La situation dans le temps


Niveau : à partir de la 3e

Observation

Le PROLOGUE
[…] Cet homme robuste, aux cheveux blancs, qui médite là, près de son page, c’est Créon. C’est le roi. Il a des rides, il est fatigué. Il joue au jeu difficile de conduire les hommes. Avant, du temps d’Œdipe, quand il n’était que le premier personnage de la cour, il aimait la musique, les belles reliures, les longues flâneries chez les petits antiquaires de Thèbes. Mais Œdipe et ses fils sont morts. Il a laissé ses livres, ses objets, il a retroussé ses manches et il a pris leur place.
Quelquefois, le soir, il est fatigué, et il se demande s’il n’est pas vain de conduire les hommes. Si cela n’est pas un office sordide qu’on doit laisser à d’autres, plus frustes… Et puis, au matin, des problèmes précis se posent, qu’il faut résoudre, et il se lève, tranquille, comme un ouvrier au seuil de sa journée.
La vieille dame qui tricote, à côté de la nourrice qui a élevé les deux petites, c’est Eurydice, la femme de Créon. Elle tricotera pendant toute la tragédie jusqu’à ce que son tour vienne de se lever et de mourir. Elle est bonne, digne, aimante. Elle ne lui est d’aucun secours. Créon est seul. Seul avec son petit page qui est trop petit et qui ne peut rien non plus pour lui.
Ce garçon pâle, là-bas, au fond, qui rêve adossé au mur, solitaire, c’est le Messager. C’est lui qui viendra annoncer la mort d’Hémon tout à l’heure. C’est pour cela qu’il n’a pas envie de bavarder ni de se mêler aux autres. Il sait déjà…

Jean Anouilh, Antigone, La Table ronde.

Questions

1. Caractérisez la situation évoquée dans ce texte : émetteur, lieu, époque.

2. Par rapport au moment où l’acteur présente les personnages sur la scène, relevez plusieurs faits envisagés comme passés. Quels mots et expressions les introduisent comme passés ?

3. Par rapport à ce même moment, relevez plusieurs faits envisagés dans le futur. Quelle expression précise leur situation dans l’avenir ?

4. Relevez toutes les indications de temps. Classez-les selon qu’ils expriment une durée ou un fait ponctuel.

5. En dehors des temps verbaux, analysez tous les moyens d’exprimer le temps (vocabulaire, syntaxe).


Leçon

1. Définitions

L’émetteur d’un énoncé peut situer un fait, une action, un état dans le temps.

• Quand l’émetteur est présent dans son discours, il situe les faits ou les actions par rapport à un point de référence : MOI, ICI, MAINTENANT. (système du discours)

Quand l’émetteur choisit de ne pas être présent dans son texte, il situe les faits et les actions par rapport à un point de référence extérieur à lui, et qui est précisé dans le texte : IL, AILLEURS, CE JOUR-LÀ.
(système du récit)


2. L’époque

Par rapport au moment de référence choisi, l’émetteur peut préciser les faits avant, pendant, ou après ce moment.

A. Pendant : le moment contemporain (simultanéité)

Le présent est le temps en train de se vivre, sans début ni fin.

On distingue
— le présent d’énonciation :
Ex. :
Cet homme, c’est le roi.

— le présent de vérité générale :
Ex. : Les gardes sont les auxiliaires de la justice.

B. Avant : le passé (antériorité)
Par rapport au moment de référence, l’émetteur indique que le fait ou l’action est déjà réalisée.
Plusieurs visions du passé sont possibles : on peut exprimer le passé soit avec le passé composé (énoncé ancré dans la situation de communication), soit avec le passé simple (énoncé coupé de la situation de communication), soit avec l’imparfait (passé sans indication de début ni de fin).

C. Après : le futur (postériorité)
L’émetteur indique que le fait ou l’action va se réaliser dans un futur plus ou moins proche, par rapport au moment où il parle.
Le fait s’exprime par le futur simple ou le futur proche.

3. L’accomplissement de l’action
L’émetteur peut saisir le fait ou l’action du point de vue de trois étapes de sa réalisation : le début de la réalisation, la fin de la réalisation, le déroulement de l’action en cours.

A. Le début de la réalisation
Il s’exprime par des périphrases verbales constituées d’un auxiliaire suivi d’un infinitif :
commencer à, se mettre à, + infinitif.
L’auxiliaire marque le début, l’infinitif décrit l’action.

B. La fin de la réalisation
Il s’exprime par
— des périphrases verbales :
finir, cesser de, arrêter, + infinitif ;

C. Le déroulement
Il s’exprime à l’aide
— de périphrases verbales :
être en train de + infinitif ; aller + participe présent (rare et vieilli)
Ex. :
La reine est en train de tricoter. Le messager allait clamant la nouvelle.
— d’un participe présent ou d’un gérondif :
Ex. :
Il trouvait des reliures en flânant chez les petits antiquaires de Thèbes.
Flânant chez les petits antiquaires de Thèbes, il trouvait des reliures.
— des adverbes
petit à petit, peu à peu, à la longue, à force, constamment, sans arrêt, sans cesse (continuité) ; toujours, tout le temps, fréquemment, souvent, quelquefois, parfois, de temps en temps (répétition).


