L’infinitif
La transformation infinitive


Observation

Zadig premier ministre


Le roi avait perdu son premier ministre. Il choisit Zadig
pour remplir cette place. Toutes les belles dames de Babylone applaudirent à ce choix; car depuis la fondation de l’empire il n’y avait jamais eu de ministre si jeune. Tous les courtisans furent fâchés; l’envieux en eut un crachement de sang, et le nez lui enfla prodigieusement. […] [Zadig] fit sentir à tout le monde le pouvoir sacré des lois, et ne fit sentir à personne le poids de sa dignité. Il ne gêna point les voix du divan, et chaque vizir pouvait avoir un avis sans lui déplaire. Quand il jugeait une affaire, ce n’était pas lui qui jugeait, c’était la loi; mais, quand elle était trop sévère, il la tempérait, et, quand on manquait de lois, son équité en faisait qu’on aurait prises pour celles de Zoroastre.
C’est de lui que les nations tiennent ce grand principe
: qu’il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent. Il croyait que les lois étaient faites pour secourir les citoyens autant que pour les intimider. Son principal talent était de démêler la vérité, que tous les hommes cherchent à obscurcir.

Voltaire, Zadig


Questions

1. Quels infinitifs peuvent être remplacés par un nom
?

2. Quels infinitifs font partie d’une expression verbale
? Quels verbes leur servent d’auxiliaire?

3. Quels infinitifs complètent un nom
?

5. Lesquels sont complément essentiel d’un verbe
?

6. Lesquels sont compléments circonstanciels
? Donnez leur fonction?

7. Peut-on remplacer les groupes
soulignés par une subordonnée conjonctive? Si oui, à quelle condition?


Leçon

1. Définition

L’infinitif est la forme non actualisée du verbe. Il exprime simplement le nom de l’action (Ex.: travailler). Il ne marque ni la personne, ni le nombre, ni le temps. Il n’indique pas si l’action est réelle ou non.


2. Fonctions de l’infinitif dans la phrase simple

Dans la phrase simple, l’infinitif ou le groupe infinitif peut être
:

• sujet
Ex.
: Pour Voltaire, sauver un coupable est moins grave que de condamner un innocent.

• attribut du sujet:
Ex.
: Le principal talent de Zadig était de démêler la vérité.
Remarque: L’infinitif attribut est souvent en construction parallèle à un infinitif sujet, les deux sont souvent interchangeables:
Ex.
: Démêler la vérité était le principal talent de Zadig.

• complément essentiel du verbe:
Ex.
: Il veut parler. Il craint de parler. Les hommes cherchent à obscurcir la vérité.

• complément circonstanciel de la phrase:
Ex.
: Il choisit Zadig pour remplir cette place. (c. circ. de but)
Remarque
:
La préposition ou la loc. prépositive
: pour, après, afin de, à condition de, avant de,… qui précède l’infinitif est issue d’une locution conjonctive de subordination: pour que, après que,… elle précise la nature de la circonstance.

• complément du verbe impersonnel:
Ex.
: Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent

• complément du présentatif:
Ex.
: Voici venir Zagig.

• complément du nom:
Ex.
: L’ardeur de vivre cède à la peur de mourir.

• complément de l’adjectif:
Ex.
: Zadig croyait que les lois sont faciles à promulguer.


3. La transformation infinitive

A. Définition

La transformation infinitive est la réduction à l’infinitif du verbe conjugué d’une proposition subordonnée, sans modification du sens de l’énoncé. Elle se pratique en vue d’alléger l’énoncé, de lui donner plus de concision.

• réduction d’une proposition subordonnée complétive
:
Ex.
: Son principal talent était qu’il savait démêler la vérité.
Son principal talent était de savoir démêler la vérité.

• réduction d’un complément précisé par une proposition subordonnée relative:
Ex.
: On entend les envieux qui protestent./ On entend les envieux protester.


