La nouvelle


Du fait-divers à la nouvelle

niveau classe de 5e

Sommaire du dossier



Découvrir

Le fait divers

Le chat et le saumon, L’Alsace

Examiner

Du fait divers à la nouvelle
Jean Pailloux, La Mouchadou (texte intégral)

Approfondir

La nouvelle de science fiction

Richard Parker,
On est trop doux avec les enfants (texte intégral)

La nouvelle exemplaire
Antonio Skármeta,
La rédaction (texte intégral)

Prolongements : bibliographie

Corrigés complets

Antonio Skarmeta est né à Antofagasta, au Chili, en 1940 ; il doit s'exiler en 1973 à la suite du putsch du général Pinochet. Il est l’auteur de romans et de nouvelles qui ont reçu de nombreux prix et ont été traduits dans vingt-cinq langues.
Son roman
Une ardente patience a été adapté à l’écran sous le titre Il Postino (le facteur) ; il a obtenu cinq nominations aux Oscars et a été un succès mondial.
Prix Médicis 2001 du roman étranger pour
La Noce du poète

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Le fait divers

Le chat et le saumon


C’est le soir du réveillon. Dans cette maison de Mulhouse on a invité quelques amis et pour commencer le dîner, on s’apprête à déguster quelques tranches de saumon. Le poisson n’est plus tout frais… Á vrai dire, la date limite de consommation est dépassée d’un ou deux jours. Mais bah, on sait bien que ces dates limites c’est rien que pour faire jeter et racheter. Aussi a-t-on décidé de passer outre et de déguster le saumon comme si de rien n’était. D’ailleurs, pour commencer, on a découpé le contour de chaque tranche et on l’a donné au chat qui s’en est régalé. Les invités passés à table se sont délectés pareillement et personne n’a rien remarqué.
On est maintenant à la fin du réveillon. Le maître de maison sort la poubelle parce que ça sent très fort, un reste de poisson dans une poubelle. Il ouvre la porte et c’est la consternation : ci-gît le cadavre du chat, en travers du paillasson. Les convives sont vivement rassemblés et plus morts que vifs, direction les urgences pour se soumettre en groupe à un lavage d’estomac.
Rentrant chez lui, le ménage des réveillonneurs tombe sur un voisin. Celui-ci fait part de ses vœux et enchaîne aussitôt avec la mauvaise nouvelle qu’il ne saurait garder pour lui : il s’excuse beaucoup, mais en rentrant sa voiture tout à l’heure, il est passé sur leur chat et l’a sérieusement estourbi. On se souviendra de ce réveillon, mais personne n’en veut vraiment au voisin. La preuve, c’est qu’on n’a pas envisagé un seul instant de lui offrir le reste de saumon qu’on avait gardé pour le chat.

L’Alsace, 10 janvier 1993.


Observons

1. Un fait important a été oublié dans le résumé suivant. Retrouvez-le.
Le soir du réveillon du 31 décembre, un groupe d’amis déguste des tranches de saumon dont la fraîcheur n’est plus garantie. Le chat se régale lui aussi. Á la fin du réveillon, le maître de maison sort la poubelle et tous les convives se précipitent au service d’urgence de l’hôpital pour se faire soigner. En rentrant chez lui, le couple des hôtes apprend que leur voisin a écrasé le chat, mais personne ne lui en veut vraiment.


Réfléchissons

2. Nommez les acteurs et les circonstances de l’événement : qui ? quoi ? où ? quand ?
3. Quel fait vient perturber la situation ?
4. Quelle est l’explication apparente de ce fait ?
5. Quelles en sont les suites ?
6. Quelle est finalement la véritable explication ?
7. De quelle manière cette explication est-elle révélée ?
8. La situation finale est-elle décrite ? Pourquoi, à votre avis ?


