Le participe
La transformation participe


Observation

Conseil municipal

« Diable ! déclara le fermier, si nous ne sommes que cinq, nous ne pourrons prendre aucune décision ». Heureusement, Lengaigne entra. D’abord, il avait résolu de ne pas aller au conseil, la question du chemin ne l’intéressant pas ; et il espérait même que son absence entraverait le vote. Puis, la venue de M. de Chédeville le torturant de curiosité, il s’était décidé à monter, pour savoir.
— « Bon ! nous voilà six, nous pourrons voter », s’écria le maire. Et Lequeu, qui servait de secrétaire,
ayant paru d’un air rouge et maussade, le registre des délibérations sous le bras, rien ne s’opposa plus à ce qu’on ouvrît la séance. Mais Delhomme s’était mis à causer bas avec son voisin, Clou, le maréchal-ferrant, un grand, sec et noir. Comme on les écoutait, ils se turent. Pourtant, on avait saisi un nom, celui du candidat indépendant, M. Rochefontaine ; et tous alors, après s’être tâtés, tombèrent d’un mot, d’un ricanement, d’une simple grimace, sur ce candidat qu’on ne connaissait seulement pas.

E. ZOLA, La Terre.


Questions

1. Donnez la fonction des groupes en bleu. Que précisent-ils par rapport au verbe de la proposition principale ?

2. Quel mot de liaison pouvez-vous placer entre chaque groupe en bleu et la proposition principale ?

3. Remplacez chaque groupe en bleu par une proposition subordonnée et faites les modifications nécessaires.


Leçon

1. Définition

Le participe est une forme non actualisée du verbe. Il ne se conjugue pas mais il peut avoir les mêmes compléments que le verbe. Il exprime l’action à la manière d’un adjectif.

Le participe présent peut être considéré tantôt comme une forme verbale, tantôt comme un adjectif. Comme forme adjectivale, il peut varier en nombre et en genre.

Ex. :
Un fermier travaillant jour et nuit. Une décision prise.

Quand le participe présent est précédé de la préposition
en, on l’appelle gérondif. Le gérondif est la forme adverbiale du verbe. Il exprime, par rapport au verbe principal, à la fois une action simultanée et une circonstance :
Ex. :
En travaillant dur, le paysan augmente son cheptel.


2. La transformation participe

La transformation participe est la réduction à un participe présent ou à un participe passé du verbe conjugué d’une proposition subordonnée, sans modification du sens de l’énoncé.

A. Conditions de transformation

La transformation participe d’une proposition subordonnée dépend de certaines conditions.

La transformation participe d’une phrase relative est possible :
• si le pronom relatif « qui » sujet a pour antécédent un élément de la proposition principale.
Ex. :
Lequeu, qui paraissait rouge et maussade, servit de secrétaire.
Lequeu,
paraissant rouge et maussade, servit de secrétaire.

La transformation participe d’une subordonnée circonstancielle est possible :

• si les sujets de la principale et de la subordonnée sont communs, le sujet du participe n’est pas exprimé, le participe présent prend fréquemment la forme du gérondif.
Ex. :
Lorsqu’il apprend la venue de M. de Chédeville, il décide de se rendre à la réunion.
Apprenant la venue de M. de Chédeville/En apprenant la venue de M. de Chédeville, il décide de se rendre à la réunion.

• si les sujets de la principale et de la subordonnée sont différents, le sujet du participe est exprimé.
Ex. :
Comme M. de Chédeville venait, Lengaigne décida de se rendre à la réunion.
M. de Chédeville
venant, Lengaigne décida de se rendre à la réunion.
La réunion finie, les conseillers iront au bistrot.

B. Procédés de transformation

La transformation participe consiste :

• à effacer
— le mot subordonnant
qui, pronom relatif sujet, dans une phrase relative, que, parce que,… conjonction. ou locution conjonctive de subordination, dans une phrase circonstancielle,

— l’auxiliaire
être du verbe conjugué à un temps composé (cet effacement est facultatif),

— le sujet du verbe de la subordonnée s’il est le même que le sujet de la proposition principale.

• à remplacer la forme conjuguée du verbe par :
1. un participe présent pour transformer une subordonnée relative ou circonstancielle
si le verbe de la subordonnée relative a des compléments ; s’il est de sens actif et s’il exprime une action simultanée, non accomplie.
Ex. :
Le maire choisit des entreprises qui lui offrent des pots-de-vin.
Le maire choisit des entreprises lui
offrant des pots-de-vin.

2. un adjectif verbal pour transformer une subordonnée relative si le verbe n’a pas d’expansions ; s’il est de sens actif et s’il exprime une action simultanée, non accomplie.
Ex. :
Le secrétaire de mairie rédige un procès-verbal cohérent.

3. un participe passé pour transformer une subordonnée relative ou circonstancielle
si le verbe subordonné est de sens passif et s’il exprime une action antérieure, accomplie.
Ex. :
Son discours terminé, le maire serra les mains de la foule.

