Le récit en 5e


Sommaire du dossier

Découvrir
1. Les étapes du récit

Stefen Leacock, « Une nouvelle nourriture », in
Histoires humoristiques.

2. Les personnages et leurs rôles

Patrick Chamoiseau, « Un Noël comme ceux des autres », in
Une enfance créole

3. L’énonciation

Jean-François Merle, « L’agression », in
Mes voisins
François Rabelais, » Massacre à l’abbaye », in
Gargantua.

Examiner
1. La narration

Annette Kahn,
Robert et Jeanne
Lucie Aubrac,
Ils partiront dans l’ivresse

2. Temps de l’histoire et temps de l’écriture

N. Schneegans, « Journal intime », in
Coup de foudre
Bertrand Solet,
La ville qui disparut
A. France, Le Livre de mon ami


Approfondir
1. Ordre du réel et ordre du récit

Giorda, « Il faut attendre », in
L’Accident.

2. Récit et description

Daniel Pennac, in
L’Agence Babel

3. Récit et dialogue

H. de Balzac,
Eugénie Grandet
Anne Fine, « Un goûter paisible avec Papa », in
Quand papa était femme de ménage (Mrs Doubtfire au cinéma).


Florilège poétique
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Découvrir
1. Les étapes du récit

Une nouvelle nourriture


[…] La famille souriante était assemblée autour de la table. La chère abondante se présentait sous la forme d’une assiette à soupe devant chacun des enfants rayonnants, une bouilloire remplie d’eau bouillante devant la maman radieuse et, tout au bout, le dîner de Noël de ce foyer heureux, chaudement recouvert d’un dé à coudre et reposant sur un jeton de poker. Les chuchotements d’impatience des petits s’apaisèrent quand le père de famille se leva de sa chaise, souleva le dé à coudre pour découvrir la petite pilule d’aliments concentrés sur le jeton devant lui. La dinde de Noël, la sauce aux airelles, le plum-pudding, le mince pie; tout y était, le tout concentré en cette pilule minuscule et n’attendant que de grossir. Puis, avec le plus grand respect, le père, son œil voyageant de l’aliment concentré au ciel, éleva la voix pour prononcer le bénédicité. À ce moment, cri d’angoisse de la mère:
— Oh! Henry, vite! Bébé a attrapé la pilule!…
Ce n’était que trop vrai. Le cher petit Gustavus-Adolphus, le cher petit enfançon blond, avait saisi le dîner entier sur le jeton de poker, l’avait avalé tout entier. Trois cent cinquante livres de ravitaillement concentré descendaient dans l’œsophage du petit imprévoyant.
— Tape-lui dans le dos
! cria la mère aux abois. Donne-lui à boire!
Idée fatale.
Tombant sur la pilule, l’eau fit se dilater cette dernière. Il y eut un grondement sourd, suivi d’une terrible détonation. Gustavus-Adolphus éclata en morceaux.
Et quand on rassembla le petit corps, les lèvres du bébé s’éclairaient d’un sourire de bonheur que ne pouvaient refléter que les traits d’un enfant ayant avalé treize dîners de Noël.

Stefen Leacock,
Histoires humoristiques, trad. de M. Chrestien, Ed. Robert Laffont.

Surnommé «le Mark Twain canadien», Stephen Leacock (1869-1944) est issu de la grande tradition de la nouvelle humoristique américaine. Héritier de Twain, mais aussi d’Ambrose Bierce et de O. Henry, il introduit dans ses textes un ton qui annonce l’humour parodique et absurde de l’école du New Yorker, celui d’un James Thurber ou d’un Robert Benchley. Comme le dit très simplement l’un de ses admirateurs : «C’est un des types les plus drôles que je connaisse… Une fois qu’on a commencé à le lire, on ne peut plus s’arrêter.» (Groucho Marx)

NOTES :
Chère : n.f. Nourriture

Poker : n.m. Jeu de cartes dans lequel chaque joueur, disposant de cinq cartes, peut gagner s’il possède la combinaison de cartes la plus forte ou s’il parvient à le faire croire à ses adversaires.
Hachis de pommes, peaux d’oranges, raisins secs, graisse, etc., imbibé de cognac (N.d.T.)
Bénédicité : n.m. Prière catholique prononcée avant le repas.



Observons

Dites si les affirmations suivantes sont vraies (V), fausses (F), ou ne figurent pas dans le texte (NT)
:
• L’histoire se passe à Chicago, aux États-Unis.
• La famille se compose des parents et de onze enfants, dont un bébé.
• Les enfants n’ont pas encore reçu leurs cadeaux de Noël.
• Le repas de Noël comporte treize desserts.
• Le dîner de réveillon tient tout entier sur une carte à jouer.
• Le repas équivaut à 350 livres de nourriture, soit 125 kilos.
• Le bébé est comblé de bonheur d’avoir si bien mangé.


