Les Trois ordres au XVIIIe siècle :
Clergé, noblesse, Tiers-état


Sous l’Ancien Régime, on ne peut pas parler de «classes sociales», en raison de la disparité économique de chaque «ordre».

LE CLERGÉ


Caractéristiques

Le clergé, même s'il réunit des « classes sociales » et économiques très diverses, possède
une cohérence que n'ont pas les autres ordres, dans la mesure où il est tout entier soumis à une même discipline; il a ses tribunaux propres (officialités); seul, il est représenté auprès du roi par l'Assemblée du clergé.

Rôles

Le clergé a un rôle particulièrement important en ce qu'il
veille à l'orthodoxie religieuse, et éventuellement fait appel au Roi pour lutter contre les hérétiques; il condamne les livres contraires à la foi; il est chargé de tenir les registres d'état civil, d'assurer l'enseignement et l'assistance aux malades ou aux nécessiteux.

Nombre

Malgré ce grand pouvoir, le clergé est assez peu nombreux.

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Situation financière

Les propriétés du clergé représentaient 5 à 6 % du territoire
; les revenus de ces propriétés étaient considérables, auxquelles s'ajoutaient les revenus de la dîme (un dixième des récoltes), les donations, le produit des quêtes.

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Situation économique et sociale

Économiquement, socialement, le clergé ne présente
aucune homogénéité.

Le haut clergé (évêques, archevêques, abbés), au XVIII siècle plus qu'au XVIe, appartient à la noblesse: Montmorency, Rohan, La Rochefoucauld, Clermont-Tonnerre, Talleyrand-Périgord. Une forte majorité des abbayes sont en commende; c'est-à-dire que le bénéficiaire prend pour lui une grande partie du revenu, sans mettre les pieds dans son abbaye.
On reproche à ce haut clergé de mener grand train…

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Le bas clergé, s'il existe des curés aisés ou même riches, est souvent misérable. C'est le cas en particulier des vicaires, «véritable prolétariat ecclésiastique » (H. Sée) La situation des curés varie aussi selon les régions;

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Il y avait de bien curieux prêtres, témoin
l'abbé Meslier qui fait profession à titre posthume d'athéisme révolutionnaire.

Niveau culturel et instruction

À situation économique égalant celle de son voisin paysan, le curé a une
culture supérieure et plus de temps pour développer une réflexion critique. Mais, évidemment, le curé Meslier est une exception.

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Vocations religieuses

On assiste pendant tout le XVIII siècle à une baisse progressive des vocations religieuses. On remarquera cependant la remontée de la courbe des ordinations sacerdotales qui a fléchi pendant le siècle, autour de 1780.


LA NOBLESSE


On naît noble ou on le devient. Il suffit en effet pour l'être de se donner la peine de naître d'un père noble
; mais, en matière de preuve de la noblesse, on est plus exigeant au XVIIIe siècle qu'au XVIe: il faut faire état de trois ou quatre quartiers de noblesse; et à la veille de la Révolution, le renfermement de la classe noble sur elle-même, par ces exigences accrues, est particulièrement sensible.

Voies d'accès

Si l'on n'est pas noble de naissance, seul le Roi peut anoblir et cela par trois procédés
: collation de l'ordre de chevalerie (Saint-Esprit, Saint-Louis), lettres patentes (moyennant versement d'une somme au Roi et constitution d'une rente au village auquel on appartenait), enfin

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Privilèges

Le noble profite à la fois de
certains honneurs, et de certaines exemptions (judiciaires: il est jugé par ses pairs; fiscales: il ne paie ni taille ni aides); il a le privilège de porter les armes et d'être présenté à la Cour; mais en 1760, le Roi restreint à la noblesse ancienne (antérieure à 1400) ce privilège d'être présenté à la Cour.

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Situation économique et sociale

La situation économique et sociale de la noblesse est très diverse. Pour cet ordre « comme pour les autres (clergé, tiers état), on ne saurait parler de classe », justement en raison de cette disparité économique.
II faut distinguer
la haute noblesse qui a été réduite par le Roi à une sorte de domestication. Le Roi la domestique en l'utilisant pour son service personnel, la ruine par l'alternance du service militaire, et de la vie onéreuse de la cour, la stérilise par l'oisiveté, le jeu, les fêtes, etc.,

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Reste enfin
une noblesse terrienne souvent pauvre et dont la situation n'est guère plus prospère que celle des paysans aisés.

Inégalités

Le droit d'aînesse
produit une inégalité considérable entre l'aîné et les cadets. Pour ceux-ci, ils doivent souvent entrer au couvent ou bien ils mènent une vie assez misérable, à l'aide d'une rente versée par l'aîné.

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On n'oubliera pas non plus que le droit d'aînesse est un privilège masculin.

