Écrire un conte
Sommaire
du dossier
Inventer l’intrigue : personnages, lieux, épreuves.
Comment commencer l’histoire ?
Corriger son brouillon : améliorer la forme et la langue.
Corriger son brouillon : ajouter des détails.
Évaluer son travail et le mettre en forme
Lire un conte écrit par des enfants : Le grand voyage de
Dimitri
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Écrire
un conte
Objectifs :
écrire, seul ou en équipes, un texte long en réutilisant
ses connaissances sur le conte merveilleux ; apprendre
à corriger son brouillon.
Première
étape
Vous allez écrire un conte de plusieurs pages, en vous
laissant guider par le parcours suivant.
1. Choisissez le personnage qui va être le héros de votre
histoire :
- une petite fille
- une princesse
- un pauvre paysan
- un petit garçon
- un enfant futé
- un enfant simplet
- un soldat
- un marin.
2. Imaginez ce qui lui manque ou ce qu’il désire :
- l’amour
- délivrer une princesse
- tuer un dragon
- devenir roi
- retrouver un frère ou une sœur
- un trésor
- un élixir de jeunesse
- un médicament précieux
- un animal magique.
3. Racontez comment le héros est envoyé en mission
par :
- un parent
- un roi
- un rêve
- un message mystérieux
- une fée.
4. Racontez comment il part très loin et décrivez son
parcours.
5. En chemin, le héros rend service à quelqu’un :
- un animal
- un vieillard
- un aventurier
- une jeune fille
- un génie.
6. Pour le récompenser, l’ami lui donne :
- une épée magique
- un anneau d’invisibilité
- un oiseau de feu
- un tapis volant
- une clef d’or
- un anneau qui permet des métamorphoses
- des conseils précieux
- une potion magique
- tout autre objet magique : miroir, bottes…
7. Imaginez une épreuve ou un obstacle que le héros doit
surmonter :
- travailler trois ans chez un ogre
- affronter un monstre
- élucider une énigme
- délivrer quelqu’un d’un mauvais sort
- ne pas s’endormir pendant trois jours de suite
- trier un grand nombre de graines
- réunir des plumes d’oiseaux très rares
- filer et tisser une énorme quantité de laine
- rapporter des pommes d’or gardées par un dragon
- traverser un torrent de feu
- escalader une montagne de verre
- passer un pont sous l’eau.
8. Le héros peut avoir une défaillance passagère et
commettre
- un oubli
- une promesse inconsidérée
- une imprudence
- une désobéissance.
9. Le héros parvient au but de son voyage. Décrivez ce
lieu :
- une grotte, un souterrain
- un château
- une île
- un pays inconnu
- une ville bizarre
- une chambre secrète
- une fontaine ensorcelée
- un jardin
- le fond des mers
- un labyrinthe.
10. Le héros y rencontre son adversaire :
- un savant fou
- un géant, un nain
- un ogre
- une sorcière
- un diable
- un monstre
- un mauvais génie
- un rival.
11. Le héros est d’abord vaincu par son ennemi. Il est
- blessé
- laissé pour mort
- métamorphosé
- emprisonné
- réduit en esclavage
- trompé
- vaincu dans un tournoi, un concours.
12. Racontez comment le héros reçoit une aide de son ami
qui
- le guérit
- le délivre
- lui donne un conseil
- lui donne un objet magique
- va chercher de l’aide
- neutralise son ennemi.
13. Racontez comment le héros affronte une seconde fois son
ennemi, gagne, et s’empare de l’objet qu’il est venu
chercher.
14. Sur le chemin du retour, le héros est poursuivi par les
alliés de son ennemi :
- des obstacles naturels
- des animaux
- des objets magiques
- des pièges
- des tentations.
15. Racontez librement la fin de l’histoire et n’oubliez
pas la formulette finale.
