, il sourit et ajouta :) Puisque vous savez de quelle nuit il s’agit.
Johann répondit par un emphatique « Ja, mein Herr », et, touchant son chapeau, s’élança vivement. Quand nous fûmes hors de la ville, je dis, après lui avoir fait signe de s’arrêter :
— Dites-moi, Johann, de quelle nuit s’agit-il ?
Il se signa en répondant laconiquement : « Walpurgis Nacht ! »

Bram Stoker, L’Invité de Dracula, in Les cent ans de Dracula, Librio, 1997.


8 mai — Quelle journée admirable ! J’ai passé toute la matinée étendu sur l’herbe, devant ma maison sous l’énorme platane qui la couvre, l’abrite et l’ombrage tout entière. J’aime ce pays, et j’aime y vivre s parce que j’y ai mes racines, ces profondes et délicates racines, qui attachent un homme à la terre, où sont nés et morts ses aïeux, qui l’attachent à ce qu’on pense et à ce qu’on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l’air lui même.

Guy de Maupassant, Le Horla, Librio, 1994.


L’avertissement
L’avertissement est le début de l’action fantastique. Le héros se met en action et quelqu’un ou quelque chose l’avertit qu’il ne doit pas continuer ce qu’il projette d’entreprendre.

Sur ces entrefaites, le train, qui avait déjà fait d’assez nombreuses haltes, ralentit de nouveau et je me levai.
— Je descends ici ; bien du plaisir, Monsieur, et au revoir !
Je lui tendis la main.
Il la retint avec force, et je vis que son gros et cordial visage avait soudainement blêmi.
— Ce n’est pas possible ! balbutia-t-il, vous ne pouvez pas descendre… pas descendre… ici.
— Mais si… Adieu !
J’avais ouvert la portière et sauté sur le quai.
Il fit un geste inutile et, à ce qui me semblait, désespéré, pour me retenir.
— Vous ne pouvez descendre… ici ! hurla-t-il.
Le train se remettait en marche ; je vis le visage de mon compagnon de route se coller, tordu d’angoisse, contre la vitre de la portière. Le train prit de l’allure et ne fut qu’une ombre fuyante piquée d’un œil flamboyant de cyclope.

Jean Ray, La choucroute, in La dimension fantastique, Librio, 1996.


La transgression
Le héros ne tient pas compte de l’avertissement et accomplit ce qu’il désirait faire, ou succombe à la tentation. Il peut être intrigué par l’avertissement, mais le plus souvent il s’en moque. Ces séquences, comme dans les contes, peuvent être répétées.

Assises en cercle dans les beaux bosquets du parc, elles s’amusaient et riaient, sans se soucier des ombres croissantes du soir ; la brise tiède de juillet augmentait encore leur belle humeur. Dans la magie du crépuscule, elles se mirent à exécuter toutes sortes de danses bizarres, à jouer les elfes et je ne sais quelles subtiles créatures. « Attendez, s’écria Adelgunde, lorsque la nuit fut tout à fait tombée, je vais vous apparaître sous la forme de la Dame blanche, dont notre défunt jardinier nous parlait toujours. Mais venez avec moi jusqu’au fond du parc, près du vieux mur. » Et s’enveloppant de son châle blanc, elle s’enfuit d’un pas léger sous la tonnelle, suivie de la bande des jeunes filles riant à qui mieux mieux. Mais à peine Adelgunde était-elle arrivée près d’une vieille voûte à demi effondrée, qu’elle se figea et resta là, tous les membres para lysés. L’horloge du château sonna neuf heures. « Ne voyez-vous rien ? cria Adelgunde, avec l’accent étouffé de l’épouvante, il y a quelqu’un… là, juste devant moi… Seigneur !…. Cette femme tend une main vers moi… Ne voyez-vous donc rien ? » Ses compagnes ne voyaient absolument rien, mais elles furent saisies de frayeur. Elles s’enfuirent, sauf une, la plus courageuse qui se précipita sur Adelgunde et voulut la prendre à bras-le-corps. Mais à cet instant, elle tomba à terre, blême comme une morte.

Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, La soucoupe volante, in Contes des frères Sérapion, trad. Albert Béguin, © Éditions Phébus, 1979.


L’aventure
N’ayant pas tenu compte de l’avertissement, le héros va se trouver entraîné involontairement dans une aventure étrange. Tout à coup, un phénomène fantastique et inexplicable se produit. Et à partir de ce moment, des événements de plus en plus inquiétants se produisent, ou bien le même événement se répète, parfois de plus en plus intensément, sans que le héros puisse jamais expliquer ce qui lui arrive.
On ne va plus respecter la frontière entre dedans et dehors, hier et aujourd’hui, mort et vivant, animé et non-animé, rêve et réalité.

Le feu qui flambait jetait des reflets rougeâtres dans l’appartement, de sorte qu’on pouvait sans peine distinguer les personnages de la tapisserie et les figures des portraits enfumés pendus à la muraille.
C’étaient les aïeux de notre hôte, des chevaliers bardés de fer, des conseillers en perruque, et de belles dames au visage fardé et aux cheveux poudrés à blanc, tenant une rose à la main.
Tout à coup le feu prit un étrange degré d’activité ; une lueur blafarde illumina la chambre, et je vis clairement que ce que j’avais pris pour de vaines peintures était la réalité ; car les prunelles de ces êtres encadrés remuaient, scintillaient d’une façon singulière ; leurs lèvres s’ouvraient et se fermaient comme des lèvres de gens qui parlent, mais je n’entendais rien que le tic-tac de la pendule et le sifflement de la bise d’automne.
Une terreur insurmontable s’empara de moi, mes cheveux se hérissèrent sur mon front, mes dents s’entrechoquèrent à se briser, une sueur froide inonda tout mon corps.
La pendule sonna onze heures. Le vibrement du dernier coup retentit longtemps, et, lorsqu’il fut éteint tout à fait…
Oh ! non, je n’ose pas dire ce qui arriva, personne ne me croirait, et l’on me prendrait pour un fou.

Théophile Gautier, La cafetière, in La dimension fantastique, Librio, 1996.


Le châtiment
Le héros vit désormais dans l’obsession du phénomène. Face au danger, la fuite est toujours vaine. Le héros d’un récit fantastique est toujours une victime. Le châtiment peut prendre la forme de la malédiction, la mort, la folie.

Aussitôt, mordus à rage, les hommes s’armèrent de tout ce qui pouvait tuer et partirent à la Font-Chalard. Mais ces vengeurs ne devinrent pas des assassins.
Le grand Chadorne gisait raide devant le trou d’eau, mort, étranglé par les manches du manteau des loups.
« Il n’aurait pas fallu… il n’aurait pas fallu… », grognait Eugène, tout en s’acharnant à vouloir les desserrer de la gorge du grand Chadorne. Et il lui donnait en même temps de rudes coups de pied, à croire une bête immonde crevée là.
Enfin, on l’aida en tranchant à coups de hache ces manches poilues, dures comme des pattes, ou des… bras ?
Ces choses-là, voyez-vous, on ne les oublie jamais.


Claude Seignolle, Une veillée, in Histoires vénéneuses, © Marabout, série fantastique.


La conclusion
La conclusion marque la fin de l’événement fantastique. Tout le récit doit se terminer par un point d’interrogation. Le lecteur doit être incapable de choisir entre une interprétation naturelle du phénomène ou une interprétation surnaturelle. Les deux interprétations, comme dans
La Vénus d’Ille ou l’extrait précédent de Une veillée, doivent s’étayer sur les indices ambigus. L’impossibilité de trancher définitivement fait naître le trouble, le malaise, voire l’angoisse chez le lecteur. Les monstres sont toujours parmi nous…

J’ai mis la tête dans les mains ; j’ai cru devenir fou comme Gryde. Ma logique s’est révoltée : la figure du tableau tenait dans sa main un poignard qu’elle n’avait pas hier, et je reconnus aux ciselures artistiques, que c’était le poignard que Gryde avait jeté la veille sur son bureau !

