Le texte explicatif
« De l’explication à
l’argumentation »
Plan
du dossier
1. L’explication dans le roman
a. la séquence explicative
Jules Verne, Michel Strogoff
b. la fonction de l’explication
Pierre Boileau, Six crimes sans
assassin.
2. L’explication scientifique
a. l’organisation du texte
M. Pastoureau, titre à voir
b. les liens logiques
Pasteur Vallery-Radot, Pasteur invente le vaccin
contre la rage
3. L’explication argumentative
a. proposer un programme (explicitement)
George Sand, Lettre à Delacroix
b. expliquer pour argumenter
(implicitement)
C. Duneton, La surenchère des injures
4. Synthèse : les procédés explicatifs
De l’explication à l’argumentation
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1.
L’explication dans le roman
a. la séquence explicative
CONCLUSION (le titre est de
Jules)
L’empire du tzar est envahi
par les troupes tartares de Féofar Khan. Michel Strogoff
est chargé par le tzar lui-même de porter un courrier
secret au grand-duc son frère, assiégé dans Irkoutsk. En
chemin le messager est pris par traîtrise et aveuglé par la
lame d’un sabre rougie au feu.
Michel Strogoff n’était pas, n’avait jamais été aveugle. Un
phénomène purement humain, à la fois moral et physique,
avait neutralisé l’action de la lame incandescente que
l’exécuteur de Féofar avait fait passer devant ses yeux.
On se rappelle qu’au moment du supplice, Marfa Strogoff
était là, tendant les mains vers son fils. Michel Strogoff
la regardait comme un fils peut regarder sa mère, quand
c’est pour la dernière fois. Remontant à flots de son cœur
à ses yeux, des larmes, que sa fierté essayait en vain de
retenir, s’étaient amassées sous ses paupières et, en se
volatilisant sur la cornée, lui avaient sauvé la vue. La
couche de vapeur formée par ses larmes, s’interposant entre
le sabre ardent et ses prunelles, avait suffi à annihiler
l’action de la chaleur. C’est un effet identique à celui
qui se produit, lorsqu’un ouvrier fondeur, après avoir
trempé sa main dans l’eau, lui fait impunément traverser un
jet de fonte en fusion.
Michel Strogoff avait immédiatement compris le danger qu’il
aurait couru à faire connaître son secret à qui que ce fût.
Il avait senti le parti qu’il pourrait, au contraire, tirer
de cette situation pour l’accomplissement de ses projets.
C’est parce qu’on le croirait aveugle, qu’on le laisserait
libre. Il fallait donc qu’il fût aveugle, qu’il le fût pour
tous, même pour Nadia, qu’il le fût partout en un mot, et
que pas un geste, à aucun moment, ne pût faire douter de la
sincérité de son rôle. Sa résolution était prise. Sa vie
même, il devait la risquer pour donner à tous la preuve de
sa cécité, et on sait comment il la risqua. Seule, sa mère
connaissait la vérité, et c’était sur la place même de
Tomsk qu’il la lui avait dite à l’oreille, quand, penche
dans l’ombre sur elle, il la couvrait de ses baisers.
On comprend, dès lors, que lorsque Ivan Ogareff avait, par
une cruelle ironie, placé la lettre impériale devant ses
yeux qu’il croyait éteints, Michel Strogoff avait pu lire,
avait lu cette lettre qui dévoilait les odieux desseins du
traître. De là, cette énergie qu’il déploya pendant la
seconde partie de son voyage. De là, cette indestructible
volonté d’atteindre Irkoutsk et d’en arriver à remplir de
vive voix sa mission. Il savait que la ville devait être
livrée ! Il savait que la vie du grand-duc était
menacée ! Le salut du frère du czar et de la Siberie
était donc encore dans ses mains.
En quelques mots, toute cette histoire fut racontée au
grand-duc, et Michel Strogoff dit aussi, et avec quelle
émotion ! la part que Nadia avait prise à ces
événements.
Jules Verne, Michel
Strogoff
Jules Verne (Nantes, 1828 — Amiens, 1905), écrivain
français. Avec Cinq Semaines en
ballon (1863) il créa le roman
d’anticipation scientifique, fondé sur le progrès
technologique, qui permet la connaissance et la conquête, à
la fois positives et fantasmatiques, des terres, des mers,
du ciel. Voyage au centre de la
Terre (1864), De la Terre à la
Lune (1865), les Enfants du capitaine
Grant (1867-1868), premier ouvrage
d’une trilogie qui allait comprendre Vingt Mille Lieues sous les
mers (1870) et l’Île mystérieuse
(1874), le
Tour du monde
en quatre-vingts jours (1873), Michel Strogoff
(1876),
Robur le
Conquérant (1886) comptent parmi ses
romans les plus célèbres.
Observation
1. Dans quel type de texte se trouve cet extrait ?
2. Quel est le but de l’auteur à cette étape de son
texte ?