Deuxième
étape : Les éléments obligés
Vérifiez bien que vous avez trouvé :
- un héros
- sa mission
- quelqu’un ou quelque chose qui l’envoie en mission
- un ou plusieurs opposants
- une ou des aides
- des épreuves
- des éléments de merveilleux.
Troisième
étape :
Rédigez un résumé de votre conte en faisant bien apparaître
les éléments dont vous avez vérifié la présence lors de
l’étape précédente. Si vous travaillez en groupe, ces
étapes sont communes. cependant, chacun de vous remettra au
professeur sa version personnelle rédigée
individuellement !
A ce moment, vous devez connaître les principales étapes de
l’intrigue et les indiquer chacune par une phrase.
Vérifiez que votre résumé mentionne bien :
- le héros et sa mission
- le cadre
- les différents personnages
- l’intrigue, c’est-à-dire l’ensemble des événements,
jusqu’à la fin du conte.
Quatrième
étape : Présentation orale à toute la classe
Chaque équipe présente oralement son conte résumé à
l’ensemble des élèves de la classe. Écoutez bien les
autres ! Vous pourrez leur indiquer des modifications
à apporter à leur histoire pour intéresser les lecteurs,
proposer des améliorations, admirer des idées originales.
Cinquième
étape : Comment commencer ?
Voici des débuts de contes. Lisez-les et repérez les
renseignements qu’ils nous donnent sur l’histoire :
- formule de départ
- présentation du héros
- présentation du lieu et de l’époque
- présentation des personnages secondaires
- le manque initial.
Votre texte sera écrit à la troisième personne et le temps
de référence sera le passé simple.
L’homme
qui courait après sa chance
Il était une fois un homme malheureux. Il aurait bien aimé
avoir dans sa maison une femme avenante et fidèle. Beaucoup
étaient passées devant sa porte, mais aucune ne s’était
arrêtée. Par contre, les corbeaux étaient tous pour son
champ, les loups pour son troupeau et les renards pour son
poulailler. S’il jouait, il perdait. S’il allait au bal, il
pleuvait. Et si tombait une tuile du toit, c’était juste au
moment où il était dessous. Bref, il n’avait pas de chance.
Henri Gougaud,
L’arbre d’amour
et de sagesse, Editions du Seuil, 1992.
Le
briquet
Il vint un soldat qui marchait au pas cadencé sur la
route : Une, deux ! Une, deux ! Il avait son
sac d’ordonnance sur le dos et un sabre à son côté, car il
avait été à la guerre, et il rentrait chez lui. Et il
rencontra une vieille sorcière sur la route ; elle
était affreuse, sa lèvre inférieure lui pendait jusque sur
la poitrine. Elle dit :
— Bonsoir, soldat ! comme tu as un grand sac et un
beau sabre, tu es un vrai soldat ! Tu vas avoir autant
d’argent que tu voudras !
Hans Christian Andersen,
Contes
merveilleux et fantastiques, © Edition Gallimard, 1979.
Le
merle au bec d’or
En ce temps-là, il y avait un roi à Lannion, et ce roi, qui
était très âgé, était malade d’une maladie qu’aucun médecin
ne pouvait guérir. Et pourtant, tous les médecins, parmi
les plus réputés, étaient venus le voir : ils avaient
tous dit que la maladie du roi leur était inconnue et
qu’ils ne connaissaient donc aucun remède.
Jean Markale,
Contes
populaires de toutes les Bretagne, © Edition Ouest-France, 1977.
Ivan-Tsariévitch
et le géant Nikanor
Il était une fois un paysan qui avait trois fils, les deux
premiers étaient sensés, le troisième simple d’esprit. ce
paysan sema des pois, mais voici que quelqu’un se mit à
venir piétiner son champ. Le père vit que tout avait été
foulé, renversé, saccagé, et il parla ainsi à ses
fils : « Mes chers fils ! Il vous faut
monter la garde pour savoir qui vient ainsi saccager nos
pois ! »
Afanassiev, Contes populaires
russes,
© Editions Maisonneuve et Larose, 1988.