B. Intérêt de la transformation infinitive

• la transformation infinitive constitue une économie
Ex.
: Je pense que j’irai skier dans dix jours./Je pense aller skier dans dix jours.

• La transformation infinitive peut éviter des ambiguïtés
:
Ex.
: Hélène est rentrée en France. Anne pense qu’elle ira la voir.// Anne pense aller la voir.

• la transformation infinitive est obligatoire avec certains verbes, tels
demander, oser, pouvoir, prier de,… lorsque le sujet du verbe de la proposition principale est le même que celui du verbe de la subordonnée
Ex.
: * Je voudrais que je sois en vacances.//Je voudrais être en vacances.
Félix prie son grand-père qu’il lui répare son vélo.// Félix prie son grand-père de lui réparer son vélo.



C. Procédé de transformation

La transformation infinitive consiste à
:
— effacer le sujet de la subordonnée quand il a le même référent que le sujet de la proposition principale
;

— effacer le mot subordonnant
;

— remplacer la forme conjuguée du verbe par l’infinitif
:
Ex.
: J’ai dit à Paul qu’il vienne seul./J’ai dit à Paul de venir seul.
Je savais que je vous trouverai là./Je savais vous trouver là.



D. Construction de l’infinitif

• Infinitif dont le sujet est identique à celui du verbe principal

a. certains verbes tels
savoir, aimer, vouloir, espérer, se construisent sans préposition avec l’infinitif et peuvent également se construire avec une subordonnée complétive introduite par que:
Ex.
: Marc veut qu’on l’admire./Marc veut briller.

b. lorsque le complément du verbe conjugué était indirect, l’infinitif garde la préposition
:
Ex.
: J’ai passé mon dimanche au travail.// J’ai passé mon dimanche à jouer au foot.

c. certains verbes conjugués construits sans préposition demandent une préposition devant l’infinitif
Ex.
: Je commande mon repas.// Je commande à déjeuner.

• Infinitif dont le sujet est différent de celui du verbe principal.
a. avec les verbes de perception
écouter, regarder, sentir, voir ainsi qu’avec les verbes laisser et faire, le sujet de l’infinitif devient le complément essentiel du verbe principal
Ex.
: Jacques regarde Lionel s’embourber.

b. lorsque le verbe principal a une construction avec un double objet (c. direct et c. indirect), l’infinitif devient complément indirect et il est précédé d’une préposition
:
Ex.
: Anne a encouragé son fils à l’étude du piano.// Anne a encouragé son fils à apprendre le piano.

Cependant, avec certains verbes
: apprendre, ordonner, valoir, les deux compléments essentiels doivent être précédés d’une préposition:
Ex.
: Anne a appris à David à jouer du piano.


Pour l’expression écrite

La place du sujet dans la construction infinitive :

a. la place du sujet est indifféremment avant ou après le verbe infinitif quand le sujet est un nom, un pronom possessif, démonstartif, inféfini, numéral
:
Ex.
: J’entends minuit sonner.// J’entends sonner minuit.
J’ai vu quelqu’un sortir.// J’ai vu sortir quelqu’un.
J’ai vu passer un de mes amis.// J’ai vu un de mes amis passer.

b. quand le sujet est un pronom personnel, interrogatif, relatif, il précède même le verbe qui régit l’infinitif
:
Ex.
: Je la vois passer. Sœur Anne, ne vois-tu rien venir? qui vois-tu arriver?

C. avec le présentatif voici et avec le verbe
faire, il y a toujours inversion du sujet:
Ex.
: Faites venir le prévenu. Voici venir Ernest-Antoine.


Résumé

L’infinitif est la forme non actualisée du verbe. Il ne marque ni la personne, ni le nombre, ni le temps, ni le degré de la réalité de l’action.

La transformation infinitive est la réduction à l’infinitif du verbe conjugué d’une proposition subordonnée, sans modification du sens de l’énoncé. Elle se pratique en vue de donner plus de concision à l’énoncé.