4. un gérondif pour transformer une subordonnée circonstancielle
si le verbe subordonné exprime une action simultanée.
Ex. :
En rédigeant le discours du maire, le conseiller spécial a commis une erreur de statistiques.

3. Caractéristiques de la proposition participe

A. le verbe de la proposition participe

C’est le plus souvent un participe présent actif ou un participe passé passif, simple ou composé :
Ex. :
La séance levée (ayant été levée), le maire s’en alla rapidement.
On peut également rencontrer
— un participe futur :
Ex. :
L’inauguration du stade devant avoir lieu le lendemain, le maire prépara son écharpe.

— une construction pronominale autant qu’une construction active ou passive :
Ex. :
Les manifestants se pressant au pied de l’estrade, le service d’ordre était sur les dents.

B. Le sujet de la proposition participe

Le sujet est généralement un groupe nominal :
Ex. : Son principal concurrent éliminé au second tour, le maire est assuré de sa réélection.

Il peut être également
— un pronom personnel :
Ex. :
Lui disparu, ma vie est bien triste.

— un pronom possessif :
Ex. :
Les nôtres ayant gagné le match, ce fut du délire sur les Champs-Elysées.

— un pronom démonstratif :
Ex. :
Cela étant, je me sens soulagé.

— un pronom indéfini :
Ex. :
Tout ayant été réglé, la séance du conseil fut levée.


4. Valeurs de la proposition participe

La proposition participe joue le rôle d’une proposition circonstancielle. Elle peut prendre la valeur
— d’une circonstancielle de temps :
Ex. :
La séance terminée, ils retournèrent au bistrot.

— d’une circonstancielle de cause :
Ex. :
Le maire étant corrompu, les électeurs ne lui renouvelleront pas son mandat.

— d’une circonstancielle d’opposition ou de concession :
Ex. :
Sa peine de prison alourdie, le maire recommença ses malversations.
(Bien que sa peine de prison…)

— d’une circonstancielle de condition :
Ex. :
Le maire étant mis en examen, les finances publiques s’assainiraient. (si…)

La valeur de la proposition participe ne se révèle que par le contexte dont elle dépend. Une même proposition participe peut en effet avoir les quatre valeurs, selon le sens de la proposition principale.
Les valeurs les plus fréquentes sont le temps et la cause, qui sont souvent intimement liées.
Ces quatre valeurs peuvent également être celles du gérondif et du participe présent détaché.


5. Le participe présent et l’adjectif verbal

L’adjectif verbal est un adjectif issu par transformation d’un participe présent. Il a perdu la caractéristique du verbe d’avoir des compléments, mais il a toutes les caractéristiques d’un adjectif.

A. Caractéristiques du participe présent

Le participe présent est une forme du verbe composé du radical + -ant
— il exprime une action non accomplie qui se passe en même temps qu’une autre action.
— il ne prend jamais de marques de genre ni de nombre.
— il est généralement suivi d’un complément du verbe.

Ex. :
Les élections municipales se déroulant dans deux ans font naître bien des ambitions.

— il peut être précédé de l’adverbe de négation « ne ».
— il peut être suivi d’un adverbe.
Ex. :
L’abus de biens sociaux n’étant pas encore reconnu, Jean sera réélu.


B. Caractéristiques de l’adjectif verbal

L’adjectif verbal est un adjectif qualificatif issu de la forme du verbe : radical -ant
— il prend les marques de genre et de nombre du nom auquel il se rapporte.
Ex. :
Une curiosité dévorante s’empara de Lengaigne.

— il peut être épithète ou attribut.
Ex. :
La curiosité de Lengaigne était dévorante.

— il peut être précédé d’un adverbe autre que « ne » qui lui affecte un degré :
Ex. :
Sa curiosité était trop dévorante.


Les formes du participe présent et de l’adjectif verbal
Une différence orthographique oppose parfois le participe présent et l’adjectif verbal :


Participe présent en — quant :



• L’adjectif verbal en — cant :
La salle communiquant avec la mairie.
Un orateur convainquant son public.
Un chauffard provoquant un accident.
Un employé vaquant à son travail.
Les vases communicants.
Une argumentation convaincante.
Une réflexion provocante.
Une place vacante.
• Le participe présent en — guant :• L’adjectif verbal en — gant :
Un travail fatiguant le dos.
Un attroupement intriguant les badauds.
Un capitaine naviguant au long cours.
Un ivrogne zigzaguant sur le trottoir.
Des enfants fatigants.
Un conseiller intrigant.
Le personnel navigant.
Une démarche zigzagante.