La
Dame des Clairs
Au temps jadis, il y avait à Paluel, du côté de Cambrai, un
pauvre tisserand à qui sa femme allait bientôt donner un
enfant. Or, une nuit, celle-ci rêva que, si elle mangeait
de la véronique, elle mettrait au monde une fille qui
aurait la plus merveilleuse chevelure qu’on pût voir.
Il fallait, d’après son rêve, que la véronique fût
cueillie, à minuit sonnant, dans le jardin de la Dame des
Clairs. Les Clairs, ou plaines liquides, s’étendaient à
Paluel beaucoup plus loin que de nos jours.
Ils étaient aux trois quarts bordés par la forêt et, au
milieu du lac, dans un petit îlot, fleurissait, disait-on,
le jardin enchanté. Nul, de peur de fâcher la Dame des
Clairs, n’osait approcher son domaine.
Charles Deulin,
Contes du roi
Cambrinus, Miroirs Editions, 1992.
La
belle Rose
Il y avait une fois un pauvre homme, un petit paysan, si
pauvre qu’il devait, comme on dit, et au chien et au loup.
Il n’avait même pas un habit pour se faire brave et aller à
la ville. Aussi n’y allait-il jamais.
Enfin, à force de bon courage, grattant et regrattant la
terre, il mit quelques sous de côté ; il paya ses
dettes, il se remonta. Et à l’arrière-saison il eut un veau
à aller vendre. Alors le jour de la grande foire, il partit
pour la ville, si mal nippé fût-il.
Henri Pourrat,
Contes,
© Editions Gallimard, 1987.
Les
souliers usés au bal
Il y avait une fois un roi qui était père de douze filles,
toutes plus belles les unes que les autres. Elles dormaient
ensemble dans un grand dortoir où leurs lits étaient rangés
côte à côte, et chaque soir c’était le roi en personne qui
fermait la porte et tournait la clef, qu’il gardait sur
lui. Mais le matin, lorsqu’il venait ouvrir, il constatait
invariablement que leurs souliers étaient éculés par la
danse, alors que personne ne pouvait expliquer comment cela
se faisait. On chercha, on surveilla, on enquêta, mais ce
fut en vain. Alors le roi fit publier et crier partout que
celui qui saurait découvrir où ses filles allaient danser
pendant la nuit épouserait celle qu’il voudrait choisir et
deviendrait roi après lui ; mais il y avait une
condition : si le candidat n’avait rien découvert au
bout de trois jours et trois nuits après s’être présenté,
il lui en coûterait la vie.
J. et W. Grimm,
Les
contes,
© Edition Flammarion, 1967.
Une
jeune fille orgueilleuse
Il y avait une belle jeune fille du nom de Khenge. Elle
n’avait qu’un seul défaut : c’est d’être orgueilleuse.
Elle disait non à tous les jeunes gens qui allaient la
demander en mariage. Elle ne cessait de dire qu’elle
cherchait à épouser un jeune homme au teint clair, élégant
et sans défaut physique.
Contes kongo, in
N’ouvre pas à
l’ogre,
© Edition Fleuve et flamme, 1982.
Sixième
étape : Corriger son brouillon
Voici un texte à corriger, en plusieurs étapes.
1. Ce texte ne présente aucun signe de ponctuation, et il
est difficile à lire. Recopiez-le en rétablissant d’abord
les limites des phrases avec un point et une majuscule au
premier mot.
2. Comprenez-vous tous les éléments de l’épisode raconté
dans ce texte ? Toutes les phrases sont-elles
complètes ? Complétez le texte en inventant les
éléments qui manquent dans certaines phrases.
3. Soulignez les verbes conjugués. Ils sont employés à des
temps différents. Écrivez-les tous au passé simple en
consultant les tableaux de conjugaison de votre livre de
grammaire.
4. Pour la cohérence du texte, peut-on écrire « en
prenant ce chemin » à cet endroit du texte ?