Approfondissons

9. Les acteurs de cette histoire sont-ils nommés et décrits précisément ? Pourquoi, à votre avis ?
10. Sommes-nous renseignés sur la vie, le passé, le futur des acteurs de l’histoire ?
11. Á quels moments le lecteur a-t-il l’impression de participer à l’action ?
12. Relevez deux phrases qui semblent nous faire entendre des paroles réellement prononcées dans l’histoire.
13. Quels mots et expressions sont employés dans le texte comme synonymes du verbe
manger ? Quel est l’effet produit par ce vocabulaire ?
14. Qu’est-ce qui rend cette histoire banale ?
15. Qu’est-ce qui la rend exceptionnelle ?
16. Quelle est, d’après vous, la position du journaliste face à cette histoire ? Á quel moment l’exprime-t-il particulièrement ?


Prolongements

17. Vérifiez, dans le fait divers suivants, ce que vous venez de constater :


Traditions

Avesnois : le retour du petit corbillard


C’est au pas du cheval que Mme Appolinaire Brassart, une habitante de Floyon, près d’Etrœungt dans l’Avesnois, décédée dans sa 96e année, a été conduite mardi après-midi à sa dernière demeure.

Née avant le siècle, Appolinaire a donc été portée selon une tradition funéraire depuis longtemps disparue, la commune de Maroilles ayant été la dernière de l’Avesnois, peut-être du Nord, à offrir ce service jusqu’en 1979, année de la mort de Fillette, une jument de 24 ans qui officia durant vingt ans.
Le convoi mortuaire qu’on a pu voir dans ce petit village ne doit rien au spectacle. Il correspond en fait au désir d’un menuisier ébéniste de l’Avesnois de restaurer la tradition et à la volonté d’un éleveur reconnu de promouvoir le cheval de trait. Mardi, aidés d’autres servants, ils officiaient pour la première fois. Avec toute la solennité requise, Appolinaire a donc été amenée à l’église puis vers le cimetière, dans le petit corbillard tracté par Princesse du Marais, solide et docile « Trait du Nord » de 900 kilos.
Le pas ferré de l’équidé, le roulement sourd des bandages cerclés, le côté éminemment anachronique de l’étrange attelage ont bien entendu suscité la curiosité des villageois. Les commentaires sont allés bon train, parfois même au-delà des limites territoriales, dans les communes avoisinantes. Des souvenirs, une époque ont ressurgi. L’éternel recommencement ?

J.M.B., La Voix du Nord, 18/8/94.




Retenons

Un fait divers est le récit d’une histoire vraie, publié dans la presse.
La vérité du fait divers est attestée par le nom du journal, la date de publication et parfois la signature du journaliste.
C’est un récit qui présente un fait inhabituel, et dont les circonstances immédiates sont détaillées.
Le fait divers donne au lecteur l’illusion de participer à l’action. Il renseigne le lecteur sur la société dans laquelle il se produit


Examiner

Du faits divers à la nouvelle

La Mouchadou (texte intégral)



