LIEUX SECRETS ET NOIRS FANTASMES 2

ANTHOLOGIE DE NOUVELLES FANTASTIQUES
écrites par des élèves de 4e



LE MANOIR DE LA BAGUE


C’était en 1968 dans une petite maison de campagne, où vivait un couple âgé d’une quarantaine d’années. Ils avaient deux enfants, Amandine et Julien. Et un chat. Amandine avait quatorze ans, Julien sept ans, et le chat Gribouille guère plus.
C’était une famille très riche et très heureuse jusqu’au jour où le père décéda brusquement d’une crise cardiaque. Pour oublier ce malheur, ils décidèrent d’aller vivre à l’autre bout du pays dans un vieux manoir déniché par petites annonces et après plusieurs coups de téléphone. Ce manoir était immense, quoiqu’ayant besoin de beaucoup de travaux et de nettoyage, mais cela ne leur faisait pas peur, leur esprit serait occupé pendant ce temps-là. L’ancienne propriétaire, veuve également depuis de longues années et très âgée, ne se déplaçait plus dans les étages supérieurs et cet abandon avait fait le bonheur des araignées, des écureuils, et de quelques lézards qui y trouvaient refuge. Véronique était fatiguée par son chagrin, elle demanda alors à ses enfants un soutien moral efficace pour l’aider à déménager et à rénover leur foyer.
Après une première journée d’effort, les enfants allèrent se coucher épuisés. Le lendemain, surpris de l’excellente nuit sous leur nouveau toit et malgré le peu de confort, ils furent heureux d’annoncer à leur mère devant un bol de chocolat chaud le plaisir qu’ils auraient dorénavant à vivre dans leur nouvelle demeure. Véronique, quant à elle, ressentit plus que jamais l’absence de son époux, mais se tut pour ne pas gâcher leur première joie depuis le décès de leur père.
Dans ce manoir, il y avait des cartes anciennes, de vieilles bonbonnes de verre contenant des liquides bizarres à l’odeur fétide, des boîtes recouvertes d’une épaisse poussière et remplies de papiers, de vêtements et de dentelle du siècle dernier, des vieux chapeaux aussi, et par endroits, dans des recoins, quelques noisettes, traces du passage des écureuils. Au plafond, sous la couverture d’ardoises, d’immenses toiles d’araignées avaient effrayé les nouveaux locataires dans leur visite du grenier. Il y avait beaucoup de ménage à faire, mais c’était en bonne voie. Plusieurs semaines étaient passées déjà, l’été finissait et tout le monde appréciait la douceur des soirées du sud de la France.

Un soir, en fouillant dans un vieux chiffonnier abandonné par l’ancienne propriétaire, Véronique trouva une bague dans un meuble, une bague resplendissante, glissée, cachée sous des sous-vêtements en satin. Le rubis était énorme, plusieurs carats sûrement, d’un rouge flamboyant, les professionnels l’appellent « Sang de pigeon », et de plus il était entouré de nombreux diamants. Elle resta interloquée par tant de beauté. Bien que la bague ne lui appartînt pas, et après avoir hésité pendant quelques jours, elle décida de porter le bijou puisque ça ne causait de tort à personne. Un matin, Amandine s’étonna de voir un tel bijou au doigt de sa mère, qui lui avoua immédiatement comment elle l’avait trouvée. Comme elles avaient une grande complicité, cela ne choqua pas l’enfant qui ne posa plus aucune question.

Le chat découvrit petit à petit les différentes pièces du manoir, mais il y avait un lieu qu’il affectionnait particulièrement, et il y dormait très souvent : le coussin du tabouret près de la cheminée, dans la bibliothèque. La pièce avait longtemps été encombrée des différents cartons de déménagement mais depuis peu, elle avait retrouvé tout son charme et son confort et on pouvait y découvrir maintenant des murs entiers de livres dépoussiérés, des tableaux anciens et une immense glace au-dessus de la cheminée. Un bureau ancien et un canapé de cuir complétaient le tout. Toute la chaleur de la maison et de cette nouvelle vie à trois régnait là.