*


J’ai conjuré Gryde de détruire la toile. Mais l’avarice a encore combattu victorieusement la frayeur. Il ne voulait pas croire que Warton allait tenir parole !

*


… Gryde est mort. On l’a trouvé dans son fauteuil, exsangue, la gorge béante. L’acier meurtrier avait entamé jusqu’au cuir du siège. J’ai jeté un regard terrifié sur le tableau : la lame du poignard était rouge jusqu’à la garde.

Jean Ray, Le Tableau, in Les contes du whisky, © C. Lefrancq, 1996, coll. Lefrancq en poche.


Troisième étape : construire le personnage

Le héros principal d’un récit fantastique possède certaines caractéristiques. Au départ, c’est un homme comme tout le monde, qui est bien loin d’avoir l’étoffe d’un héros. Il se caractérise par sa banalité. Ce fait permet au lecteur de mieux s’identifier au personnage et de mieux susciter l’angoisse : si le fait surnaturel peut intervenir dans une vie aussi tranquille, rien ne s’oppose à ce que moi aussi, lecteur, je puisse en être également la victime.
Le personnage est généralement un homme de bon sens, réputé pour son intelligence et sa mesure : a priori, il est digne de foi.
La plupart des héros de récits fantastiques sont seuls : ils vivent une solitude sociale, affective et intellectuelle que, très souvent ils recherchent au départ.

J’aime la nuit avec passion. Je l’aime comme on aime son pays ou sa maîtresse, d’un amour profond, instinctif, profond, invincible […] Le jour me fatigue et m’ennuie. Il est brutal et bruyant […] Mais quand le soleil baisse, une joie confuse, une joie de tout mon corps m’envahit. Je m’éveille, je m’anime. À mesure que l’ombre grandit, je me sens tout autre, plus jeune, plus fort, plus alerte, plus heureux.

Guy de Maupassant, La Nuit.


Quand le personnage se trouve en présence du phénomène, il est déchiré entre ses convictions rationnelles et la réalité de ce qu’il a vu. Plus personne ne le comprend, et sa solitude s’en trouve renforcée. Il se replie sur lui même et ne peut rien faire d’autre que de se résigner à son sort. Généralement il tente de lutter, il acquiert progressivement un savoir sur les phénomènes fantastiques, mais au prix d’une perte de pouvoir sur lui-même.
Quelque soit la manière dont le personnage vit sa rencontre avec le surnaturel, il ne peut plus jamais être comme avant, même s’il a la vie sauve.

À dater de cette visite à Pompéï, Octavien fut en proie à une mélancolie morne, que la bonne humeur et les plaisanteries de ses compagnons aggravaient plutôt qu’ils ne la soulageaient ; l’image d’Arria Marcella le poursuivait toujours, et le triste dénouement de sa bonne fortune fantastique n’en détruisait pas le charme […] En désespoir de cause, Octavien s’est marié dernièrement à une jeune et charmante Anglaise, qui est folle de lui. Il est parfait pour sa femme ; cependant Ellen, avec cet instinct du cœur que rien ne trompe, sent que son mari est amoureux d’une autre ; mais de qui ? […] Un tiroir secret, ouvert pendant l’absence de son mari, n’a fourni aucune preuve d’infidélité aux soupçons d’Ellen. Mais comment pourrait-elle s’aviser d’être jalouse de Marcella, fille d’Arrius Diomedes, affranchi de Tibère ?

Théophile Gautier, Arria Marcella.


Quatrième étape : choisir un narrateur

De nombreux récits fantastiques sont écrits à la première personne, mais le choix de la troisième personne est tout à fait possible. le choix de tel ou tel mode de narration dépend de l’effet que vous voulez produire sur le lecteur.

