L’implicite
Présupposé et sous-entendus dans
l'énoncé
Observation

Quino, Encore
Mafalda, tome II, Glénat, 1981.

Quino, Encore Mafalda
2, © Glénat
Questions
B. D. 1. Susanita et Manolito
1. D’après la première vignette (image et texte), que
comprenons-nous de la situation de
communication ?
2. Que déclare Susanita (v. 3) Comment ses paroles
sont-elles soulignées ?
3. En quoi la réponse de Manolito est-elle comique (v.
5) ?
B. D. 2
Mafalda et le soleil
1. Que désire Mafalda ?
Pourquoi, à votre avis, ne l’exprime-t-elle pas
clairement ?
2. Construisez le raisonnement qui vous a permis de deviner
le désir de la fillette.
Leçon
1.
Le non dit dans la communication
Un échange de paroles entre deux interlocuteurs comprend
non seulement les informations réellement échangées (le
dit, ou explicite), mais aussi toutes les informations
qu’on laisse entendre (le non dit, ou implicite).
Il faut alors connaître la situation, ou le contexte, pour
comprendre la totalité de l’énoncé.
2.
Le présupposé
Définition
Le présupposé est une information qui se déduit d’un mot
présent dans l’énoncé.
L’émetteur considère cette information non dite comme
évidente.
Formes
Le présupposé se devine grâce à :
— un adverbe, comme déjà, toujours,
encore, qui suppose un fait antérieur à
la communication.
Ex. :
Mes parents
passent
encore l’été à retaper la
maison.
L’information présupposée (mes parents ont retapé la maison
déjà au moins l’été précédent) est donnée par
l’adverbe encore.
— un adjectif :
Ex. :
J’irai au
cinéma dimanche avec ma cousine
préférée.
L’information présupposée (j’ai au moins deux
cousines ;
je préfère l’une d’elles) est donnée par l’adjectif
préférée.
— un verbe :
Ex. :
Je me
suis
réveillée à huit
heures.
L’information présupposée (je dormais) est donnée par le
sens du verbe se réveiller
Ex. :
Manolito
ne vient plus chaque semaine voir sa
grand-mère. L’information présupposée
(Manolito venait) est donnée par ne …
plus.
Emplois
Le présupposé peut être observé directement dans un énoncé
dont il ne constitue pas l’élément
essentiel :
Ex. Qui
a volé mon crayon ?
(présupposé :
Quelqu’un a rongé mon crayon. Question
posée :
qui ?).
3.
Le sous-entendu
Définition
Parfois, l’émetteur laisse
entendre une information sans la donner et le récepteur
doit construire cette information à partir de certains
indices.
Ex. Il
fait froid.
Cette phrase peut vouloir dire, selon la
situation :
Ferme la
fenêtre (ordre) / Tu as oublié d’allumer le
radiateur. (constat ou reproche)/
Je n’ai rien à
vous dire (chez le boulanger, dans
l’ascenseur…)
L’information à reconstruire s’appelle un sous-entendu.
Le récepteur construit cette information parce que, sans
elle, la première information « Il fait
froid » paraît sans intérêt par
rapport au sous-entendu (donner l’ordre de fermer la
fenêtre, dans une situation qui ne permet pas de donner un
ordre direct).
À la différence du présupposé, le sous-entendu n’est jamais
indiqué par un mot de l’énoncé.
Emplois
Le récepteur est responsable de l’information qu’il
construit. C’est lui qui trouve le
sous-entendu ;
il interprète la situation selon ses connaissances, selon
son intelligence, sa personnalité.
L’émetteur quant à lui, peut nier le
sous-entendu :
« Je n’ai jamais dit cela,
c’est toi qui interprètes ! ».
L’émetteur peut donc accepter ou ne pas accepter la
responsabilité d’avoir donné le sous-entendu.
Pour
l’expression orale et écrite
Dans un texte, nous devons donner au récepteur tous les
éléments pour comprendre le message. Il faut donc prendre
garde aux présupposés involontaires qui ne permettent pas
de reconstituer une information suffisante. C’est souvent
le cas d’un emploi abusif des pronoms personnels.
Ex. :
* Quelques
heures plus tard, le directeur de la pension fut mis au
courant qu’une grève de la faim avait été déclenchée dans
l’internat, et qu’ils
ne savaient pas
qui étaient les meneurs.
(Ils = les surveillants)
Résumé
Un échange de paroles entre deux interlocuteurs comprend
non seulement les informations réellement échangées (le
dit), mais aussi toutes les informations qu’on laisse
entendre (le non dit, ou implicite)
Un présupposé est une information qui se déduit d’un terme
présent dans l’énoncé alors que le sous-entendu se
construit par le récepteur.