Réfléchissons

1. Qui sont les personnages de cette histoire? Sont-ils tous nommés précisément?
2. Quels personnages agissent
? Quels personnages restent témoins?
3. À quel endroit se déroule l’histoire
? Quels objets sont nommés?
4. À quelle date et à quelle époque peut-on situer l’histoire
?
5. Quel geste déclenche l’histoire
?
6. Quelle suite d’actions découle de ce geste
?
7. Ces actions s’enchaînent-elles logiquement
? Pourquoi?
8. Quel événement met fin à l’histoire
? Est-il surprenant ou attendu?
9. Qualifiez la situation finale (dramatique — invraisemblable — humoristique) et justifiez la réponse que vous avez choisie.
10. Toutes les étapes de ce récit sont-elles développées de manière égale
? Pourquoi, selon vous?


Approfondissons

Parmi les phrases suivantes, choisissez celle qui pourrait le mieux servir de « moralité » à ce récit. Justifiez votre réponse.
— Les bébés ne doivent pas dîner à table avec les grands.
— Il ne faut jamais boire pendant les repas.
— Le réveillon de Noël conduit souvent à une indigestion.
— Il ne faut pas laisser les médicaments à la portée des enfants.
— Il serait dangereux, dans le futur, de concentrer notre nourriture sous forme de pilule.
— On peut appeler le service médical d’urgence même le soir de Noël.


Retenons

La situation initiale d’un récit se situe avant le déroulement des événements. Elle répond aux questions
: qui? quoi? où? quand?
Le récit commence au moment où surgit un événement qui vient détruire l’équilibre de la situation initiale. Cet événement est appelé l’événement modificateur, ou complication.
L’action, ce sont les événements, les péripéties qui s’enchaînent à partir de la complication. Ces actions s’enchaînent logiquement.
Le récit se termine au moment où un événement, symétrique de la perturbation, met fin à l’histoire. Cet événement est appelé l’événement de résolution.
La situation finale est un nouvel équilibre, qui peut être comparé à la situation initiale. Elle apporte une amélioration ou une dégradation. Elle comporte souvent une morale qui peut être évidente (explicite) ou suggérée (implicite).


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2. Les personnages et leurs rôles

Un Noël comme ceux des autres



Dans un temps inconnu du négrillon, Anastasie la Baronne, la plus grande des deux sœurs, avait souffert de l’absence de crèche. Man Ninotte et le Papa ne disposaient pas d’un assez au porte-monnaie pour dresser comme tout le monde, au mitan du salon, la caverne illuminée du Sauveur. Anastasie réclamait donc sa crèche à grandes larmes. Man Ninotte attendrie releva cette tristesse. Elle apprit à l’enfant le modelage du caca-bougies. Anastasie s’y lança avec un art et une patience dont la nécessité seule détient secret du germe. Elle se modela, dans la bougie fondue, son âne, son bœuf, sa Marievierge, son Joseph, ses bergers, ses Rois mages, son étoile et, bien sûr, son bébé Sauveur. Elle leur dessina au pinceau charbonneux des yeux et des oreilles, des sourires et des sentiments, des styles et des façons. Elle plaça le tout sur une herbe sèche, et froissa autour la hiéroglyphique caverne d’un papier de journal. Elle possédait sa crèche. Pour l’achever, elle y ajouta deux bougies allumées du plus bel effet mais de la plus désastreuse conséquence. Les bergers se mirent à couler. L’âne et le bœuf se répandirent. Marievierge se mêla à Joseph, lui-même avalé par les Rois mages. Très vite, la crèche fut catastrophée en une fondue grisâtre sur laquelle Anastasie répandit la plus épouvantable des détresses enfantines. Celle-ci lui fut par la suite tellement évoquée que l’homme d’aujourd’hui en conserve une douleur rémanente. Alors Man Ninotte, le cœur descendu, réussit l’impossible. Elle se trouva un arrière-sou dans quelque coin de prévoyance et lui acheta deux santons. Chaque année, ou chaque jour ou chaque semaine, en tout cas au rythme des embellies de son porte-monnaie, elle lui acheta désormais des santons. Anastasie, dès son premier centime d’institutrice, s’en paya tout un lot. Dans l’attente de la Nativité, les personnages enveloppés chacun dans du papier journal allèrent s’entasser dans une boîte de pommes de terre. Si bien qu’à chaque Noël, le négrillon fut convié à l’ouverture de ce sanctuaire.

Anastasie dépoussiérait la boîte avec une lenteur calculée, l’œil soi-disant sévère vrillé sur la ronde établie autour d’elle, les plus petits devant, les plus grands par-derrière. […] La boîte ouverte, la prêtresse descellait une à une les boules informes de son trésor. Chaque personnage disparaissait sous sa botte de papier. Il était impossible à quiconque de deviner lequel Anastasie extrayait de sa gangue. Et l’apparition de chaque personnage était un ravissement, celui d’une naissance, d’une renaissance, répercutée au fil des ans, avec la même régularité, la même saisie du cœur, le même bonheur. Il y en avait tant qu’une fois les personnages officiels apparus, advenait alors un peuple d’anonymes bergers ou d’indéfinissables personnes qu’il nous fallait nommer et faire exister. Dans la crèche d’Anastasie se déploya donc une populace que le curé de la cathédrale aurait eu quelque angoisse à bénir: des philomène-gros-pieds, des zizines-voleurs-poules, des koulis-coulirous, des chinois-graines-de-riz, des marchandes-poissons-frits, des planteurs-de-dachines, des coupeurs-de-graines-bœuf, des dorlis, des kalazaza, des chabins à-poil-sûr, des diablesses à talons, des suceurs-de-souskay, des doussineurs, des bougres bouffis à tête de manicou, des maquereaux maigres à yeux ronds de bourrique, des bonda matés sur jambes à tout-petit pilon, des gens à pians et à chiques en paquets, et d’autres cliques pour l’énoncé desquelles mon imagination n’a plus assez d’audace.