Pourquoi ? Quelle amélioration proposez-vous ? A
quel endroit du texte cette amélioration doit-elle
apparaître ?
5. Profitez de l’occasion pour réviser le passé simple des
verbes être, avoir, savoir, pouvoir, aller, partir
uniquement aux troisièmes personnes du singulier et du
pluriel. Apprenez tout particulièrement la troisième
personne du singulier des verbes du premier groupe. Quelle
est sa particularité ?
6. Relisez le texte en prenant garde au vocabulaire
utilisé. Où peut-on repérer une répétition
maladroite ? Quelle amélioration proposez-vous ?
7. Quelle erreur d’orthographe reste-t-il après vos
améliorations ? Corrigez-la.
Maintenant, améliorez votre propre texte en vérifiant
successivement les points précédents. Échangeant vos textes
et proposez des améliorations aux camarades. Signalez-leur
ce que vous ne comprenez pas.
Septième
étape : Améliorer son texte en ajoutant des
détails.
Vous avez pu constater que le brouillon que vous avez
amélioré manque de détails importants. Il faut ajouter des
détails pour que le lecteur s’imagine mieux la scène.
Ces détails peuvent être
- des descriptions de personnages
- des descriptions de lieux
- des descriptions d’objets
- des explications sur des gestes, des comportements des
personnages
- des paroles prononcées par les personnages :
formules magiques, refrains, ordres : « Sésame,
ouvre-toi ! »
Dans les contes, les descriptions provoquent en nous une
rêverie admirative. Elles nous poussent à imaginer des
éléments merveilleux : des murs en argent, des toits
en or, des mots qui se transforment en pierres précieuses…
Voici des exemples de
descriptions pour enchanter :
La
princesse
La jeune fille qui se tenait là était si frêle que sa
ceinture d’argent paraissait à peine plus large qu’un
anneau. Les perles de sa précieuse couronne ruisselaient
sur son front comme autant de larmes gelées. Elle était
toute blanche, de robe comme de visage, mais elle rayonnait
d’un tel éclat que le prince ne parvenait pas à détacher
d’elle son regard.
Karel Jaromir Erben,
Passetout,
Siffletou et Miretou, © Ed. Gründ.
Les
objets
On mit devant chacune d’elles un couvert magnifique, avec
un étui d’or massif où il y avait une cuiller, une
fourchette et un couteau de fin or, garnis de diamants et
de rubis.
Charles Perrault,
La Belle au
bois dormant.
Les
lieux
Elle couchait tout au haut de la maison, dans un grenier,
sur une méchante paillasse, pendant que ses sœurs étaient
dans des chambres parquetées, où elles avaient des lits des
plus à la mode, et des miroirs où elles se voyaient depuis
les pieds jusqu’à la tête.
Charles Perrault,
Cendrillon ou
la petite pantoufle de verre.
Les
obstacles
Il aperçut un vilain rocher noir comme de l’encre, d’où
sortait une grosse fumée, et au bout d’un moment un des
dragons qui jetait du feu par les yeux et par la
gueule : il avait le corps jaune et vert, des griffes,
et une longue queue qui faisait plus de cent tours.
Mme d’Aulnoy, La Belle aux
cheveux d’or.
Les
métamorphoses
En même temps, le roi change de figure ; ses bras se
couvrent de plumes et forment des ailes ; ses jambes
et ses pieds deviennent noirs et menus ; il lui croît
des ongles crochus ; son corps s’apetisse ; il
est tout garni de longues plumes fines et déliées de bleu
céleste ; ses yeux s’arrondissent et brillent comme
des soleils ; son nez n’est plus qu’un bec
d’ivoire ; il s’élève sur sa tête une aigrette blanche
qui forme une couronne ; il chante à ravir et parle de
même. En cet état, il jette un cri douloureux de se voir
ainsi métamorphosé, et s’envole à tire d’aile pour fuir le
funeste palais de Soussio.
