LIEUX SECRETS ET NOIRS FANTASMES 2
ANTHOLOGIE DE NOUVELLES FANTASTIQUES
écrites par des élèves de 4e
LE MANOIR DE LA BAGUE
C’était en 1968 dans une petite maison de campagne, où
vivait un couple âgé d’une quarantaine d’années. Ils
avaient deux enfants, Amandine et Julien. Et un chat.
Amandine avait quatorze ans, Julien sept ans, et le chat
Gribouille guère plus.
C’était une famille très riche et très heureuse jusqu’au
jour où le père décéda brusquement d’une crise cardiaque.
Pour oublier ce malheur, ils décidèrent d’aller vivre à
l’autre bout du pays dans un vieux manoir déniché par
petites annonces et après plusieurs coups de téléphone. Ce
manoir était immense, quoiqu’ayant besoin de beaucoup de
travaux et de nettoyage, mais cela ne leur faisait pas
peur, leur esprit serait occupé pendant ce temps-là.
L’ancienne propriétaire, veuve également depuis de longues
années et très âgée, ne se déplaçait plus dans les étages
supérieurs et cet abandon avait fait le bonheur des
araignées, des écureuils, et de quelques lézards qui y
trouvaient refuge. Véronique était fatiguée par son
chagrin, elle demanda alors à ses enfants un soutien moral
efficace pour l’aider à déménager et à rénover leur foyer.
Après une première journée d’effort, les enfants allèrent
se coucher épuisés. Le lendemain, surpris de l’excellente
nuit sous leur nouveau toit et malgré le peu de confort,
ils furent heureux d’annoncer à leur mère devant un bol de
chocolat chaud le plaisir qu’ils auraient dorénavant à
vivre dans leur nouvelle demeure. Véronique, quant à elle,
ressentit plus que jamais l’absence de son époux, mais se
tut pour ne pas gâcher leur première joie depuis le décès
de leur père.
Dans ce manoir, il y avait des cartes anciennes, de
vieilles bonbonnes de verre contenant des liquides bizarres
à l’odeur fétide, des boîtes recouvertes d’une épaisse
poussière et remplies de papiers, de vêtements et de
dentelle du siècle dernier, des vieux chapeaux aussi, et
par endroits, dans des recoins, quelques noisettes, traces
du passage des écureuils. Au plafond, sous la couverture
d’ardoises, d’immenses toiles d’araignées avaient effrayé
les nouveaux locataires dans leur visite du grenier. Il y
avait beaucoup de ménage à faire, mais c’était en bonne
voie. Plusieurs semaines étaient passées déjà, l’été
finissait et tout le monde appréciait la douceur des
soirées du sud de la France.
Un soir, en fouillant dans un vieux chiffonnier abandonné
par l’ancienne propriétaire, Véronique trouva une bague
dans un meuble, une bague resplendissante, glissée, cachée
sous des sous-vêtements en satin. Le rubis était énorme,
plusieurs carats sûrement, d’un rouge flamboyant, les
professionnels l’appellent « Sang de pigeon », et
de plus il était entouré de nombreux diamants. Elle resta
interloquée par tant de beauté. Bien que la bague ne lui
appartînt pas, et après avoir hésité pendant quelques
jours, elle décida de porter le bijou puisque ça ne causait
de tort à personne. Un matin, Amandine s’étonna de voir un
tel bijou au doigt de sa mère, qui lui avoua immédiatement
comment elle l’avait trouvée. Comme elles avaient une
grande complicité, cela ne choqua pas l’enfant qui ne posa
plus aucune question.
Le chat découvrit petit à petit les différentes pièces du
manoir, mais il y avait un lieu qu’il affectionnait
particulièrement, et il y dormait très souvent : le
coussin du tabouret près de la cheminée, dans la
bibliothèque. La pièce avait longtemps été encombrée des
différents cartons de déménagement mais depuis peu, elle
avait retrouvé tout son charme et son confort et on pouvait
y découvrir maintenant des murs entiers de livres
dépoussiérés, des tableaux anciens et une immense glace
au-dessus de la cheminée. Un bureau ancien et un canapé de
cuir complétaient le tout. Toute la chaleur de la maison et
de cette nouvelle vie à trois régnait là.
Un soir alors qu’ils dînaient dans l’immense cuisine, ils
avaient été attirés par le miaulement étrange du chat.