1. On l’appelait la Mouchadou…

On l’appelait la Mouchadou et vous allez comprendre pourquoi. Elle devait avoir douze ans mais paraissait en avoir huit ou neuf. Elle était petite et maigre et on voyait mal son visage sous ses longs cheveux noirs. Un peu sauvage, elle sautait de rocher en rocher avec un petit bourdonnement de mouche. La Mouchadou était sourde et muette.
Á cette époque, dans les villages, il y avait souvent une personne un peu simplette ou folle. On l’acceptait, elle faisait partie du village mais les enfants la tourmentaient sans réfléchir. Nous aussi, nous faisions la même chose. Oui, bien sûr, la pauvre Mouchadou n’était pas folle mais elle ne pouvait pas parler. Elle était différente et, pour cette raison, nous la tourmentions comme nous tourmentions un chat, des fourmis, une mouche… Et peut-être aussi que nous avions peur d’elle et de ses grands yeux noirs où nous pouvions lire le malheur.
Angéline Carrel, l’institutrice, faisait son possible pour la Mouchadou. Elle la prenait après la classe, lui montrait des mots. Mais nous étions en 1925 ou 1926, nous habitions à La Cluse, petit village des Alpes, et on ne connaissait pas les méthodes modernes pour aider les enfants comme la Mouchadou. L’institutrice était, après le curé et le maire, une personne que tout le monde respectait. Elle nous parlait des sciences et de l’orthographe mais aussi des choses du monde, de la vie, de la santé. Quand elle voyait un « grand » dans un coin avec une cigarette, il devait conjuguer cette phrase à l’imparfait et au passé composé : « Je ruine ma santé, je perds mon argent, je désobéis à mes parents et je fais de la peine à mon institutrice. » Les parents devaient signer le tout, alors, vous voyez le problème.
Angéline Carrel nous parlait aussi de la Mouchadou, de sa solitude. Elle utilisait des images terribles que nous comprenions d’abord mais que nous oubliions vite, une fois en groupe.
Ma vie, c’était la vie des garçons du village. J’avais treize ans, j’allais à l’école, je travaillais déjà beaucoup aux champs. En été, je gardais les moutons, seul dans la montagne. Je restais des semaines loin de tout et, quand le besoin de parler et d’entendre une voix devenait trop fort, je pensais à la Mouchadou. Alors je criais pour entendre le son de ma voix. En novembre, la neige fermait la vallée, mais elle avait pour nous cet avantage : nous avions enfin un peu de temps, et nous pouvions jouer.
Le plus beau jour de l’année, c’était le jour de la fête du village, le premier juillet. On dansait, on mangeait de bons gâteaux. La fête finissait tard dans la nuit et quand les parents étaient au lit, les garçons du village transportaient une charrette au sommet d’un rocher au-dessus du village. Ce n’était pas facile dans l’obscurité. Mais au matin, le propriétaire de la charrette pouvait voir en haut les deux bras de sa charrette et on l’entendait crier dans le village : « Ah ! bande de sacripants ! Ah, vauriens ! »

(à suivre)


Observons

1. Dites si les affirmations suivantes sont vraies ou fausses

A. La Mouchadou a neuf ans, mais elle en paraît douze.
B. Angéline Carrel a 25 ou 26 ans.
C. L’institutrice fait conjuguer les punitions au futur simple.
D. Les parents approuvent les punitions données par l’institutrice.
E. Le narrateur garde les moutons l’été dans la montagne.
F. La fête annuelle du village a lieu à la fin du mois d’août.


Réfléchissons

2. D’où vient le surnom de la Mouchadou ?
3. Comment la fillette est-elle acceptée par les adultes ?
4. Pourquoi les enfants la tourmentent-ils ?
5. Qui aide la fillette ? De quelle manière ?
6. Pourquoi l’institutrice est-elle une personnalité importante du village ?
7. Qu’apprenons-nous du narrateur ?
8. Quelles sont ses occupations successives dans l’année ?
9. Quel est le plus grand événement de l’année au village ?
10. Á quel jeu se livrent les garçons à cette occasion ?


Approfondissons

11. Dans lequel des deux présentations suivantes a-t-on utilisé les caractères gras pour marquer le premier plan du récit ? Justifiez votre réponse.


A.
L’institutrice était, après le curé et le maire, une personne que tout le monde respectait. Elle faisait son possible pour la Mouchadou. Elle la prenait après la classe, lui montrait les mots. Un jour, elle nous a parlé de la solitude de la fillette. Elle a utilisé des images terribles que nous avons comprises sur le moment mais que nous avons vite oubliées, une fois en groupe. Peut-être avions-nous un peu peur de la Mouchadou et de ses grands yeux noirs où nous pouvions lire le malheur.


B. L’institutrice était, après le curé et le maire, une personne que tout le monde respectait. Elle faisait son possible pour la Mouchadou. Elle la prenait après la classe, lui montrait les mots.
Un jour, elle nous a parlé de la solitude de la fillette. Elle a utilisé des images terribles que nous avons comprises sur le moment mais que nous avons vite oubliées, une fois en groupe. Peut-être avions-nous un peu peur de la Mouchadou et de ses grands yeux noirs où nous pouvions lire le malheur.