Mme d’Aulnoy,
L’oiseau
bleu.
Les sons et les couleurs
Oh ! mes amis !
C’était maintenant une musique merveilleusement douce, et
si joyeuse qu’elle donnait tout de suite envie de courir et
de danser. Les notes fuyaient en cascades légères, des
milliers d’oiseaux invisibles pépiaient et se poursuivaient
dans le ciel. L’herbe d’été bruissait doucement sous la
brise et les grillons faisaient retentir en cadence leurs
cymbales et leurs claquettes… Puis chantaient des nuits
légères toutes pailletées d’étoiles, de fées et de rondes
d’elfes… Et les doigts du Joueur deviennent eux-mêmes des
elfes, et dansent, dansent, sur la flûte, de plus en plus
rapides et joyeux.
Samivel, Le joueur de flûte de
Hamelin, © Flammarion, Castor Poche,
1990.
Huitième
étape : S’évaluer
Avant de rendre votre texte au professeur et de le faire
lire aux autres, vérifiez les points suivants :
1. Ai-je écrit un conte
merveilleux ? Mon texte contient-il des éléments
magiques ?
2. Mon texte comporte-t-il un héros, une mission à
accomplir, des aides, des opposants ?
3. Mon héros triomphe-t-il à la fin du conte ?
4. Ai-je rapporté des paroles, décrit des personnages, des
lieux, des objets ?
5. Ai-je bien écrit mon récit à la troisième personne du
début à la fin du récit ?
6. Ai-je bien écrit mon texte au passé simple ?
7. Ai-je évité le plus possible les mots du langage
oral : « et », « alors »,
« puis », « ensuite », « il y
a » ?
8. Mes phrases sont-elles complètes ?
9. Mes phrases sont-elles complètes ?
10. Ai-je pensé à la ponctuation, à mettre des majuscules
en début de phrase et aux noms propres ?
Neuvième
étape : Donner sa forme au texte
Maintenant, sur votre brouillon, marquez les endroits du
texte où vous allez délimiter des paragraphes, passer une
ligne. Recopiez soigneusement votre texte, et, si vous le
pouvez, tapez-le à la machine ou sur votre ordinateur.
Pensez à illustrer certains passages, à numéroter les pages
Dixième
étape : Lisez votre texte à vos camarades et écoutez
les leur.
Voici un conte inédit, écrit par des enfants.
Le grand voyage de Dimitri
Il était une fois un prince qui s’appelait Dimitri
Galhouzof et qui habitait le Pays du Bonheur, par delà cinq
royaumes et cinq océans.
Ce prince était très beau mais il ne parlait guère et il
était toujours très pâle. Un jour que son père était très
inquiet à son sujet, il lui demanda la raison pour laquelle
il était si triste. Le prince lui répondit :
« Il y a de cela une année, sept mois et trois lunes,
j’ai fait un songe. dans un jardin magnifique où coulait
une rivière, j’ai vu une belle princesse aux cheveux d’or,
au teint frais. Elle était si belle que je traverserais
pour elle le monde entier pour la retrouver. Je n’aurai à
nouveau plaisir de vivre que lorsque je l’aurai près de
moi.
— Pars donc, mon fils, à travers le vaste monde, prends
tout ce que tu voudras pour aller à sa recherche. Je te
donne une bourse contenant assez d’argent pour faire le
tour du monde et revenir avec ta bien-aimée. Je te donne
aussi mon cheval rapide, mais prends bien garde de lui
donner chaque jours à manger dix fleurs de lys, sinon il
périra. Rends-toi à l’écurie où tu trouveras deux sacs
remplis de fleurs de lys. Je te souhaite bon voyage en
espérant que tu reviendras vite. Ah ! j’allais oublier
de te donner cette corne magique. Si tu es en danger,
souffle trois fois dedans et un aigle géant apparaîtra pour
te porter secours. Mais prends garde, tu ne pourras
l’appeler que trois fois. Au revoir, mon fils ! »
Le lendemain à l’aube, le prince chargea son cheval et
quitta le château sans se retourner pour que son père et
ses sujets ne s’aperçoivent pas qu’il était triste de les
quitter.