Julien se dirigea vers la bibliothèque, suivi de près des
autres membres de la famille et ils observèrent un
phénomène bizarre et inquiétant. Sur les lieux, Véronique
et ses enfants constatèrent avec beaucoup d’étonnement,
enveloppant la cheminée, un nuage de brouillard intense à
travers duquel un paysage champêtre ensoleillé
apparaissait. Le chat, curieux, était alors comme attiré
par un nouvel espace qui se dessinait à lui et devant la
famille paralysée, Gribouille s’enfonça vers ce lieu
inconnu. Et tout disparut brusquement ! Le fond de la
cheminée redevint normal mais le tabouret du chat resta
vide.
Un instant plus tard, la stupéfaction s’atténuant, la
maîtresse de maison s’étonna d’une forte chaleur à son
doigt émanant du rubis. Elle se sentit alors saisie d’un
malaise, pleine de frissons, qu’elle ne put décrire à ses
enfants qui l’entouraient pourtant de toute leur affection.
Plusieurs questions trottaient dans leurs esprits, mais la
plus importante restait la disparition du chat. Était-elle
momentanée ? Depuis des années, cette boule de poils
les suivait partout et l’attachement réciproque était
profond. Julien surtout à qui le chat avait été offert dès
son plus jeune âge. Gribouille avait accompagné ses
premiers pas.
La visite du manoir s’imposait donc. Particulièrement les
pièces voisines de la cheminée. Aucune anomalie
pourtant ! Les jours passaient, aucune nouvelle de
leur compagnon. Même le voisinage fut interrogé, nul recoin
de la maison ou du jardin ne fut oublié. Gribouille restait
introuvable. Julien était très triste, et les larmes lui
montaient souvent aux yeux en constatant le tabouret
désespérément vide. Mais Véronique restait toujours
intriguée par le phénomène survenu à son doigt.
Depuis ce soir-là l’hésitation pour entrer dans la
bibliothèque était permanente. Souhaitant impatiemment le
retour de son chat, Julien allait régulièrement s’asseoir
sur son tabouret devant la cheminée comme si ce simple
geste pouvait le faire réapparaître.
Un soir, alors qu’elle était occupée à mettre le couvert,
Véronique eut un pressentiment étrange ; un doute
inexplicable s’empara d’elle. Elle appela Julien d’abord
calmement, puis ne recevant pas de réponse, intensifia ses
appels. Elle se dirigea rapidement à travers les multiples
pièces pour ouvrir subitement la bibliothèque.
Immédiatement, une immense peur l’envahit. Julien assis sur
le tabouret de son chat, devant le feu, était comme
hypnotisé par les flammes. Et alors qu’elle ouvrait la
bouche pour le réveiller, l’étrange brouillard réapparut,
la bague se remit à chauffer, de plus en plus fort, et afin
d’écarter tout risque d’une nouvelle disparition, celle de
son enfant chéri, elle réalisa soudain que le retrait de
cette bague résoudrait probablement tous leurs malheurs.
Elle la jeta à travers la pièce, saisit son fils et
l’entoura violemment de ses bras comme pour lui éviter de
suivre le même chemin qu’avait pris Gribouille.
Regardant la cheminée, elle revit le paysage qui s’effaçait
lentement. Simultanément, le brouillard s’estompait, ne
laissant que quelques traces d’humidité sur le sol. Julien
avait le visage pâle, il était bouleversé comme se
réveillant après un cauchemar, le front en sueur, l’air
interloqué, les mains tremblantes.
Ces instants d’émotion passés, ils se mirent tous les trois
à chercher le bijou. Partout. Sans résultat. Ils
continuèrent le lendemain et après un ménage complet de
cette pièce qu’ils aimaient tant, la bague restant
introuvable, ils finirent par renoncer.
Cette bague aurait-elle été à l’origine de ces phénomènes
vécus par les nouveaux occupants ? Pourquoi avait-elle
été oubliée par son ancienne propriétaire ? Celle-ci
n’était-elle pas désormais trop âgée pour se la
rappeler ? On ne sait pas et on ne saura probablement
jamais. On ne revit jamais Gribouille et plus aucun
incident ne se manifesta ultérieurement.
Cyril
DES MIROIRS PROFONDS COMME DES TOMBEAUX…
« Georgio !
— Quoi ?
— N’oublie pas d’y aller.
— Où ça ?
— Georgio ! Je t’ai dix mille fois d’aller à la
réception que donnait Emma. Tu sais, elle a fait beaucoup
pour nous…
— Eh oui ! Encore une de ces réceptions
mondaines !
— Arrête.. .
