COMMENT ÉCRIRE UNE NOUVELLE POLICIÈRE
Objectif : Écrire une nouvelle policière de plusieurs
pages en vous laissant guider par les douze étapes du
parcours suivant.
Étape
1 : Construire l’intrigue
Vous
savez maintenant comment est écrite une nouvelle et vous
connaissez sans doute beaucoup de romans policiers, par la
lecture ou les feuilletons télévisés. Un récit policier
pose un mystère, une énigme à découvrir : un meurtre a
été commis. Qui est l’assassin ?
La seule grande difficulté que vous allez rencontrer pour
écrire une nouvelle policière sera d’inventer
la solution en même temps que le
mystère : vous
n’êtes plus le simple lecteur qui découvre progressivement
l’énigme. Vous êtes le scénariste qui la construit.
Le pari est de construire une intrigue rigoureuse et de
mener le suspens jusqu’à la fin. Donc, abandonnez tout de
suite les idées de meurtres en série, de détails horribles,
d’inondations d’hémoglobine. La meilleure histoire de la
classe sera celle qui ne permettra la découverte du
coupable que dans le dernier épisode !
Voici une suite d’éléments qui doivent obligatoirement
figurer dans votre énigme. Seul (e) ou par groupes de trois
élèves, vous allez l’inventer pas à pas.
Le
crime
Qui a tué qui ?
Pourquoi ?
Où ? Quand ? Comment ?
Choisissez la victime, le coupable, le mobile, les
circonstances.
Inventez dès maintenant une fausse piste : deux
suspects possibles, dont le vrai coupable, deux mobiles,
deux alibis.
Pour vous inspirer, consultez les catalogues d’éditeurs
spécialisés dans les collections policières. Les résumés
des livres vous donneront des idées d’intrigues.
Par exemple
La
malédiction du corbeau, Jean-Paul
Nozière, Collection Je Bouquine, Bayard Presse.
Maxime et son grand-père ont découvert que le précédent
propriétaire de leur maison a été assassiné. Par qui ?
Pourquoi ? Cet assassinat a-t-il un rapport avec le
sabotage de la fusée Ariane qui vient d’exploser ?
Collection Le Masque :
George Baxt, Par
élimination
L’héritage du millionnaire Andrew Graymoor échoira au
dernier survivant de ses dix enfants adoptés. Le compte à
rebours peut commencer…
John Dickson Carr, Meurtre
après la pluie
Un homme étranglé sur un court de tennis, une demi-heure
après un violent orage. Et sur le sol détrempé, aucune
autre trace que celles de la victime…
Agatha Christie, Le crime de
l’Orient-Express
Un wagon de l’Orient-Express bloqué par les neiges, et dans
un compartiment, un Américain lardé de douze coups de
couteau.
Agatha Christie, La fête du
potiron
Au cours des
réjouissances de Halloween, une fillette bavarde et
menteuse s’est vantée publiquement d’avoir assisté à un
meurtre des années plus tôt. Ce n’était guère prudent… Elle
a été assassinée. Poirot enquête…
Ruth Rendell, La danse de
Salomé
Patrick Selby est mort d’un arrêt du cœur consécutif à des
piqûres de guêpes. Mais les gens parlent, parlent… Et le Dr
Greenleaf, qui a donné le permis d’inhumer, commence à se
poser des questions…
Le
mobile
Les mobiles des crimes sont toujours un peu les mêmes.
Choisissez-en un parmi ceux-ci et développez-le :
• argent (capter un héritage ; bénéficier d’une
assurance vie ; s’approprier un billet de loto
gagnant, etc), vol (d’un tableau, d’un bijou, d’un timbre
de collection, des actions d’une mine d’or, d’un manuscrit
miraculeusement retrouvé, des plans d’une nouvelle fusée,
etc)
• amour, jalousie (toutes les situations du crime
passionnel)
• ambition (pour obtenir un poste de dirigeant dans une
société quelconque…)
• mauvaise conscience (faire taire un maître chanteur ou un
témoin gênant)
• vengeance…
Le
brouillage des pistes
Déterminez la manière dont le coupable a brouillé les
pistes pour éviter d’être accusé :
• alibi bien préparé (préciser : lieux, heures,
témoins)
• meurtre déguisé en suicide ou en accident
• disparition du cadavre (de l’hôpital, de la morgue…)
• déguisement de l’assassin (perruque, postiche,
imperméable, hauts talons, etc)
• faux indices : pièces à conviction qui accusent
quelqu’un d’autre
• détails mystérieux et insolites : cadavre caché dans
un étui de contrebasse, étranglée de six bas de tailles et
de couleurs différentes, victime aux pieds bandés, etc.
