Les marques d'organisation du texte

Niveau : à partir de la 3e


Observation

Fêtes en Europe

En Hollande, actuellement, saint Nicolas arrive trois semaines avant son anniversaire, par bateau venant d’Espagne. Le soir où il arrive, on met une chaussure devant la cheminée, accompagnée d’une lettre ou d’un dessin, d’un peu de paille, d’un récipient d’eau et d’une carotte pour le cheval blanc du saint. Le lendemain, on trouve, à la place de la paille, de petits chocolats en forme de saint Nicolas et un gâteau de pain d’épice représentant une sorte de paysan ou de paysanne en costume traditionnel, appelé taai-taai vrijer (de vrijer, « faire sa cour, offrir »), accompagné de bouts-rimés humoristiques… Trois semaines plus tard, le soir du 5 décembre est appelé le « soir des paquets » : on dispose un grand sac devant la porte d’entrée et, le lendemain, on le retrouve plein de cadeaux pour toute la famille.

Colette Méchin, Saint Nicolas, © Berger-Levrault, 1978.



Questions
1 Donnez la fonction des groupes de mots en bleu.
2 Ces groupes de mots peuvent-ils être déplacés à l’intérieur de la phrase ?
3 Si l’on supprime ou si l’on déplace certains groupes de mots en bleu, quel est l’effet produit ?
4 Identifiez le but du texte : raconter, décrire, expliquer, convaincre… Justifiez votre réponse.

Leçon

Quel que soit son but – raconter, informer, convaincre –, un texte n’est pas seulement une suite de phrases. Chaque phrase qui compose le texte participe à l’organisation générale : elle s’articule sur la précédente de façon à faire progresser le texte (apporter une information nouvelle) tout en tenant compte des éléments précédents. Un texte est donc une suite de phrases dont l’enchaînement obéit à des règles de cohérence. Ces règles sont différentes de celles qui régissent la structure de la phrase. Elles font l’objet des leçons qui vont suivre.

1. Les marques d’organisation du texte

Les marques non linguistiques

Les diverses parties d’un texte sont souvent marquées par des procédés :
– de mise en page : paragraphes, espacements, alignements, tableaux, schémas ;
– de typographie : emploi de lettres de tailles différentes, de couleurs, de caractères en italique, en gras, soulignés, de capitales (lettres majuscules), de flèches ;
– de hiérarchisation des différentes parties du texte : numéros 1, 2, 3, ; I, II, II ; lettres A, B, C ; a, b, c.
Ces marques conviennent particulièrement aux textes explicatifs. Elles sont également employées dans les sommaires et les tables des matières des livres.

Possibilités de présentation :



Les marques linguistiques
Le plan d’un texte peut aussi être marqué, à l’intérieur du texte, par des moyens linguistiques.

2. Les organisateurs du texte

Les différentes étapes d’un texte sont souvent marquées par des mots ou expressions qui les délimitent et les situent les unes par rapport aux autres. Ces mots et expressions sont le plus souvent détachés en tête de phrase ou de paragraphe. En général, ils ne sont pas compris dans la structure de la phrase elle-même. Ce sont les organisateurs du texte.

La plupart de ces termes sont des adverbes.

On distingue : des organisateurs temporels : puis, ensuite, ensuite, enfin ; des organisateurs spatiaux : à gauche, à droite, devant, derrière, au fond ; des organisateurs logiques qui marquent :

– l’ordre : premièrement, deuxièmement, troisièmement ;

Bien chers enfants, En ce jour de mon soixantième anniversaire, sain de corps et d’esprit, j’ai décidé de faire mon testament. Premièrement, je lègue à ma fille aînée Gaëlle ma villa de Biarritz, mon chalet de Chamonix et mon appartement de l’île Saint Louis. Deuxièmement, je lègue à ma fille cadette Estelle l’ensemble de mes livres, ma collection de poupées folkloriques et mon cyclorameur. Troisièmement, à ma benjamine Catherine mes chats Moustache et Pistache, ainsi que le cactus, en espérant qu’elle en prendra bien soin. Fait à Tours, le 31 mai 1936. Thierry Aulait.

l’ouverture et la clôture d’une énumération : d’abord, ensuite, enfin ;

Contrairement aux jeunes de mon âge, je ne suis pas une fan des vidéo-clips. D’abord je trouve qu’ils sont rarement bien faits. […] Ensuite, il se dégage de ces images une violence qui m’écœure. […] Enfin, ce qui m’irrite le plus, c’est qu’on m’impose des images. Je ne peux même plus avoir la liberté d’imaginer mes propres fantasmes sur la musique ; on m’inflige des images qui ne sont pas les miennes et détruisent mon rêve. (Phosphore n° 40, mai 1984)

la hiérarchisation : d’une part, d’autre part, par exemple, essentiellement, surtout, en résumé.