Après quelques jours de route, il arriva à la lisière d’un
bois dont son père lui avait souvent parlé comme étant un
lieu très dangereux. Plusieurs personnes avaient déjà
essayé de le traverser mais aucune n’était ressortie. Le
prince continua pourtant son chemin.
Au bout de quelque temps, il rencontra une pauvre vieille
femme qui lui demanda un peu de nourriture :
« Jeune homme, peux-tu me donner un peu de pain, même
rassis. Ça fait des jours et des jours que je n’ai rien
mangé, je ne peux pas bouger à cause du monstre qui hante
la forêt et qui vole toute notre nourriture. »
Le prince lui demanda :
« Mais de quel monstre parlez-vous ?
— je t’en parlerai, mais donne-moi d’abord à manger.
— Tenez, lui dit le prince, et parlez-moi de ce monstre si
cruel. »
Et la femme commença son récit :
« C’est un monstre horrible, qui en marchant écrase
tout sur son passage et chaque fois qu’il rencontre un être
humain, il le prend dans sa main, et sa main est si énorme
que la personne est étouffée. Ensuite, il la dévore. Il y a
pourtant un moyen de le vaincre.
— Lequel ?
— Eh bien, voilà. Dès que le monstre est endormi, il faut
lui faire avaler un plein sac de fleurs de lys.
— Mais comment s’y prendre pour lui faire ouvrir la
bouche ?
— C’est pourtant simple, mais moi je ne peux pas le faire,
je suis trop vieille et les autres ont trop peur. Pour te
rendre chez lui, tu dois aller tout droit, et quand tu
verras la cascade, tu seras presque arrivé. Passe au
travers de la cascade et là, tu trouveras une grande porte,
si lourde à ouvrir que tu n’y arriveras pas. Au bas il y a
un petit trou et tu pourras t’y glisser. Quand tu seras à
l’intérieur, tu verras l’ogre endormi et tu devras arriver
au niveau de sa bouche en moins d’une heure, car il est
vraiment gigantesque. Arrivé là, tu t’aplatiras sur son
nez. Pour respirer, il sera obligé d’ouvrir la bouche et à
ce moment-là, tu videras le sac.
— Et s’il est encore éveillé quand j’arrive ?
— ne t’inquiète pas, cache-toi au sommet de cet arbre et
observe le ciel. Dès que tu verras passer un vol d’oiseaux
couleur de l’arc-en-ciel, ce sera l’heure où le monstre
s’endort. Tu pourras partir. Je t’attendrai ici jusqu’à la
nuit, si tu n’es pas là, je saurai que tu es mort. Si tu
réussis, je te le revaudrai. »
Bientôt les oiseaux passèrent et le prince se mit en route.
Tout se passa comme la vieille lui avait dit, et bientôt il
se trouva aux pieds de l’ogre. Le prince commença
l’escalade du corps. Arrivé sur le ventre, l’ogre se
trémoussa. Le prince s’arrêta et se cacha dans le nombril.
Quand l’ogre ne bougea plus, le prince reprit son
ascension. En grimpant après la barbe, il arriva jusqu’à la
bouche. Il se hissa sur le nez, l’ogre ouvrit alors la
bouche.
Dimitri s’empressa de vider le sac, mais, entraîné par son
geste brusque, il tomba dans la bouche de l’ogre et eut
juste le temps de se raccrocher à la luette. A peine
s’était-il agrippé qu’il sentit ses forces qui commençaient
à l’abandonner. Il était prêt à lâcher prise, quand il se
rappela la corne que son père lui avait donnée. Il essaya
de l’attraper avec une de ses mains engourdies. Il réussit
enfin et souffla trois coups brefs. A peine le troisième
coup avait-il sonné qu’il tomba dans la gorge de l’ogre.