• effacement ou trucage des empreintes
• arme du crime inattendue et diabolique (coups de
téléphone affolants, piqûre de guêpe déclenchant une
allergie mortelle, poison dans le gâteau de mariage, etc.)
•… sans oublier le traditionnel meurtre en lieu clos :
chambre fermée de l’intérieur, bateau en pleine mer, chalet
de montagne isolé par la neige
Les
indices et les preuves
Des indices doivent trahir le coupable et amener le
détective à la vérité : des indices matériels, une
phrase prononcée, deux témoignages qui ne concordent pas,
un testament truqué, la copie d’un acte d’état civil…
Les preuves, qui vont confondre le coupable et servir au
procès, peuvent être de différents ordres : journaux
anciens, décalage horaire, ticket d’autoroute, film de
caméra de surveillance, empreinte digitale, test
scientifique…
La
narration de l’histoire
Le plus simple est d’écrire votre nouvelle à la troisième
personne : le récit se raconte de lui-même et le
narrateur n’apparaît pas. Dans ce cas, personne ne dit JE
en dehors des dialogues, et vous-même, témoin ou enquêteur,
enquêtrice, n’apparaissez pas dans l’histoire.
Dans les récits classiques, l’histoire de l’enquête est
souvent racontée par un ami du détective qui observe, note,
et… ne comprend rien : c’est le personnage auquel le
lecteur s’identifie. De la même manière, vous pouvez écrire
votre récit à la première personne, en faisant raconter
l’histoire par un (e) journaliste témoin. Vous pouvez
également, dans ce cas, apparaître dans l’histoire, en tant
que témoin, ou ami (e) de l’enquêteur.
Il n’est pas conseillé d’être à la fois le détective et le
narrateur de l’histoire : en effet, dans ce cas, il
est très difficile de ne pas révéler trop vite la
solution !
Voici un exemple, tiré d’une nouvelle d’Agatha Christie.
Vous pourrez comparer l’exposé du mystère, au tout début de
la nouvelle, et la solution qui, à la dernière page, y
répond exactement :
1.
Le mystère
LA TRAGÉDIE DE
MARDSON MANOR
J’avais été appelé hors de la capitale durant quelques
jours et, à mon retour, je trouvai Poirot occupé à boucler
sa petite valise.
— A la bonne heure, Hastings, je craignais que vous ne
soyez pas revenu à temps pour m’accompagner.
— On vous a donc appelé à l’aide quelque part ?
— Oui, bien que je doive admettre, d’après les apparences,
que l’affaire ne semble pas passionnante. La compagnie
d’assurances, L’Union de l’Ouest, m’a demandé d’enquêter
sur la mort d’un certain Maltravers qui avait contracté
chez eux, quelques semaines plus tôt, une assurance sur la
vie pour la belle somme de cinquante mille livres !
— Vraiment ? m’exclamai-je intéressé.
— Il y avait, bien sûr, la clause habituelle soulignant
l’éventualité d’un suicide. Dans le cas où le client se
serait tué volontairement au cours de la première année,
l’assurance aurait été annulée. Mr. Maltravers a été dûment
examiné par le médecin de la compagnie et, bien qu’il soit
un homme ayant légèrement dépasse le bel âge, il fut
reconnu comme jouissant d’une santé robuste. Quoi qu’il en
soit, mercredi dernier, c’est-à-dire avant-hier, le corps
de Maltravers a été trouvé sur le terrain de sa propriété
en Essex, Mardson Manor, et la cause de sa mort serait une
sorte d’hémorragie interne. Ce fait, par lui même, n’aurait
rien de singulier, mais de sinistres rumeurs se rapportant
aux difficultés financières de Maltravers traînaient dans
l’air depuis peu et l’Union de l’Ouest a découvert, sans
doute possible, que le gentleman en question était à deux
doigts de la faillite. Cela change considérablement les
choses. De plus, il avait une femme jeune et belle. On
soupçonne qu’il aurait pu ramasser tout l’argent liquide
dont il disposait pour payer l’assurance-vie dont son
épouse bénéficierait et qu’ensuite, il se serait
suicidé ! Une telle histoire n’a rien d’exceptionnel.