Un soir alors qu’ils dînaient dans l’immense cuisine, ils avaient été attirés par le miaulement étrange du chat. Julien se dirigea vers la bibliothèque, suivi de près des autres membres de la famille et ils observèrent un phénomène bizarre et inquiétant. Sur les lieux, Véronique et ses enfants constatèrent avec beaucoup d’étonnement, enveloppant la cheminée, un nuage de brouillard intense à travers duquel un paysage champêtre ensoleillé apparaissait. Le chat, curieux, était alors comme attiré par un nouvel espace qui se dessinait à lui et devant la famille paralysée, Gribouille s’enfonça vers ce lieu inconnu. Et tout disparut brusquement ! Le fond de la cheminée redevint normal mais le tabouret du chat resta vide.

Un instant plus tard, la stupéfaction s’atténuant, la maîtresse de maison s’étonna d’une forte chaleur à son doigt émanant du rubis. Elle se sentit alors saisie d’un malaise, pleine de frissons, qu’elle ne put décrire à ses enfants qui l’entouraient pourtant de toute leur affection. Plusieurs questions trottaient dans leurs esprits, mais la plus importante restait la disparition du chat. Était-elle momentanée ? Depuis des années, cette boule de poils les suivait partout et l’attachement réciproque était profond. Julien surtout à qui le chat avait été offert dès son plus jeune âge. Gribouille avait accompagné ses premiers pas.
La visite du manoir s’imposait donc. Particulièrement les pièces voisines de la cheminée. Aucune anomalie pourtant ! Les jours passaient, aucune nouvelle de leur compagnon. Même le voisinage fut interrogé, nul recoin de la maison ou du jardin ne fut oublié. Gribouille restait introuvable. Julien était très triste, et les larmes lui montaient souvent aux yeux en constatant le tabouret désespérément vide. Mais Véronique restait toujours intriguée par le phénomène survenu à son doigt.
Depuis ce soir-là l’hésitation pour entrer dans la bibliothèque était permanente. Souhaitant impatiemment le retour de son chat, Julien allait régulièrement s’asseoir sur son tabouret devant la cheminée comme si ce simple geste pouvait le faire réapparaître.

Un soir, alors qu’elle était occupée à mettre le couvert, Véronique eut un pressentiment étrange ; un doute inexplicable s’empara d’elle. Elle appela Julien d’abord calmement, puis ne recevant pas de réponse, intensifia ses appels. Elle se dirigea rapidement à travers les multiples pièces pour ouvrir subitement la bibliothèque. Immédiatement, une immense peur l’envahit. Julien assis sur le tabouret de son chat, devant le feu, était comme hypnotisé par les flammes. Et alors qu’elle ouvrait la bouche pour le réveiller, l’étrange brouillard réapparut, la bague se remit à chauffer, de plus en plus fort, et afin d’écarter tout risque d’une nouvelle disparition, celle de son enfant chéri, elle réalisa soudain que le retrait de cette bague résoudrait probablement tous leurs malheurs. Elle la jeta à travers la pièce, saisit son fils et l’entoura violemment de ses bras comme pour lui éviter de suivre le même chemin qu’avait pris Gribouille.
Regardant la cheminée, elle revit le paysage qui s’effaçait lentement. Simultanément, le brouillard s’estompait, ne laissant que quelques traces d’humidité sur le sol. Julien avait le visage pâle, il était bouleversé comme se réveillant après un cauchemar, le front en sueur, l’air interloqué, les mains tremblantes.

Ces instants d’émotion passés, ils se mirent tous les trois à chercher le bijou. Partout. Sans résultat. Ils continuèrent le lendemain et après un ménage complet de cette pièce qu’ils aimaient tant, la bague restant introuvable, ils finirent par renoncer.

Cette bague aurait-elle été à l’origine de ces phénomènes vécus par les nouveaux occupants ? Pourquoi avait-elle été oubliée par son ancienne propriétaire ? Celle-ci n’était-elle pas désormais trop âgée pour se la rappeler ? On ne sait pas et on ne saura probablement jamais. On ne revit jamais Gribouille et plus aucun incident ne se manifesta ultérieurement.


Cyril


DES MIROIRS PROFONDS COMME DES TOMBEAUX…


« Georgio !
— Quoi ?
— N’oublie pas d’y aller.
— Où ça ?
— Georgio ! Je t’ai dix mille fois d’aller à la réception que donnait Emma. Tu sais, elle a fait beaucoup pour nous…
— Eh oui ! Encore une de ces réceptions mondaines !
— Arrête.. .
—Bon, o.k., j’irai, ma poupée. »

Je m’approchai de ma femme, ma perle adorée, Cathérina. Je l’enlaçai, elle se retourna et m’embrassa. Elle me glissa dans l’oreille :
« Je dois y aller, désolée, chéri, mais une conférence de presse, ça n’attend pas ! »
Elle quitta la pièce d’un pas pressé, j’entendis la voiture démarrer, puis s’éloigner.