Le récit à la troisième personne

Il présente un personnage qui subit passivement les événements, ne possède jamais suffisamment de lucidité pour s’interroger sur lui-même et sur le phénomène surnaturel qu’il subit. Il ne cesse de se tromper sur ce qui lui arrive. Le récit à la troisième personne permet de tout dire à sa place, d’analyser ce qu’il ressent de façon plus complète et plus complexe qu’il ne pourrait le faire lui-même. Il permet également de mener le personnage à une fin tragique sans invraisemblance narrative.

Le récit à la première personne

Deux cas sont possibles :
Le personnage narrateur
Lorsque le narrateur personnage entame le récit des événements, le lecteur sait qu’il a eu la vie sauve. Toute l’aventure est terminée, souvent depuis longtemps. le narrateur personnage a été très profondément marqué par cette expérience, et il essaie de la communiquer à d’autres, parfois pour essayer encore de comprendre ce qui a pu lui arriver. Souvent, il marque dans son récit qu’il craint de ne pas être cru, il continue de s’interroger.
Le récit peut ici prendre la forme d’un journal intime, comme
Le Horla de Maupassant. Dans ce cas la fin est ouverte, et le lecteur ne peut être fixé avec certitude sur le sort du narrateur.

Le narrateur témoin
Un premier narrateur, totalement digne de foi, car savant, archéologue, ou médecin, raconte des faits surnaturels dont il a été le témoin. Il possède un certain recul par rapport aux événements qu’il raconte. C’est le cas du narrateur de
La Vénus d’Ille. Il se sent supérieur intellectuellement au personnage, mais il finit par être troublé par les faits, ce qui renforce l’effet fantastique de ceux-ci

Cinquième étape : varier le rythme du récit

La composition en gradation
C’est la structure la plus fréquente du récit fantastique. Elle obéit à une règle de progression ascendante : le récit, après avoir posé les étapes successives, s’achève au point culminant de l’histoire, au moment de l’irruption du phénomène inexplicable.
La Vénus d’Ille de Mérimée correspond à ce modèle.

La composition en accent circonflexe
Certains récits fantastiques choisissent de placer l’événement surnaturel au centre de l’histoire : la première partie constitue une montée vers le drame central, la deuxième expose les conséquences et propose parfois des explications possibles. C’est le cas d’
Inès de Las Sierras de Charles Nodier.

La composition en ligne brisée
Cette structure, également fréquente, propose une progression : le surnaturel frappe à intervalles plus ou moins réguliers, souvent de plus en plus fort, pour aboutir à la mort ou à la folie du personnage.
La Morte amoureuse de Gautier, Le Horla de Maupassant font intervenir le surnaturel à plusieurs reprises, entre lesquelles le personnage vit des accalmies de plus en plus précaires.

La construction en enchâssement : le récit dans le récit
Un certain nombre de récits fantastiques se présentent sous la forme d’histoires racontées au cours d’une soirée entre amis. L’histoire fantastique est enchâssée dans un premier récit qui met en scène les personnages de la veillée. Elle prend parfois la forme d’un journal écrit par le héros, le premier narrateur se contentant de présenter le document dont il affirme l’authenticité. C’est le cas du célèbre
Tour d’écrou de Henry James, de nombreux récits de Maupassant : La chevelure, La Main, La Peur.
De tels récits s’achèvent sur un retour au monde normal, cohérent et ordonné du lecteur. L’effet fantastique s’en trouve atténué.

Sixième étape : décrire l’Impossible

Comment dire l’indicible ? Comment décrire ce qui n’existe pas ? Voilà la plus grande difficulté d’écriture à laquelle vous allez être confrontés. Vous aurez sans doute la tentation de l’horreur, du « gore », mais un véritable travail d’écriture méprise ces effets trop voyants et trop faciles. Voici quelques « trucs » qui vous permettront de faire monter l’angoisse de façon plus subtile.