En tout cas, mon ami, Alfred Wright, qui est un des
directeurs de l’Union de l’Ouest, m’a demandé de découvrir
la vérité sur cette affaire, mais, comme je vous l’ai dit,
je n’ai pas grand espoir de réussir. Si sa mort avait été
causée par un arrêt du cœur, je serais plus optimiste.
C’est là un verdict qui peut toujours passer pour un aveu
d’incapacité du médecin local, ignorant la véritable cause
du décès de son malade. Mais, quand il y a hémorragie,
aucune erreur n’est possible. Cependant, tout ce que nous
pouvons faire est de chercher des renseignements utiles.
Cinq minutes pour boucler votre bagage, Hastings, et nous
prendrons un taxi pour gagner la gare.
2. La solution
J’avouai :
— Même à présent, je ne réalise pas très bien ce crime et
son exécution !
— Commençons par le commencement. Nous avons une jeune
femme clairvoyante et calculatrice qui, connaissant la
débâcle financière de son mari et lasse d’un compagnon
vieillissant qu’elle n’avait épousé que pour son argent,
pousse ce dernier à contracter une importante assurance sur
la vie en sa faveur. Ceci fait, elle cherche le moyen
d’accomplir son dessein. La chance le lui offre !
L’étrange aventure racontée par le jeune officier !
L’après-midi suivant, lorsque Monsieur le Capitaine est en
haute mer, comme elle le pense, elle et son mari flânent
sur les pelouses et j’imagine leur dialogue :
« Quelle bizarre histoire Black nous a racontée, hier
soir au souper, observe-t-elle. Un homme peut-il vraiment
se suicider de cette façon ? Montrez-moi si c’est
possible ? ». Le pauvre fou lui montre, il place
l’extrémité du fusil dans sa bouche. Elle se baisse et pose
la main sur la gâchette, riant en levant les yeux sur
lui : « Et maintenant, monsieur, conclut-elle
friponne, supposons que je presse la
gâchette ? ». Et alors… Et alors, Hastings… Elle
la presse !
Agatha
Christie, La tragédie
de Mardson Manor, in
Les enquêtes
d’Hercule Poirot, © Librairie des
Champs Élysées, 1968.
Étape
2 : Vérifier la présence des éléments indispensables à
l’intrigue
Petite liste
pour vérifier la construction de votre énigme :
• Qui est la victime ?
• Où, quand, comment et par qui a-t-elle été trouvée ?
• Par qui l’intrigue est-elle racontée ?
• Quels sont les indices ?
• Qui est coupable ?
• Qui est d’abord suspecté (e) ?
• Pourquoi ?
• Comment le coupable s’y est-il pris ?
• Comment le coupable a-t-il dissimulé son crime ?
• Par quelles preuves le coupable est-il démasqué ?
Étape
3 : Rédigez un résumé de l’intrigue
Rédigez votre projet d’intrigue sous forme de fait-divers
et en vous inspirant du fait-divers suivant. Vous
présenterez la fausse piste que vous aurez inventée en
l’introduisant dans votre texte, par exemple, par la phrase
suivante : « On a d’abord soupçonné M. X. (ou Mme
Y.) qui avait… Il a été arrêté puis relâché, parce
que… »
Étape
4 : Présenter oralement son texte à la classe
En présentant oralement votre texte à l’ensemble des
camarades de la classe, vous pourrez vérifier si votre
intrigue est cohérente, si elle est assez complète pour
être comprise.
Servez-vous du questionnaire de l’étape 2 pour apporter, à
votre tour, des conseils à vos camarades, pour leur faire
des suggestions éventuelles au cas où leur histoire vous
paraîtrait trop compliquée ou peu originale.
Étape
5 : Créer des personnages
Vous voici
parvenus à une étape bien plaisante : il s’agit ici de
créer les caractéristiques de vos principaux
personnages : la victime, le coupable, l’autre
suspect, et surtout votre personnage principal : le
détective.
Utilisez une fiche bristol. Vous pourrez l’orner d’un
dessin ou d’une photo découpée dans un magazine, Ceci vous
aidera pour décrire votre personnage.
Voici un modèle de fiche qui vous aidera à inventer. Bien
entendu, tous les détails qui figureront sur la fiche ne
seront pas tous repris dans votre texte, mais ils vous
aideront à imaginer vos personnages.
