Phrase simple, phrase complexe


Observation


Arrivée de Lancelot à la cour d’Arthur


Un jour que le roi Arthur chassait dans la forêt avec son neveu Gauvain, Keu le sénéchal et plusieurs autres chevaliers, ils virent s’avancer vers eux un étrange cortège. Les montures des cavaliers qui le composaient, leurs armures, leurs vêtements, tout était d’un blanc brillant de neige. Ils escortaient un jeune homme et une dame, également vêtus de blanc, et tous deux d’une grande beauté. La dame, en voyant le roi, s’avança vers lui et le salua. Le roi répondit courtoisement à son salut et lui demanda qui elle était. Elle dit avec un sourire mystérieux:
— On me nomme la Dame du Lac.
Vous m’avez connue sous un autre nom, mais là n’est pas la question. Je vous amène ce jeune homme pour que vous le fassiez chevalier quand il le demandera. Il a déjà ses armes.
Le roi était à la fois étonné de la demande et curieux de savoir qui pouvait être la Dame du Lac.
Toutefois il accepta.
La dame, sans plus rien ajouter, fit de brefs adieux au jeune homme et s’en alla, escortée de ses cavaliers. Le roi confia le nouveau venu à son neveu Gauvain qui, après la chasse, l’emmena chez lui et tenta d’en savoir plus, en vain. Le jeune homme ne répondit à aucune question. Mais après le repas, qu’ils avaient pris ensemble, il demanda tranquillement à être armé chevalier le lendemain — car c’était la fête de la Saint-Jean, et le roi Arthur devait, ce jour-là, adouber plusieurs chevaliers. Gauvain se récria. La préparation, d’ordinaire, était longue. Elle pouvait durer jusqu’à deux années… Mais le garçon se borna à répéter:
Je n’ai besoin d’aucune préparation, je suis prêt.


Contes et légendes des chevaliers de la Table Ronde, adaptés par Jacqueline Mirande, Nathan, 1994.



1. Comparez les phrases en
bleu. Combien contiennent-elles de verbes conjugués? Classez-les en deux groupes. Dans chacun de ces deux groupes, cherchez les phrases qui contiennent des mots de liaison.

2. Comptez les verbes conjugués de la phrase en
rouge. Quels mots pourriez-vous placer à la place du point-virgule?

3. Récrivez la phrase en
vert de manière à obtenir deux phrases qui ne contiennent plus qu’un seul verbe conjugué. Quelles transformations avez-vous faites?


Leçon

Définition

Quel que soit son type (déclaratif, impératif, interrogatif), une phrase peut être simple ou complexe.

1. La phrase simple

• Une phrase qui ne comporte qu’une seule proposition (c’est-à-dire une seule combinaison groupe nominal sujet — groupe verbal) est une phrase simple.
Ex
: La dame/salua le roi Arthur.
GN sujet/GV
• Dans la phrase simple, le groupe nominal sujet et le groupe verbal peuvent être étendus.
Ex.
: Les montures des cavaliers, leurs armures, leurs vêtements, (GN Sujet) étaient d’un blanc brillant de neige. (GV)

2. La phrase complexe

Une phrase qui comporte plusieurs propositions est une phrase complexe.

Pour former une phrase complexe, il existe trois modes d’enchaînement des propositions
:

• La juxtaposition
La juxtaposition, comme son nom l’indique, consiste à poser côte à côte plusieurs propositions. Un signe de ponctuation sépare les propositions juxtaposées (virgule, point-virgule, deux-points).
Ex.: Je n’ai besoin d’aucune préparation, je suis prêt.

• La coordination
La coordination est la mise en relation de deux propositions d’importance égale.
Une conjonction de coordination relie les propositions coordonnées.
Ex.
: La dame fit de brefs adieux au jeune homme et s’en alla, escortée de ses cavaliers.
Vous m’avez connue sous un autre nom, mais là n’est pas la question.
Il demanda tranquillement à être armé chevalier le lendemain,
car c’était la fête de la Saint-Jean.