L’intérêt
du texte : la séquence explicative
3. Quel phénomène est expliqué ici ?
5. Quelle expression marque le début de
l’explication ? Quel pronom est utilisé ? Qui
désigne-t-il ? À quel endroit ce pronom est-il
repris ?
4. A quel niveau de narration l’explication est-elle
présentée : d’auteur à lecteur ? de personnage à
personnage ?
6. Selon quel plan l’explication est-elle présentée :
— cause, fait, conséquence ; — fait, cause,
conséquence ? Justifiez votre réponse.
7. Quelle partie de l’explication est la plus
développée ? Pourquoi ?
8. Quelles connaissances sont nécessaires pour comprendre
l’explication donnée ? Celle-ci vous paraît-elle à la
portée de tous les lecteurs ?
Les
procédés d’explication
9. Comment le phénomène est-il qualifié (§1) ?
L’explication donnée est-elle scientifique ou
surnaturelle ?
10. Par quels termes techniques l’explication est-elle
donnée (§2) ?
11. Quelle comparaison est employée pour qualifier le
phénomène ?
12. L’auteur s’engage-t-il ou prend-il de la distance par
rapport au phénomène décrit ? Justifiez votre réponse
en examinant le texte (vocabulaire, types de phrases).
13. Faites la part de la connaissance scientifique et de
l’imagination de l’auteur dans cette explication.
Expression
écrite
Poursuivez l’explication de Gotlib en définissant la
science-fiction :
[…]
Marcel Gotlib, la Rubrique à brac
taume 2, © Dargaud,
1971.
L’Essentiel
Le texte explicatif apporte une connaissance, la plus
complète possible, sur un sujet donné, à un lecteur qui la
recherche et qui désire la comprendre.
Le texte explicatif accompagne fréquemment d’autres types
de texte (narratif, argumentatif), littéraires et non
littéraires.
Il s’articule en deux étapes fondamentales : un
problème posé, parfois sous forme de question (quoi ?
comment ? pourquoi ?) et une réponse qui permet
de comprendre le phénomène en présentant les faits, leurs
causes, leurs conséquences.
b. la fonction de l’explication
Le traître Charasse
M. et
Mme Vigneray ont été assassinés dans leur appartement
de la rue Greuze. L’enquête est menée par l’inspecteur
Girard, Roland Charasse, avocat et cousin germain de Marcel
Vigneray, André Brunel, policier privé, et le narrateur.
C’est Brunel qui découvre la
vérité.
La voix de Brunel devient brève.
— On pourrait appeler mon raisonnement : la méthode
des « donc ».
Dans l’appartement de la rue Greuze, trois personnes :
Marcel Vigneray, sa femme, l’inconnu.
Simone Vigneray ouvre une fenêtre, appelle au secours,
tombe blessée. Des voisins se précipitent sur le palier.
D’autres regardent la fenêtre. À ce moment, l’inconnu est
toujours dans l’appartement, puisque les témoins entendent
un bruit de lutte, puis les deux coups de revolver qui
tuent Marcel Vigneray. Pourtant, lorsque ces témoins
entrent dans l’appartement, l’assassin a disparu.
Or, cet assassin n’a pas le pouvoir de se rendre invisible,
cela est une impossibilité matérielle. Il n’a pu, d’autre
part, passer à travers les murs, seconde impossibilité.
Donc, il a utilisé une des trois issues. Laquelle ? La
fenêtre de la salle à manger ? Impossible.
L’appartement est au troisième, enfin, et surtout, cette
issue était surveillée. La porte de l’entrée
principale ? Impossible. Les voisins se trouvaient
devant.
Seule, la porte de l’escalier de service n’était pas
gardée. Donc, l’assassin est parti de ce côté.
Oh ! je connais l’objection. La porte était fermée de
l’intérieur. Mais cette fois l’impossibilité n’est
qu’apparente. Le verrou ne pouvait être poussé du dehors,
voici la seule impossibilité matérielle. La porte a donc
été fermée par quelqu’un demeuré dans l’appartement.
Qui ?
Marcel Vigneray était mort. Nous n’avons pas le choix.
Simone Vigneray, comprimant sa blessure pour qu’aucune
trace de sang ne puisse trahir son geste, et rasant les
murs pour qu’on ne l’aperçoive pas du dehors, s’est traînée
jusqu’à la cuisine, a fermé la porte derrière le fugitif
afin que nul ne songe à le poursuivre de ce côté, puis a
regagné la salle à manger où, épuisée par son effort, elle
s’est écroulée évanouie.
Mais pourquoi Simone a-t-elle sauvé l’assassin après avoir
failli le perdre ? Car ce sont ses appels qui ont
ameuté la rue. Il y a là un non-sens apparent.
Réfléchissons.
Puisque Simone sauve l’inconnu, c’est donc qu’elle n’a pas
voulu le perdre. C’est donc que, lorsqu’elle a appelé au
secours, c’était l’inconnu qui était en danger.