—Bon, o.k., j’irai, ma poupée. »
Je m’approchai de ma femme, ma perle adorée, Cathérina. Je
l’enlaçai, elle se retourna et m’embrassa. Elle me glissa
dans l’oreille :
« Je dois y aller, désolée, chéri, mais une conférence
de presse, ça n’attend pas ! »
Elle quitta la pièce d’un pas pressé, j’entendis la voiture
démarrer, puis s’éloigner.
Cathérina était une femme comblée. C’était une actrice
renommée et moi, son mari, j’étais aussi son imprésario. Je
montai dans la chambre. La fenêtre était ouverte, un air
doux soufflait dans la pièce, c’était agréable. Je
m’installai devant le miroir accroché au mur. Il était
petit et ovale. Lorsque nous nous étions installés dans
cette maison, la première chose que ma femme fit, ce fut de
le fixer au mur. Chaque matin elle vérifiait s’il était
toujours à sa place. Je n’ai jamais compris cet attachement
qu’elle lui portait. Elle m’avait expliqué qu’il venait de
Russie, et que c’était une voyante qui l’avait offert à son
arrière grand-père, en lui disant qu’il servirait à sa
descendance. Cathérina était très superstitieuse. J’avais
pourtant essayé de la séparer de cet objet, car il
m’inspirait plutôt le dégoût que la fascination.
Pourtant, depuis quelques jours, je me sentais une
attirance inexplicable vers ce miroir. À chaque fois passai
devant, une force m’obligeait à le fixer des yeux. Et
aujourd’hui encore, je ressentais cette attraction. Je
continuai à le fixer des yeux et vis que mon reflet
devenait trouble. J’approchai du miroir et, chose étrange,
je sentis un courant d’air frais qui venait de la glace. Je
posai lentement ma main sur le verre, mais au lieu de
s’appuyer sur le miroir, elle s’enfonça lentement, puis mon
bras, maintenant je ne pouvais plus revenir en
arrière ; j’avais été entièrement aspiré par l’objet.
Je ne voyais rien, j’étais plongé dans le noir.
J’entendis un grincement, je supposai qu’on ouvrait la
porte ; quelqu’un marchait dans la pièce. Ce devait
être Cathérina car je reconnus les claquements de ses
talons aiguilles. Je me mis à crier de toutes mes forces
mais elle ne sembla par réagir. Je l’entendis parler mais
elle ne s’adressait pas à moi, elle devait être au
téléphone. Je criai encore, je l’appelai, mais je n’avais
aucune réponse ; j’étais épuisé. Je repris mon souffle
car de toute façon elle n’entendait pas. J’écoutai sa
conversation.
« Oui, ça a marché ; enfin, je pense. Je leur
avais dit de ne pas reprendre contact, je pense qu’ils
m’auraient quand même prévenue s’il y avait eu un problème.
Maintenant, il doit être mort. Ah ! Ah !
J’imagine la surprise qu’il a eue en arrivant chez Emma, et
en ne voyant personne ! Maintenant, il doit être en
train de flotter dans la Seine ! Ah ! Mon cher
mari… »
Je compris : elle avait voulu me tuer ! Et moi
qui croyais qu’elle m’aimait ! Et maintenant j’étais
prisonnier d’un miroir ! Peut-être le
savait-elle ? Après tout, elle pouvait faire semblant
de m’ignorer. C’est une actrice ! J’avais envie de me
révolter. Mais comment ? Cathérina avait prévu de
partir en Russie après avoir hérité de ma fortune.
Elle avait raccroché le téléphone. Elle commençait à faire
ses bagages ; elle avait sans doute pris le miroir,
car soudain je me sentis soulever.
Cathérina tenait dans sa main son cher miroir mais elle le
laissa tomber maladroitement.
« Mince ! Sept ans de malheur ! »
Elle baissa la tête. Le sol était maculé de sang.
Aurélie et Marie
OMBRES, SARCOPHAGES ET LABYRINTHES
Je passai une lourde porte richement sculptée et pénétrai
dans le hall de la bibliothèque où j’avais été muté. Une
jeune femme qui paraissait connaître l’établissement
m’indiqua où se trouvait le secrétariat. Je me tournai
alors dans la direction indiquée et pénétrai dans un grand
bureau où deux femmes travaillaient devant des ordinateurs.
L’une d’elles tourna la tête et me demanda :
« Que désirez-vous ?
— Je suis le nouveau documentaliste.