Ces organisateurs structurent les textes argumentatifs.

Le ronflement est une maladie qui mérite d’être considérée. D’abord parce qu’il est extrêmement répandu. En effet, on estime qu’il touche environ un homme adulte sur quatre et une femme sur sept. Ensuite, parce qu’il témoigne de difficultés respiratoires importantes qui peuvent avoir des conséquences cardiaques.

3. L’antéposition d’un groupe de la phrase

Dans certains textes, on observe, en tête d’une série de phrases, des compléments circonstanciels qui expriment tous la même idée (temps ou lieu le plus souvent). Ces groupes détachés ont un rôle particulier dans l’organisation du texte : ils mettent en évidence sa progression.

Les organisateurs de lieu sont fréquents dans les descriptions :

Dès l’entrée, la clochette au son doux et grave semblait vous souhaiter bon accueil. Sous la voûte, à gauche, la concierge, de la porte vitrée de sa loge exhaussée de trois marches, vous souriait. En face, s’ouvrait la cour. (André Gide, Si le grain ne meurt)
Les organisateurs de temps structurent :
- des textes explicatifs de nature historique :

Dès l’Antiquité, on savait déjà extraire des métaux de leurs minerais. Puis, au Moyen Âge, les alchimistes réussirent à obtenir quelques produits, comme le phosphore. Au xviiie siècle, avec le Français Lavoisier et l’Anglais Priestley, est née la chimie moderne. (D’après Méga Senior, Nathan)

- des textes narratifs :

Plus qu’une minute et le pari était gagné. Andrew Stuart et ses collègues ne jouaient plu. Ils avaient abandonné les cartes ! Ils comptaient les secondes !
À la quarantième seconde, rien. À la cinquantième, rien encore !
À la cinquante-cinquième, on entendit comme un tonnerre au-dehors, des applaudissements, des hurrahs, et même des imprécations, qui se propagèrent dans un roulement continu. Les joueurs se levèrent.
À la cinquante-septième seconde, la porte du salon s’ouvrit… (Jules Verne, Le Tour du monde en 80 jours)

Pour l’expression écrite

On choisit les organisateurs selon la relation qu’on veut marquer dans un texte.
Addition : et, de nouveau, encore, également, de plus, aussi, de même, or, voire ;
Succession : d’abord, ensuite, enfin, finalement, premièrement, deuxièmement ;
Transition : d’ailleurs, d’autre part, en outre, du reste ;
Explication : en d’autres termes, à savoir, c’est-à-dire, car, c’est que ;
Illustration : par exemple, entre autres, notamment, en particulier, à savoir ;
Opposition : mais, en revanche, au contraire, par contre, d’un côté… d’un autre côté.
Concession : toutefois, néanmoins, cependant.
Résumé

1. Les diverses parties d’un texte sont souvent marquées par des procédés de mise en page, de typographie, par des numérotations.

2. L’organisation du texte est également marquée par des mots ou expressions particuliers : ce sont les organisateurs du texte.

3. Certaines marques linguistiques n’appartiennent pas à la structure de la phrase. Elles marquent :
la succession : premièrement, deuxièmement ; d’abord, ensuite, enfin ; l’argumentation : donc, c’est pourquoi, en revanche, à plus forte raison…

4. Certaines marques linguistiques appartiennent à la structure de la phrase. Ce sont des compléments circonstanciels déplacés en tête de phrase. Ils marquent :
le temps : hier, aujourd’hui, demain ; en ce temps-là, quelques années après, en 1789… ; le lieu : ici, là, plus loin, à gauche, à droite, au fond, plus loin.


Leçon publiée dans le manuel Grammaire et expression 3e Nathan 1999