L’information que l’on
sous-entend est une information dont l’émetteur peut
accepter ou non la responsabilité.
NIVEAU APPROFONDI
Leçon
1. Définition
Dans un énoncé, toutes les informations qu’il est
nécessaire de comprendre ne sont pas toujours toutes
clairement exprimées.
Dans chaque situation, il peut exister des mots, des thèmes
tabous, frappés d’interdit. Sous peine d’avoir une attitude
répréhensible, l’émetteur fait le silence sur certains
types d’informations et de comportements :
blesser, humilier, s’humilier, provoquer, et même se
plaindre ou se vanter.
Il est donc nécessaire de disposer de modes d’expression
implicite.
On appelle
implicite toutes les informations qui ne
sont pas données en termes clairs, mais que l’on peut
comprendre ou deviner à partir de la situation
d’énonciation, c’est-à-dire lorsque l’on connaît l’ensemble
des conditions dans lesquelles l’énoncé a été produit.
2.
Les significations implicites
Il existe deux types de significations
implicites :
A. l’implicite de
l’énonciation
L’implicite se dégage du contexte de la situation, et non
de l’énoncé lui-même.
Ex. :
Éteins la
télévision !
Cet énoncé signifie, dans son
contexte que :
— l’émetteur a une autorité sur le
récepteur ;
— le récepteur est en mesure d’éteindre le
poste ;
— le poste de télévision est allumé.
B. l’implicite de
l’énoncé
L’implicite demande une activité personnelle du récepteur
pour comprendre l’information. Il exige un raisonnement du
récepteur à partir de l’énoncé lui-même.
On distingue :
*
le présupposé :
L’information implicite se déduit à partir d’un mot de
l’énoncé (nom, verbe, temps verbal, adverbe, adjectif,
conjonction, pronom)
Ex. :
Je
vais
mieux. [présupposé :
j’allais
mal]
Ton frère range ses
chaussettes,
lui [présupposé :
toi, tu ne le fais
pas]
*
le sous-entendu
L’information implicite n’est donnée par aucun mot de
l’énoncé, mais doit être déduite par le récepteur. L’énoncé
garde son sens littéral, derrière lequel l’émetteur peut se
retrancher en cas de contestation.
Ex. Il
fait bon vivre en province. [selon le contexte,
sous-entendu :
Vous êtes fou
de vivre à Paris.]
Votre prédécesseur était
charmant. [selon le contexte,
sous-entendu :
Vous êtes bien
moins aimable que lui.]
3.
Information posée et information présupposée
A. découvrir les
présupposés
On peut découvrir les présupposés par deux
moyens :
— la négation ne change pas le
présupposé :
Ex. :
Mozart est mort
dans la misère. Mozart n’est pas mort dans
la misère :
le présupposé « Mozart est
mort » ne change pas.
— l’interrogation ne met pas en cause la vérité du
présupposé :
Ex. :
Est-ce que
Mozart est mort dans la misère ?
le présupposé
« Mozart est
mort » ne change pas non plus.
B. la place du
présupposé
• En général, toute information placée en tête de phrase
est présentée et doit être prise comme
présupposée.Elle est le support de
l’échange, elle est considérée comme connue, partagée par
les interlocuteurs.
L’information
posée est
l’information présentée et devant être prise comme
nouvelle. Elle est l’objet de l’échange. C’est sur elle que
portent l’interrogation, la négation, la nuance, la
restriction, l’amplification.
• certains verbes présupposent leur
complément :
le complément est présenté comme s’il était connu, évident
et réalisé :
Ex. :
Je reconnais
que j’ai tort. [présupposé :
j’ai tort]
Je
m’excuse d’être en retard. [présupposé :
je suis en retard]
• l’ordre dans lequel les informations sont présentées
dans la phrase peut déterminer leur valeur posée ou
présupposée :
Ex. :
Quand tu
reviendras, les cerisiers seront en fleur
ne pose pas et ne
présuppose pas les mêmes informations
que :
Les cerisiers seront en
fleurs quand tu reviendras.
ou que :
C’est quand tu
reviendras que les cerisiers seront en
fleurs.
4.
de l’information au présupposé
Des procédés grammaticaux permettent de présenter comme
évidentes et réalisées (présupposées) des informations que
l’émetteur veut faire accepter à son interlocuteur.
Ces informations deviennent le support de l’échange et le
récepteur ne peut pas les remettre en cause
A. La
subordination
•
les subordonnées placées en tête de phrase sont
présupposées :
— les subordonnées relatives :
Ex. :
Ma belle-mère,
qui n’a rien à faire, refuse de garder mes enfants.