— Ah ! Nous attendions votre arrivée. Venez, je vais
vous montrer votre nouveau bureau. » Ce bureau se
situait juste à côté du secrétariat. Je m’y installai,
puis, la journée touchant à sa fin, je décidai de rentrer
chez moi.
Le lendemain, ayant fini de m’installer, j’entamai la
visite de nom nouveau lieu de travail. Celui-ci était
composé de deux bâtiments de deux époques différentes. Le
plus récent avait été construit après la Seconde Guerre
mondiale, les bombardements ayant démoli une grande partie
de l’ancienne bibliothèque ; il n’en subsistait plus
que le hall qui datait du XVIIIe siècle. La porte
opposée à l’entrée était celle de la pièce où étaient
rangés les livres historiques. J’y pénétrai et me dirigeai
sur ma gauche. Je saisis un livre au hasard sur l’étagère
qui me faisait face. Après l’avoir feuilleté quelques
minutes, je le remis en place et m’apprêtai à en saisir un
second, beaucoup plus vieux, consacré aux pharaons. À
l’instant même où je l’empoignai, un ressort libéré par le
livre déclencha un mécanisme qui fit pivoter l’étagère.
S’ouvrit alors devant moi un couloir sombre et humide où
beaucoup d’araignées avaient tissé leurs toiles. J’avançais
avec hésitation quand un crissement me fit sursauter ;
la porte s’était refermée. Qui avait bien pu la
refermer ? Elle était si lourde ! Je me trouvais
ainsi dans l’obscurité mais, étant fumeur, j’avais toujours
un briquet sur moi. Je m’en emparai donc, l’allumai et me
dirigeai vers la porte afin d’essayer de la rouvrir.
Après m’être acharné plusieurs minutes, j’en conclus avec
amertume que j’étais prisonnier du souterrain. J’entrepris
alors la visite de l’obscur boyau. Une salle se présenta au
bout du couloir d’entrée. Elle était presque vide et
n’avait pour mobilier qu’un petit autel en pierre recouvert
d’une épaisse couche de poussière. Allant rentrer dans une
seconde salle, mon pied frappa contre un objet rond.
J’approchai mon briquet de celui-ci et distinguai,
horrifié, un crâne humain. D’autres gens avaient dû, avant
moi, rester prisonniers de ce souterrain, et l’idée de
finir ma vie comme eux me glaçait le corps. Je pénétrai
rapidement dans la seconde salle. Contrairement à la
précédente, elle était remplie de coffres et de jarres.
Comme ils étaient tous fermés, je ne pus pas en connaître
le contenu. M’approchant d’un mur, j’aperçus des
inscriptions gravées dans la pierre. À première vue, je ne
reconnus que des dessins, mais après réflexion, j’en
déduisis que c’étaient des hiéroglyphes.
La porte accédant à une troisième salle était fermée à
clef… Fatigué, je m’adossai contre un mur. Quelques
secondes plus tard, un cliquetis provenant de la porte
m’intrigua. Mes dents se mirent alors à claquer. La porte
s’ouvrit brutalement, une ombre pénétra dans la pièce et
avança vers moi. Dans la panique, mon briquet m’échappa des
mains et alla se fracasser sur le sol. Je fonçai alors
droit devant moi et après avoir violemment heurté une masse
molle et glacée, j’entrai dans la troisième salle.
Cherchant à me cacher, je tâtonnai dans l’obscurité et
tournai avec soulagement un coffre. Je m’introduisis dans
celui-ci et en refermai immédiatement le couvercle. Une
odeur nauséabonde vint alors me chatouiller les narines. Et
au fur et à mesure que le temps passait, elle devenait de
plus en plus insupportable. Ne pouvant plus rester une
minute de plus, j’enlevai le couvercle et m’extirpai du
coffre. Un léger frottement provenant de la pièce adjacente
me rappelait la présence de l’ombre. Heureusement, dans la
précipitation, je l’avais frappée avec mon poing, et
celle-ci s’était affalée par terre. Ceci me laissait donc
le temps de trouver un moyen pour m’éclairer. Après avoir
fouillé toute une partie de la pièce et m’être cogné
plusieurs fois contre les murs, je trouvai dans un recoin
une lampe à huile et des allumettes. J’allumai aussitôt la
lampe et découvris avec stupeur que le coffre d’où j’étais
sorti était en fait un sarcophage. À côté de celui-ci se
trouvaient alignés trois sarcophages identiques. Mais seul
celui d’où je sortais était ouvert.