Participes présents en -ant :

• Adjectifs en -ent :
Des jeunes adhérant à un club.
Une foule convergeant vers le buffet.
Une attitude divergeant de l’usage.
Une épreuve équivalant à un championnat.
Un sportif excellant dans sa spécialité.
Un élève négligeant son travail.
Un vieillard somnolant après le repas.
Un dentiste différant ses rendez-vous.
Un membre adhérent.
Des effets convergents.
Des positions divergentes.
Un diplôme équivalent.
Un niveau excellent.
Un élève négligent.
Un vieillard somnolent.
Des résultats différents.

Pour l’expression écrite

Certaines propositions participes se sont figées :
le cas échéant, séance tenante, toutes affaires cessantes, ceci dit, cela étant, moi vivant, dimanches exceptés, soi disant, à deniers comptants.

Certains participes présents sont devenus des noms et prennent les marques du genre et du nombre :
les tenants et les aboutissants, les ayants droit, les participants, les assistants, les aspirants, les résidants, un sou vaillant.

Dans un certain nombre d’expressions figées, le participe présent est encore variable :
une place payante, un thé dansant, une couleur voyante, une rue commerçante, une rue passante, la poste restante, la nuit tombante, la partie plaignante, en espèces sonnantes et trébuchantes, à trois heures sonnantes (ou tapantes), une personne bien portante, méfiante, repentante, une soirée dansante, une couleur voyante…

Résumé

Le participe est une forme non actualisée du verbe. Il ne se conjugue pas et peut avoir les mêmes compléments que le verbe. Il exprime l’action à la manière d’un adjectif.

Le participe présent peut être considéré tantôt comme une forme verbale, tantôt comme un adjectif. Il peut varier en nombre et en genre.
Le participe présent précédé de la préposition
en est un gérondif. Forme adverbiale du verbe, il exprime à la fois une action simultanée et une circonstance par rapport au verbe principal.

La transformation participe est la réduction à un participe présent ou à un participe passé du verbe conjugué d’une proposition subordonnée, sans modification du sens de l’énoncé.

La valeur de la proposition participe se révèle par le contexte dont elle dépend. Une même proposition participe peut avoir quatre valeurs : temps, cause, concession, hypothèse, selon le sens de la proposition principale. Ces quatre valeurs peuvent également être celles du gérondif et du participe présent détaché.



Textes complémentaires, pour des exercices


Zadig dirigeait sa route sur les étoiles. La constellation d’Orion et le brillant astre de Sirius le guidaient vers le pôle de Canope. Il admirait ces vastes globes de lumière qui ne paraissent que de faibles étincelles à nos yeux, tandis que la terre, qui n’est en effet qu’un point imperceptible dans la nature, paraît à notre cupidité quelque chose de si grand et de si noble. Il se figurait alors les hommes tels qu’ils sont en effet,
des insectes se dévorant les uns les autres sur un petit atome de boue. Cette image vraie semblait anéantir ses malheurs en lui retraçant le néant de son être et celui de Babylone. Son âme s’élançait jusque dans l’infini, et contemplait, détachée de ses sens, l’ordre immuable de l’univers. Mais lorsque ensuite, rendu à lui même et rentrant dans son cœur, il pensait qu’Astarté était peut-être morte pour lui, l’univers disparaissait à ses yeux, et il ne voyait dans la nature entière qu’Astarté mourante et Zadig infortuné.

Voltaire, Zadig


CARTE POSTALE

Allumés, les postes de télévision
Verrouillées, les portes des conversations
Oubliés les dames et les jeux de cartes
Endormies, les fermes quand les jeunes partent
Brisées les lumières des ruelles en fête
Refroidi, le vin brûlant les assiettes
Emportés, les mots des serveurs aimables
Et disparus, les chiens jouant sous les tables
Déchirées les nappes des soirées de noce
Oubliées les fables du sommeil des gosses
Arrêtées les valses des derniers jupons
Et les fausses notes des accordéons

C’est un hameau perdu sous les étoiles
Avec de vieux rideaux pendus à des fenêtres sales
Et sur le vieux buffet et sous la poussière grise,
Il reste une carte postale

Goudronnées, les pierres de chemins tranquilles
Relevées les herbes des endroits fragiles
Désertées, les places des belles foraines
Asséchées, les traces de l’eau des fontaines
Oubliées, les phrases sacrées des grands-pères
Aux âtres des grandes cheminées de pierre
Envolés les rires des nuits de moisson
Allumés, les postes de télévision

Envolés, les robes des belles promises
Les ailes des grillons, les paniers de cerises
Oubliés les rires des nuits de moisson
Et allumés, les postes de télévision

Francis CABREL


JE N’AI PLUS QUE LES OS…

Je n’ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépoulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé ;
Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble.

Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m’a trompé ;
Adieu, plaisant soleil ! Mon œil est
étoupé,
Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble.

Quel ami, me
voyant en ce point dépouillé,
Ne remporte au logis un œil triste et
mouillé,
Me consolant au lit et me baisant la face,

En essuyant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu, chers compagnons ! Adieu, mes chers amis !
Je m’en vais le premier vous préparer la place.

Pierre de RONSARD (1524-1585), Derniers vers