4. La durée de réalisation de l’action

Selon la durée de l’action envisagée, on distingue la vision ponctuelle et la durée.

A. La vision ponctuelle

Elle s’exprime par :
— des compléments construits sans préposition :
Ex. 
: La reine viendra en visite officielle le 31 mai.
Dimanche, j’irai à l’opéra.

— un complément introduit par
à :
Ex. :
J’ai rendez-vous à midi au théâtre.


B. La durée
Elle s’exprime à l’aide de prépositions, d’adverbes, de périphrases diverses.
— des prépositions :
en, sur, durant, pendant, tout au long, depuis, jusqu’à, du… au… entre le… et le…

— des adverbes :
lentement, longuement…

— des périphrases :
il y a — voici — ça fait + indication de durée + que…
Ex. :
Il y a trois ans qu’Œdipe a disparu.

— un temps verbal : l’imparfait
Ex. :
Avant, du temps d’Œdipe, il aimait la musique.


5. Les moyens d’exprimer le temps

A. Les temps verbaux

Les temps verbaux de l’indicatif, seuls ou associés à des compléments, sont le moyen le plus précis d’exprimer le temps.

B. Les organisateurs temporels

Les marqueurs temporels figurent parmi les procédés qui permettent de préciser le temps de l’action en relation avec la situation de communication.

Ce sont le plus souvent des adverbes ou des groupes nominaux. On les retrouve en listes parallèles et complémentaires selon la situation d’énonciation.






Les marqueurs de temps dans le Discours

Les marqueurs de temps dans le Récit
maintenant, aujourd’hui,…
hier, demain,…
ce matin, ce soir, cette nuit,…
la semaine prochaine, l’année passée,…
ce jour-là, un jour,…
la veille, le lendemain,…
le matin, le soir, la nuit, ce matin-là,…
la semaine suivante, l’année précédente,..


B. Le vocabulaire

Le sens de certains mots permet d’exprimer le temps ; ils précisent le moment de l’action, la durée, le début ou la fin, la répétition :
— des expressions construites à partir du mot « temps » :
de temps en temps, tout le temps, un certain temps, dans le temps, en peu de temps, ces derniers temps,…

— des expressions construites à partir du mot « heure » :
huit heures, neuf heures,… d’heure en heure, en une heure, tout à l’heure,…

— des noms avec ou sans préposition : à l’aube, en hiver, dès le printemps, pour l’éternité, à l’approche des vacances, à l’avenir, le soir, le matin,…

— des adjectifs :
matinal, vespéral, nocturne, actuel, ancien, futur…

— des adverbes : avant, pendant, après, jadis, naguère, autrefois,…

— des verbes : commencer, débuter, se terminer, s’achever,…



C. La syntaxe

De nombreux procédés syntaxiques permettent d’exprimer le temps.

• le complément essentiel
Ex. :
La représentation de la pièce de théâtre dure deux heures.

• le complément circonstanciel
Il est composé d’un groupe nominal avec ou sans préposition ou d’un adverbe :
Ex. :
Du temps d’Œdipe, Créon aimait la musique.

• la subordonnée circonstancielle de temps
Elle est introduite par une conjonction ou une locution conjonctive de subordination :
quand, lorsque, pendant que, tandis que, en même temps que, tant que, avant que, dès que,…
Ex. :
Avant, quand il n’était que le premier personnage de la Cour, Créon aimait la musique.

Pour l’expression écrite :

Dans un récit autobiographique, le narrateur arrête le temps présent et se déplace rétrospectivement dans le temps passé. Il oppose continuellement le temps passé des anecdotes vécues, le temps de l’enfance et le temps de l’écriture qui est le temps de la méditation et des jugements.

Ces deux époques distinctes doivent se repérer nettement, par l’emploi d’oppositions grammaticales cohérentes :
— Moi, ici, maintenant, au présent de l’écriture ;
— Moi, là-bas, à cette époque, au passé ou au présent de narration, au moment de l’anecdote vécue.

Ainsi Jean-Jacques Rousseau, dans ses
Confessions, raconte l’épisode d’un peigne cassé. L’enfant accusé injustement et l’adulte qui proteste encore de son innocence se re trouvent dans le même texte, par le jeu des temps verbaux, au moment de l’écriture, quand la mémoire permet au personnage de l’enfant de rejoidre la personne de l’adulte.


Résumé

Pour situer un fait, une action, un état dans le temps, l’émetteur a le choix entre deux points de référence : soit le moment de l’énonciation (discours), soit un point de référence extérieur à lui et précisé dans le texte (récit).

Par rapport à ce point de référence, l’émetteur peut préciser l’époque des faits (passé, présent, futur) ; l’accomplissement de l’action (début, fin, déroulement) ; la durée de réalisation (ponctuel ou duratif).

Les moyens d’exprimer le temps sont nombreux :
— les temps verbaux de l’indicatif ;
— les organisateurs temporels (d’abord, puis, ensuite, enfin) ;
— le vocabulaire (noms, verbes, adjectifs, adverbes) ;
— la syntaxe (compléments essentiels, circonstanciels, subordonnées circonstancielles de temps).


Leçon publiée dans le manuel Grammaire et expression 3e Nathan 1999