Les récits de vie



Sommaire

1. Le pacte autobiographique :
Les incipits

2. Le projet autobiographique

• Le Moi
Jean-Jacques Rousseau,
Les Confessions

• Les autres
Azouz Begag,
Quand on est mort, c’est pour toute la vie, Gallimard

• L’enfance
Colette,
La Maison de Claudine

3. Les genres voisins de l’autobiographie

• La biographie
biographie scientifique et biographie romancée : la vie de Van Gogh

• Les mémoires
Raymond Aubrac,
Où la mémoire s’attarde

• Autobiographie et roman à la première personne
Fred Ulhman,
l’Ami retrouvé


Synthèse

__________________________________________


1. Le pacte autobiographique :

Incipits de récits de vie


1. Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers.
Garlaban, c’est une énorme tour de roches bleues, plantées au bord du Plan de l’Aigle, cet immense plateau rocheux qui domine la verte vallée de l’Huveaune.
La tour est un peu plus large que haute : mais comme elle sort du rocher à six cents mètres d’altitude, elle monte très haut dans le ciel de Provence, et parfois un nuage blanc du mois de juillet vient s’y reposer un moment.

Marcel Pagnol, La Gloire de mon père.


2. J’étais presque mort quand je vins au jour. Le mugissement des vagues, soulevées par une bourrasque annonçant l’équinoxe d’automne, empêchait d’entendre mes cris : on m’a souvent conté ces détails ; leur tristesse ne s’est jamais effacée de ma mémoire. Il n’y a pas de jour où, rêvant à ce que j’ai été, je ne revoie en pensée le rocher sur lequel je suis né, la chambre où ma mère m’infligea la vie, la tempête dont le bruit berça mon premier sommeil, le frère infortuné qui me donna un nom que j’ai presque toujours traîné dans le malheur. Le Ciel sembla réunir ces diverses circonstances pour placer dans mon berceau une image de mes destinées.

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe.


3. J’entreprends d’écrire l’histoire de ma vie jour par jour. Je ne sais si j’aurai la force de remplir ce projet, déjà commencé à Paris. Voilà une faute de français ; il y en aura beaucoup, parce que je prends pour principe de ne pas me gêner et de n’effacer jamais. Si j’en ai le courage, je reprendrai au 2 ventôse, jour de mon départ de Milan, pour aller rejoindre le lieutenant-général Michaud à Vérone.

Stendhal, Journal.


4. Né au centre de Paris, il a immédiatement compris qu’il s’agissait de la ville la plus inhospitalière du monde, en particulier à l’égard des jeunes. Aussi habita-t-il toute sa vie le presbytère d’un petit village de la vallée de Chevreuse […]. Ses cendres sont déposées dans son jardin à l’intérieur d’un tombeau sculpté représentant un gisant au visage masqué par un livre, porté par six écoliers, qui évoquent par leurs chagrins divers une version enfantine des
Bourgeois de Calais de Rodin.

Michel Tournier, Le vent Paraclet, Gallimard, 1977.


5. Je suis née le 23 décembre 1891. Ma mère m’a dit que ce soir-là, une bise aigre et glaciale balayait notre coron, charriant des nuages de poudre blanche qui collait aux murs de briques et s’engouffrait sous les portes… Depuis une heure, elle s’était couchée, ma maman, dès les premières douleurs. Elle n’allait plus se lever neuf jours durant…
Papa avait préparé le lit avec des draps réservés aux naissances, plus fins, moins rudes que ceux qui d’ordinaire garnissaient leur couche.

Serge Grafteaux, Mémé Santerre, une vie, © Marabout, 1976.


6. C’est un gosse qui parle. Il a entre six et seize ans, ça dépend des fois. Pas moins de six, pas plus de seize. Des fois il parle au présent, et des fois au passé. Des fois il commence au présent et il finit au passé, et des fois l’inverse. C’est comme ça, la mémoire, ça va ça vient. Ça rend pas la chose plus compliquée à lire, pas du tout, mais j’ai pensé qu’il valait mieux vous dire avant.
C’est rien que du vrai. Je veux dire, il n’y a rien d’inventé.

