Manier l’ironie et l’humour
Objectif : distinguer l’ironie et l’humour et choisir
l’un de ces procédés selon le cas
Observation
Un
prince puissant
M. le baron [de Thunder-ten-tronck] était l’un des plus
puissants seigneurs de la Westphalie, car son château avait
une porte et des fenêtres. Sa grande salle même était ornée
d’une tapisserie. Tous les chiens de ses basses-cours
composaient une meute dans le besoin ; ses
palefreniers étaient ses piqueurs ; le vicaire du
village était son grand aumônier. Ils l’appelaient tous
Monseigneur, et ils riaient quand il faisait des contes.
Mme la baronne, qui pesait environ trois cent
cinquante livres, s’attirait par là une très grande
considération, et faisait les honneurs de la maison avec
une dignité qui la rendait encore plus présentable. Sa
fille Cunégonde, âgée de dix-sept ans, était haute en
couleur, fraîche, grasse, appétissante. […]
Un jour, Cunégonde, en se promenant auprès du château, dans
le petit bois qu’on appelant parc,
vit entre les broussailles le docteur Pangloss qui donnait
une leçon de physique expérimentale à la femme de chambre
de sa mère, petite brune très jolie et très docile. Comme
Melle Cunégonde avait beaucoup de dispositions pour les
sciences, elle observa, sans souffler, les expériences
réitérées dont elle fut témoin ; […] et s’en retourna
tout agitée, toute pensive, toute remplie du désir d’être
savante, songeant qu’elle pourrait bien être la raison
suffisante du jeune Candide, qui pouvait aussi être la
sienne.
Voltaire, Candide.
Questions
1. Quels exemples Voltaire donne-t-il de la puissance et
des richesses du baron ?
2. Quelle idée ressort de ces exemples ? Quel est
l’effet produit ?
3. D’où vient que Mme la baronne est très
respectée ? Comment le lecteur réagit-il à cette
affirmation ?
4. Dans les deux premiers paragraphes quelle contradiction
voyez-vous entre ce qui est dit et ce qui est
sous-entendu ?
5. Dans le troisième paragraphe, le procédé comique employé
est-il le même que dans les deux premiers ?
Leçon
Écrire un texte comique implique de créer une situation de
communication un peu particulière.
Celle-ci exige des compétences précises de la part du
récepteur.
L’énoncé n’est pas à prendre au sens littéral : il
contient un sens implicite qui est plus important que
le sens explicite des paroles prononcées.
1.
L’antiphrase et l’ironie
• L’antiphrase est un procédé de style qui consiste à
dire le contraire de ce que l’on veut réellement exprimer.
Elle peut avoir des connotations tristes, tragiques,
indignées ou comiques.
• L’ironie est le plus souvent fondée sur une antiphrase à
effet comique.
L’ironie se distingue du mensonge, de la tromperie, de
l’hypocrisie : l’émetteur ne cherche pas à tromper le
récepteur.
L’ironie établit une relation entre le sens explicite des
paroles prononcées et leur sens implicite : elle
signifie
le contraire de ce qu’elle dit.
L’émetteur fait un contresens volontaire que le récepteur
doit déchiffrer.
L’ironie est moqueuse, elle critique, elle agresse, elle
vise un personnage victime. Elle est utilisée dans le
pamphlet, court écrit de caractère satirique, qui attaque
avec violence une opinion commune.
L’ironiste :
— dit le contraire de ce qu’il veut suggérer ;
— insère dans son message un signal clair qui prévient son
interlocuteur de ses intentions (intonation à l’oral,
guillemets, points d’exclamation, points de suspension à
l’écrit)
Ex. : De l’Académie Française :
Ils sont
quarante, qui ont de l’esprit comme quatre.
(Alexis Piron)
2.
L’autodérision
Il arrive que l’émetteur exerce son ironie ou son humour
contre lui-même : on appelle cette attitude
l’autodérision. Elle traduit souvent un certain courage
face à une situation difficile. On dit que l’autodérision
est « la politesse du désespoir ».
Ex. : Pierre Cami, à 74 ans, venait d’être amputé
d’une jambe :
« Tout va bien, j’ai
déjà un pied dans la tombe. Et comme je deviens sourd, je
n’entendrai pas ma dernière heure sonner. »
3.
L’humour
L’humour est une catégorie du comique. Il correspond à un
état d’esprit.
L’humour
exprime moins qu’il ne veut dire. Sa figure de prédilection
est la litote, le raccourci.
L’humour oblige le récepteur à chercher ailleurs, ou
autrement, l’information que l’émetteur ne lui donne pas
directement.
L’humoriste
— fait la découverte d’un fait réel jusque-là passé
inaperçu ;
— retourne à la réalité pour la minimiser ou la nier.
L’humoriste dit parfois les choses les plus terribles sans
avoir l’air d’y toucher.