• La subordination
La subordination est la mise en relation de deux propositions dans un ensemble où l’une (appelée subordonnée) dépend de l’autre (appelée principale).
Ex. 1
: Vous ferez ce jeune homme chevalier/quand il le demandera.
proposition principale/proposition subordonnée
La proposition subordonnée
quand il le demandera a été enchâssée dans la proposition principale Vous ferez ce jeune homme chevalier à l’aide d’un mot subordonnant (la conjonction de subordination quand).



Ex. 2
: Le roi confia le nouveau venu à son neveu Gauvain/qui l’emmena chez lui
proposition principale/proposition subordonnée





La proposition subordonnée
qui l’emmena chez lui. a été enchâssée dans la proposition principale Le roi confia le nouveau venu à son neveu Gauvain à l’aide d’un mot subordonnant (le pronom relatif qui) voir leçon 13.

La proposition subordonnée exerce une fonction, dans la phrase ou dans le groupe nominal, de la même manière qu’un élément de la phrase simple.


3. Relations de sens

La juxtaposition

La juxtaposition n’exprime grammaticalement aucun rapport de sens
explicite entre les deux propositions.

Cependant, le destinataire reconstitue des rapports de sens
implicites:

— l’addition
: Mamie viendra mardi, elle restera jusqu’à dimanche.

— la succession
: Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu.

— l’opposition: Florence a beaucoup travaillé; elle n’a pas réussi son examen.

— la cause
: J’ai lavé mon pull: j’avais renversé du chocolat.

— la conséquence
: Les parents boivent, les enfants trinquent.


La coordination

La coordination établit un lien entre deux propositions à l’aide d’une conjonction de coordination
: mais, ou, et, donc, or, ni, car.
Certains adverbes peuvent jouer le même rôle qu’une conjonction de coordination
: puis, ensuite, pourtant, cependant, toutefois, enfin.
Ex.
: La dame fit de brefs adieux au jeune homme puis s’en alla.

Les rapports de sens peuvent être
:

— l’addition
: Il fait régulièrement du tennis et il joue au foot de temps en temps.

— l’addition négative
: Je n’aime ni les sardines ni les harengs.

— la succession
: Il est venu et il est reparti aussitôt.

— l’opposition
: Elle est grippée mais elle est allée au collège.

— la cause
: Ma mère est en colère car j’ai oublié de faire les courses.

— la conséquence
: J’ai oublié de faire les courses, donc ma mère est en colère.

— l’alternative
: Réponds-moi ou je fais un malheur.


La subordination

La subordination peut exprimer le même rapport de sens que la coordination ou la juxtaposition
:
Ex.
: Je sors dans le jardin; il ne pleut plus.
car il ne pleut plus.
parce qu’il ne pleut plus.


Pour l’expression écrite

Il est possible de combiner plusieurs propositions dans une seule phrase complexe. Mais il faut prendre garde à la construction et à la lisibilité de la phrase complexe ainsi obtenue.

Ma grand-mère
Elle disait
: « Enfin, on respire! » et parcourait les allées détrempées — trop symétriquement alignées à son gré par le nouveau jardinier dépourvu du sentiment de la nature et auquel mon père avait demandé depuis le matin si le temps s’arrangerait — de son petit pas enthousiaste et saccadé, réglé sur les mouvements divers qu’excitaient dans son âme l’ivresse de l’orage, la puissance de l’hygiène, la stupidité de mon éducation et la symétrie des jardins, plutôt que sur le désir, inconnu d’elle, d’éviter à sa jupe prune les taches de boue sous lesquelles elle disparaissait jusqu’à une hauteur qui était toujours pour sa femme de chambre un désespoir et un problème.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann, 1e partie, Combray. Gallimard.



Retenons

La phrase simple ne comporte qu’un seul verbe conjugué. Elle consiste donc en une seule proposition.

La phrase complexe comprend plusieurs propositions, construites autour de plusieurs verbes conjugués.

Pour former une phrase complexe, il existe trois modes d’enchaînement
:
— la juxtaposition
: les propositions sont placées côte à côte, sans mot de liaison. Elles sont séparées par une virgule, un point-virgule;
— la coordination
: les propositions sont reliées par une conjonction de coordination ou un adverbe de liaison;
— la subordination
: les propositions ne sont pas de même niveau. Une subordonnée dépend de la proposition principale.


Leçon publiée dans Grammaire et expression 5e Nathan