Les règles de versification
La versification est l’ensemble
des règles techniques qui concernent les vers réguliers. Il
ne suffit pas d’appliquer ces règles pour créer de la
poésie, mais il est utile de bien les connaître pour
découvrir le sens des poèmes.
1.
La mesure
La mesure d’un vers est le nombre de syllabes orales de ce
vers.
Sous/le/pont/Mi/ra/beau/cou/le/la/Seine
(Guillaume
Apollinaire).
Ce vers comporte dix syllabes. Toutes les syllabes sont
prononcées et comptent.
—
Le cas du « e muet »
On ne le compte ni devant une voyelle ou un h muet ni à la
fin d’un vers. On le prononce et on le compte devant une
consonne ou un h aspiré.
Vienne
la nuit
sonne
l’heure
(Guillaume
Apollinaire)
— La diérèse
On sépare deux voyelles qui se suivent dans un même mot et
qui sont habituellement prononcées en une seule syllabe.
Et
comme l’Espérance est vi/olente
(Guillaume
Apollinaire)
—
La synérèse
C’est l’inverse : on prononce en une seule syllabe
deux voyelles qui se suivent dans un même mot et qui sont
habituellement séparées.
•
Les différentes mesures
—
L’alexandrin : vers de douze syllabes,
d’emploi très fréquent. L’alexandrin classique se divise en
deux hémistiches de six syllabes, les accents principaux
portent sur la sixième et la douzième syllabe.
Je
n’ai plus que les
os, un squelette je
semble
(Pierre de
Ronsard).
—
Le décasyllabe : vers de dix syllabes.
Le
bleu fouillis des claires étoiles !
(Paul Verlaine)
—
L’octosyllabe : vers de huit syllabes
Que sont mes amis
devenus (Rutebeuf).
Je
ne songeais pas à Rose (Victor Hugo)
—
Les vers impairs (trois, cinq, sept, neuf et
onze syllabes) sont plus rares.
Je ne sais pourquoi
Mon esprit amer
D’une aile inquiète et folle vole sur la mer
(Paul Verlaine)
2.
Le rythme
Le rythme est le résultat de la combinaison des accents
toniques et des coupes (pauses).
•L’accentuation
Si le mot se termine par une syllabe écrite avec e muet,
l’accent porte sur l’avant dernière syllabe écrite. Dans
les autres cas, il porte sur la dernière syllabe.
Mon verre est plein d’un
vin trembleur comme une
flamme. (Guillaume Apollinaire).
• Les coupes
La coupe est placée après la syllabe accentuée. Certains
alexandrins romantiques se prononcent en trois parties.
Et
la tigresse/épouvantable/d’Hyrcanie
(Paul Verlaine)
La coupe qui partage l’alexandrin classique en deux parties
égales (les deux hémistiches) s’appelle césure :
Je
n’ose voir mes bras// que de peur je ne
tremble. (Ronsard)
•
les effets de rythme
Les effets du rythme sont en relation étroite avec le sens
du texte.
—
Le rythme régulier
Il exprime la plénitude, permet d’évoquer la dilatation du
temps et de l’espace.
La
courbe de tes yeux// fait le tour de mon cœur
(Paul Éluard).
—
Le rythme irrégulier
Il se prête à suggérer des faits ou des sentiments
violents.
Je
courus,/Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi/tohu-bohus/plus triomphants.
(Arthur Rimbaud).
—
Le rythme binaire
Le
vers est partagé en deux parties égales.
Adieu chers
compagnons ! Adieu mes chers amis !
(Ronsard)
—
Le rythme ternaire
Le vers est partagé en trois parties égales.
Toujours aimer,/toujours
souffrir,/toujours mourir ! (Pierre Corneille).
—
Le rythme croissant
Adieu, plaisant
soleil ! Mon œil est étoupé (Ronsard)
—
Enjambement, rejet et contre-rejet
Le rythme n’intervient pas toujours dans le cadre d’un seul
vers.
L’enjambement est la continuation d’une phrase d’un vers
sur le vers suivant.
Je
ne vis qu’elle était belle
Qu’en sortant des grands bois sourds.
(Hugo)
Le rejet :
si cette continuation dans le deuxième vers est brève et
suivie d’une pause forte, il s’agit d’un rejet.
C’est un trou de verdure où
chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent. (Arthur Rimbaud).
Le contre-rejet est marqué par le début d’une
phrase à la fin d’un vers et le développement de cette
phrase dans le vers suivant.
Souvenir, souvenir, que me
veux-tu ? L’automne
Faisait voler la grive à travers l’air atone.
(Paul Verlaine).
3.
Les sonorités
Le jeu sur les sonorités (choix, place et répétition des
sons) crée la musicalité de la poésie. Comme le rythme, il
établit des relations entre les sons et le sens du texte.
•
L’allitération
C’est la répétition d’un son consonne ou de deux sons
consonnes voisins
Décharné,
dénervé,
démusclé,
dépoulpé
(Ronsard)
•
L’assonance
C’est
la répétition d’un son voyelle. En principe, l’assonance
concerne des syllabes qui portent l’accent tonique.
Le
violon
frémit
comme un cœur qu’on afflige
(Baudelaire)
4.
Les rimes
Rime vocalique ou consonantique
— Une rime est vocalique quand le vers se termine par une
voyelle prononcée.
— Une rime est consonantique quand le vers se termine par
une consonne prononcée.
Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître
(consonantique)
Ne
te verrai-je plus que dans l’éternité ?
(vocalique)
(Baudelaire)
•
Qualité de la rime
Elle dépend du nombre de sons qui la constituent.
—
La rime est pauvre quand elle ne contient qu’un
seul son commun (le plus souvent une voyelle).
Et
si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu
C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu
(Eluard)
—
La rime est suffisante quand elle contient deux sons
(consonne + voyelle ou voyelle + consonne).
Ailes couvrant le monde de
lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer
(Paul Éluard).
—
La rime est riche quand elle comprend trois sons
et plus.
Que ce soit dans la nuit et
dans la solitude,
Que ce soit dans la rue et dans la
multitude
(Baudelaire)
•
Disposition de la rime
—
Rimes suivies :
les mots qui riment se trouvent dans deux vers successifs
aa, bb, cc…
Dans le vieux parc
solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l’heure passé […]
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs
paroles
(Paul Verlaine.)
—
Rimes croisées
Elles correspondent à la disposition ab ab ab.
Quand le ciel bas et lourd
pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les
nuits (C. Baudelaire)
—
Rimes embrassées :
Elles correspondent à la disposition abba.
Chaque fleur s’évapore
ainsi qu’un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand
reposoir. (C. Baudelaire)