Fiche pour créer un personnage
Nom/Prénom/Surnom :
Portrait
physique
1. Sexe :
2. Âge :
3. Taille et poids :
4. Visage (couleur des cheveux, yeux, peau, nez…) :
5. Silhouette :
6. Apparence (soigné/sale, beau/laid) :
7. Signes particuliers (cicatrices, tics…) :
8. Maladies :
9. Vêtements habituels :
10. Accessoires habituels (pipe, bijoux, lunettes…) :
Situation
familiale et sociale
1. Classe sociale (modeste, moyenne, haute) :
2. Métier/fonction (travail, horaire, salaire) :
3. Éducation (durée, écoles, matières favorites ou pas,
culture…) :
4. Vie familiale (parents vivants ? séparés ?
divorcés ? orphelin ? Leur mentalité,
leur cadre de vie, leurs habitudes/qualités/défauts) :
5. Valeurs morales (honnêteté, honneur, courage, patience,
respect, tolérance ou le contraire…) :
6. Situation familiale (célibataire, marié,
divorcé…) :
7. Nationalité :
8. Place sociale : effacée ou forte (clubs,
associations…) :
9. Activités de loisirs : lectures, journaux, sports,
bricolage… :
Portrait
psychologique
1. Caractère
(nerveux, apathique, sentimental, rêveur, coléreux…)
2. Attitude face à la vie (actif, militant, suiveur,
résigné, désillusionné…) :
3. Complexes personnels (peurs, superstitions,
obsessions…) :
4. Niveau d’intelligence :
5. Capacités particulières (maths, littérature, cinéma,
informatique…) :
6. Relations avec les autres (extraverti,
introverti…) :
7. Qualités (imagination, logique, intuition…) :
Vérifier que tous ces éléments sont cohérents entre eux. En
modifier certains au besoin.
(D’après Louis
Timbal-Duclaux, J’écris des
nouvelles et des contes, © Écrire
aujourd’hui, 1993, numéro spécial)
Voici un modèle de fiche remplie pour un célèbre personnage
d’enquêteur :
Nom :
MAIGRET
Prénoms : Jules, François, Amédée
Né à : Saint Fiacre par Matignon, à 25 km de Moulins
(Allier).
Portrait physique
Sexe :
Masculin
Âge dans les romans : proche de 50 ans.
Taille : 1,80 m,
Poids : 110 kg
Cheveux : épais, châtain, avec les tempes argentées.
Silhouette : Puissante et forte. Embonpoint.
Vêtements habituels : Costume, chemise blanche,
bretelles et gilet, épais pardessus, chapeau.
Situation familiale et sociale
Parents :
Fils unique d’Evariste Maigret, régisseur du château de
Saint Fiacre, honnête, scrupuleux, taciturne. Orphelin vers
l’âge de 8 ans ; se souvient peu de sa mère.
Études : études (inachevées) de médecine à Nantes.
Situation familiale : Marié à Louise, Alsacienne,
fille d’un ingénieur des Ponts et Chaussées. Paisible,
grassouillette, bonne cuisinière, simple, solide, douce,
calme, tendre, admirative. Excellente entente conjugale.
Sans enfant.
Adresse : 130, bd Richard-Lenoir, Paris-XIe, 4e étage.
Portrait psychologique
Habitudes :
Fume la pipe ; se frotte la tête à
rebrousse-poil ; ne danse pas ; n’a pas le permis
de conduire ; n’aime pas les sucreries ; aime les
plats mijotés ; parle quelques mots d’allemand ;
comprend l’anglais et le breton.
Expressions favorites : « Je ne crois rien »
ou « Rien du tout », « Vous ne pouvez pas
comprendre ».. N’aime pas rester à Paris sans sa
femme. Oublie régulièrement son écharpe.
Blessé trois fois dans sa carrière.
Méthode : écoute, réunit un faisceau d’indices mais se
fie surtout à son intuition. Déteste la police scientifique
et le raisonnement logique.
Étape 6 : Se documenter
Pour que votre intrigue soit passionnante à lire, il est
important d’apporter autant de soins au cadre qu’aux
personnages. Pour cela, vous vous documenterez au CDI avec
votre équipe.
Cherchez des cartes de la région que vous avez choisie.
Consultez un plan de la ville (calendrier des PTT…).