La caractérisation par défaut
Nommez le phénomène sans le nommer : « la chose », « ça », « on », « quelqu’un ou quelque chose », » il », « la créature ». Utilisez toutes les possibilités de la modalisation : « peut-être », « sans doute » ; le vocabulaire, les temps verbaux : « C’était comme si… » ; « ça ressemblait… » ; « On aurait dit… » ; des phrases passives sans complément d’agent :

« Et, en allant, la bougie à la main, examiner la serrure de la porte, je constatai qu’un tour de clef avait été donné « en dedans », ce que je n’avais point fait avant mon sommeil ».

Villiers de l’Isle Adam, L’Intersigne.


La description négative
Le narrateur choisit de dire qu’il ne peut pas décrire, que la créature qu’il évoque ne ressemble à rien de connu, qu’elle ne rappelle aucune forme humaine, animale ou végétale, n’entre dans aucune catégorie de la pensée ou du souvenir.

J’aperçus en pied, effrayante, vivante, l’inconcevable, l’indescriptible, l’innommable monstruosité qui, par sa simple apparition, avait pu transformer une compagnie heureuse en une troupe craintive et terrorisée. Je ne peux même pas donner l’ombre d’une idée de ce à quoi ressemblait cette chose, car elle était une combinaison horrible de ce qui est douteux, inquiétant, importun, anormal et détestable sur cette terre.

H. P. Lovecraft, Je suis d’ailleurs, in La dimension fantastique, Librio, 1996.


La description hyperbolique
Le narrateur amplifie les effets, grossit les détails, utilise toutes les ressources d’un vocabulaire précis, varié, ainsi que des exagérations, des accumulations qui peuvent se combiner au procédé précédent.

C’était le reflet vampirique de la pourriture, des temps disparus et de la désolation ; le phantasme, putride et gras d’égouttures, d’une révélation pernicieuse dont la terre pitoyable aurait dû pour toujours masquer l’apparence nue. Dieu sait que cette chose n’était pas de ce monde — ou n’était plus de ce monde — et pourtant au sein de mon effroi, je pus reconnaître dans sa matière rongée, rognée, où transparaissaient des os, comme un grotesque et ricanant travesti de la forme humaine. Il y avait, dans cet appareil pourrissant et décomposé, une sorte de qualité innommable qui me glaça encore plus.

H. P. Lovecraft, Je suis d’ailleurs, in La dimension fantastique, Librio, 1996.


La description oblique
Le phénomène n’est pas décrit ; il n’est jamais vu en pleine lumière, ni sous tous ses angles : la nuit, le crépuscule, le brouillard, la pluie masquent tout en montrant.
Ou alors, le phénomène est décrit par les effets qu’il produit sur le héros, si épouvanté qu’il ne peut pas bien voir, ni voir jusqu’au bout.
Dans la description du monde, on assiste au retour obsédant de certains éléments : vision imprécise, bruits inquiétants, rythmes sourds, frôlements suspects, courants d’air, odeurs bizarres, lueurs infernales.

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Les images : comparaisons, périphrases, métaphores et métonymies

Le phénomène ne peut être désigné et décrit que par des périphrases, des comparaisons, des métaphores, à la fois pour augmenter la puissance de l’évocation et parce que le langage humain est impuissant à en rendre compte.

Elle était brune et pâle ; ses cheveux ondés et crêpelés, noirs comme ceux de la nuit, se relevaient légèrement vers les tempes à la mode grecque, et dans son visage d’un ton mat brillaient des yeux sombres et doux, charges d’une indéfinissable expression de tristesse voluptueuse et d’ennui passionné ; sa bouche, dédaigneusement arquée à ses coins, protestait par l’ardeur vivace de sa pourpre enflammée contre la blancheur tranquille du masque ; son col présentait ces belles lignes pures qu’on ne retrouve à présent que dans les statues. Ses bras étaient nus jusqu’à l’épaule, et de la pointe de ses seins orgueil leux, soulevant sa tunique d’un rose mauve, partaient deux plis qu’on aurait pu croire fouillés dans le marbre par Phidias ou Cléomène.