Cathérina était une femme comblée. C’était une actrice renommée et moi, son mari, j’étais aussi son imprésario. Je montai dans la chambre. La fenêtre était ouverte, un air doux soufflait dans la pièce, c’était agréable. Je m’installai devant le miroir accroché au mur. Il était petit et ovale. Lorsque nous nous étions installés dans cette maison, la première chose que ma femme fit, ce fut de le fixer au mur. Chaque matin elle vérifiait s’il était toujours à sa place. Je n’ai jamais compris cet attachement qu’elle lui portait. Elle m’avait expliqué qu’il venait de Russie, et que c’était une voyante qui l’avait offert à son arrière grand-père, en lui disant qu’il servirait à sa descendance. Cathérina était très superstitieuse. J’avais pourtant essayé de la séparer de cet objet, car il m’inspirait plutôt le dégoût que la fascination.

Pourtant, depuis quelques jours, je me sentais une attirance inexplicable vers ce miroir. À chaque fois passai devant, une force m’obligeait à le fixer des yeux. Et aujourd’hui encore, je ressentais cette attraction. Je continuai à le fixer des yeux et vis que mon reflet devenait trouble. J’approchai du miroir et, chose étrange, je sentis un courant d’air frais qui venait de la glace. Je posai lentement ma main sur le verre, mais au lieu de s’appuyer sur le miroir, elle s’enfonça lentement, puis mon bras, maintenant je ne pouvais plus revenir en arrière ; j’avais été entièrement aspiré par l’objet. Je ne voyais rien, j’étais plongé dans le noir.

J’entendis un grincement, je supposai qu’on ouvrait la porte ; quelqu’un marchait dans la pièce. Ce devait être Cathérina car je reconnus les claquements de ses talons aiguilles. Je me mis à crier de toutes mes forces mais elle ne sembla par réagir. Je l’entendis parler mais elle ne s’adressait pas à moi, elle devait être au téléphone. Je criai encore, je l’appelai, mais je n’avais aucune réponse ; j’étais épuisé. Je repris mon souffle car de toute façon elle n’entendait pas. J’écoutai sa conversation.
« Oui, ça a marché ; enfin, je pense. Je leur avais dit de ne pas reprendre contact, je pense qu’ils m’auraient quand même prévenue s’il y avait eu un problème. Maintenant, il doit être mort. Ah ! Ah ! J’imagine la surprise qu’il a eue en arrivant chez Emma, et en ne voyant personne ! Maintenant, il doit être en train de flotter dans la Seine ! Ah ! Mon cher mari… »

Je compris : elle avait voulu me tuer ! Et moi qui croyais qu’elle m’aimait ! Et maintenant j’étais prisonnier d’un miroir ! Peut-être le savait-elle ? Après tout, elle pouvait faire semblant de m’ignorer. C’est une actrice ! J’avais envie de me révolter. Mais comment ? Cathérina avait prévu de partir en Russie après avoir hérité de ma fortune.
Elle avait raccroché le téléphone. Elle commençait à faire ses bagages ; elle avait sans doute pris le miroir, car soudain je me sentis soulever.

Cathérina tenait dans sa main son cher miroir mais elle le laissa tomber maladroitement.
« Mince ! Sept ans de malheur ! »
Elle baissa la tête. Le sol était maculé de sang.