Écrivez à l’office du tourisme de la ville concernée.
Si vous avez choisi une autre époque que la nôtre pour un
épisode, pour expliquer un mobile, vous devez si possible
consulter des manuels d’histoire, des journaux de l’époque,
vous renseigner sur les voitures, les objets de la vie
quotidienne. L’aide de votre professeur d’histoire sera la
bienvenue ; la consultation de certains sites
d’Internet souvent précieuse.
De même, pour éviter des erreurs, il est indispensable de
se renseigner sur le fonctionnement de la justice
française. Votre connaissance des téléfilms américains sera
ici un handicap… Consultez plutôt le professeur d’éducation
civique !
Étape
7 : Comment commencer ?
Le début du
récit.
Vous allez écrire la scène d’exposition de l’intrigue. Il
ne s’agit pas de la scène du crime, qui sera racontée à la
fin de l’histoire, mais de la scène de la découverte du
méfait.
Cette scène comportera deux parties successives :
— la mise en scène d’un personnage décrit dans sa vie
quotidienne, qui ne se doute de rien et qui va découvrir le
méfait. Vous décrirez des actions quotidiennes,
banales ;
— la découverte du méfait, avec certains détails parmi
lesquels figurent — bien cachés parmi de nombreuses autres
remarques — les indices qui trahiront le coupable à la fin.
N’oubliez pas de montrer l’émotion, la frayeur du
personnage qui découvre le méfait.
Décrivez la scène de manière progressive, pour entretenir
le suspens : le lecteur doit se poser des questions
importantes à la fin de cette scène.
Voici
un exemple ;
Le
soir où cette histoire a commencé, on avait vraiment bien
entendu le couinement de la micheline au passage du
Nantes-Lyon vers Les Rosiers. Le temps se mettait au doux.
Parti comme c’était, ça devait déjà s’être levé en mer, et
ces sapristi de mouettes ne tarderaient point à s’en
retourner chez elles. Ce ne sont pas des oiseaux bien
intéressants, ça, les mouettes…
Il devait être dans les cinq heures - cinq heures et demie
au croisement de la route nationale qui longe la Loire avec
la côte de La Croix, entre Gennes et Saumur, ou, pour mieux
dire, entre Saint-Hilaire-Saint-Florent et
Chênehutte-les-Tuffeaux, juste avant La Mimerolle.
Là, il y a d’abord eu comme un grand crac assez mou. Un
fracas de tôle. Et puis juste après, le long gargouillis de
Périgault Marcel, comme un siphon moitié bouché :
— Nom de Dieu de Bon Dieu de Nom de Dieu de Bon Dieu !
clapotait la gorge en lavabo de Périgault ; et il se
mit à dévaler le coteau, les épaules en arrière et les
bottes en avant, comme un ours dans un cerceau. […]
La borne, on ne la voyait plus. Il y avait une
deux-chevaux, une nouvelle, une Diane, empalée dessus.
Dedans, on distinguait un emberlificotis de voiles noirs,
jupes noires, crucifix et chapelets noirs, tout sens dessus
dessous ; à l’avant, du côté du conducteur, un visage
émergeait du pare-brise comme un monstrueux bubon qui
sanguinolait sur le capot blanc.
Au-delà, la Loire rosissait avec son sourire agaçant de
vieille chatte sur un poêle. La borne Michelin, moderne
rempart de vertu, l’avait préservée de ces religieux
cadavres. Sans elle, tout ce petit monde aurait plongé tout
droit.
Le mélange d’affûtiaux de bonnes sœurs et de sang aqueux
comme le fond d’un saladier de tomates avait laissé
Périgault de l’autre côté de la route frappé d’une terreur
sacrée qui avait arrêté net son dégorgement de Nom de Dieu
de Bon Dieu. […]
Il arrêta soudain : au milieu du front, il y avait un
trou entouré de poudre grise…
Pour être morte, elle était morte, c’était sûr.
Alix de
Saint-André, L’ange et le
réservoir de liquide à frein, © Gallimard,
Série noire, 1994.
Étape
8 : Corriger son brouillon
Voici un texte écrit par Julie, une élève de 5e. Vous allez
l’améliorer de manière progressive :

Les consignes
1. Dans ce texte, pouvez-vous repérer les deux parties
demandées dans la consigne ?
2. La première partie de la scène vous paraît-elle
suffisamment développée ?