Je vois que tu commences à comprendre.
Il y a eu renversement des rôles. L’agresseur, l’ennemi, ce
n’est pas l’inconnu… c’est le mari.
C’est le mari qui est entré le troisième dans
l’appartement, le mari qu’on n’attendait pas et qui a
devancé son retour pour surprendre et châtier l’épouse
infidèle et l’ami qui le trahissent. Les deux couverts que
nous voyons sur la table sont ceux des deux amants, et si
la bonne n’est pas présente au dîner, c’est parce que, pour
des raisons qu’on comprend facilement, lorsque Simone
reçoit celui qu’elle aime, elle se passe des services de sa
domestique.
Donc le mari trompé a la preuve de la trahison. Comment
a-t-il été renseigné ? Qui lui a fourni cette
preuve ? C’est ce que nous verrons tout à l’heure,
comme nous verrons pourquoi je peux donner un nom à
l’inconnu.
Marcel Vigneray braque son revolver sur le couple. Roland
se jette sur lui… et comme à ce moment, c’est l’amant qui
est désarmé, donc en danger, Simone ouvre la fenêtre et
appelle.
Cependant, Marcel peut se dégager de l’étreinte de son
adversaire. Il tire sur sa femme qu’il abat. Ce crime doit
décupler les forces de Roland qui. après quelques instants
de combat, arrache l’arme des mains de son ennemi. et tire
à son tour.
Puis c’est la fuite que je viens de t’expliquer.
Pierre Boileau,
Six crimes sans
assassin, In Chambres
closes,
Club du Livre policier, 1961.
Pierre Boileau (1906-1989).
Avant de rencontrer Thomas Narcejac avec qui il écrira une
œuvre policière de qualité, Pierre Boileau avait inventé un
fils spirituel de Sherlock Holmes, l’inspecteur André
Brunel. La situation type est celle du crime en lieu clos.
L’intrigue est une énigme qui se voit résolue par une série
de raisonnements.
Observation
1. A quel type de roman appartient cet extrait ?
2. Quel est le but de cet ouvrage ? Quelle est la
place de l’extrait dans ce type de texte ?
L’intérêt
du texte
3. Pour quelle raison essentielle le problème est-il
difficile à résoudre ?
4. Quel personnage mène l’explication ? Quel est son
statut dans le récit ?
5. D’où provient la demande d’explication ? Par quel
personnage est-elle représentée dans le récit ?
6. La solution du problème est-elle donnée d’emblée ?
Pourquoi ?
7. L’explication est-elle claire et exhaustive ?
Justifiez votre réponse.
La
logique du raisonnement
8. Combien de fois l’appel au secours de Suzanne Vigneray
est-il évoqué ?
9. Combien de fois la scène du meurtre est-elle racontée
par Brunel ?
10. Quels faits sont établis lors du premier récit ?
Quel est alors le mystère ?
11. Comment s’explique la fuite de l’assassin ?
12. Quelle était la cause de l’appel au secours ? À
quel moment l’apprenons-nous ?
13. Qui pose les questions dans le passage ?
Pourquoi ? Que marquent ces questions ?
14. Relevez les mots qui organisent le raisonnement en
début de paragraphe. Quelles étapes du raisonnement sont
ainsi soulignées ?
15. Quelles objections sont formulées ? Par qui ?
Qui y répond ?
16. Etablissez les liens entre les éléments de
l’explication (cause — conséquence) en reformulant les
étapes du raisonnement.
Expression
écrite
Écrivez la notice d’emploi de la photocopieuse sous la
forme d’un dialogue entre Fantasio et Gaston.
[…]
L’essentiel
Il y a parfois peu de différence entre le texte explicatif
et le texte argumentatif. Même si l’émetteur n’est pas
présent grammaticalement dans le texte, on peut parfois
distinguer une visée argumentative au travers de certaines
explications.
L’explication peut donc être mise au service d’une thèse,
plus ou moins explicite, dans le but de convaincre le
lecteur de changer de comportement ou de conviction.
Synthèse :
le texte explicatif
[…]
La
situation de communication
[…]
Les
marques formelles de l’explication
[…]
L’organisation du texte explicatif
[…]
Les
procédés explicatifs
[…]
Explication
et argumentation
Les textes explicatifs sont extrêmement variés. D’une part,
certains éléments les apparentent au texte
descriptif ; parfois leur déroulement chronologique
les rapproche du texte narratif.
D’autre part, il arrive souvent que la frontière entre le
texte explicatif et le texte argumentatif soit mince :
l’explication peut s’inclure dans une stratégie
argumentative. Il arrive aussi que, sous couvert
d’explication, l’émetteur ait une visée argumentative plus
ou moins explicite.
Dans ce cas, le texte est organisé selon un des modèles de
progression de l’information, et non sur le principe de
l’opposition des points de vue.
Étude publiée
dans Textes et
méthodes Nathan 3e, 1999.
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