Un second bruit provint de la salle adjacente, ce qui me
laissait croire que l’ombre s’était remise de mon coup de
poing. Je me précipitai alors vers la porte opposée à celle
par laquelle j’étais entré. L’ombre apparut alors derrière
moi, tenant un poignard à la main. À mon soulagement, la
porte s’ouvrit sans problème. Je m’engouffrai ainsi dans le
couloir qui s’ouvrait à moi.
Le boyau descendait en pente douce et devenait de plus en
plus humide. Après une centaine de mètres, je débouchai sur
un escalier. Je m’y précipitai, mais après un léger
tournant, je débouchai sur un cul-de-sac. J’entendais
l’ombre monter l’escalier. Dans la panique, je donnai de
grands coups de pied contre le mur face à moi. À mon
étonnement, celui-ci s’enfonça dans le sol, laissant la
lumière du jour pénétrer dans le souterrain à l’instant
même où l’ombre me rattrapait. Celle-ci s’écroula à terre
et se désintégra. Elle laissa tout de même à terre, en se
désintégrant, un objet que je ramassai. Je reconnus une
longue bande blanche, imbibée de l’odeur perçue dans le
sarcophage. Je sortis du souterrain et aboutis dans une
forêt. Après m’être retourné pour contempler la sortie du
souterrain, je constatai avec étonnement que celle-ci avait
disparu. Je n’arrivais même pas à la situer !
Je décidai d’aller sur ma gauche afin de rentrer en ville.
Au bout de quelques minutes, je croisai une route et
décidai de faire de l’autostop. Une voiture s’arrêta
immédiatement et son conducteur accepta de me conduire à la
bibliothèque, car c’était sur son chemin. Une fois arrivé à
la bibliothèque, je me précipitai vers l’entrée du
souterrain. Je l’enlevai aussitôt le livre qui déclenchait
le mécanisme. Mais avec stupeur, je constatai que celui-ci
avait disparu, ainsi que la porte d’entrée. Mais
avaient-ils seulement existé ?
Antoine et
Romain
LES POUPÉES DE LA MORT
Je vais vous raconter une histoire qui s’est passée il y a
très longtemps.
Alors que je n’avais que six ans, mon père s’était déjà
remarié. Pour mon anniversaire, il m’offrait toujours une
poupée. Mais ma belle-mère, qui avait un visage cruel, les
détruisait car elle pensait que je devais m’intéresser à
autre chose. Alors, la nuit, je rêvais que mes poupées
vivaient et qu’elles mangeaient ma belle mère, comme des
cannibales. Mais tout cela n’était qu’un rêve.
Deux semaines après mon dernier anniversaire, nous sommes
partis e n vacances. Mais un pneu de notre voiture creva
dans un chemin sombre, en plein milieu d’une forêt où les
arbres ressemblaient à des monstres. Soudain, une pluie se
déclencha, et elle fut si forte qu’elle brisa le pare-brise
de la voiture et nous dûmes nous réfugier dans un château
abandonné.
Dans l’entrée du château, nous vîmes des empreintes de
petits pas de boue qui ressemblaient fort à des pieds de
poupée. Nous montâmes au premier étage et je dus aller me
coucher dans une autre chambre que celle de mes parents.
Dans la soirée, j’allumai une bougie pour voir ma chambre.
Au fond, il y avait un placard. Je l’ouvris et y découvris
des poupées. Mais ces poupées me semblèrent étranges :
c’étaient les miennes, oui, les poupées que ma belle-mère
avait détruites !
Sous l’effet de la peur, je refermai la porte du placard.
En me recouchant, j’entendis des chuchotements du côté de
cette armoire. Je m’affolai et allai ouvrir le
placard : les poupées parlaient entre elles et
bougeaient.
Alors, ma poupée préférée s’avança et me dit :
« Tu es notre maître, dis-nous ce que l’on doit
faire. » Affolé, je lui ai dit : « Allez
vous venger, vengez-vous de ce que ma belle-mère vous a
fait. » Elles sortirent du placard et se dirigèrent
vers la chambre des parents. Et moi, comme sous l’emprise
d’un esprit, je retournai me coucher et m’endormis.
Le lendemain, quand je me réveillai, j’entendis mon père
pleurer. J’allai le voir dans sa chambre et découvris ma
belle-mère morte, étendue sur le lit. Alors je me rappelai
l’histoire des poupées de cette nuit-là. Je croyais que
c’était un rêve. J’essayai en vain de consoler mon père
mais il tenait beaucoup à ma belle-mère et s’enferma toute
la journée dans sa chambre. Je me rendis dans ma chambre
pour voir s’il y avait des traces des poupées. J’ouvris le
placard du fond de ma chambre : il n’y avait plus rien
dedans, l’armoire était vide !
