Écrire une lettre privée
Voir
également :
Écrire une lettre
officielle
Écrire une lettre de
motivation
Observation
Mon cher Papa
Sais-tu que mon porte-monnaie se porte très
mal ?
Si tu tardes à venir à son secours, il va mourir de faim.
Bien que ta lettre m’ait un peu peiné, ne crois pas que
j’en aie la moindre mauvaise humeur. Je serai toujours en
reste avec toi. Si tu pouvais lire en moi, tu verrais que
ce qui m’occupe encore plus, c’est l’opinion que tu peux
avoir de moi, et je voudrais bien ne plus dépendre de ta
bourse pour te le dire sans qu’on puisse croire à une
arrière-pensée.
J’avoue qu’il me faut une certaine audace pour me tourner
une fois de plus de ton côté. Après t’avoir affirmé tant de
fois que je voulais désormais me suffire à moi-même, je
viens encore te demander 500 francs. Je ne te crie pas
que ce sont les derniers, tu ne me croirais probablement
pas, mais ma conviction est que ce sont les derniers, et
pour bien des motifs.
Malgré tes opinions sur la valeur d’une lettre, tu dois
trouver que j’écris rarement. C’est qu’il m’a fallu, ces
derniers temps, regarder jusqu’à l’achat d’un timbre. Je
n’exagère pas. Je pourrais entortiller ma requête dans une
foule d’explications :
j’aime mieux te demander simplement si tu ne peux pas
m’avancer 600 francs.
Si tu as fait des économies, papa, ne te gêne pas. La poste
met à ta disposition, au choix, un tas de jolis petits
mandats préparés.
Jules Renard, cité par
G. Depriez, Le style de tous les
jours,
Éditions de l’enseignement.
Questions
1. Quel est le but de cette lettre ?
2. Comment la demande est-elle présentée ?
Cette demande est-elle fréquente, d’après le
texte ?
3. Comment qualifiez-vous le ton général de la
lettre ?
4. Le texte de la lettre vous paraît-il bien adapté à son
but ?
Pourquoi ?
Leçon
1.
Les règles
La lettre
privée obéit à quelques règles
— elle est manuscrite, sur papier libre, éventuellement
coloré ou de fantaisie ;
— elle est localisée et datée, en haut et à droite, afin de
préciser la situation d’énonciation ;
— elle est signée lisiblement ;
— elle comporte des formules d’appel en introduction et de
politesse en conclusion.
2.
Le style et le ton
La lettre privée est spontanée, libre, sincère. Elle révèle
la personnalité de l’émetteur et fuit la froideur, le
verbiage, les formules toutes faites.
Rédigée avec soin, elle témoigne des égards que l’émetteur
doit à son destinataire :
une écriture lisible, des paragraphes, une orthographe et
une ponctuation soignée.
Quel que soit le destinataire, on évite l’abus de l’argot,
le style relâché, les ambiguïtés, les ratures.
L’affection, l’amitié, la connivence s’expriment par
l’humour, la fantaisie, la poésie. La fonction expressive
du langage (voir p. 00) est ici mise en œuvre. ici
s’expriment les sentiments, les opinions, l’humeur,
l’humour.
3.
Les formules d’appel et de politesse
Beaucoup de
nuances s’expriment par ces formules, selon les rapports
sociaux, amicaux ou les sentiments qui existent entre les
correspondants.

4. Les codes sociaux
• Dans la
mesure du possible, on évite de commencer une lettre privée
par « je ». On peut utiliser de nombreuses
formules :
« Voici bien longtemps que je ne t’ai pas
écrit… ;
Ta lettre est arrivée hier… ;
Pardonnez-moi mon silence… ;
Permettez-moi de vous écrire… »
• Au début, plutôt qu’à la fin de la lettre, on demande des
nouvelles de son correspondant :
santé, études, soucis, occupations…
• On évite d’écrire dans les marges transversales, ce qui
rend la lecture difficile et semble indiquer que l’on veut
économiser une nouvelle feuille.
• Mieux vaut éviter les post-scriptum qui ressemblent à des
oublis. En revanche, on doit remplir une page entamée
presque à moitié avant de signer.
Exercices
1.
À qui adresseriez-vous les formules de politesse
suivantes :
— Amitiés. — Bien à toi. — Je t’embrasse
affectueusement ;
— Bien cordialement. — Bien amicalement. — Avec mes
meilleurs sentiments. — Sincèrement vôtre. — Mes plus
affectueuses pensées. — Recevez l’assurance de mon meilleur
souvenir. — Grosses bises.
2.
Complétez la lettre suivante
Tours, le 17 février 1993
Chère Verena
N’ayant reçu aucune nouvelle de toi depuis deux semaines,
nous commençons, maman et moi, à nous poser beaucoup de
questions.
……………………………
Ici, tout est calme. Ton absence crée un bien grand vide.
Ton amie Émeline a téléphoné plusieurs fois pour savoir
comment tu allais et comment se déroulait ton séjour
linguistique. Ton frère s’ennuie, mais cela ne le rend pas
plus communicatif :
on a toujours peine à lui arracher trois mots aux repas.
Espérant que tu nous écriras très bientôt, je t’envoie nos
plus affectueuses pensées. Travaille bien et reviens-nous
parfaitement bilingue.
Je t’embrasse, Papa.
3.
Voici une lettre écrite par une fillette de onze ans à son
père en 1884. Récrivez cette lettre de manière plus
familière et contemporaine, en l’adressant, par exemple, à
vos grands-parents.
Mon cher Papa,
Permettez-moi à l’occasion
du Nouvel an de venir vous
renouveler avec tous mes meilleurs
souhaits de bonne année, de parfaite
santé et de longue vie, l’expression
de ma grande et profonde gratitude.
Je prie le Bon Dieu, cher Papa,
de répandre sur vous pendant
l’année 1884 ses meilleures
bénédictions, et de nous accorder le
bonheur de vous conserver encore
pendant de bien longues années
en bonne santé à l’affection
sincère de tous vos enfants et
petits-enfants, et tout particulièrement
de votre très respectueuse
petite fille
Suarlée, le 1er janvier 1884.
Fernande
Marguerite Yourcenar,
Souvenirs
pieux ©
Gallimard.
4.
Écrivez à votre correspondant(e) pour le (la) féliciter
d’avoir remporté un championnat (boxe, basket, judo,
orthographe…)
5.
En camp de vacances, vous êtes à cours d’argent de poche.
Vous écrivez à vos parents ou à vos grands-parents pour
demander une somme de dépannage, en invoquant des
circonstances convaincantes.
Fiche
d’autoévaluation
1. J’ai écrit ma lettre à la main.
2. J’ai mentionné la date et le lieu d’émission de la
lettre.
3. J’ai choisi une formule d’adresse selon mon degré
d’intimité avec mon correspondant.
4. J’ai commencé à demander des nouvelles de mon
correspondant avant de parler de moi.
5. J’ai évité les formules maladroites :
« Je t’écris pour te dire… » ;
« Je te quitte parce que je n’ai plus rien à te
dire ».
6. J’ai utilisé une formule de politesse adaptée aux
relations que j’entretiens avec mon correspondant.
7. J’ai vérifié l’orthographe, la ponctuation. Ma lettre
est sans taches ni ratures.
8. J’ai rédigé l’enveloppe selon les indications de la
Poste, afin de faciliter le tri automatique de la
lettre ;
9. J’ai indiqué mon nom et mon adresse au verso.
Fiche publiée dans Textes et méthodes 4e, Nathan, 1998