Patrick Chamoiseau, Une enfance créole, I, Antan d’enfance, Hatier 1990, Gallimard 1993 et 1996 (Folio)



Patrick Chamoiseau est né en 1953 à Fort de-France, en Martinique. Il a publié du théâtre, des romans Chronique des sept misères, Solibo Magnifique, des récits Antan d’enfance, Chemin d’école, ainsi que des essais littéraires Éloge de la créolité, Lettres créoles. Il a obtenu le prix Goncourt en 1992 pour son roman Texaco.


NOTES
Négrillon : c’est ainsi que le narrateur se désigne dans son récit. Il situe ici les événements du premier paragraphe avant sa naissance.
La Baronne : surnom donné par le père à l’aînée qui aime régenter les petits.
Man Ninotte : la mère de famille.
Mitan : n.m. vieilli. Milieu.

Hiéroglyphique : elle ne sait pas encore lire, et les caractères imprimés lui paraissent aussi mystérieux que les hiéroglyphes égyptiens.
Le narrateur devenu adulte.
Rémanente : permanente, persistante.


Observons

1. Choisissez, parmi la liste B, les sentiments à attribuer à chacun des personnages suivants. Plusieurs réponses sont possibles. Relisez bien le texte pour éviter les erreurs.

Liste A
: Le narrateur adulte — Anastasie enfant — Anastasie adulte — Man Ninotte — l’ensemble des enfants.

Liste B
abattement — amertume — attendrissement — bonheur — colère — confiance — désespoir — douleur — frustration — fureur — gravité — indignation — jalousie — nostalgie — ravissement — révolte — tristesse.

2. Voici une liste de qualités. Attribuez-les respectivement à Anastasie et à Man Ninotte. Il peut y avoir des qualités communes
!

confiance — courage — délicatesse — dévouement — enthousiasme — patience — persévérance — tendresse — volonté.


Réfléchissons

1. Quelle scène a été racontée au narrateur
?
2. Quelle (s) scène (s) a-t-il réellement vécue (s)
?
3. Quel sentiment éprouve-t-il adulte, vis-à-vis de la scène qu’il n’a pas vécue
? de celle (s) qu’il a vécue (s)?
4. Quels détails nous montrent la pauvreté de la famille
?
5. Qu’est devenue Anastasie à l’âge adulte
? Quel trait constant de caractère l’adulte et l’enfant ont-elles en commun?
6. Comment comprenez-vous
: « elle leur dessina… des sentiments, des styles et des façons » (l.00)?
7. Que signifie, à votre avis, l’expression « le cœur descendu » (l. 00)
?
8. Relevez tous les mots et expressions qui marquent — l’émerveillement des enfants — la solennité des gestes d’Anastasie, lors de l’ouverture annuelle de la boîte.
9. Quel effet produit l’énumération du cortège des santons (l. 00 à 00)
?
10. Pourquoi le narrateur veut-il terminer sur ce ton
?



Approfondissons

Les rôles des personnages

1. Quels sont les deux personnages principaux de la première partie du récit
?
2. Quel est le but d’Anastasie enfant
?
3. Qu’est-ce qui la pousse à agir ainsi
?
4. Qui l’aide
? De quelle manière?
5. Pourquoi échoue-t-elle
? Qualifiez les obstacles qu’elle rencontre qui l’empêchent de réussir.
6. Quel est le but de Man Ninotte dans la première partie du récit
?
7. Quel sentiment la pousse à agir
?
8. À quel obstacle se heurte-t-elle
?
9. Par quelles qualités arrive-t-elle à surmonter cet obstacle
?

Retenons

Les rôles des différents personnages sont mis en évidence par les relations qu’ils entretiennent entre eux.
Dans la plupart des récits, le personnage principal, celui qui dirige l’action est le
héros.
Ce que le héros cherche à obtenir est l’
objet.
Celui ou ce qui le pousse à agir est le
destinateur. Cela peut être un autre personnage, mais aussi une qualité, un défaut, un sentiment.
Celui pour qui il agit est le
destinataire. Le héros peut être lui-même le destinataire de sa propre action.
Ceux qui favorisent ou contrecarrent son action sont les
aides ou les opposants.



[…]

Étude publiée dans le manuel Textes et méthodes 5e Nathan
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