Inventer à partir d’une expérience personnelle


Leçon

Écrire pour soi, écrire pour les autres

À la différence du journal intime, que chacun n’écrit que pour soi, écrire en situation scolaire, pour être noté, ou écrire pour des lecteurs, nécessite le respect de certaines règles.
Il s’agit à la fois de recréer et traduire une expérience personnelle, et d’écrire pour le lecteur, c’est-à-dire dépasser le journal intime en inventant une intrigue et des personnages à partir de ses observations vécues.
Selon le point de vue du lecteur, on peut distinguer trois sortes d’écrits
:
— le journal intime (JE), écrit pour soi, sans lecteur
;
— le récit d’expérience personnelle (JE), écrit pour les autres, et remanié dans cette perspective
;
— le récit de fiction (IL), écrit pour les autres, et inventé à partir de son vécu et de ses observations personnelles.
On peut passer de l’un à l’autre en trois étapes.

Première étape: l’expérience intime

Les sentiments concernent notre affectivité, le domaine de la sensibilité. Les écrire dévoile notre être le plus secret.
L’expression des sentiments est parfois dévalorisée dans un monde où la raison domine. Nous préférons souvent nous exprimer par l’ironie pour cacher ce que nous ressentons.
Exprimer ses sentiments, c’est admettre la force de notre vie affective, l’importance de nos plaisirs, de nos peines. La pratique du journal intime peut nous permettre, dans un premier temps, de nous libérer afin de traduire nos sensations, nos émotions, nos sentiments.

Deuxième étape: du journal intime au récit personnel

La pratique du journal intime naît souvent d’une crise. Le texte qui en résulte n’est pas fait pour être lu par autrui. Quand nous revenons au texte que nous avons écrit, nous constatons que
:
— le texte est écrit à la première personne et la plupart des phrases commencent par « je »
;
— le texte met en scène un personnage unique
: le narrateur. Autour de lui, les autres personnages sont très faiblement caractérisés;
— le personnage narrateur n’écrit pas dans la perspective d’être lu. Le texte porte la trace de ses hésitations, de ses doutes
;
— tout est vu par les yeux du narrateur
: souvent, il se heurte aux autres, qui ne le comprennent pas;
— il n’y a pas ou peu de dialogues
: c’est le monologue intérieur, l’expression des pensées qui domine;
— les descriptions des lieux et des personnages sont souvent vagues
;
— l’action est réduite au minimum.

Troisième étape: du récit personnel à la fiction: la réécriture

A. l’intrigue
L’expérience personnelle se construit autour d’une intrigue, d’une transformation, ou tout au moins d’un évènement particulier. Le narrateur personnage subit une épreuve, franchit une étape, fait un apprentissage, et s’en trouve transformé.

B. les personnages
Il faut plusieurs personnages, nettement caractérisés, dans lesquels l’auteur peut s’incarner tour à tour. Le personnage principal peut avoir un confident. C’est le personnage à qui il s’affronte (l’adversaire) qui est le plus difficile à construire et à décrire.

C. les péripéties
Pour retenir l’attention, éveiller l’intérêt du lecteur, il est important de ménager un changement, d’imaginer une ou deux péripéties, des évènements forts, qui relancent l’intrigue.

D. les changements de point de vue
On peut se décentrer par rapport à son personnage principal. Le moyen le plus simple est de marquer deux époques différentes
: l’époque des évènements et l’époque de l’écriture. Cette dernière permet d’apporter une autre vision sur la situation, des commentaires.

E. les dialogues
Pour que le texte soit vivant, il faut équilibrer la proportion des dialogues et du monologue intérieur, car le monologue intérieur n’exprime qu’un seul point de vue. Les dialogues permettent d’opposer des convictions.

F. la sincérité
La sincérité vécue est souvent trop intime pour être communiquée à un lecteur, ou en situation scolaire pour être noté. Écrire, a dit Louis Aragon, c’est
mentir vrai, c’est-à-dire être capable d’inventer une histoire de toutes pièces, d’inventer des personnages imaginaires à partir de son expérience personnelle.
Écrire pour le lecteur ne demande pas d’être sincère ou non. Le lecteur n’a pas à se poser la question de savoir si votre expérience est vraie ou inventée
: l’important est d’écrire un texte intéressant.


Exercices

1. Récit d’origine
D’où vient votre nom de famille
? Qu’en dit-on dans la famille? Qui a choisi votre prénom? Pourquoi? À quels prénoms avez-vous échappé? Avez-vous eu des surnoms? Lesquels? En quelles circonstances?

2. Les projets d’avenir
Avez-vous un projet personnel
? Si oui, lequel? Qui a pu vous influencer? Vos parents font-ils des projets pour vous? Lesquels? Quel est le projet actuel de votre père? de votre mère? Ces projets sont-ils convergents — contradictoires?

3. Récit de vie
Choisissez un des thèmes suivants pour faire un récit de votre vie:
Mon premier mensonge
; la plus grande peur de ma vie; la plus grande bêtise que j’ai commise; ma passion; un changement d’école; une histoire d’amour; un déménagement; une naissance dans la famille; mon entrée en maternelle, en 6e; mon objet favori; mon coin favori.

4. Mes ancêtres
Faites-vous votre arbre généalogique
? Si oui, si non, pourquoi? Qui étaient vos quatre grands-parents? où vivaient-ils? De quelle manière? Quel était leur métier? leur classe sociale? Ont-ils vécu une période historique particulière (guerre d’Algérie, immigration…)?

5. Des héros familiers
Y a-t-il eu un héros, un anti-héros dans votre famille (un (e) distrait (e), un (e) timide, un paratonnerre à malheurs, un (e) marginal (e)…) Pourraient-ils des personnages de roman
? Quelle est leur légende dans la famille?

6. Les valeurs familiales

Quelles sont les valeurs de votre famille (honneur, travail bien fait, générosité, humour, courage, fidélité, solidarité, religion, liberté, respect, vie de bohème, culture artistique, musique…) À quelles occasions se manifestent-elles? Quelles sont les traditions familiales (maison de famille, visite aux tombes, maison de vacance, repas de famille, rites particuliers pour les naissances, les mariages, les enterrements)?

Fiche publiée dans Textes et méthodes 3e, Nathan 1999