Théophile Gautier, Arria Marcella.



Le vocabulaire du regard
Le thème du regard est omniprésent dans la littérature fantastique : il faut traduire l’angoisse du personnage face au phénomène qui regarde et ne dit rien, et manifeste toute sa puissance en apparaissant. Certains passages du
Horla de Maupassant sont littéralement hantés par le vocabulaire de la vision, au double sens de l’acte de voir et de l’apparition :

Je me dressais, les mains tendues, en me tournant si vite que je faillis tomber. Eh bien ?… on y voyait comme en plein jour, et je ne me vis pas dans ma glace !… Elle était vide, claire, profonde, pleine de lumière ! Mon image n’était pas dedans… et j’étais en face, moi ! Je voyais le grand verre limpide du haut en bas. Et je regardais cela avec des yeux affolés ; et je n’osais plus avancer, je n’osais plus faire un mouvement, sentant bien pourtant qu’il était là, mais qu’il m’échapperait encore, lui dont le corps imperceptible avait dévoré mon reflet.

Maupassant, Le Horla.

La syntaxe et la ponctuation
Pour exprimer d’une façon appuyée un sentiment, une émotion, une réaction vive, vous utiliserez les points d’exclamation, les points d’interrogation, les points de suspension. les phrases exclamatives abondent dans les moments les plus émouvants, les phrases interrogatives permettent de traduire le doute, l’hésitation qui est au cœur du personnage fantastique.

Bondissant à bas de mon lit, je me précipitai vers le miroir. Au spectacle qu’il me renvoya, mon sang se glaça. Il n’y avait pas d’erreur possible ! Lorsque je m’étais couché j’étais encore Henry Jekyll et je me réveillais Edward Hyde !
Comment expliquer ce mystère ? La question m’angoissait terriblement, d’autant plus qu’elle était suivie d’un corollaire : comment redevenir Jekyll ? La matinée était fort avancée, les domestiques debout, toutes mes drogues enfermées dans mon cabinet ! Pour y accéder, il me fallait descendre deux paires d’escaliers, traverser le couloir du fond, la cour à ciel ouvert et enfin l’amphithéâtre. Un long voyage n’est-il pas vrai ? À la rigueur, je pouvais me couvrir le visage ; mais à quoi bon puisque j’étais incapable de dissimuler l’altération de ma stature !

R. L. Stevenson, L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mister Hyde.


— À peine l’écho de mes coups était-il tombé dans le silence, qu’une voix me répondit du fond de la tombe ! — une plainte, d’abord voilée et entrecoupée, comme le sanglotement d’un enfant, puis, bientôt, s’enflant en un cri prolongé, sonore et continu, tout à fait anormal et antihumain, — un hurlement, — un glapissement, moitié horreur et moitié triomphe, — comme il en peut seulement monter de l’Enfer, — affreuse harmonie jaillissant à la fois de la gorge des damnés dans leurs tortures, et des démons exultant dans la damnation !

Edgar POE, Le Chat noir.


Le vocabulaire de la peur
La peur est liée au phénomène surnaturel qui surgit tout à coup. Elle saisit le héros brutalement et de plus en plus fort, jusqu’à un paroxysme. Il est donc important de varier les moyens d’expression de la peur, afin de ménager une progression.
Vous utiliserez un dictionnaire analogique pour vous aider à imaginer les manifestations physiques et psychologiques de la peur.

L’Anglais était mort étranglé ! Sa figure noire et gonflée, effrayante, semblait exprimer une épouvante abominable ; il tenait entre ses dents serrées quelque chose ; et le cou, percé de cinq trous qu’on aurait dit faits avec des pointes de fer, était couvert de sang.
Un médecin nous rejoignit. Il examina longtemps les traces de doigts dans la chair et prononça ces étranges paroles :
« On dirait qu’il a été étranglé par un squelette. »

Guy de MAUPASSANT, La Main.