Aurélie et Marie


OMBRES, SARCOPHAGES ET LABYRINTHES



Je passai une lourde porte richement sculptée et pénétrai dans le hall de la bibliothèque où j’avais été muté. Une jeune femme qui paraissait connaître l’établissement m’indiqua où se trouvait le secrétariat. Je me tournai alors dans la direction indiquée et pénétrai dans un grand bureau où deux femmes travaillaient devant des ordinateurs. L’une d’elles tourna la tête et me demanda :
« Que désirez-vous ?
— Je suis le nouveau documentaliste.
— Ah ! Nous attendions votre arrivée. Venez, je vais vous montrer votre nouveau bureau. » Ce bureau se situait juste à côté du secrétariat. Je m’y installai, puis, la journée touchant à sa fin, je décidai de rentrer chez moi.
Le lendemain, ayant fini de m’installer, j’entamai la visite de nom nouveau lieu de travail. Celui-ci était composé de deux bâtiments de deux époques différentes. Le plus récent avait été construit après la Seconde Guerre mondiale, les bombardements ayant démoli une grande partie de l’ancienne bibliothèque ; il n’en subsistait plus que le hall qui datait du XVIIIe siècle. La porte opposée à l’entrée était celle de la pièce où étaient rangés les livres historiques. J’y pénétrai et me dirigeai sur ma gauche. Je saisis un livre au hasard sur l’étagère qui me faisait face. Après l’avoir feuilleté quelques minutes, je le remis en place et m’apprêtai à en saisir un second, beaucoup plus vieux, consacré aux pharaons. À l’instant même où je l’empoignai, un ressort libéré par le livre déclencha un mécanisme qui fit pivoter l’étagère. S’ouvrit alors devant moi un couloir sombre et humide où beaucoup d’araignées avaient tissé leurs toiles. J’avançais avec hésitation quand un crissement me fit sursauter ; la porte s’était refermée. Qui avait bien pu la refermer ? Elle était si lourde ! Je me trouvais ainsi dans l’obscurité mais, étant fumeur, j’avais toujours un briquet sur moi. Je m’en emparai donc, l’allumai et me dirigeai vers la porte afin d’essayer de la rouvrir.
Après m’être acharné plusieurs minutes, j’en conclus avec amertume que j’étais prisonnier du souterrain. J’entrepris alors la visite de l’obscur boyau. Une salle se présenta au bout du couloir d’entrée. Elle était presque vide et n’avait pour mobilier qu’un petit autel en pierre recouvert d’une épaisse couche de poussière. Allant rentrer dans une seconde salle, mon pied frappa contre un objet rond. J’approchai mon briquet de celui-ci et distinguai, horrifié, un crâne humain. D’autres gens avaient dû, avant moi, rester prisonniers de ce souterrain, et l’idée de finir ma vie comme eux me glaçait le corps. Je pénétrai rapidement dans la seconde salle. Contrairement à la précédente, elle était remplie de coffres et de jarres. Comme ils étaient tous fermés, je ne pus pas en connaître le contenu. M’approchant d’un mur, j’aperçus des inscriptions gravées dans la pierre. À première vue, je ne reconnus que des dessins, mais après réflexion, j’en déduisis que c’étaient des hiéroglyphes.
La porte accédant à une troisième salle était fermée à clef… Fatigué, je m’adossai contre un mur. Quelques secondes plus tard, un cliquetis provenant de la porte m’intrigua. Mes dents se mirent alors à claquer. La porte s’ouvrit brutalement, une ombre pénétra dans la pièce et avança vers moi. Dans la panique, mon briquet m’échappa des mains et alla se fracasser sur le sol. Je fonçai alors droit devant moi et après avoir violemment heurté une masse molle et glacée, j’entrai dans la troisième salle. Cherchant à me cacher, je tâtonnai dans l’obscurité et tournai avec soulagement un coffre. Je m’introduisis dans celui-ci et en refermai immédiatement le couvercle. Une odeur nauséabonde vint alors me chatouiller les narines. Et au fur et à mesure que le temps passait, elle devenait de plus en plus insupportable. Ne pouvant plus rester une minute de plus, j’enlevai le couvercle et m’extirpai du coffre. Un léger frottement provenant de la pièce adjacente me rappelait la présence de l’ombre. Heureusement, dans la précipitation, je l’avais frappée avec mon poing, et celle-ci s’était affalée par terre. Ceci me laissait donc le temps de trouver un moyen pour m’éclairer. Après avoir fouillé toute une partie de la pièce et m’être cogné plusieurs fois contre les murs, je trouvai dans un recoin une lampe à huile et des allumettes. J’allumai aussitôt la lampe et découvris avec stupeur que le coffre d’où j’étais sorti était en fait un sarcophage. À côté de celui-ci se trouvaient alignés trois sarcophages identiques. Mais seul celui d’où je sortais était ouvert.
Un second bruit provint de la salle adjacente, ce qui me laissait croire que l’ombre s’était remise de mon coup de poing. Je me précipitai alors vers la porte opposée à celle par laquelle j’étais entré. L’ombre apparut alors derrière moi, tenant un poignard à la main. À mon soulagement, la porte s’ouvrit sans problème. Je m’engouffrai ainsi dans le couloir qui s’ouvrait à moi.
Le boyau descendait en pente douce et devenait de plus en plus humide. Après une centaine de mètres, je débouchai sur un escalier. Je m’y précipitai, mais après un léger tournant, je débouchai sur un cul-de-sac. J’entendais l’ombre monter l’escalier. Dans la panique, je donnai de grands coups de pied contre le mur face à moi. À mon étonnement, celui-ci s’enfonça dans le sol, laissant la lumière du jour pénétrer dans le souterrain à l’instant même où l’ombre me rattrapait. Celle-ci s’écroula à terre et se désintégra. Elle laissa tout de même à terre, en se désintégrant, un objet que je ramassai. Je reconnus une longue bande blanche, imbibée de l’odeur perçue dans le sarcophage. Je sortis du souterrain et aboutis dans une forêt. Après m’être retourné pour contempler la sortie du souterrain, je constatai avec étonnement que celle-ci avait disparu. Je n’arrivais même pas à la situer !
Je décidai d’aller sur ma gauche afin de rentrer en ville. Au bout de quelques minutes, je croisai une route et décidai de faire de l’autostop. Une voiture s’arrêta immédiatement et son conducteur accepta de me conduire à la bibliothèque, car c’était sur son chemin. Une fois arrivé à la bibliothèque, je me précipitai vers l’entrée du souterrain. Je l’enlevai aussitôt le livre qui déclenchait le mécanisme. Mais avec stupeur, je constatai que celui-ci avait disparu, ainsi que la porte d’entrée. Mais avaient-ils seulement existé ?


