Écrire un sketch


Observation

Les surdoués


Le deuxième enfant. — T’as quel âge, toi ?…
Le premier enfant (avec fierté). — L’âge qu’avait Rimbaud huit ans avant d’écrire « Le Bateau ivre ».
Le deuxième enfant (triomphant). — Tu as neuf ans !…
Le premier enfant (modeste). — Oui. Et toi ?
Le deuxième enfant. — Pareil.
Le premier enfant (après un temps de réflexion). — Tu as neuf ans ?…
Le deuxième enfant (surpris). — Dis donc… tu es fatigué, toi ?…
Le premier enfant. — Oui… Hier, je me suis couché un peu tard j’ai relu tous les « Rougon-Macquart »
vingt… volumes !…
Le deuxième enfant (admiratif). — Bon !… Tu les avais déjà lus ?…
Le premier enfant. — Oui… Mais hier, c’était la traduction russe… Et comme j’avais pas encore fait de russe, j’en ai profité pour apprendre.
Le deuxième enfant. — Et… tu en es où, dans tes études ?…
Le premier enfant. — Ben, je suis toujours à la Sorbonne.
Le deuxième enfant. — Ça se passe bien ?…
Le premier enfant (évasif). — Tu sais… donner des cours devant trois cents élèves… c’est pas évident. Même quand on est surdoué.
Le deuxième enfant… — Oui… Et ce qui doit être gênant, c’est quand ta maman vient te chercher après les cours.
Le premier enfant. — Ben, oui elle me fait des bisous devant les étudiants…, Ça la fiche mal !… Dis donc, toi, on s’en est rendu compte quand, que t’étais surdoué ?…
Le deuxième enfant (avec simplicité). — À la naissance ! j’étais prématuré. On m’a mis dans une couveuse… Elle est tombée en panne.
Le premier enfant. — Et alors ?…
Le deuxième enfant. — Ben, j’lai réparée… et toi ?…
Le premier enfant. — Moi, quand j’ai passé la visite avec les psychologues. Y en a un, il en a fait une dépression nerveuse. — Et les deux autres, ils se sont recyclés.
Le deuxième enfant. — Qu’est-ce qu’ils font ?…
Le premier enfant. — lls gardent les moutons en Ardèche. Mais ça, c’est parce que je suis un cas de surdoué très troublant, moi.
Le deuxième enfant. — Ben, moi, je suis plus troublant que toi !…
Le premier enfant (fâché). — Non, c’est moi !…
Le deuxième enfant (sur le même ton). — C’est moi !…
Le premier enfant (menaçant). — C’est moi qui suis le plus troublant, je te dis !…
Le deuxième enfant (se levant). — Marabout !…
Le premier enfant (se levant aussi). — Bout de ficelle !…
Le deuxième enfant. — Celluloïd
Le premier enfant. — Idéologie !…
Le deuxième enfant. — Gymnosophiste !
Le premier enfant. — Fistuline !…
Le deuxième enfant. — Line Renaud !…
Le premier enfant. (se rasseyant, résigné). — Perdu !… Tu regardes trop la télévision.

Le deuxième enfant. (se rasseyant à son tour). — Bon… Allez… il faut envoyer nos lettres, maintenant.
Le premier enfant. — Oui ?… Nos lettres au père Noël ?… Tu crois pas qu’on est un petit peu en retard, pour le père Noël ?…
Le deuxième enfant. — Oui… Mais comme on est en avance sur notre âge, ça fait une moyenne.
Le premier enfant. — Tu lui as commandé quoi, toi, au père Noël ?…

Bruno Chapelle, Bernard Campan, Les fous rires du Théâtre de Bouvard, © J.-C. Lattès.



Questions

1. Quelle est la situation ? En quoi est-elle inhabituelle ?
2. Quels éléments de conversation montrent la maturité intellectuelle des enfants ?
3. Citez quelques contrastes comiques.
4. À quel moment les enfants redeviennent-ils « normaux » ? Quel est l’effet produit ?


Leçon

Un sketch est une courte scène, généralement comique et rapide, parfois improvisée, interprétée par un nombre restreint d’acteurs.
Un sketch s’écrit sous forme de dialogue, avec des indications de mise en scène (didascalies).
Pour maintenir l’attention et l’intérêt du spectateur, il faut éviter les longueurs, les paroles vides de sens.