Fouillant dans les larges basques de son habit, Coppola en tira des lunettes et des lorgnettes qu’il posa sur la table. — Eh bien donc ! eh bien des lunettes, des lunettes pour mettre sul naso, voilà mes yeux à moi, belli occhi.
Et il sortait lunettes sur lunettes, si bien que toute la table se mit à tournoyer et à scintiller d’étrange manière. Nathanaël voyait des milliers d’yeux croiser sur lui leurs regards et s’agiter convulsivement, mais il ne pouvait détourner sa vue de la table ; et Coppola déposait toujours plus de lunettes, et de nouveaux yeux étincelants lançaient des éclairs de plus en plus redoutables sur Nathanaël, qui sentait leurs rayons d’un rouge de sang pénétrer dans sa poitrine.

L’Homme au sable d’Hoffmann (1776-1822).


Septième étape : corriger son brouillon
Corriger son brouillon, ce n’est pas seulement intervenir sur l’orthographe et la ponctuation.
Certaines techniques peuvent vous aider à améliorer facilement votre texte.

La présentation matérielle du brouillon
Le traditionnel cahier de brouillon n’est pas l’instrument le plus pratique. Il est plus intéressant d’écrire sur des feuilles de format A4, et uniquement au recto. Ceci permet de déplacer sans difficulté un paragraphe ou un passage du texte sans avoir à le réécrire, avec des ciseaux et du ruban adhésif. Si vous travaillez sur un ordinateur, ce travail de déplacement vous sera nettement facilité.
Ménagez des marges importantes de chaque côté : des flèches en marge vous permettront de signaler des déplacements à faire au moment de la mise au net.
L’utilisation de la gomme et de l’effaceur présente un double inconvénient :
— ils annulent la première version et interdisent toute comparaison après-coup des différents essais ;
— ils incitent à pratiquer des ratures seulement locales et non des réécritures globales.
Mieux vaut donc éviter le crayon à papier par exemple.
Dans le même esprit, il vaut mieux pratiquer la biffure (trait) plutôt que le caviardage (noircissure) pour conserver sous les yeux la trace du « premier jet » : il arrive que l’on soit amené à revenir à la toute première formulation après en avoir essayé plusieurs autres.

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Les interventions sur le brouillon
Celles-ci peuvent être de quatre types : la réécriture, l’addition de détails indispensables, le déplacement, la suppression. Entraînez-vous par les exercices suivants ;

1. Réécriture

Voici le début d’une nouvelle fantastique. Récrivez-la en travaillant successivement :
— la cohérence des lieux
— la présentation et la caractérisation des personnages
— le respect des lois du fantastique, en éliminant des traces de merveilleux.

CHÂTEAU HANTÉ ET TRÉSOR SECRET
Une nuit où il faisait sombre et où il y avait du brouillard, des enfants découvrirent un labyrinthe dans leur château. Il y avait une carte qui montrait qu’il y avait un trésor, mais en fait, c’était une ruse pour tomber dans la gueule d’un dragon. À côté de chez eux, il y avait un cimetière très bizarre. Ils marchèrent dans cette direction pendant des heures et Nordine, qui se retournait, cria :
« Vite, courez ; dans le labyrinthe, il y a des morts vivants derrière nous. »
Les enfants avaient peur, ils criaient, et des mains sortirent du sol et tentèrent de les atteindre. Les enfants disaient :
« Au secours, on va nous tuer » Il faisait sombre, et ils ne pouvaient pas sortir : on ne voyait plus rien. Soudain Choupette dit : « On est sauvé ! J’ai une torche dans ma poche, maintenant nous pouvons sortir ! »
Cependant, lorsque les portes s’ouvrirent devant eux, un dragon était là et crachait du feu orange. Heureusement pour les enfants que le dragon ne réussit pas à les attraper. Et puis, devant eux, il y avait des morts vivants qui bougeaient, dansaient…
Yasmina, élève de 4e


2. Addition
1e exercice
Dans le passage suivant, étoffez le dialogue en ajoutant
— des précisions sur les interlocuteurs
— des verbes introducteurs précisant le ton, le timbre des voix, la manière de parler.