La nuit d’après, j’entendis les mêmes bruits. Dix minutes
plus tard, j’entendis un brouhaha dans la chambre de mon
père. J’allai voir et je découvris mon père en train de se
battre avec des poupées vampires, des poupées robots, des
poupées soldats, des poupées sorcières, des poupées
volantes, qui étaient toutes différentes. Elles étaient
grandes, petites, grosses, maigres, mais elles étaient
toutes aussi fortes les unes que les autres. Les poupées
soldats tiraient de vraies balles, les poupées sorcières
multipliaient les forces, les poupées vampires mordaient
mon père. Grand et fort, mon père se battait avec
acharnement. Une poupée volante transporta dans les airs
une poupée soldat avec une épée et elle coupa la tête de
mon père. Alors, je m’effondrai et pleurai.
Le lendemain, lorsque je me réveillai, les poupées étaient
autour de moi et s’approchaient lentement. Alors, je bondis
du lit et courus dehors. Je refermai la grande porte à clef
mais une poupée bûcheron découpa la porte. Dans le chemin
elles me poursuivaient, et alors que je continuais de
courir, je rencontrai un touriste et lui demandai de
l’aide. Mais lorsque je me retournai, les poupées n’étaient
plus là. Alors j’entraînai le touriste dans le hall et
l’homme alla dans ma chambre pour vérifier la présence de
poupées dans le placard. Mais lorsqu’il eut pénétré dans la
pièce, les poupées s’acharnèrent sur moi. Je hurlai si fort
que les vitres se brisèrent. Le touriste descendit vite
l’escalier et vint à mon secours. Mais les poupées se
ruèrent sur lui et il mourut immédiatement. Alors je sortis
aussitôt et courus longtemps sans me retourner.
Au bout de deux heures, j’arrivai dans une ville et allai
chercher de l’aide dans un commissariat. Les policiers
m’emmenèrent dans un hôpital, à cause des blessures que les
poupées m’avaient faites. Puis les policiers allèrent au
château, mais ils ne revinrent jamais.
Et un an plus tard, à la même date et à la même heure, une
autre voiture creva devant le château.
Guillaume et
Cyril
VARIUM ET MUTABILE
« Jeanne, je ne comprendrai décidément jamais
Charles : nous déménageons une fois de plus, à la même
date que l’an dernier. Il dit que c’est son jour de
prédilection pour le déménagement et que cette fois-ci
c’est la dernière fois : le vingt-neuf août…
Et maintenant, c’est la campagne qui le tente, nous avons
acheté un petit château au fin fond de la vieille
Bretagne : il trouvait la ville trop polluée à son
goût !
Bon, j’arrête de me morfondre, et toi ? J’espère que
tu vas bien. Je sais que tu travailleras le jour du
déménagement, donc, tous, nous aimerions que tu viennes
passer une semaine un peu plus tard dans notre nouvelle
demeure. Rappelle-moi. Je t’embrasse. »
C’est, mot pour mot, ce que m’avait écrit Véronique dans la
lettre qu’elle m’avait envoyée le deux août de cette même
année 1993. J’acceptai son invitation. Je décidai d’aller
passer une semaine chez elle pendant mes vacances de
septembre.
Le moment de ces vacances de septembre arriva. Je passai
une heure sur la route avant de me perdre dans les rues
sinueuses du village isolé. Le somptueux manoir m’apparut
enfin. Il était spacieux, mais la beauté du terrain
quasiment vierge entourant le petit château n’était rien
comparée à celle de l’intérieur. Les merveilleuses fresques
anciennes que l’on trouvait sur les murs me plongeaient
dans une sensation bizarre, faite d’admiration mais aussi
de crainte.
En effet, au milieu des taches de couleur sombre se
détachait par moments une silhouette masculine repliée sur
elle-même, et qui semblait penser ou dormir.
Un vieil escalier grimpait au premier étage, gardé de deux
statues de sirènes, toujours du même style, un peu
menaçantes. Au second étage, il y avait cinq chambres et au
moins trois salles de bains, toutes aussi grandes les unes
que les autres.
Autour de ce manoir, l’ambiance était plutôt troublante.
Une légère brume permanente recouvrait un paysage vallonné.