Antoine et Romain


LES POUPÉES DE LA MORT


Je vais vous raconter une histoire qui s’est passée il y a très longtemps.

Alors que je n’avais que six ans, mon père s’était déjà remarié. Pour mon anniversaire, il m’offrait toujours une poupée. Mais ma belle-mère, qui avait un visage cruel, les détruisait car elle pensait que je devais m’intéresser à autre chose. Alors, la nuit, je rêvais que mes poupées vivaient et qu’elles mangeaient ma belle mère, comme des cannibales. Mais tout cela n’était qu’un rêve.
Deux semaines après mon dernier anniversaire, nous sommes partis e n vacances. Mais un pneu de notre voiture creva dans un chemin sombre, en plein milieu d’une forêt où les arbres ressemblaient à des monstres. Soudain, une pluie se déclencha, et elle fut si forte qu’elle brisa le pare-brise de la voiture et nous dûmes nous réfugier dans un château abandonné.
Dans l’entrée du château, nous vîmes des empreintes de petits pas de boue qui ressemblaient fort à des pieds de poupée. Nous montâmes au premier étage et je dus aller me coucher dans une autre chambre que celle de mes parents.
Dans la soirée, j’allumai une bougie pour voir ma chambre. Au fond, il y avait un placard. Je l’ouvris et y découvris des poupées. Mais ces poupées me semblèrent étranges : c’étaient les miennes, oui, les poupées que ma belle-mère avait détruites !
Sous l’effet de la peur, je refermai la porte du placard. En me recouchant, j’entendis des chuchotements du côté de cette armoire. Je m’affolai et allai ouvrir le placard : les poupées parlaient entre elles et bougeaient.
Alors, ma poupée préférée s’avança et me dit : « Tu es notre maître, dis-nous ce que l’on doit faire. » Affolé, je lui ai dit : « Allez vous venger, vengez-vous de ce que ma belle-mère vous a fait. » Elles sortirent du placard et se dirigèrent vers la chambre des parents. Et moi, comme sous l’emprise d’un esprit, je retournai me coucher et m’endormis.
Le lendemain, quand je me réveillai, j’entendis mon père pleurer. J’allai le voir dans sa chambre et découvris ma belle-mère morte, étendue sur le lit. Alors je me rappelai l’histoire des poupées de cette nuit-là. Je croyais que c’était un rêve. J’essayai en vain de consoler mon père mais il tenait beaucoup à ma belle-mère et s’enferma toute la journée dans sa chambre. Je me rendis dans ma chambre pour voir s’il y avait des traces des poupées. J’ouvris le placard du fond de ma chambre : il n’y avait plus rien dedans, l’armoire était vide !
La nuit d’après, j’entendis les mêmes bruits. Dix minutes plus tard, j’entendis un brouhaha dans la chambre de mon père. J’allai voir et je découvris mon père en train de se battre avec des poupées vampires, des poupées robots, des poupées soldats, des poupées sorcières, des poupées volantes, qui étaient toutes différentes. Elles étaient grandes, petites, grosses, maigres, mais elles étaient toutes aussi fortes les unes que les autres. Les poupées soldats tiraient de vraies balles, les poupées sorcières multipliaient les forces, les poupées vampires mordaient mon père. Grand et fort, mon père se battait avec acharnement. Une poupée volante transporta dans les airs une poupée soldat avec une épée et elle coupa la tête de mon père. Alors, je m’effondrai et pleurai.
Le lendemain, lorsque je me réveillai, les poupées étaient autour de moi et s’approchaient lentement. Alors, je bondis du lit et courus dehors. Je refermai la grande porte à clef mais une poupée bûcheron découpa la porte. Dans le chemin elles me poursuivaient, et alors que je continuais de courir, je rencontrai un touriste et lui demandai de l’aide. Mais lorsque je me retournai, les poupées n’étaient plus là. Alors j’entraînai le touriste dans le hall et l’homme alla dans ma chambre pour vérifier la présence de poupées dans le placard. Mais lorsqu’il eut pénétré dans la pièce, les poupées s’acharnèrent sur moi. Je hurlai si fort que les vitres se brisèrent. Le touriste descendit vite l’escalier et vint à mon secours. Mais les poupées se ruèrent sur lui et il mourut immédiatement. Alors je sortis aussitôt et courus longtemps sans me retourner.
Au bout de deux heures, j’arrivai dans une ville et allai chercher de l’aide dans un commissariat. Les policiers m’emmenèrent dans un hôpital, à cause des blessures que les poupées m’avaient faites. Puis les policiers allèrent au château, mais ils ne revinrent jamais.
Et un an plus tard, à la même date et à la même heure, une autre voiture creva devant le château.