3. Le texte montre-t-il l’émotion, la frayeur du personnage
qui découvre le méfait ?
4. Le lecteur se pose-t-il des questions à la fin de la
scène ? Lesquelles ? Sous quelle forme ces
questions apparaissent-elles dans le texte ?
Deux gestes de correction du brouillon
1. Ajouter
Á quel (s) endroit (s) du texte pouvez-vous ajouter des
détails ? Pourquoi ? Lesquels ?
2. Déplacer
Pour mettre en relief un moment clef, vous connaissez la
technique du retour en arrière (voir p. 00)
Quelle phrase pourrait commencer le texte ?
Quels faits pourraient être racontés ensuite par un retour
en arrière ?
Il existe aussi des cas où il faut pratiquer un
déplacement, à l’intérieur même de la phrase, afin de la
rendre plus facile à lire. Effectuez ainsi un déplacement
dans la phrase suivante, et donnez-en la raison :
La correction de la langue
Vérifiez l’accord sujet-verbe, surtout avec le sujet
collectif « tout le monde »
Vérifiez la conjugaison de la 1e personne du singulier du
passé simple (rencontrer, crier).
Vérifiez dans le dictionnaire : au moin, un crie, se
ralumer, dégoutant, quelqun.
Étape 9 : Inventer des péripéties, maintenir le suspens
Dans un récit policier, certains passages sont quasiment
obligatoires.
Les trois scènes indispensables au récit sont la découverte
du méfait, que vous avez déjà écrite, une scène
d’interrogatoire d’un suspect, et la scène de découverte de
l’énigme.
La scène d’interrogatoire est une scène de dialogue (voir
p.00). C’est l’enquêteur qui la mène, et le suspect doit
mêler des paroles vraies et des mensonges ou des omissions.
Elle contient des indices qui serviront ultérieurement à
l’enquêteur.
Voici une scène d’interrogatoire tirée d’un roman
célèbre :
L’interrogatoire
de la vieille dame
Dans un
wagon isolé de l’Orient-Express, on a retrouvé le cadavre
de Ratchett tué de douze coups de couteau. Parmi les douze
suspects interrogés tour à tour, figure une vieille
princesse russe.
La porte venait
de s’ouvrir et la princesse Dragomiroff entra dans le
wagon-restaurant. Elle vint droit vers les trois hommes qui
se levèrent aussitôt.
Sans prêter
attention aux deux autres, elle s’adressa à Poirot.
« Monsieur,
je crois que vous avez un mouchoir à moi. »
Poirot jeta à
ses compagnons un regard triomphant.
« Estce
celui-ci, madame ? »
Il montra le
petit carré de batiste.
« Oui,
c’est cela même. Voici mon initiale dans ce coin.
— Pourtant,
madame, s’écria M. Bouc, cette lettre est un H et, si je ne
me trompe, votre prénom est… Natalia. »
Elle le
dévisagea froidement.
« C’est
exact, monsieur. Mes mouchoirs sont toujours marqués en
caractères russes : un N s’écrit H en russe. »
M. Bouc en
demeura un instant abasourdi. Cette vieille dame
indomptable avait décidément le don de le mettre mal à
l’aise. Il murmura :
« Mais… ce matin vous ne nous avez pas dit que ce
mouchoir vous appartenait.
— Me l’avez-vous demandé ? répondit la princesse d’un
ton sec.
Agatha
Christie, Le Crime de
l’Orient-Express, L.G.F., 1981
Le
suspens
Vous pouvez vous
contenter de rédiger les trois moments indispensables à
votre récit. Mais il est beaucoup plus amusant de rédiger
l’histoire en totalité, même si cela doit nécessiter un
gros effort.
Pour vous aider à créer une atmosphère ou à écrire un
moment palpitant, voici quelques extraits de nouvelles ou
de romans, dont vous pourrez vous inspirer :
Marguerite
Marranos s’enfuit vers la Côte d’Azur après avoir dépouillé
ses cinq complices du butin dont ils venaient de
s’emparer.
