L’expression de l’opposition


Observation :





La Fontaine,
Fables, Livre I, fable 22


Questions

1. Observez les mots en jaune : l’un peut-il remplacer l’autre ?

2. Quels faits sont placés de part et d’autre de chaque mot en jaune ? Quel rapport de sens est établi entre eux ?

3. Quel rapport de sens pouvez-vous établir dans les phrases en rose ? Quels mot de liaisons pouvez-vous y insérer ?

4. Dans le raisonnement du chêne, quel est le rôle du passage en vert ?


Leçon

1. Définition

Un fait entre en opposition avec un autre fait lorsqu’il en est plus ou moins le contraire, et qu’il pourrait empêcher cet autre fait.




2. L’opposition dans la phrase

Dans la phrase, l’expression de l’opposition peut être plus ou moins explicite.

A. explicite

L’opposition est explicite lorsqu’elle est marquée par un lien grammatical :
• phrase introduite par une conjonction de coordination :
mais, or ; ou adverbes de liaison : pourtant, cependant, par contre, néanmoins, en revanche.

L’expression la plus fréquente de l’opposition est « mais »
Ex. :
Le chêne est très solide mais il a été déraciné par l’ouragan.

• proposition subordonnée introduite par une conjonction ou une locution conjonctive de subordination :
bien que, quoique, encore que, même si, au lieu que, loin que, quand bien même.
Ex. :
Bien que le chêne soit très solide, il a été déraciné par l’ouragan.

Remarque :
bien que et quoique permettent d’effacer le verbe :
Ex. :
Bien que très solide, le chêne a été déraciné par l’ouragan.

• proposition subordonnée introduite par que en corrélation avec un terme détaché en tête de proposition :
— un adverbe :
si… que, tant… que, tout… que
Ex. :
Si risquée que soit la mission, il s’en tirera grâce à son expérience.

— un déterminant indéfini :
quelque… que
Ex. : Quelques belles expériences que fassent les savants, le public demeure souvent ignorant.

— un pronom interrogatif :
qui, quoi suivi du relatif que
Quoi que s’emploie surtout avec les verbes faire, dire, advenir
Ex. :
Quoi que je fasse, quoi que je dise, quoi qu’il advienne, j’aurai toujours tort.
Qui que tu sois, contemple. (Hugo)

• groupe nominal introduit par une préposition :
malgré, en dépit de, contre, au lieu de, loin de, à l’inverse de + groupe nominal
Ex. :
Malgré les interventions de secours, les pistes de l’aéroport sont demeurées impraticables

• infinitif introduit par une préposition :
loin de, au lieu de + infinitif
Ex. :
Au lieu de nous reposer à la montagne, nous passerons nos vacances au soleil.

B. Implicite

L’opposition implicite se manifeste par différents moyens :
• juxtaposition de deux mots, de deux groupes nominaux, deux propositions
Ex. :
Tout vous est aquilon, tout me semble zéphir.

• juxtaposition renforcée par « avoir beau », un pronom personnel (moi, lui, eux…)
Ex.
Il avait beau lutter contre le sommeil, sa fatigue le trahissait.
Nous ne faisons pas assez de sport. Les voisins,
eux, font du tennis trois fois par semaine.

• une proposition subordonnée relative
Ex. :
L’autoroute, qui était particulièrement verglacée n’a pas été fermée à la circulation.

• un participe présent, un participe passé, un adjectif
Ex. :
Accablée de chagrins, elle gardait son courage et sa bonne humeur.


3. Nuances de sens

Certaines nuances de sens peuvent s’ajouter à l’expression de l’opposition :

• opposition et temps :

Lorsque l’on veut marquer la simultanéité de deux actions ou de deux faits qui s’opposent, on emploie les locutions conjonctives
tandis que, alors que + indicatif
Ex. :
Tout le monde la croit heureuse tandis qu’elle est rongée de soucis.

• opposition et supposition

Lorsque l’on veut ajouter l’idée de supposition à l’idée d’opposition, on emploie la conjonction ou les locutions conjonctives
quand, quand même, quand bien même, alors même que + conditionnel, même si + indicatif :
Ex. :
Quand tu me ferais des excuses, je me te pardonnerais pas.
Même si tu me faisais des excuses, je ne te pardonnerais pas.

• opposition et restriction

Lorsque l’on veut ajouter une nuance de restriction à l’idée d’opposition, on emploie les locutions conjonctives
sauf que, excepté que, hormis que, si ce n’est que (+ indicatif), encore que (+ subjonctif)
Ex. :
Vous devriez avoir fini demain, sauf qu’un empêchement peut toujours surgir.


4. L’opposition dans les textes

La notion d’opposition est très fréquemment utilisée.

A. Dans les textes narratifs, descriptifs, injonctifs — en particulier la publicité -, et en poésie, elle permet d’exprimer des contrastes forts et de frapper ainsi l’imagination du destinataire.