M. Dupuis, qui est devenu milliardaire en vendant des
cacahuètes, est maintenant un homme politique connu.
La relative échappe à la
négation.
—
les subordonnées complément de temps :
Ex. :
Quand tu seras
libre, tu passeras un coup de fil à Sophie.
—
les subordonnées de cause :
Placée en tête de phrase, la subordonnée introduite
par puisque
est présupposée
Ex. :
Puisque tu es
libre, tu garderas les enfants cet après-midi.
B. la nominalisation
La transformation d’une phrase en groupe nominal permet de
placer celui-ci en position de sujet :
Ex. :
L’absence de
moyens financiers nous empêche d’appliquer la réforme.
Si l’on dit :
les moyens
financiers sont absents, le récepteur peut nier le
fait.
Alors que ce qui peut être discuté dans la première phrase
c’est :
— qu’on est ou non empêché d’appliquer la
réforme ;
— que ce soit l’absence de moyens financiers qui empêche de
le faire
mais pas :
que les moyens financiers manquent.
Pour
l’expression orale et écrite
Quand on passe de « mes thèses sont
justes » à « la justesse de mes
thèses », on passe de
l’affirmation au présupposé, car si le récepteur peut
interrompre l’émetteur à la fin de la phrase
« mes thèses sont
justes », il le peut beaucoup
moins après « la justesse de mes
thèses ».
C’est un moyen de donner des informations que l’on ne veut
pas discuter ou de faire des affirmations sans en porter la
responsabilité. (D’après Claude Hagège,
L’Homme
de paroles, p. 269)
Les présupposés peuvent donc être mis au service d’une
mauvaise foi ou d’une malhonnêteté intellectuelle, dans le
but de manipuler le récepteur. Ces stratégies indirectes
exigent beaucoup de vigilance de la part du destinataire,
qui peut se voir entraîné sans s’en rendre vraiment compte.
Il est important de reconstituer les intentions de
l’émetteur pour cerner l’intérêt et la valeur des
implicites.
(voir ici fiche de langue orale : répondre à des
questions orientées)
Résumé
On
appelle implicite toutes les informations qui ne sont pas
données en termes clairs, mais que l’on peut comprendre ou
deviner à partir de la situation d’énonciation
L’implicite
demande une
activité personnelle du récepteur pour comprendre
l’information. Il exige un raisonnement du récepteur à
partir de l’énoncé lui-même.
Le
présupposé se déduit à partir d’un
mot de l’énoncé (nom, verbe, temps verbal, adverbe,
adjectif, conjonction, pronom)
Le
sous-entendu doit être déduit par le
récepteur :
l’énoncé garde son sens littéral, derrière lequel
l’émetteur peut se retrancher en cas de contestation.
L’ordre dans lequel les informations sont présentées dans
la phrase peut déterminer leur valeur posée ou présupposée.
Le récepteur doit être vigilant pour reconnaître et déceler
la valeur des implicites.
Exercices
1.
Découvrez les présupposés dans les phrases
suivantes :
• A-t-il cessé de battre sa femme ?
• Où avez-vous caché le cadavre de votre
femme ?
• Qui vous a fourni l’arme ?
• Anne est intelligente, mais sa sœur est jolie.
• Pour un Français, il est assez logique.
• Pierre est venu à ma soirée d’anniversaire, lui.
• Je vais reprendre un autre gâteau.
• Malgré sa maladresse il a réussi cette course en
montagne.
2.
Reconstituez les étapes manquantes dans les slogans
publicitaires suivants :
• La femme est une île. Fidji est son parfum.
• Moi, j’aime le naturel et mon visage aime Monsavon.
• Plus ma femme achète de la Kronenbourg, plus j’aime
ma femme.
• Il n’y a pas de bulles dans les fruits. Il n’y a pas
de bulles dans Banga.
• Club Med. Le bonheur si je veux.
• Loréal, parce que je le vaux bien.
3.
Quels sont les implicites des phrases
suivantes :
• Je ne suis pas Juif :
mes moyens me permettent d’être Israélite. (Tristan
Bernard)
• Si j’étais roi, je me méfierais des As (Tristan
Bernard)
• Le malentendu fait les divorces, il fait encore plus les
unions. (Tristan Bernard)
• La mort, c’est la fin d’un monologue. (Tristan
Bernard)
• Vous voulez faire fortune ?
Ce n’est pas compliqué :
achetez toutes les consciences au prix qu’elles valent et
revendez-les au prix qu’elles s’estiment.
• Tout compte fait, je préfère un méchant à un
imbécile, car le méchant ne se repose de temps en temps.
(Tristan Bernard)
Leçon publiée dans Grammaire et Expression 3e, éditions Nathan.