Le golem de jade
Comme mon jardinier arrivait pour tondre la pelouse, je lui dis :
« Fais attention à la statue, Victor.
— Elle n’est pas bien placée, Monsieur, cela m’empêche de tondre.
— Fais un détour, on ne peut pas la déplacer.
— Maudite statue.
— Bon, je monte dans ma chambre, lui dis-je. »
Damien et William, élèves de 4e
2e exercice
Dans le passage suivant, précisez les sensations physiques, les sentiments, afin d’insister sur l’émotion ressentie par le personnage :

OMBRES, SARCOPHAGES ET LABYRINTHES
Le boyau descendait en pente douce et devenait de plus en plus humide. Après une centaine de mètres, je débouchai sur un escalier. Je m’y précipitai, mais après un léger tournant, je débouchai sur un cul-de-sac. J’entendais l’ombre monter l’escalier. Dans la panique, je donnai de grands coups de pied contre le mur face à moi. À mon étonnement, celui-ci s’enfonça dans le sol, laissant la lumière du jour pénétrer dans le souterrain à l’instant même où l’ombre me rattrapait. Celle-ci s’écroula à terre et se désintégra. Elle laissa tout de même à terre, en se désintégrant, un objet que je ramassai. Je reconnus une longue bande blanche, imbibée de l’odeur perçue dans le sarcophage. Je sortis du souterrain et aboutis dans une forêt. Après m’être retourné pour contempler la sortie du souterrain, je constatai avec étonnement que celle-ci avait disparu. Je n’arrivais même pas à la situer !
Antoine et Romain, élèves de 4e.

3
. Déplacements
Comparez les deux versions suivantes du même début de nouvelle :
VARIUM ET MUTABILE

Image 13

4. Suppression
Ce geste de correction est plus rare quand il intervient sur un paragraphe ou même sur une phrase entière. En revanche, il est fréquent à l’intérieur d’une phrase.

Comparez les versions suivantes :

Image 14


Les relectures
Relisez souvent votre texte, surtout si vous êtes « bloqué »
Les relectures vous permettront d’éviter l’oubli d’un élément, ou les contradictions qui peuvent surgir sur les heures, les lieux, les particularités physiques ou psychologiques d’un personnage…
Les relectures vous permettront de vous mettre à la place du lecteur. Comme celui-ci fera une lecture de découverte, il importe que votre texte soit clair. Vérifiez en particulier à l’emploi des mots et expressions de reprise : substituts lexicaux ou grammaticaux, pronoms de reprise qui évitent les ambiguïtés.

Huitième étape : un recueil de nouvelles fantastiques

Après avoir soigneusement revu votre brouillon, vous mettrez votre texte au net avant de le présenter à toute la classe, qui fera ses critiques positives et négatives, mais toujours constructives !
Pour présenter en recueil les nouvelles écrites par l’ensemble de la classe, veillez à leur ordre de présentation, en pensant au lecteur : rythmez le recueil en alternant les thèmes proposés, la longueur des textes, le mode de narration. Veillez particulièrement à la première nouvelle, celle qui donne envie d’aller plus loin.
Rédigez la table des matières en travaillant soigneusement sur les titres que vous allez donner aux textes, en ménageant un effet d’unité et en suggérant le mystère.
Enfin, vous rédigerez ensemble une quatrième de couverture et, peut-être, une introduction qui résumera les étapes de cette grande aventure d’écriture en classe.
Il restera à chercher un titre à l’ensemble et à choisir des illustrations.

Étude publiée dans Textes et expression Nathan 4e