Elle s’exprime par de nombreux moyens lexicaux :

— des antonymes : large-étroit ; agrandir-rapetisser ; donner-prendre ; oncle-neveu ; masculin-féminin ; marié-célibataire.

— des antithèses : « Ton bras est invaincu mais non pas invincible »
des mots qui contiennent en eux-mêmes l’idée d’opposition
noms
 :
opposition, inégalité, déséquilibre, obstacle, antithèse, antinomie, écart, barrage, barrière, difficulté, mur, écueil, entrave, gêne, fossé, séparation, écran, inconvénient, objection, embarras, gêne, frein, contretemps, résistance, obstruction, empêchement, blocage…
verbes :
barrer la route à, se dresser contre, faire barrage à, gêner, nuire à, s’opposer à, résister à, empêcher, contrarier, contrecarrer, entraver, bloquer, combattre, aller contre, faire obstacle à, mettre en balance…


B. Dans l’argumentation, on distingue l’opposition et la concession.

La
concession et l’opposition sont deux actes argumentatifs très liés, qui permettent à l’émetteur de prendre en compte le point de vue ou la thèse de l’autre.

L’opposition est le rapprochement de deux faits de même nature pour souligner leurs différences.

La concession met en relation deux faits dont l’un devrait empêcher la réalisation de l’autre. C’est une opposition qui est rejetée au moment même ou elle est formulée.

L’argumentation les utilise en deux étapes :
— on commence par concéder, c’est-à-dire abandonner à son adversaire un point de discussion, de son propre gré. On admet, on cède sur un des points en discussion. Le mot clef de la concession est CERTES.
— on réfute ensuite le point de vue ou la thèse de l’autre en lui opposant un argument plus fort. Le mot clef de l’opposition est MAIS.

La stratégie argumentative mise en œuvre ici est plus riche, plus complexe qu’une simple opposition. Elle est plus subtile, car elle demande de hiérarchiser les arguments : on cède sur un point accessoire pour mieux s’opposer ensuite avec un argument plus fort.


Pour l’expression écrite

• L’emploi des modes dans les subordonnées de concession :
— on emploie le subjonctif après les locutions
bien que, au lieu que, quoique, quel que, quelque… que, qui que, quoi que…
Ex. :
— on emploie le conditionnel après
quand, quand même, quand bien même, alors même que :
Ex. :
• En orthographe, ne confondez pas :





Résumé

Un fait entre en opposition avec le fait principal lorsqu’il en est plus ou moins le contraire, et qu’il pourrait empêcher ce fait principal.

L’expression de l’opposition peut être explicite ou implicite.

Explicite, elle est introduite par une conjonction de coordination (
mais, or ) un adverbe de liaison (pourtant, cependant, par contre), une locution conjonctive de subordination (bien que, quoique, encore que), même si, au lieu que, loin que, alors que, tandis que, quand bien même) ; un mot grammatical en corrélation avec que (si… que, tant… que, tout… que) un groupe nominal introduit par une préposition (malgré, en dépit de, contre, au lieu de, loin de, à l’inverse de) ; un infinitif introduit par une préposition (loin de, au lieu de )

L’opposition implicite se manifeste par la juxtaposition de deux mots, de deux groupes nominaux, deux propositions ou par l’opposition de deux termes de sens contraire (antinomie)

Cette juxtaposition peut être renforcée par « avoir beau », ou un pronom personnel (moi, lui, eux…)

Une proposition subordonnée relative, un participe présent, un participe passé, un adjectif peuvent exprimer implicitement l’opposition.

L’expression de l’opposition peut se nuancer d’une idée de temps, de supposition, de restriction.


texte pour exercice :

Le devoir de mémoire

On fait valoir sans cesse le devoir de mémoire :
mais rappeler un événement ne sert à rien, même pas à éviter qu’il ne se reproduise, si on ne l’explique pas.
Il faut faire comprendre comment et pourquoi les choses arrivent. On découvre alors des complexités incompatibles avec le manichéisme purificateur de la commémoration.
On entre surtout dans l’ordre du raisonnement, qui est autre que celui des sentiments, et plus encore des bons sentiments.
La mémoire se justifie à ses propres yeux d’être moralement et politiquement correcte, et elle tire force des sentiments qu’elle mobilise. L’histoire exige des raisons et des preuves. […] 
Je pense qu’accéder à l’histoire constitue un progrès : il vaut mieux que l’humanité se conduise en fonction de raisons que de sentiments. C`est pourquoi l’histoire ne doit pas se mettre au service de la mémoire ; elle doit
certes accepter la demande de mémoire mais pour la transformer en histoire. Si nous voulons être les acteurs responsables de notre propre avenir, nous avons d’abord un devoir d’histoire.

Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire, Seuil, coll. Points Histoire, 1996.

Leçon publiée dans Grammaire et Expression 3e, éditions Nathan.