Mais tout à coup, surgissant de nulle part, l’aigle arriva
et put de justesse attraper le prince. L’aigle le déposa
aux pieds de la vieille femme qui lui dit :
« As-tu réussi ?
— Oui, j’ai réussi, avec peine, dit Dimitri.
— Je sais que tu cherches la princesse Tatiana, dit la
femme. Le chemin est long et je ne me souviens que d’une
courte partie. Je vais te l’indiquer. Sors de ce bois,
continue tout droit sans t’arrêter jusqu’à une rivière.
Suis-la sur la gauche et chemin faisant tu trouveras deux
affluents. Là, je ne sais pas lequel il faut prendre. Mais
tu trouveras peut-être quelqu’un qui te le dira. »
Dimitri remercia la femme et attendit le lever du soleil
pour se mettre en route.
Le lendemain, avant de partir, il donna dix fleurs de lys à
son cheval et s’aperçut que si le chemin était vraiment
long, son cheval n’irait pas jusqu’au bout…
Cependant il prit le chemin indiqué. Le soir, Dimitri
arriva sur les bords de la rivière. Il y passa la nuit. Le
lendemain, il lui fallut encore donner dix fleurs de lys au
cheval.
Le prince se remit en route et arriva au bout d’une
demi-journée aux deux bras de la rivière. Comme le prince
ne savait pas quelle direction prendre, il s’installa
contre un arbre pour manger.
Au bout de quelques minutes, il entendit une voix
chevrotante qui hurlait :
« Mais qui s’appuie sur mon dos et me fait si
atrocement mal ? »
Dimitri n’eut pas le temps de s’étonner qu’il se retrouva à
terre. Quand il se releva, il vit devant lui un petit lutin
rabougri tout vêtu de vert qui lui dit d’une voix
hargneuse :
« C’est toi qui m’as fait mal ? Pour te faire
pardonner, invite-moi à manger.
— Mais je ne te connais pas, dit le prince ahuri, comment
aurais-je pu te faire mal ? »
Le lutin un peu calmé reprit :
— Lorsque j’étais arbre, tu t’es appuyé contre moi.
— Tu peux te transformer en arbre ?
— Mais bien sûr ! et pas seulement en arbre, j’avoue
que je ne suis pas n’importe qui : je suis Monsieur
Balthasar le lutin vert !
— Puisque tu sais tant de choses, peut-être pourras-tu
m’aider. Mais avant tout, partage mon repas… Voilà, je
cherche la très jolie princesse Tatiana mais je ne sais pas
quel bras de rivière suivre à cet endroit de mon chemin.
— Ce n’est que ça ? Mais ce n’est rien pour un être
aussi intelligent que moi. Je connais bien la route :
le bras gauche de cette rivière et puis tout droit pendant
cinq heures. »
Sur ce précieux conseil, Dimitri décida de se reposer le
reste du jour et de repartir le lendemain.
A l’aube, Dimitri donna à son cheval dix fleurs de lys et
s’aperçut que le sac était aux trois-quarts vide. Alors il
décida de ne lui en donner que cinq à partir du lendemain
pour qu’il puisse finir le voyage.
Il prit la route que lui avait indiquée Balthasar. Il
marcha longtemps, longtemps et bientôt arriva aux portes de
la ville. Il entra et commença à chercher le château de la
princesse. Il passa devant une boulangerie dont l’enseigne
était marquée d’un gros pain ; il y avait une bonne
odeur de pain frais qui tournait dans la rue. A quelques
pas de là, il vit une boucherie dont la vitrine était
multicolore.
« Quelle drôle d’idée », pensa Dimitri.
Juste à côté, il vit un restaurant :
Chez
Léon.
Plus loin dans la rue, un cordonnier dont la boutique se
nommait A la chaussure
trouée.