Les Philosophes

Les Philosophes sont loin d'appartenir exclusivement au Tiers État. La
bourgeoisie parlementaire d'anoblissement récent a été son vivier. Ils ne manquent pas d'être sensibles au charme de la particule et des titres (rappelons que ce n'est pas la particule qui fait la noblesse - elle peut ne marquer que la provenance - mais les titres). Arouet devient Monsieur de Voltaire.
Néanmoins ils se font les porte-parole des arguments de la bourgeoisie contre la noblesse à la fois dans la critique des « privilèges » sociaux, judiciaires, fiscaux, des préjugés (et en particulier celui de la dérogeance), et de l'oisiveté, alors que l'idéologie des Lumières exalte le travail, la richesse économique.


LE TIERS ÉTAT

C'est à la fois l'ordre le plus nombreux, et le moins homogène qui soit dans l'Ancien Régime.

On peut y distinguer au moins trois catégories
: bourgeois, ouvriers, paysans. Mais chaque catégorie n'est pas homogène non plus.

La bourgeoisie

Dans la bourgeoisie
: officiers, royaux, propriétaires, rentiers, chefs d'entreprise, financiers, manufacturiers, commerçants, artisans indépendants, diverses professions libérales (médecins, etc.).

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La Royauté a su se servir de la bourgeoisie pendant tout l'Ancien Régime.

Artisans et marchands

Les artisans sont parfois indépendants, mais souvent sous la coupe des marchands (merciers, drapiers). Leur condition s'est détériorée pendant le XVIIIe siècle (ils doivent payer la taille et les vingtièmes dont ils étaient dispensés au XVIIe siècle).

Les marchands deviennent parfois
manufacturiers. Cette catégorie est elle-même diverse.

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Les officiers

La catégorie des officiers est variée également, et fortement hiérarchisée
: officiers locaux de judicature, des eaux et forêts, etc.; auditeurs des comptes, officiers de finances; officiers inférieurs, greffiers, huissiers, sergents.
Ces officiers ont une action importante dans la société de l'Ancien Régime
;

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Les ouvriers

Parmi les ouvriers, il faut distinguer
les apprentis (de 12 à 15 ou 16 ans qui paient une pension au maître); les compagnons (qui doivent passer par la corporation, et constituent une classe relativement protégée par rapport à celle des apprentis); enfin les Maîtres qui ont leur atelier et leur brevet de maîtrise, mais en fait dépendent des marchands (cf. supra).
Les journées de travail varient de 8 à 14 heures suivant les périodes de l'année; jusqu'à Louis XVI qui fixa la journée à 12 heures, il n'y avait pas de réglementation du temps de travail.
II faut cependant remarquer que le rythme était beaucoup plus lent que dans les usines modernes, et qu'il y avait
beaucoup de jours fériés (92 en plus des dimanches, à partir de 1666): mais l'ouvrier étant payé au jour ou à la pièce, n'apprécie guère le nombre de ces jours fériés (Voir déjà La Fontaine, La mort et le bûcheron).

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Les paysans

Tandis que la population ouvrière est numériquement très restreinte (5 à 7 %), la population paysanne constitue l'énorme majorité de la France du XVIIIe siècle.
Le servage a pratiquement disparu au XVIIIe siècle. Le paysan est un homme libre juridiquement mais cette liberté, dans la pratique, varie beaucoup suivant sa condition économique, très diverse, depuis l'ouvrier agricole jusqu'au métayer, au tenancier d'un domaine seigneurial, au grand fermier.

La
corvée a été réduite à quelques jours par an, le cens et les rentes sont maintenus; les redevances en nature sont lourdes.

[…]

Conscience de « classe » ?
Dans quelle mesure le Tiers-État prend-il conscience de lui-même au XVIIIe siècle
?
Il n'est pas facile de le dire, justement à cause de la diversité extrême des groupes sociaux qui constituent cet ordre.

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Des associations ouvrières existent: Compagnons du Devoir (Dévorants) et Compagnons du Devoir de Liberté ( Gavots); elles aident leurs membres à trouver du travail, à faire face au chômage, à la maladie. Elles sont mal vues du pouvoir; un arrêt du Parlement de Province en 1740 dissout des compagnonnages.

[…]


Les grèves
Les grèves se multiplient au XVIIIe siècle, quoiqu'elles soient interdites et réprimées violemment
: grèves des Maîtres ouvriers contre les tarifs qui leur étaient imposés (1717, 1744 à Lyon, 1786); grève des compagnons, fréquentes dans la seconde moitié du XVIIIe contre les ouvriers étrangers, contre les machines, pour la hausse des salaires. Mais ces grèves sont limitées à un seul métier, à une seule ville.

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