La Porsche crissa, vira, dérapa dans le sens des aiguilles
d’une montre affolée et piqua du capot en contrebas des
rochers de bauxite, dans un embrouillamini de plantes
jolies à regarder mais délétères au toucher. Heureusement,
la carrosserie efficace du véhicule l’en protégea ;
mais Melle Marranos écopa par contre d’une blessure au
front qui la fit aussitôt pisser le sang, car elle avait
heurté le volant de plein fouet. Son minois en serait
peut-être durablement défiguré, et c’est à quoi elle songea
d’abord quand elle se réveilla, assommée par le heurt
malencontreux et le soleil impitoyable, sa Porsche étant
décapotable. Elle eut la force de se pencher vers la boîte
à gants, repoussa le revolver tout neuf d’un geste agacé,
en extirpa un miroir de poche qu’elle maintint devant son
visage et une bombe d’eau de fraîcheur dont elle
s’aspergea. Elle vit que ses dents étaient intactes, et
elle en fut soulagée car elle aimait beaucoup ses dents
tendanciellement disjointes, signe de chance disait-on. Ce
jour-là, elle n’en manqua point.
Henri Raczymow, Villa
Mimosas, © Le Monde
Gallimard, 1996.
Restauratrice
de tableaux, Julia travaille au musée du Prado. La nuit
tombe. Elle reçoit un coup de téléphone de l’assassin qui
la traque et lui donne rendez-vous dans une salle déserte.
Elle sortit dans
le couloir, pistolet au poing. A cette heure, l’immeuble
était désert, à part les gardiens qui faisaient leur ronde,
mais elle ne savait pas où les trouver en ce moment. Au
bout du couloir, l’escalier descendait en tournant trois
fois à angle droit, avec un vaste palier à chaque
changement de direction. L’éclairage de sécurité laissait
planer une pénombre bleutée qui permettait de deviner les
tableaux noircis par la patine sur les murs, la balustrade
de marbre de l’escalier et les bustes des patriciens
romains qui montaient la garde dans leurs niches.
Arturo Perez
Reverte, Le tableau
du maître flamand, © J.C.
Lattès, 1993.
Étape
10 : La solution de l’énigme
Étant donné que vous l’avez inventée en même temps que le
mystère, la solution ne doit pas vous surprendre, mais elle
doit surprendre le lecteur (voir extraits d’Agatha
Christie, p. 00).
Deux difficultés doivent être résolues :
1. — Aucun élément de l’énigme ne doit être oublié (tous
les détails — empreintes, horaires, témoignages — doivent
s’emboîter comme dans un puzzle terminé. Tout doit
s’expliquer de manière rationnelle : le fantastique
n’est pas admis ici.
2. — Le lecteur ne doit pas avoir trop vite deviné qui est
le coupable, de manière que la lecture reste intéressante
jusqu’à la fin.
La scène de résolution du mystère est la grande scène dans
laquelle l’enquêteur déploie tous ses talents :
intelligence, mémoire, esprit de synthèse, lucidité,
qualités humaines.
Étape 11 : S’évaluer et évaluer les autres équipes
Pour évaluer le
récit, prêtez attention aux points suivants :
L’intrigue
• quel est le problème ?
• qui est la victime ?
• où, quand et par qui a-t-elle été trouvée ?
• quels sont les indices ?
• quelle est la solution ?
• qui est/sont le/s suspect/s ?
• qui est coupable ?
• quel est le mobile du coupable ?
• comment le coupable a-t-il procédé ?
La narration
• Quels sont les différents personnages ?
• que sait-on d’eux ?
• sont-ils variés (sexe, âge, milieu, caractère) ?
• Quels lieux, quels décors, quels objets sont
évoqués ?
• Quel est le découpage du temps ?
• Quel est le narrateur ? A-t-il un rôle particulier
dans l’histoire ou est-il simple témoin ?
• Le point de vue choisi (3e personne ou 1e personne)
est-il maintenu avec cohérence dans l’ensemble du
récit ?
Les descriptions
• qui est décrit ?
• quels objets sont décrits ?
• à quels endroits du texte sont placées ces
descriptions ?
• quel est le rôle des descriptions dans le texte ?
Étape
12 : Communiquer son histoire
Après ce grand
effort, vous avez bien mérité de communiquer votre œuvre à
la classe.
Vous pouvez la lire ou, mieux, si vous l’avez mise au net à
l’aide d’un ordinateur, l’imprimer et la faire lire autour
de vous.
Et pourquoi ne
pas faire un recueil des nouvelles écrites par la
classe ? Pensez à la mise en pages, aux illustrations.
Étude publiée dans
TEXTES ET MÉTHODES 5e
Nathan