Victor Hugo

Le Château de l’Arbrelles
Danse en rond

Version intégrale de ce délicieux poème, généralement réduit, sur la toile, à sa première strophe…
I
Va cueillir, villageoise,
La fraise et la framboise
Dans les champs, aux beaux jours.
À huit milles d’Amboise,
À deux milles de Tours,
Le château de l’Arbrelles,
Roi de ces alentours,
Se dresse avec ses tours,
Ses tours et ses tourelles.
Va cueillir aux beaux jours
La fraise et la framboise,
À huit milles d’Amboise,
À deux milles de Tours,
C’est là que sont les tours,
Les tours et les tourelles
Du château de l’Arbrelles
Bien connu des vautours.

II

Cueillez, Jeanne et Thérèse,
La framboise et la fraise,
Rions, dansons, aimons,
Le ciel en est bien aise,
Moquons-nous des sermons.
Le château de l’Arbrelles,
Qu’en chantant nous nommons,
Dresse sur ces vieux monts
Ses tours et ses tourelles,
Rions, dansons, aimons,
Cueillez, Jeanne et Thérèse,
La framboise et la fraise,
Moquons-nous des sermons.
Là-bas, sur les vieux monts
Se dressent les tourelles
Du château de l’Arbrelles
Bien connu des démons.

III

Cueillez filles d’Amboise,
La fraise et la framboise.
Les démons, les vautours,
Ont changé de figure
Depuis les anciens jours.
Tours de sinistre augure,
L’herbe croît dans vos cours,
Croulez, vilaines tours
!
Le ciel en est bien aise.
Aimons, les ans sont courts,
Cueillez, Jeanne et Thérèse,
La framboise et la fraise.
Ô belles, mes amours,
Pour piller vos atours,
Pour vous emplir de flammes,
Les démons sont nos âmes,
Nos cœurs sont les vautours.


Victor HUGO, Toute la lyre (1888-1893)
7 octobre 1876

Œuvres complètes, Poésies IV, page 503-504, coll Bouquins, Robert Laffont, février 2002.

Le château de l’Arbrelles ne se trouve pas du tout en Touraine, mais... à Lyon !
Dans
Guerre aux démolisseurs, Victor Hugo se souvient d’avoir vu « démolir » le château de l’Arbrelles, au cours de son voyage aux Alpes : « Je me trompe. Le propriétaire a conservé une des tours, il la loue à la commune, elle sert de prison ».