12. Dans le texte précédent, quel temps est utilisé pour le premier plan du récit ? pour l’arrière-plan ?
13. Reportez-vous au texte de Jean Pailloux : quel temps verbal est utilisé ? Qu’en concluez-vous ?
14. Quel événement pourrait survenir pour commencer une histoire ? Imaginez une ou plusieurs suites possibles.


Retenons

La nouvelle est un récit court, qui tient en quelques pages.
Á la différence du conte, récit merveilleux, la nouvelle rapporte une histoire vraisemblable.
Á la différence du fait divers, la nouvelle développe les caractéristiques des personnages : portrait physique, qualités, défauts, vie passée…
La nouvelle n’est pas le résumé d’un récit plus long : l’auteur a choisi de porter l’attention sur un seul personnage et de concentrer les événements en quelques jours, ou même quelques heures.

La Mouchadou


2. Il était une heure…

Nous étions en juillet 1926. Comme d’habitude, la fête finissait en chansons, les gens rentraient chez eux. Il était une heure du matin quand Étienne a eu cette idée diabolique…
« Cette année, on va tirer la charrette du père Roux sur le rocher, mais on va faire beaucoup mieux… Demain le vieux va découvrir… une fille sur sa charrette !
— Une fille ? Tu ne veux pas emmener une fille là-haut ? a demandé François.
— Si ! On va laisser une fille sur la charrette. On va l’attacher, bien sûr. Je crois qu’on va bien rire. Imaginez demain la tête du père Roux…
— Mais enfin, ont protesté Michel et François, elle va avoir froid, et puis pense à ses parents, elle va les appeler, ils vont en faire des histoires !
— Froid ? Vous croyez ? Une nuit à la belle étoile en juillet, ce n’est pas un malheur ! Et on lui laisse une couverture, moi je veux bien. Et puis je connais une fille qui ne peut pas appeler, qui ne peut rien raconter à ses parents… La Mouchadou ! »
L’idée ne me plaisait pas trop et j’ai hésité un moment. Mais j’étais le plus jeune du groupe et je faisais partie du « coup » de la charrette pour la première fois. La Mouchadou était encore là. Elle regardait les filles qui dansaient entre elles. Alors, Étienne est allé vers elle, puis il l’a prise par la main et la petite l’a regardé avec de grands yeux. Ils sont venus vers nous et Étienne a dit à la Mouchadou : « On va faire une blague au père Roux, tu viens avec nous. » Alors, Michel et François sont allés chercher la charrette du père Roux qui dormait sur ses deux oreilles et l’escalade a commencé : Étienne et François poussaient la charrette, Michel la tirait et moi je tenais la Mouchadou par la main. De temps en temps, elle me regardait et je devinais son regard inquiet dans la nuit. Elle pouvait m’échapper mais ne le faisait pas. Pourquoi ? Que pensait la Mouchadou ? Est ce qu’elle ne comprenait pas encore notre idée ? Est-ce qu’elle n’osait rien faire ? Peut-être qu’elle voulait faire partie de notre aventure, peut-être qu’elle ne voulait plus être seule…
Nous avons mis une heure pour arriver au sommet du rocher. Là, nous avons attaché la Mouchadou sur la charrette. Elle ne pleurait pas, elle ne criait pas mais on entendait le bourdonnement un peu fou de sa respiration et je sentais en elle une peur violente.
« N’aie pas peur, a dit Michel, tu ne risques rien…
— Elle ne t’entend pas a dit Étienne, partons. »

(à suivre)



Observons

1. Voici cinq affirmations. Trois d’entre elles sont fausses. Dites lesquelles.

[…]


Étude publiée dans Textes et méthodes Nathan 5e, 1997.

pour obtenir le fichier électronique complet (67 pages),
avec le texte et l'étude de
La Mouchadou, et le texte et l'étude la nouvelle d'A. Skarmeta,
en pdf + corrigé
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