L’expression de la conséquence


Observation

Memnon


Memnon conçut un jour le projet d’être parfaitement sage. Il n’y a guère d’hommes à qui cette folie n’ait quelquefois passé par la tête. Memnon se dit à lui même : « pour être très sage,
et par conséquent très heureux, il n’y a qu’à être sans passions ; et rien n’est plus aisé, comme on sait.
Premièrement, je n’aimerai jamais de femme ; car, en voyant une beauté parfaite, je me dirai à moi-même : ces joues-là se rideront un jour ; ces beaux yeux seront bordés de rouge ; cette gorge ronde deviendra plate et pendante ; cette belle tête deviendra chauve. Or, je n’ai qu’à la voir à présent des mêmes yeux dont je la verrai alors,
et assurément cette tête ne fera pas tourner la mienne.
« En second lieu je serai toujours sobre ; j’aurai beau être tenté par la bonne chère, par des vins délicieux, par la séduction de la société ; je n’aurai qu’à me représenter les suites des excès, une tête pesante, un estomac embarrassé, la perte de la raison, de la santé et du temps,
je ne mangerai alors que pour le besoin ; ma santé sera toujours égale, mes idées toujours pures et lumineuses. Tout cela est si facile qu’il n’y a aucun mérite à y parvenir. »
Peu après ces réflexions, Memnon aperçoit une belle jeune femme par la fenêtre…
Elle soupirait, elle pleurait, et n’en avait que plus de grâces.
Notre sage fut touché, non pas de la beauté de la dame (il était bien sûr de ne pas sentir une telle faiblesse), mais de l’affliction où il la voyait. Il descendit ; il aborda la jeune Ninivienne dans le dessein de la consoler avec sagesse. Cette belle personne lui conta, de l’air le plus naïf et le plus touchant, tout le mal que lui faisait un oncle qu’elle n’avait point ; avec quels artifices il lui avait enlevé un bien qu’elle n’avait jamais possédé, et tout ce qu’elle avait à craindre de sa violence. « Vous me paraissez un homme de si bon conseil, lui dit-elle, que si vous aviez la condescendance de venir jusque chez moi, et d’examiner mes affaires, je suis sûre que vous me tireriez du cruel embarras où je suis. »


VOLTAIRE, Memnon.



Questions

1. Avec quel fait ou quelle action chaque groupe en bleu est-il mis en relation ?

2. Placez sur l’axe chronologique chaque groupe en bleu et le fait avec lequel il est en relation. Que constatez-vous ?

3. Relevez la présence ou l’absence d’un mot de liaison entre chacun des deux faits mis en relation.

4. Par quelle conjonction de coordination pouvez vous remplacer chacun des mots de liaison ?

5. Quelles transformations faudrait-il opérer pour inverser l’ordre de présentation de chaque couple de faits ?



Leçon

1. Définition

La
conséquence est le résultat d’un fait.
Elle représente un événement ou une suite d’événements entraînés par un fait ou une action appelé
fait essentiel.

L’ordre de présentation des faits est toujours chronologique.

Ex. :
Notre sage fut si touché de la beauté de la belle qu’il descendit pour la consoler 


2. L’expression de la conséquence

La conséquence d’un fait est exprimée au moyen d’un lien grammatical toujours placé en tête de la proposition.

Comme la cause, la conséquence peut être plus ou moins explicite, selon que l’on emploie ou non des lieux grammaticaux, comme la préposition, la conjonction de coordination ou de subordination, ou implicite, quand le lien logique n’apparaît dans aucun mot grammatical, mais est simplement suggéré par le rapprochement de deux faits.


A. La conséquence explicite

Ces moyens sont variés :
— un groupe nominal introduit par une préposition :
à, en, jusqu’à
Ex. :
Anne a travaillé jusqu’à l’épuisement.

— un groupe à l’infinitif  introduit par les prépositions ou locutions prépositives :
de manière à, au point de…
Ex. :
Anne a travaillé de manière à finir son exposé à temps.

— deux phrases coordonnées par la conjonction de coordination :
donc ou par un adverbe de liaison : aussi, ainsi, alors, par conséquent, c’est pourquoi
Ex. : Ayoub adore le raï, donc il écoute Faudel toute la journée.
Gaëlle a une passion pour l’Egypte,
aussi rassemble-t-elle tous les livres sur l’art de ce pays.

— une proposition subordonnée introduite par une locution conjonctive  : de sorte que (+ indicatif)
Ex. :
Le directeur reçoit les clients le samedi, de sorte que vous prendrez un rendez-vous pour ce jour-là.

— une proposition subordonnée introduite par « que » en corrélation avec un adverbe dans la principale:
si/tellement/tant… que ; tel… que ; de tel… que ;
Ex. : Mes enfants sont si turbulents que je ne les laisse jamais seuls chez leur grand-mère.