La transformation infinitive est obligatoire avec certains verbes, tels
demander, oser, pouvoir, prier de,… lorsque le sujet du verbe de la proposition principale est le même que celui du verbe de la subordonnée.

La construction de l’infinitif est régie par un emploi précis des prépositions.



Textes pour exercices:

On pénétra bientôt qu’Astarté était tendre, et que Moabdar était jaloux. L’envieux engagea l’envieuse à
envoyer au roi sa jarretière, qui ressemblait à celle de la reine. Par surcroît de malheur, cette jarretière était bleue. Le monarque ne songea plus qu’à la manière de se venger. Il résolut une nuit d’empoisonner la reine, et de faire mourir Zadig par le cordeau, au point du jour.
L’ordre en fut donné à un impitoyable eunuque, exécuteur des vengeances. Il y avait alors dans la chambre du roi un petit nain qui était muet, mais qui n’était pas sourd. On le souffrait toujours
: il était témoin de ce qui se passait de plus secret, comme un animal domestique. Ce petit muet était très attaché à la reine et à Zadig. Il entendit, avec autant de surprise que d’horreur, donner l’ordre de leur mort. Mais comment faire pour prévenir cet ordre effroyable, qui allait s’exécuter dans peu d’heures? Il ne savait pas écrire, mais il avait appris à peindre, et savait surtout faire ressembler. Il passa une partie de la nuit à crayonner ce qu’il voulait faire entendre à la reine. Son dessin représentait le roi agité de fureur, dans un coin du tableau, donnant des ordres à son eunuque; un cordeau bleu et un vase sur la table, avec des jarretières bleues et des rubans jaunes; la reine dans le milieu du tableau, expirante entre les bras de ses femmes, et Zadig étranglé à ses pieds. L’horizon représentait un soleil levant, pour marquer que cette horrible exécution devait se faire aux premiers rayons de l’aurore. Dès qu’il eut fini cet ouvrage, il courut chez une femme d’Astarté, la réveilla, et lui fit entendre qu’il fallait dans l’instant même porter ce tableau à la reine.

Voltaire, Zadig


Lorsque vous voyagez, cher lecteur, pourquoi voyagez-vous
? — Je vous entends d’ici me répondre ce que je répondrais à votre place: je voyage pour voyager. — Je sais bien que le voyage est un plaisir par lui-même; mais, enfin, qui vous pousse à ce plaisir dispendieux, fatigant, périlleux parfois, et toujours semé de déceptions sans nombre? — Le besoin de voyager. — Ah bien! dites-moi donc ce que c’est que ce besoin-là, pourquoi nous en sommes tous plus ou moins obsédés, et pourquoi nous y cédons tous, même après avoir reconnu maintes et maintes fois que lui-même monte en croupe derrière nous pour ne nous point lâcher, et ne se contenter de rien? Si vous ne voulez pas me répondre, moi, j’aurai la franchise de le faire à votre place. C’est que nous ne sommes réellement bien nulle part en ce temps-ci, et que de toutes les faces que prend l’idéal, le voyage est une des plus souriantes et des plus trompeuses. Tous, quand nous avons un peu de loisir et d’argent, nous voyageons, ou plutôt nous fuyons, car il ne s’agit pas tant de voyager que de partir, entendez-vous? Quel est celui de nous qui n’a pas quelque douleur à distraire ou quelque joug à secouer? Aucun. Quiconque n’est pas absorbé par le travail ou engourdi par la paresse est incapable, je le soutiens, de rester longtemps à la même place sans souffrir et sans désirer le changement. Si quelqu’un est heureux (il faut être très grand ou très lâche pour cela aujourd’hui), il s’imagine ajouter quelque chose à son bonheur en voyageant.

George Sand, Un hiver à Majorque.

Leçon publiée dans Grammaire et Expression 3e, éditions Nathan.
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