Alphonse Daudet,
L’élixir du Révérend Père Gaucher
Les Lettres de mon moulin
Objectifs
pédagogiques
• Dégager, au fil du texte, la structure narrative du
récit.
• Distinguer ici le récit enchâssant et le récit enchâssé
et mettre en évidence leurs rapports.
• Apprendre aux élèves à regrouper les figures, les rôles,
les thèmes du texte en un système cohérent et en déduire
son code de valeurs
Ce conte se présente comme un ensemble assez bref et clos.
I. Au
fil du texte
À la première lecture, il est possible de distinguer deux
grandes parties dans ce récit :
a. la mise en route de la fabrication de l’élixir, qui
assure la prospérité au couvent des Pères Blancs ;
b. les aventures du Père Gaucher (son ivrognerie) et la
solution qu’y apportent les moines.
Il faut suivre d’abord le déroulement du texte en faisant
porter l’analyse sur des unités faciles à repérer ; la
segmentation du récit repose sur les notations temporelles
à relever avant tout :
« Il y a vingt ans ; or,
un jour ; un soir ; le lendemain ; un
dimanche matin, etc. »
1.
Récit enchâssant, récit enchâssé
Le
texte s’ouvre sur une invitation à boire :
« Buvez ceci, mon
voisin… »
Deux acteurs sont en présence : le curé de Graveson et
un « Je » narrateur. Entre ces deux personnages,
prend place un objet : l’élixir offert. Cet objet est
concret ; il apporte une satisfaction physique. Mais
il se dédouble : un savoir se développe comme
« l’histoire amusante de cet
élixir ».
Et une autre communication s’instaure :
« l’abbé me commença une
historiette », dont le narrateur
devient destinataire.
Nous considérons comme « récit enchâssant » la
mise en scène du « curé » et du « je »
narrateur ; et comme « récit enchâssé » le
développement de cette « histoire
irrévérencieuse » des aventures du Père Gaucher.
En fin d’analyse, nous examinerons le rapport qu’il est
possible d’établir entre ces deux niveaux de récit.
2.
Première séquence narrative
a.La situation initiale déceptive
En premier lieu, nous portons
notre analyse sur le récit enchâssé, qui est bien plus long
que l’autre.
« Il y a vingt
ans » marque un débrayage
temporel qui établit une distance entre le temps du récit
enchâssant et le temps du récit enchassé. La situation
initiale est très déceptive : c’est une situation de
« grande
misère » (pauvreté et absence de
ressources) ; c’est le « manque
initial » commun à un grand
nombre de contes.
La description porte d’abord sur le cadre de vie du
couvent : il y a disparition progressive de tous les
éléments qui caractérisent un couvent : les saints de
pierre croulent, les vitraux tombent, les cierges
s’éteignent, l’eau bénite est chassée par le vent…
Toutes les marques de la fonction monastique disparaissent,
et en particulier la cloche, qui signale à l’extérieur
l’existence de la communauté.
Les moines aussi sont atteints, à la fois sur le plan
physique (mal nourris, maigres, pâles) et sur le plan moral
(tristes et honteux).
Après cette présentation, les moqueries des porte-bannière
et la réflexion des Pères Blancs situent la
difficulté : c’est l’existence du groupe qui est
menacée, et la solution individuelle semble être la seule
issue (« chercher pâture chacun de
son côté »), qui consacrerait
l’anéantissement de la vie communautaire.
Ce qui est en train de disparaître progressivement, c’est
une existence, un « pouvoir-être ».
(…)
Pour Catherine
Compère-Daudet, que je n’avais pas l’honneur de connaître à
l’époque de la rédaction de cette étude.
Étude publiée dans la
Nouvelle revue
Pédagogique Nathan N°3 décembre 1982
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