Cavanna, Les Ritals, Belfond, 1978


7. L’être que j’appelle moi vint au monde un certain lundi 8 juin 1903, vers les huit heures du matin, à Bruxelles, et naissait d’un Français appartenant à une vieille famille du Nord, et d’une Belge dont les ascendants avaient été durant quelques siècles établis à Liège, puis s’étaient fixés dans le Hainaut. La maison où se passait cet événement, puisque toute naissance en est pour le père et la mère et quelques personnes qui leur tiennent de près, se trouvait située au numéro 193 de l’avenue Louise, et a disparu il y a une quinzaine d’années, dévorée par un building.

Marguerite Yourcenar, Archives du Nord, Gallimard.


8. Raconter sa vie, c’est une idée que des amis ont pour nous quelquefois : « Pourquoi ne racontez-vous pas votre vie ? » Oui, pourquoi ? Par humilité ? Non, l’orgueil suffirait bien à nous en détourner. D’ailleurs que raconterions-nous, si nous ne fûmes que peu mêlés aux événements et si nous n’avons rien vu de près ?

François MAURIAC, Mémoires intérieurs, Flammarion, 1985.



Observation

1. Reproduisez le tableau et mettez une croix dans les cases correspondantes :

(…)

2. Quelles caractéristiques sont les plus fréquemment rencontrées ?

3. D’après ces caractéristiques, quelle définition pouvez-vous donner de
l’autobiographie ?


L’intérêt des textes

4. Parmi ces débuts de récits de vie, quels sont ceux qui veulent avant tout informer ?

5. Lesquels créent une atmosphère ? Lesquels piquent la curiosité ?

6. Lesquels informent le lecteur sur le type de texte qu’il est en train de lire, et lui
suggèrent comment il doit lire ?


Expression écrite : Les récits de vie

1. Faites-vous votre arbre généalogique ? Si c’est le cas, expliquez pourquoi.

2. Le journal du jour de votre naissance : faites une enquête auprès de la famille : que
s’est-il passé ce jour-là dans la ville, dans la région, dans le monde ?


Résumé :
Le pacte autobiographique

Les récits de vie sont des récits factuels : ils relatent des faits réels, des événements qui
ont vraiment eu lieu.

Une autobiographie est un récit donné pour vrai qu’une personne réelle fait de sa propre
vie en essayant de l’expliquer : l’
auteur est à la fois le narrateur et le personnage
principal.

Quand un récit de vie est désigné comme tel, sa désignation pose une sorte de contrat, de
pacte passé avec le lecteur. Selon ce pacte, l’auteur s’engage à dire le vrai et il convie son
lecteur à juger son récit en fonction de son authenticité.

(…)

EXTRAIT DU CORRIGÉ

LES GENRES VOISINS DE L’AUTOBIOGRAPHIE :

Biographie romancée et biographie savante

La biographie est un genre qui se laisse plus facilement définir que l’autobiographie : c’est
un récit à la troisième personne où le narrateur s’attache à rapporter intégralement
l’histoire d’une personne ayant réellement vécu.

À la différence de l’autobiographie née réellement au XVIIIe siècle, la biographie est un
genre qui pend sa source dans l’Antiquité et qui a été longtemps l’apanage des religieux,
pour le genre hagiographique, des historiens et des auteurs de dictionnaires. Elle prétend
donc relever plutôt du discours scientifique. Cependant, là encore le genre est en pleine
évolution.

L’objectif de la séance est de sensibiliser les élèves à la grande variété des biographies
existantes. Celles-ci différencient par leur étendue, mais surtout par le sérieux de l’enquête
que le biographe a menée : dans une biographie savante, le moindre événement rapporté
est étayé de preuves, de faits soigneusement vérifiés ; dans une biographie romancée,
l’auteur peut retenir des faits qui ne sont pas établis avec sûreté et laisse libre cours à son
imagination.

On peut enfin distinguer les différents types de biographies selon le genre de public
auxquelles elles s’adressent.

(…)



Étude publiée dans Textes et méthodes Nathan 3e, 1999.
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