Guillaume et Cyril



VARIUM ET MUTABILE


« Jeanne, je ne comprendrai décidément jamais Charles : nous déménageons une fois de plus, à la même date que l’an dernier. Il dit que c’est son jour de prédilection pour le déménagement et que cette fois-ci c’est la dernière fois : le vingt-neuf août…
Et maintenant, c’est la campagne qui le tente, nous avons acheté un petit château au fin fond de la vieille Bretagne : il trouvait la ville trop polluée à son goût !
Bon, j’arrête de me morfondre, et toi ? J’espère que tu vas bien. Je sais que tu travailleras le jour du déménagement, donc, tous, nous aimerions que tu viennes passer une semaine un peu plus tard dans notre nouvelle demeure. Rappelle-moi. Je t’embrasse. »

C’est, mot pour mot, ce que m’avait écrit Véronique dans la lettre qu’elle m’avait envoyée le deux août de cette même année 1993. J’acceptai son invitation. Je décidai d’aller passer une semaine chez elle pendant mes vacances de septembre.

Le moment de ces vacances de septembre arriva. Je passai une heure sur la route avant de me perdre dans les rues sinueuses du village isolé. Le somptueux manoir m’apparut enfin. Il était spacieux, mais la beauté du terrain quasiment vierge entourant le petit château n’était rien comparée à celle de l’intérieur. Les merveilleuses fresques anciennes que l’on trouvait sur les murs me plongeaient dans une sensation bizarre, faite d’admiration mais aussi de crainte.
En effet, au milieu des taches de couleur sombre se détachait par moments une silhouette masculine repliée sur elle-même, et qui semblait penser ou dormir.
Un vieil escalier grimpait au premier étage, gardé de deux statues de sirènes, toujours du même style, un peu menaçantes. Au second étage, il y avait cinq chambres et au moins trois salles de bains, toutes aussi grandes les unes que les autres.

Autour de ce manoir, l’ambiance était plutôt troublante. Une légère brume permanente recouvrait un paysage vallonné. La demeure avait été bâtie sur le sommet de la colline de Kermadec’h. Une odeur de pin se mélangeait curieusement à celle de la mer, que l’on pouvait deviner à quelques mètres. Le vent soufflait furieusement sur la façade de la bâtisse, ce qui faisait grincer les volets.