Ex. : Dis, Chaton, comment s’est
passée cette première journée d’école ? As-tu été
sage, Chaton ? As-tu bien mangé ton goûter ? Et
tu n’as pas fait pipi dans ta culotte, Chaton ? Et dis
à Maman, Chaton, qu’est-ce que tu as appris à
l’école aujourd’hui ?
— J’ai appris que je m’appelle Joseph.
(L. Rocheman)
4.
Ironie, autodérision et humour
De la
provocation à la connivence
(Tableau très simplifié, d’après
J.-M. Defays,
Le Comique,
© Seuil, 1996. Les exemples sont de Sigmund
Freud)

(sur le côté gauche du
tableau, la flèche entre « connivence » et
« provocation » marque les degrés.)
Exercices
1.
Déterminez le procédé utilisé dans chacun des courts textes
suivants : ironie, autodérision, humour.
A. Toutes les périodes de guerre ont été favorables à
l’émancipation des femmes.
— Ah bon ? Vivement la prochaine !
B. Je t’aime, Sacha. Et toi ?
— Moi aussi, je m’aime. (S. Guitry)
C. De quoi a parlé le pasteur pendant son
sermon ?
— Du péché. Il est contre.
D. Pourquoi es-tu toujours devant la télé ?
— Il n’y a pas grand-chose derrière.
E. Il y a deux sortes de femmes : celles qui sont
jeunes et jolies, et celles qui me trouvent encore bien.
(S. Guitry)
F. Le café est un breuvage qui fait dormir quand on
n’en prend pas.
G. Elle est belle comme la femme d’un autre. (M.
Pagnol)
2.
Le texte suivant est-il ironique ? Pourquoi ?
Ajoutez éventuellement des signes de
ponctuation.
Un peu de chanson française,
enfin !
Nous en avons assez de cette musique qui ressemble plus au
bruit d’un ordinateur mal réglé qu’à une chanson
Que c’est agréable de pouvoir comprendre ce que l’on
chante, même si parfois il vaut mieux ne pas comprendre.
Bien sûr on ne peut pas les comparer à des chanteurs connus
comme Edith Piaf, Yves Montand ou Charles Trenet, mais nos
gentils petits nouveaux font quand même un tabac dans les
autres pays. Par exemple « Jo le taxi » était
très connu en Grande Bretagne lors de sa sortie.
Aidons nos chers bambins à ne pas avoir honte des talents
musicaux des Français. C’est pour cela que je soutiens la
diffusion des variétés françaises à la radio et que même si
Julien Clerc est un peu démodé, ce n’est pas une raison
pour ne pas le passer.
Forcément les jeunes écoutent plus I AM, MC Solaar ou
Téléphone, mais je pense qu’ils devraient aussi s’instruire
sur la vraie chanson française comme Dave, Claude François
ou Johny Halliday.
Brigitte, élève de 4e
3.
Quels procédés sont utilisés dans le texte suivant ?
Dans quel but ? À votre tour, écrivez un pamphlet sur
un sujet qui vous tient à cœur.
Le football
Le football… n’est-ce pas ce sport où on paie des gens (pas
toujours par leur équipe…) pour courir après un ballon et
s’écrouler par terre en hurlant au moindre contact ?
Si ?
Remarquez, il y a des avantages à être footballeur :
on vous paie des voyages autour du monde en pension
complète ; on vous signe de gros chèques avec tout
plein de petits ronds (comme le truc dans lequel il faut
mettre des coups de pied).
Tout ce que vous avez à faire c’est de courir sur un grand
terrain vert et faire des galipettes dès qu’un adversaire
(facile à reconnaître, ils n’ont pas le même maillot…)
s’approche. Il faut aussi faire semblant d’avoir mal,
autrement l’arbitre se pose des questions. Le mieux c’est
quand il sort un petit bout de papier rouge ou jaune parce
que les autres, ils ne sont pas contents.
Il y a autre chose, beaucoup plus dur à réaliser :
c’est donner un coup de pied dans le ballon (pas facile, ça
bouge tout le temps !) pour l’envoyer pas trop loin
d’un des buts (c’est là où il y a des grosses barres
blanches, c’est facile à repérer !) Si, en plus,
il entre dedans, alors tous les gens qui sont dans les
tribunes vous applaudissent (sauf si ce n’est pas le bon
but, mais là, c’est une autre histoire…)
En fait le fin du fin c’est quand un inconnu vous paie pour
ne rien faire du tout sur le terrain et vous demande de ne
pas en parler. Je me demandais pourquoi, jusqu’à ce qu’ils
me mettent en cage, maintenant je sais…
Propos recueillis par Fabien,
élève de 4e, auprès de M. Montapie.
Fiche
d’autoévaluation
• J’ai écrit un texte en utilisant des procédés
comiques.
• J’ai donné à mon lecteur des signaux qui le préviennent
de mon intention.
• Selon le sujet choisi, j’ai utilisé l’ironie ou l’humour.