Écrire un portrait
Observation
Face au miroir

À présent, c’est fini.
Bernard-Henry Lévy,
Les Derniers
jours de Charles Baudelaire, © Grasset.
Questions
1. Quelle impression générale vous laisse la lecture de ce
portrait ?
2. Sur quelle opposition est contruit ce portrait ?
3. Quel a été l’effet de la maladie sur le
personnage ?
4. Quels éléments du visage sont restés les mêmes ?
Quels éléments se sont transformés ?
5. Quelle expression résume l’ensemble du portrait ?
Leçon
Dans un récit, le portrait d’un personnage apparaît
toujours à un moment important de sa vie. Le point
d’insertion du portrait dans le récit doit donc être
soigneusement choisi.
Situé généralement lors de la première apparition du
personnage, le portrait décrit ses caractéristiques
physiques essentielles et certains traits de son caractère.
Il peut aussi évoquer certaines habitudes.
Avant de commencer à écrire un portrait, il faut se
demander ce que ce portrait va apporter à l’ensemble du
récit.
1.
Comment construire un portrait
L’impression générale
Une impression générale se dégage du personnage : la
beauté, la force, la fierté, la maladresse, la méchanceté,
l’hypocrisie, la puissance, le courage, la faiblesse…
On détermine l’impression générale à donner avant de faire
le portrait.
L’ordre
de la description
Deux possibilités : commencer par décrire l’ensemble
du personnage et terminer par son visage ; ou l’ordre
inverse.
Le
choix des détails
Seules les caractéristiques essentielles, en rapport avec
l’impression générale choisie, sont mentionnées.
Il faut donc éviter le catalogue de détails insignifiants,
et les énumérations fastidieuses.
2.
Le schéma descriptif
• On présente d’abord le personnage par un terme générique.
• Chaque partie du corps (termes spécifiques) est nommée
est accompagnée de précisions sur sa taille, sa forme ou sa
couleur (caractérisation).
• On termine le portrait par une phrase ou une expression
qui récapitule l’ensemble en soulignant de nouveau
l’impression générale donnée par le personnage.

3.
L’insertion du portrait dans le récit
• le personnage immobile : ce choix est possible
s’il s’agit de sa première apparition dans le récit, ou
s’il est en position d’attente pour une raison quelconque.
• le personnage en mouvement : on l’évoque lors
d’une épreuve, d’un incident, d’un combat, d’une
confrontation ou lors de tout type de scène décisive.
4.
Procédés d’écriture
• Utilisez un vocabulaire précis
• Le portrait sera enrichi par des comparaisons, des
métaphores, des oppositions, des contrastes, des
antithèses…
• Les phrases seront très variées pour montrer le
personnage en action. Évitez la suite de phases toutes
construites sur le même modèle. Entrecoupez le portrait, si
besoin est, de passages de dialogues, de commentaires du
narrateur, de phrases exclamatives, etc.
Exercices
1. Quelle impression générale se dégage de chacun des
portraits suivants ? Justifiez vos réponses.
Il y avait alors à l’abbaye un moine cloîtré nommé Frère
Jean des Entommeures, jeune, fier, pimpant, joyeux, pas
manchot, hardi, courageux, décidé, haut, maigre, bien fendu
de gueule, bien avantagé en nez, beau débiteur d’heures,
beau débrideur de messes, beau décrotteur de vigiles et
pour tout dire, en un mot, un vrai moine s’il en fut depuis
que le monde moinant moina de moinerie.
Rabelais, Gargantua.
Il était un de ces gens dont le peuple dit : Voilà un
fameux gaillard ! Il avait les épaules larges, le
buste bien développé, les muscles apparents, des mains
épaisses, carrées et fortement marquées aux phalanges par
des bouquets de poils touffus et d’un roux ardent. Sa
figure, rayée par des rides prématurées, offrait des signes
de dureté que démentaient ses manières souples et liantes.
Honoré de Balzac,
Le Père Goriot.
Du visage de mon oncle ne m’est restée qu’une impression de
finesse, de douceur un peu triste… nous le voyons très peu,
surtout aux repas… il travaille tant.
Par contre je vois très bien ma tante, telle qu’elle
m’apparaissait quand j’aimais regarder les boucles
argentées de ses cheveux, son teint rose, ses yeux… les
seuls yeux bleus que j’aie vus avec une nuance vraiment
violette… même cet écart entre ses deux dents de devant
très blanches qui avancent légèrement augmente encore son
charme. Il y a quelque chose dans son regard, dans son port
de tête, qui lui donne un certain air… je ne trouve
aujourd’hui pour le qualifier que le mot altier.
Nathalie Sarraute,
Enfance.
Gallimard.
2.
Lisez ces autoportraits. Dites quelle impression s’en
dégage, puis rédigez, à votre tour, votre
autoportrait.
Je suis d’une taille médiocre, libre et bien proportionnée.