Il tourna à droite, ensuite à gauche et il se retrouva dans
une rue semblable à celle dans laquelle il était
passé : même boulangerie, même boucherie, même
restaurant et même enseigne de cordonnier. Il décida de
prendre à gauche et il retrouva encore la même rue !
Dimitri, paniqué, et ne sachant plus où aller, entra dans
la boulangerie. A sa grande surprise il vit le boulanger
qui coupait un porc. Ébahi, il ressortit et rentra dans la
boucherie où il vit le boucher pétrir du pain. Catastrophé,
il se rendit compte que dans les boutiques, personne ne
respectait son enseigne. Complètement désorienté, il
attrapa sa corne, souffla trois fois et l’aigle apparut. Il
l’emmena aux deux bras de la rivière et le replaça sur la
bonne route. Dimitri entendit le ricanement idiot du lutin
vert Balthasar qui s’enfuyait jambes à son cou.
La nuit tombait et Dimitri décida de repartir à la pointe
du jour. Au soleil levant, il n’oublia pas de donner cinq
fleurs de lys au cheval et il reprit son chemin. Après
quelques lieues de route, Dimitri se rendit compte que son
cheval marchait de moins en moins vite. Au bout d’un
moment, le cheval s’effondra. Dimitri regarda dans son sac
et s’aperçut qu’il n’y avait plus de fleurs de lys.
Alors il prit sa corne et appela l’aigle, qui le déposa aux
portes de la ville qu’il avait vue dans son rêve lointain.
Bientôt il arriva au château et demanda aux gardes de voir
sa majesté le Roi. Le Roi voulut bien le recevoir quand il
sut qu’il s’agissait d’un prince.
Dans la salle du trône, Dimitri fit son entrée et salua le
roi.
« D’où viens-tu, étranger ? dit le Roi d’une voix
grave et majestueuse.
— Ô Roi ! Je m’appelle Dimitri Galhousof et mon père
est le Roi du Pays du Bonheur. Et si je viens de loin,
c’est que j’ai fait un rêve il y a longtemps, et dans ce
songe, j’ai vu votre fille la princesse Tatiana et depuis,
je la cherche. Si je ne puis l’épouser, je sens que j’en
mourrai.
— Si tu es aussi amoureux d’elle que tu le prétends, tu
pourras la reconnaître parmi toutes les jeunes filles de la
cour. Elles seront toutes vêtues de la même façon et leur
visage sera recouvert d’un voile épais ne laissant rien
paraître. Ce sera à toi de la trouver. »
La nuit venue, la princesse Tatiana qui avait tout entendu,
rejoignit Dimitri dans sa chambre et lui dit d’une voix
douce :
« Mon cher Dimitri, pour me reconnaître, il faudra
demander le nom de mon père à toutes les jeunes filles.
Celle qui pourra répondre sera ta bien-aimée, car moi seul
connais le nom de mon père. »
Le lendemain, le Roi fit venir Dimitri dans la salle du
trône et l’épreuve débuta. Le prince commença à questionner
les jeunes filles qui étaient toutes identiques et aucune
ne put répondre, sauf une : la princesse Tatiana qui
lui dit :
« Mon père s’appelle Sergueï Strogoff. »
Alors le prince déclara au Roi :
« C’est elle ma bien-aimée. »
Et le Roi dit :
« Tu as raison, Dimitri. Je te donne la main de ma
fille. »
Le jour suivant, on donna une fête pour leur mariage. Cette
fête dura toute une semaine, et puis Dimitri et Tatiana
partirent au Pays du Bonheur, où Dimitri présenta sa
bien-aimée à son père et à tout le pays. Ils vécurent
heureux longtemps, et s’ils ne sont pas morts, c’est
certainement qu’ils vivent encore
Conte écrit par Cédric,
Véronique, Martine, Stéphanie, Aliénnor, Anne-Valérie,
Lætitia, Maison des Enfants de
Bordeaux.
Étude publiée dans
Textes et méthodes 6e
NATHAN, 1995.