1. La situation comique

Elle doit s’écarter de la norme, c’est-à-dire de l’attendu, du normal, de l’habituel, du sérieux, du convenu, des relations sociales habituelles.
Une situation comique doit donc apporter de l’inattendu par rapport à la routine, de l’inconvenant par rapport au convenu, de l’inefficace par rapport au sérieux, de l’incongru, du déplacé par rapport à l’harmonie sociale.
Vous choisirez une rencontre incongrue, un quiproquo, une méprise, une erreur, une distraction, une opposition inattendue entre deux personnages…

2. Les procédés comiques

a. La répétition 

Un personnage répète, recommence plusieurs fois la même chose, alors qu’une fois suffit. On peut mettre en scène un distrait, un maladroit aux prises avec des objets qui lui résistent. Le maladroit répètera des gestes totalement inefficaces.

b. L’exagération

Elle consiste à amplifier certains détails pour créer une disproportion. Elle accumule des objets hétéroclites. Elle imite les gestes, les tics d’une personne en les amplifiant. C’est le procédé mis en œuvre dans la caricature.

c. La diminution

À l’inverse de l’exagération, elle supprime ou réduit les détails, afin de créer, là encore, un contraste. On peut utiliser l’ellipse, le raccourci, le sous-entendu :
Ex. « 
Dis, papa, c’est encore loin, l’Amérique ? — Tais-toi et nage ! »

3. La chute

La situation comique de départ doit s’inverser à la fin, de façon abrupte et inattendue, comme dans une histoire drôle. le sketch vaut par la qualité de sa “chute”.

Exercices

1. Développez la situation présentée par cette histoire drôle. Écrivez le sketch en ménageant soigneusement la chute finale.

Mme Lellouche réveille son fils :
— Michaël, c’est l’heure de te lever pour aller à l’école.
Michaël remonte la couverture sur sa tête :
— J’ai pas envie !
— Ah non ! Tu dois y aller !
— J’ai pas envie ! Les profs ne m’aiment pas et tous les enfants se moquent de moi.
Mme Lellouche soulève la couverture :
— Michaël, tu n’as pas le choix, tu dois aller à l’école.
— Ah bon ? Donne-moi une seule bonne raison d’y aller !
— Bien sûr, Michaël, tu as quarante-cinq ans et tu es le directeur.

Marc-Alain Ouaknin, Dory Rotnemer, La Bible de l’humour juif, © Ramsay, Paris, 1995.



2. Même exercice. Donnez des indications sur les personnages et poursuivez le dialogue.

Pourquoi t’écris pas à une agence, pour avoir une femme ?
— C’est des arnaques, on t’envoie des photos de belles et si t’es d’accord, manque de pot il en reste plus et on t’envoie une moche, non merci.
— Alors t’as qu’à draguer !
— Où ?
— Dans la rue.
— Quelle rue ?
— Je sais pas… là, devant.
— Là devant ?
— Pas juste devant, quand même, un peu plus loin.
— Au bout de la rue ?
— Pourquoi pas.
— Au bout, y a pas de femmes.
— Le jour du marché.
— Le jour du marché, au bout, c’est un camion.
— J’ai pas de conseil à te donner, mais à ta place j’écrirais à une agence.

Jean-Michel Gourio, Brèves de comptoir, tome 3 © Michel Lafont, 1994.



3. Développez la situation initiale et poursuivez le sketch.

— Je suis d’accord pour que vous veniez chez moi, mais vous ne jouez pas au foot avec la tortue !
— C’est pas parce qu’on l’a fait une fois qu’on va le faire à chaque fois.
— Juré ?
— De toute façon on n’a pas les maillots.

D’après Jean-Michel Gourio, Brèves de comptoir, tome 3 © Michel Lafont, 1994.


4. Ecrivez un sketch en développant la situation suivante :

Un enfant trop sage passe son temps à lire et à faire ses devoirs. Ses parents veulent l’inciter à jouer avec une console de jeux vidéo et à regarder la télévision.

Fiche d’autoévaluation

• J’ai écrit un dialogue qui caractérise nettement mes personnages.
• J’ai mis en scène une situation comique : opposition, quiproquo, méprise, erreur.
• J’ai utilisé au moins un procédé comique : répétition, exagération ou diminution.
• Mon dialogue se termine de façon inattendue.
• J’ai présenté et ponctué le dialogue de façon satisfaisante.





Fiche publiée dans
grammaire et expression 4e, Nathan 1998