Le couple et leurs trois enfants semblaient fiers de leur nouvelle habitation. Je détectai cependant une certaine crainte de la part de mon amie, crainte ou peut-être appréhension sur sa vie future.
Après le dîner, la nuit tombée, fatiguée, je décidai de me retirer. Mes hôtes m’attribuèrent une chambre au premier étage. Malgré la sublime chambre que j’occupais, un sentiment de malaise m’avait envahi, vous savez bien, cette sensation, d’être observé, sensation d’insécurité !…. Enfin, durant la nuit il me fut impossible de fermer l’œil.
Je ne sais pas si c’était la crainte de ce lieu si vaste, si vieux et pas encore aménagé ou les bruits venant de nulle part, les hululements, les portes grinçantes, les crissements, les couinements qui me terrifiaient autant. Mais, au bout de quelques heures, je me levai sans avoir aucune idée de l’heure qu’il pouvait bien être ; de plus ma montre s’était arrêtée la veille. Bien que je ne me souvienne pas tout à fait des moindres détails de cette aventure, je préfère croire que ce ne fut qu’un effrayant et troublant cauchemar.
D’autre part je dois reconnaître qu’il m’arrive en période de vacances de faire de mauvais rêves : obsédée par le travail et par toutes sortes de banalités ménagères…

Je descendis voir les enfants couchés au rez-de-chaussée dans leurs chambres respectives. Je découvris combien le sommeil de certains enfants et adolescents pouvait être lourd. Succombant une fois de plus à la beauté des fresques de l’entrée, je passai par le hall pour regagner ma chambre. Mes yeux se posèrent sur la fresque.
À ce moment-là, une chose incroyable se produisit : une peinture nouvelle, de toute beauté et dans le même style, une fresque aux tons pâles était apparue. Elle n’avait aucun rapport avec celle que j’avais vue quelques heures auparavant. Tout en restant très floue, elle représentait une silhouette apparemment masculine, perchée sur un îlot très étroit. Le personnage pêchait dans la mer qui l’entourait. Je fus prise d’une panique soudaine, non pas — et là est le plus étrange — parce que le mur avait changé, mais à cause de ce qu’il représentait.
Des questions comme : « Et si ce mur reflétait la vie ? Et si la vie se résumait à cette simple image… ? » me vinrent à l’esprit.
Je ne me rappelle toujours pas ce qui se produisit ensuite. Le lendemain je me réveillai dans la chambre où je m’étais couchée.

La traditionnelle question du matin finit par être posée : « Avez-vous bien dormi ? ». C’est Charles qui en fut l’auteur.
Tous les enfants semblaient satisfaits, Véronique ne répondit pas, moi non plus. Le petit-déjeuner terminé, j’eus une conversation avec Véronique au cours d’une promenade. Elle me confia que dans cette maison, elle faisait d’horribles cauchemars. Elle me décrivit celui de la nuit précédente : un homme sur une falaise qui avait tellement pleuré que la falaise s’était transformée en île et qu’après cela, son unique passe temps était de pêcher pour faire reculer la mort.
Cette représentation me rappela quelque chose. Je pensai que c’était une transmission de pensées. Moi, qui avais entrepris une thèse sur le métabolisme du cerveau, j’avais eu à étudier des cas similaires. Il n’est donc pas impossible que la chose se soit produite, sachant que deux personnes proches vivant occasionnellement dans un même lieu subissent une transmission de pensées et qu’une de ces personnes la développe plus intensément et parvient à voir le rêve de l’autre.
Ainsi, Véronique et moi avions subi ce genre de phénomène. Je n’en parlai pas à mon amie qui semblait surmenée par son travail et sa famille.