La demeure avait été bâtie sur le sommet de la colline de
Kermadec’h. Une odeur de pin se mélangeait curieusement à
celle de la mer, que l’on pouvait deviner à quelques
mètres. Le vent soufflait furieusement sur la façade de la
bâtisse, ce qui faisait grincer les volets.
Le couple et leurs trois enfants semblaient fiers de leur
nouvelle habitation. Je détectai cependant une certaine
crainte de la part de mon amie, crainte ou peut-être
appréhension sur sa vie future.
Après le dîner, la nuit tombée, fatiguée, je décidai de me
retirer. Mes hôtes m’attribuèrent une chambre au premier
étage. Malgré la sublime chambre que j’occupais, un
sentiment de malaise m’avait envahi, vous savez bien, cette
sensation, d’être observé, sensation d’insécurité !….
Enfin, durant la nuit il me fut impossible de fermer l’œil.
Je ne sais pas si c’était la crainte de ce lieu si vaste,
si vieux et pas encore aménagé ou les bruits venant de
nulle part, les hululements, les portes grinçantes, les
crissements, les couinements qui me terrifiaient autant.
Mais, au bout de quelques heures, je me levai sans avoir
aucune idée de l’heure qu’il pouvait bien être ; de
plus ma montre s’était arrêtée la veille. Bien que je ne me
souvienne pas tout à fait des moindres détails de cette
aventure, je préfère croire que ce ne fut qu’un effrayant
et troublant cauchemar.
D’autre part je dois reconnaître qu’il m’arrive en période
de vacances de faire de mauvais rêves : obsédée par le
travail et par toutes sortes de banalités ménagères…
Je descendis voir les enfants couchés au rez-de-chaussée
dans leurs chambres respectives. Je découvris combien le
sommeil de certains enfants et adolescents pouvait être
lourd. Succombant une fois de plus à la beauté des fresques
de l’entrée, je passai par le hall pour regagner ma
chambre. Mes yeux se posèrent sur la fresque.
À ce moment-là, une chose incroyable se produisit :
une peinture nouvelle, de toute beauté et dans le même
style, une fresque aux tons pâles était apparue. Elle
n’avait aucun rapport avec celle que j’avais vue quelques
heures auparavant. Tout en restant très floue, elle
représentait une silhouette apparemment masculine, perchée
sur un îlot très étroit. Le personnage pêchait dans la mer
qui l’entourait. Je fus prise d’une panique soudaine, non
pas — et là est le plus étrange — parce que le mur avait
changé, mais à cause de ce qu’il représentait.
Des questions comme : « Et si ce mur reflétait la
vie ? Et si la vie se résumait à cette simple
image… ? » me vinrent à l’esprit.
Je ne me rappelle toujours pas ce qui se produisit ensuite.
Le lendemain je me réveillai dans la chambre où je m’étais
couchée.
La traditionnelle question du matin finit par être
posée : « Avez-vous bien dormi ? ».
C’est Charles qui en fut l’auteur.
Tous les enfants semblaient satisfaits, Véronique ne
répondit pas, moi non plus. Le petit-déjeuner terminé,
j’eus une conversation avec Véronique au cours d’une
promenade. Elle me confia que dans cette maison, elle
faisait d’horribles cauchemars. Elle me décrivit celui de
la nuit précédente : un homme sur une falaise qui
avait tellement pleuré que la falaise s’était transformée
en île et qu’après cela, son unique passe temps était de
pêcher pour faire reculer la mort.
Cette représentation me rappela quelque chose. Je pensai
que c’était une transmission de pensées. Moi, qui avais
entrepris une thèse sur le métabolisme du cerveau, j’avais
eu à étudier des cas similaires. Il n’est donc pas
impossible que la chose se soit produite, sachant que deux
personnes proches vivant occasionnellement dans un même
lieu subissent une transmission de pensées et qu’une de ces
personnes la développe plus intensément et parvient à voir
le rêve de l’autre.
Ainsi, Véronique et moi avions subi ce genre de phénomène.
Je n’en parlai pas à mon amie qui semblait surmenée par son
travail et sa famille.
On revint vers midi, Charles était aux fourneaux, Étienne
s’était assoupi sur les genoux de Catherine qui lui contait
une histoire, et Matthew devait regarder un vieux poste de
télévision que Charles lui avait mis dans sa chambre.
Le déjeuner se déroula de façon parfaitement normale.
