Étude d’une bande dessinée :
Goscinny et Morris
Calamity Jane
Un album de la série Lucky Luke
• Étudier les signes et
les codes de la bande dessinée.
• Étudier le récit de l’album :
l’organisation des personnages et des séquences
principales du scénario.
• Mettre en valeur le contenu idéologique et le
comique propre à cette série de BD.
• Donner quelques pistes d’études
complémentaires :
la parodie, les femmes dans la BD, le
western, etc.
L’album choisi pour cette
étude est Calamity
Jane. Le scénario est de René
Goscinny et les dessins de Morris. C’est le trentième
album de la série des Lucky
Luke, édité chez Dupuis en
1977. Nous avons choisi cette série parce qu’elle est
bien connue des élèves, qu’elle est de facture plus
moderne que Tintin, et qu’elle est particulièrement
appréciée à cause de la verve humoristique de
Goscinny et de l’engouement pour le western.
D’autre part, cet album présente un scénario très
élaboré et un comique omniprésent dû principalement à
l’un des deux personnages principaux, celui qui donne
son nom à l’album : Calamity Jane.
Celle-ci est un personnage historique. La dernière
page du recueil nous montre une photographie d’elle,
afin d’ancrer a
posteriori le personnage dans le
réel : les aventures imaginaires retracées dans
l’album pourront être relues sous un autre éclairage.

Goscinny a respecté les éléments de biographie de C.J., mais il en fait une illettrée. Or, ses lettres sont souvent émouvantes…
La première analyse
portera sur la lecture de l’image, une fois que tous
les élèves auront lu l’album intégralement. Ce n’est
pas la partie la plus simple de l’étude :
l’enfant a une facilité déconcertante à décrypter une
bande dessinée. Expliciter la composition d’un album,
en décrire les éléments constitutifs, en disséquer la
moindre vignette, risque parfois de
« stériliser » une lecture qui doit avant
tout rester un plaisir.
La lecture d’une BD ne se limite pas à celle des
textes inclus dans les ballons, mais s’exerce sur
l’ensemble texte-image.
• L’unité de la page
Chaque page, dans les récits de BD classiques,
présente une péripétie. Il y a coïncidence entre
prouesse et épisode pour des raisons commerciales,
lorsque la bande a préalablement paru en feuilleton
dans les journaux, avant d’être recueillie en album.
Chaque page se termine sur un point d’interrogation
pour le lecteur.
Il reste vérifier si cette loi est respectée dans
l’album qui nous occupe. Cela est vrai pour les
pages 3 – 5 – 6 – 7 – 8 – 13 – 14 – 15 – 21 – 23
– 24 – 25 – 26 – 29 – 30 31 – 32 – 33 – 34 – 35 – 37
– 39 42, soit exactement 23 fois sur 46 pages.
Chaque page comporte en général quatre bandes, mais
il y a parfois rupture d’un certain géométrisme
classique en variant la dimension d’une vignette qui
déborde sur deux bandes :
pp. 13 – 24 – 42 43. Dans ce cas, le sens de lecture
de la page est légèrement modifié.
Au sein de chaque bande, il peut y avoir une, deux ou
trois vignettes :
il faut faire constater aux élèves la variété de la
mise en page ainsi obtenue. Toutefois, il y a un
nombre assez régulier d’images par page.
•
Les images ou vignettes
On pourra, selon le niveau de la classe, faire une
recension des différents types
d’images :
descriptives, actives, mixtes, décoratives,
gratuites.
On fera repérer les liens entre les
images :
mouvements tronqués, ellipse (exemple dernière
vignette p. 35, v.1 p. 36), causalité,
conséquence, rupture, dérivation, c’est-à-dire
passage sur un autre fil d’intrigue, hiatus de toutes
sortes :
passage passé/présent, rêve/réalité,
souvenir/présent, etc. Montrer que cela n’a rien
à voir avec le cinéma, le roman-photo…
•
La représentation
-
L’espace et la narration : la BD rend l’incroyable plausible. Elle affiche cependant ses codes et ses artifices. Il n’y a jamais de temps mort dans les BD : l’espace n’est pratiquement jamais vide. Les héros, toujours en scène, sont condamnés à une communication physique et verbale presque permanente.
-
Les ballons : Ils ont une double fonction : communication entre les personnages et communication entre l’auteur et le lecteur. Remarquons, dans l’album de Calamity Jane, que, mises à part quelques brèves indications temporelles, il y a très peu de texte explicatif (récitatif) en dehors des ballons, sauf dans le récit que C.J. fait de sa vie. (Comparer avec une BD où les récitatifs sont très nombreux : Le mystère de la grande Pyramide, de Jacobs.)
[…]
Étude publiée dans
la NRP. NATHAN, N° 4
JANVIER 1983
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