J’ai le teint brun, mais assez uni ; le front élevé et
d’une raisonnable grandeur ; les yeux noirs, petits et
enfoncés, et les sourcils noirs et épais, mais bien
tournés. Je serais fort empêché à dire de quelle sorte j’ai
le nez fait, car il n’est ni camus, ni aquilin, ni gros, ni
pointu, au moins à ce que je crois : tout ce que je
sais, c’est qu’il est plutôt grand que petit, et qu’il
descend un peu trop en bas. J’ai la bouche grande, et les
lèvres assez rouges d’ordinaire, et ni bien ni mal
taillées ; j’ai les dents blanches et passablement
bien rangées. On m’a dit autrefois que j’avais un peu trop
de menton : je viens de me tâter et de me regarder
dans le miroir, pour savoir ce qui en est, et je ne sais
pas trop bien qu’en juger. Pour le tour du visage, je l’ai
ou carré, ou en ovale ; lequel des deux, il me serait
fort difficile de le dire. J’ai les cheveux noirs,
naturellement frisés, et avec cela assez épais et assez
longs pour pouvoir prétendre en belle tête. J’ai quelque
chose de chagrin et de fier dans la mine : cela fait
croire à la plupart des gens que je suis méprisant, quoique
je ne le sois point du tout. J’ai l’action fort aisée, et
même un peu trop, et jusques à faire beaucoup de gestes en
parlant. Voilà naïvement comme je pense que je suis fait
au-dehors.
François de La
ROCHEFOUCAULD, Réflexions ou Sentences et
Maximes morales.
.
J’étais au milieu de ma seizième année. Sans être ce qu’on
appelle un beau garçon, j’étais bien pris dans ma petite
taille ; j’avais un joli pied, la jambe fine, l’air
dégagé, la physionomie animée, la bouche mignonne, les
sourcils et les cheveux noirs, les yeux petits et même
enfoncés, mais qui lançaient avec force le feu dont mon
sang était embrasé… J’avais avec la timidité de mon âge
celle d’un naturel très aimant, toujours troublé par la
crainte de déplaire. D’ailleurs, quoique j’eusse l’esprit
assez orné, n’ayant jamais vu le monde, je manquais
totalement de manières, et mes connaissances, loin d’y
suppléer, ne servaient qu’à m’intimider davantage, en me
faisant sentir combien j’en manquais.
J.-J. ROUSSEAU.
Les
Confessions, I, 2.
3.
Observez la manière dont le portrait est inséré dans le
récit suivant. Imitez ensuite ce procédé en imaginant un
enquêteur qui rencontre un témoin, dans un roman policier.
M. Lenormand hésita : l’assassin était-il remonté
vers les mansardes ?
Il se décidait cependant à descendre, quand on l’avertit
que Mme Kesselbach venait d’arriver avec sa demoiselle
de compagnie. […] M. Lenormand la trouva dans un des
salons, terrassée, sans larmes, mais le visage tordu de
douleur et le corps tout tremblant, comme agité par des
frissons de fièvre. C’était une femme assez grande, brune,
dont les yeux noirs, d’une grande beauté, étaient chargés
d’or, de petits points d’or, pareils à des paillettes qui
brillent dans l’ombre. Son mari l’avait connue en Hollande
où Dolorès était née d’une vieille famille d’origine
espagnole : les Amonti. Tout de suite il l’avait
aimée, et, depuis quatre ans, leur accord, fait de
tendresse et de dévouement, ne s’était jamais démenti.
M. Lenormand se présenta. Elle le regarda sans
répondre et il se tut, car elle n’avait pas l’air, dans sa
stupeur, de comprendre ce qu’il disait.
M. Leblanc,
« 813 », Les
Aventures d’Arsène Lupin
Gentleman-cambrioleur, Hachette
4.
Quelles métaphores et comparaisons sont mises en œuvre dans
le portrait suivant ? Rédigez à votre tour un portrait
en utilisant au moins une métaphore et une comparaison.
Le Panturle est un homme énorme. On dirait un morceau de
bois qui marche. Au gros de l’été, quand il se fait un
couvre-nuque avec des feuilles de figuier, qu’il a les
mains pleines d’herbe et qu’il se redresse, les bras
écartés, pour regarder la terre, c’est un arbre. Sa chemise
pend en lambeaux comme une écorce. Il a une grande lèvre
épaisse et difforme, comme un poisson rouge.
Jean Giono, Regain,
© Grasset et Gallimard Pléiade.
5.
Avis de recherche
Un
jeune garçon a fait une fugue. Rédigez très soigneusement
un avis de recherche de manière qu’on puisse se représenter
visuellement l’adolescent.
Fiche
d’autoévaluation
• J’ai rédigé un portrait dont se dégage une impression
générale très nette.
• Mon lecteur sait ce que le portrait va apporter au récit.
• J’ai utilisé le schéma descriptif pour organiser le
portrait.
• J’ai varié la forme des phrases.
• J’ai utilisé un vocabulaire spécialisé, précis et
expressif.
• J’ai inséré dans mon portrait au moins une
comparaison et une métaphore.
Fiche publiée dans
Textes et méthodes
4e, Nathan, 1998