B. La conséquence implicite

La conséquence peut n’être pas exprimée par un lien grammatical. Elle résulte dans ce cas du rapprochement de deux faits, dont le second a été entraîné par le premier :
— deux propositions indépendantes juxtaposées :
Ex. :
Il y a moins d’élèves dans la classe. On y travaille mieux.

— une proposition relative (à laisser ici, svp)
Ex. :
La pollution du fleuve a affectées poissons, qui flottent le ventre en l’air.


3. Nuances de sens

Les différents moyens d’exprimer la conséquence permettent de nombreuses nuances de sens. On peut distinguer :

a. la conséquence d’un fait : de ce fait, si bien que, c’est pourquoi, aussi (+ inversion du pronom sujet), d’où, de là
Ex. : Elle a déménagé. De ce fait, j’ai perdu sa trace.
Il a plu toute la nuit,
aussi toutes les traces sont-elles effacées.

b. la conséquence d’une manière de faire : ainsi, de cette façon, de cette manière, de sorte que, de telle manière que, de façon que
Ex. : Il est abonné au câble, de sorte qu’il reçoit soixante chaînes de télévision.
Il a un téléphone portable,
ainsi on peut l’appeler à tout moment.

c. la conséquence avec intensité : tel… que, tellement… que, tant… que, si… que, tant et si bien que, au point que
Lorsque l’on veut insister fortement sur la conséquence d’une action.
Ex. :
Elle a tant de livres qu’elle ne sait plus où les ranger.
Il est
tellement heureux qu’il téléphone la nouvelle à tous ses clients.

d. la conséquence dans le temps : depuis lors, dès lors, à la suite de cela, à partir de là
Lorsque l’on veut insister sur la réalité d’une conséquence ou l’inscrire dans le temps.
Ex. :
Ils se sont rencontrés dès le lycée. Dès lors ils ne se sont plus quittés.

e. le résultat, le bilan, la morale de l’histoire : « résultat », « moralité »
Ex. : Il regarde de plus en plus la télévision. Résultat, sa moyenne en maths est insuffisante.
Il arrive toujours en retard à ses rendez-vous.
Moralité, plus personne ne lui fait confiance.


Remarque

Dans le langage administratif :
en conséquence est une liaison de coordination qui donne de l’impact à l’argumentation
Ex. :
Des travaux auront lieu le long de l’avenue de la République lundi de 7 heures à 12 heures En conséquence, des coupures d’électricité interviendront dans la matinée.

5. La conséquence dans les textes

• dans les textes explicatifs

La conséquence apparaît dans les textes explicatifs : manuels scolaires, usuels, articles scientifiques, articles de presse, démonstrations mathématiques et scientifiques..
Elle apparaît également souvent dans les textes juridiques, les communiqués de presse émanant des syndicats, préfectures, mairies, les réglements de tous ordres (copropriétés, établissements scolaires…).
Le vocabulaire signale la conséquence, en particulier les verbes : « être à l’origine de, être dû à, entraîner, provoquer, produire, causer, aboutir à… » Le terme indiquant la conséquence est le
complément du verbe.

• dans les textes argumentatifs

Dans un texte argumentatif et identifié comme tel, le connecteur
donc placé en tête d’une affirmation désigne celle-ci comme étant la conclusion :


Attention !

Donc n’est pas toujours un connecteur d’argumentation. Il peut avoir des emplois divers.
Ex. :
Taisez-vous donc !. Dis donc toi, là-bas ! Qui donc vous a donné cette information ?

Pour l’expression écrite

• On emploie le mode indicatif dans les propositions subordonnées consécutives, car la conséquence est énoncée comme réelle.
Ex. :
Une équipe de télévision japonaise a été bloquée en Sibérie pendant six semaines par un froid si vif qu’elle a été sauvée in extremis.

• Les propositions subordonnées consécutives sont toujours postposées à la principale : elles font toujours partie du propos, et il est impossible de les placer en tête de phrase avec l’expression
C’est… que.
Ex. :
* C’est si bien qu’il ne leur restait plus que quelques jours à vivre…

Résumé

La conséquence est un événement qui résulte d’un fait ou d’une action antérieure appelée fait essentiel. L’ordre de présentation des faits est toujours chronologique.

La conséquence peut être exprimée explicitement par un GN prépositionnel, un infinitif prépositionnel, une conjonction de coordination (donc), une conjonction de subordination (de sorte que), une subordonnée introduite par que, en corrélation avec un adverbe (si, tellement, tant… que).

Elle peut être implicitement exprimée par deux propositions juxtaposées ou par une proposition relative.

Dans un texte argumentatif, le connecteur
donc signale que l’affirmation qu’il précède est une conclusion.

Leçon publiée dans Grammaire et Expression 3e, éditions Nathan.
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