On revint vers midi, Charles était aux fourneaux, Étienne s’était assoupi sur les genoux de Catherine qui lui contait une histoire, et Matthew devait regarder un vieux poste de télévision que Charles lui avait mis dans sa chambre.
Le déjeuner se déroula de façon parfaitement normale.
Après le repas, Catherine que je connais depuis sa naissance désira s’entretenir avec moi. Elle n’avait pratiquement pas changé : elle harmonisait avec grâce le charme et la gentillesse de sa mère avec la perspicacité et les beaux yeux de son père. C’était une jeune fille sensible et délicate. Elle me confia qu’elle s’inquiétait pour sa mère. Qu’en ce moment, Véronique disait des choses inquiétantes et incohérentes. J’avoue qu’au début, je doutais de la crédibilité des propos de Catherine. Il est vrai que jamais personne ne m’avait dit de telles choses sur Véronique.
Le soir même, j’observai avec attention le comportement de mon amie qui alla se coucher en même temps que les enfants, à neuf heures. Ceci me donna l’occasion de bavarder avec Charles. Il m’assura lui aussi que Véronique était très fatiguée. Il dit qu’elle n’appréciait pas leur nouvelle demeure : celle-ci lui semblait trop vaste et elle l’avait même qualifiée de maléfique et terrifiante. Ce qui m’étonna le plus, c’est qu’habituellement, c’était Charles qui passait pour superstitieux.
Charles alla rejoindre son épouse à dix heures. Quant à moi, pour satisfaire mon besoin de savoir et surtout d’éclaircir cette histoire, je décidai de veiller quelques heures de plus. Je m’étais assoupie jusqu’à ce que minuit sonne à la pendule de l’entrée. J’étais fin prête !….

Je marchai doucement vers le hall ; à chaque pas mon cœur battait davantage. La maison semblait si vide, si sombre, j’en frémissais. Ma surprise fut particulièrement éprouvante quand je découvris une nouvelle fresque.
Cette fois-ci, on pouvait distinguer, avec de grandes difficultés, un monstre mutant attaquant un petit garçon. Je n’eus pas le temps de l’admirer plus longtemps : une fois de plus, je me réveillai dans la chambre que l’on m’avait attribuée.
Je descendis, mais seuls Matthew et Étienne étaient réveillés. Je demandai au plus âgé si la nuit avait été bonne mais celui-ci ne semblait pas tout à fait satisfait. Il répondit que dans un de ses rêves Eugène Tootrock l’Éventreur l’avait attaqué. Une fois de plus l’horrible madame Télévision (mission : terrifier les bambins) avait frappé.
Je me posai de plus en plus de questions et j’avais de quoi !
Il est tout de même étonnant que j’aie vu la même chose le soir précédent sur ce satané mur. Je décidai de n’en parler à personne, à moins d’avoir des preuves incontestables sur la magie de ces lieux, à moins bien sûr que l’anomalie ne vienne de moi : il ne faut fermer aucune hypothèse, aussi invraisemblable soit-elle.

La nuit suivante, poussée par cette intrigue, je me remis en quête de la vérité sur ces peintures. Effectivement, cette fois-ci, au lieu de trouver la scène habituelle, je découvris, toujours dans ce style du XVIe siècle, une fresque plus sublime encore que les précédentes. On pouvait distinguer, bien que la fresque soit floue une fois de plus, un homme courant dans le vide et poursuivi par les flammes.
Bien que la peinture soit fixée au mur, n’importe qui aurait pu jurer qu’elle était animée. Elle semblait s’agiter, trembler, vibrer. Je m’approchai pour m’assurer de ce que je voyais. Tout doucement je posai une main sur le mur mais à présent je pouvais totalement distinguer mon reflet dans le mur à travers la peinture de l’homme piégé.
Je déplaçai mes mains vers le personnage qui, j’en suis quasiment sûre, se mit à bouger mais mon reflet disparut et se transforma en une succession de portraits représentant chacun les membres de ma famille, puis des flammes.

Je me réveillai brusquement, entendant mon prénom. J’étais étendue sous un arbre dans un vaste champ vierge, sous un soleil torride, et un ciel bleu clair, ce bleu des contes de fées, bercée par un son agréable qui me ramenait petit à petit à la réalité.
Une voix me parvint :
« Madame Jeanne, madame Jeanne, il est déjà six heures ! »

J’aperçus alors notre gouvernante qui criait du haut du perron. Je m’étais assoupie sous mon arbre préféré, que déjà, enfant, j’avais nommé « l’arbre aux rêves ».
Ma gouvernante me rappela qu’il fallait rejoindre mon amie Véronique et que mon train partait dans une heure. Je jetai un coup d’œil à ma montre, elle était arrêtée…

Julie


Classe de 4e de Mme Sculfort, 1997