Henry James, Le Tour d’écrou


La pagination correspond à l'édition Marabout n° 412.


Trois directions de travail bien précises :

• goûter le plaisir de frissonner en se gardant de croire à l’irrationnel ;
• montrer la cohérence interne du récit, garant de son efficacité et de son charme ;
• dégager certaines constantes du récit fantastique pour inciter à l’écriture.

Le travail débutera après une lecture active du
texte intégral, effectuée en dehors de la classe, suivie d’un résumé détaillé que l’on exigera.




Plan de l’étude :

Mise en séquences narratives
Interprétation :

le schéma actantiel commenté
Peter Quint et Miss Jessel

Le cadre du récit
l’espace
le temps
Étude thématique de l’œuvre :
- le regard
- l’ambiguïté des signes
- secret et mort
- l’enfance
Le style
Quelques caractéristiques du fantastique
Différences entre merveilleux, fantastique, science-fiction
type de narration
représentation
effets d’écriture
tableau récapitulatif


I. Mise en séquences narratives

Les séquences ne correspondent pas à la division en chapitres.
Le prologue est un récit à la 3e personne : fiction de l’homme qui raconte une histoire qui lui a été précédemment dite. Il a d’abord été un destinataire et, au long de son énonciation, il indique quelle doit être attitude idéale du lecteur. La narration est complètement médiatisée. Elle relativise l’improbable qui ne devient objet de récit que pour des lecteurs installés dans le familier, le banal.


(…)

II. Commentaire

Le prologue :

Au point de départ, le confort d’un salon bourgeois, l’agrément d’une réunion d’amis ayant le goût de l’imaginaire et de l’horreur définissent les situations paisibles du destinateur et du destinataire du récit, et contrastent avec le danger, la frayeur de l’histoire. Ce détachement est nécessaire à la représentation d’une vérité douloureuse et indicible.
Dans la mesure où le fantastique n’est que récit, il échappe à tout questionnement et sa vérité n’est pas récusée. L’improbable est accepté, car il ne défait pas l’ordre entre le destinataire et te destinateur. Le lecteur en sait plus que les personnages du récit qui auront à décider de la nature de leur épreuve.
On peut regrouper les 8 séquences en deux grandes parties de 4 séquences.

• Première partie : séquences 1 à 4 : la connaissance

La gouvernante prend peu à peu connaissance de la nature de l’opposant : une
apparition pouvant s’expliquer rationnellement ; 2e apparition : elle apprend que c’est un revenant ; 3e séquence : information sur la vie et la mort de Quint ; 4e séquence : apparition de Miss Jessel, information sur leur vie scandaleuse : chacun des enfants est hanté par un mort.
Dès lors, on ne s’étonnera pas que chaque « dynamique de l’action » est constituée par une conversation avec Mrs Grose, seul témoin du passé.

• Deuxième partie : séquence 5 à 8 : la lutte

N’oublions pas que le Tour d’écrou est dramatiquement une action :
1e épreuve (sq 5) : perte de confiance en les enfants.
2e épreuve (sq 6) : tentation de fuite, désespoir.
3e épreuve (sq 7) : arracher Flora à Miss Jessel en cherchant un aveu.
4e épreuve (sq 8) : symétriquement, arracher Miles à Quint.

C’est un récit complètement dysphorique, qui part d’une situation initiale euphorique pour aboutir à la catastrophe mortelle, comme le
Horla de Maupassant. En relisant le prologue, on constate tout de même que la gouvernante s’en est tirée sans dommage.
(…)

1. Le sujet

C’est la narratrice, puisque le récit se fait à la première personne. Elle n’a pas de prénom. Quelques détails sur son enfance, une allusion fugitive à son amitié pour Douglas : nous ne savons rien de plus.
Si nous faisons confiance à la narratrice, nous admettons qu’elle a vu d’authentiques fantômes malfaisants, et qu’elle les a combattus avec un courage digne d’admiration. N’a-t-elle pas tracé un portrait précis de Quint (décrit par James d’après un portrait d’E.T.A.
Hoffmann !) dont elle ignorait tout, même l’existence, personnage que Mrs Grose a identifié sans hésitation ? Et n’avait-elle pas deviné que l’homme se considérait comme le précepteur du garçon pendant que la femme se chargeait de la fillette ?
Mais on peut objecter à cela que les visions n’ont qu’un témoin, sincère sans doute, mais désorienté, surmené et passionné. Qu’on imagine une jeune fille d’origine modeste transplantée sans transition dans un milieu luxueux et raffiné, une adolescente sans responsabilités chargée du jour au lendemain de la direction du personnel d’un château, séduite par le luxe, flattée par ses fonctions, effrayée de ses responsabilités, amoureuse de surcroît et désireuse d’attirer l’attention du maître. (Elle est aussi la « destinataire ».) Au reste, à supposer qu’elle eût bien dévisagé Quint, c’est une conviction intérieure qui lui a d’abord révélé la présence de Miss Jessel près de l’étang.

La narratrice cède trop facilement à son goût du drame. Loin de se résigner à la sécurité de la vie quotidienne elle oscille comme une névrosée entre l'angoisse et l’extase. Souvent lucide quand elle analyse ses impressions, elle ne prête pas assez d’attention aux réticences de la femme de charge. Son amie et elle n’ont pas la même écheIle de valeur : l’inconduite de Quint et de Miss Jessel choque Mrs Grose comme contraire aux convenances ; elle scandalise la fille du pasteur qui croit y discerner le Mal absolu, fauteur de damnation.

C’est une créature extrêmement complexe. James s’est effrayé de la hardiesse de sa création et a tenté de se défendre dans une préface embarrassée. Le détail du récit montre cependant que le créateur est resté fidèle à sa hardiesse : il nous montre cette jeune fille inexpérimentée, pressée de s’éclairer sur les mœurs du bas monde en lisant « 
quelques romans du XVIIIe siècle, assez célèbres pour que leur mauvaise réputation ne pût plus être mise en doute ».
Or, l’
Amelia de Fielding qu’elle lit ainsi avait à peu près, en 1898, la réputation qu’ont de nos jours les livres de Jean Genet.
Le moralisme puritain de son éducation ne la pousse-t-il pas à la mythomanie ? Elle-même doute continuellement de ses convictions, même dans la terrible scène finale : « 
Inquiétude de penser que (Miles) était peut-être innocent.., car s’il était innocent, grand Dieu, qu’étais-je donc moi ? » (page 185).


(…)


Opéra de
Benjamin Britten

Étude publiée dans la N.R.P. N°6 , MARS 1982



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