Après le repas, Catherine que je connais depuis sa
naissance désira s’entretenir avec moi. Elle n’avait
pratiquement pas changé : elle harmonisait avec grâce
le charme et la gentillesse de sa mère avec la perspicacité
et les beaux yeux de son père. C’était une jeune fille
sensible et délicate. Elle me confia qu’elle s’inquiétait
pour sa mère. Qu’en ce moment, Véronique disait des choses
inquiétantes et incohérentes. J’avoue qu’au début, je
doutais de la crédibilité des propos de Catherine. Il est
vrai que jamais personne ne m’avait dit de telles choses
sur Véronique.
Le soir même, j’observai avec attention le comportement de
mon amie qui alla se coucher en même temps que les enfants,
à neuf heures. Ceci me donna l’occasion de bavarder avec
Charles. Il m’assura lui aussi que Véronique était très
fatiguée. Il dit qu’elle n’appréciait pas leur nouvelle
demeure : celle-ci lui semblait trop vaste et elle
l’avait même qualifiée de maléfique et terrifiante. Ce qui
m’étonna le plus, c’est qu’habituellement, c’était Charles
qui passait pour superstitieux.
Charles alla rejoindre son épouse à dix heures. Quant à
moi, pour satisfaire mon besoin de savoir et surtout
d’éclaircir cette histoire, je décidai de veiller quelques
heures de plus. Je m’étais assoupie jusqu’à ce que minuit
sonne à la pendule de l’entrée. J’étais fin prête !….
Je marchai doucement vers le hall ; à chaque pas mon
cœur battait davantage. La maison semblait si vide, si
sombre, j’en frémissais. Ma surprise fut particulièrement
éprouvante quand je découvris une nouvelle fresque.
Cette fois-ci, on pouvait distinguer, avec de grandes
difficultés, un monstre mutant attaquant un petit garçon.
Je n’eus pas le temps de l’admirer plus longtemps :
une fois de plus, je me réveillai dans la chambre que l’on
m’avait attribuée.
Je descendis, mais seuls Matthew et Étienne étaient
réveillés. Je demandai au plus âgé si la nuit avait été
bonne mais celui-ci ne semblait pas tout à fait satisfait.
Il répondit que dans un de ses rêves Eugène Tootrock
l’Éventreur l’avait attaqué. Une fois de plus l’horrible
madame Télévision (mission : terrifier les bambins)
avait frappé.
Je me posai de plus en plus de questions et j’avais de
quoi !
Il est tout de même étonnant que j’aie vu la même chose le
soir précédent sur ce satané mur. Je décidai de n’en parler
à personne, à moins d’avoir des preuves incontestables sur
la magie de ces lieux, à moins bien sûr que l’anomalie ne
vienne de moi : il ne faut fermer aucune hypothèse,
aussi invraisemblable soit-elle.
La nuit suivante, poussée par cette intrigue, je me remis
en quête de la vérité sur ces peintures. Effectivement,
cette fois-ci, au lieu de trouver la scène habituelle, je
découvris, toujours dans ce style du XVIe siècle, une
fresque plus sublime encore que les précédentes. On pouvait
distinguer, bien que la fresque soit floue une fois de
plus, un homme courant dans le vide et poursuivi par les
flammes.
Bien que la peinture soit fixée au mur, n’importe qui
aurait pu jurer qu’elle était animée. Elle semblait
s’agiter, trembler, vibrer. Je m’approchai pour m’assurer
de ce que je voyais. Tout doucement je posai une main sur
le mur mais à présent je pouvais totalement distinguer mon
reflet dans le mur à travers la peinture de l’homme piégé.
Je déplaçai mes mains vers le personnage qui, j’en suis
quasiment sûre, se mit à bouger mais mon reflet disparut et
se transforma en une succession de portraits représentant
chacun les membres de ma famille, puis des flammes.
Je me réveillai brusquement, entendant mon prénom. J’étais
étendue sous un arbre dans un vaste champ vierge, sous un
soleil torride, et un ciel bleu clair, ce bleu des contes
de fées, bercée par un son agréable qui me ramenait petit à
petit à la réalité.
Une voix me parvint :
« Madame Jeanne, madame Jeanne, il est déjà six
heures ! »
J’aperçus alors notre gouvernante qui criait du haut du
perron. Je m’étais assoupie sous mon arbre préféré, que
déjà, enfant, j’avais nommé « l’arbre aux
rêves ».
Ma gouvernante me rappela qu’il fallait rejoindre mon amie
Véronique et que mon train partait dans une heure. Je jetai
un coup d’œil à ma montre, elle était arrêtée…
Julie
Classe de 4e de
Mme Sculfort, 1997
