La localisation dans l’espace


Niveau : à partir de la 3e

Observation

LE SOLDAT

Prince, tu n’as pas
devant toi un homme essoufflé. Je ne dirai pas que j’aie couru vers toi d’un pied léger. Plus d’une fois j’ai fait halte pour réfléchir. En marchant, je ne pensais qu’à tourner les talons. Ma tête travaillait. Elle me parlait tout le temps : « Malheureux, disait-elle, pourquoi vas-tu où tu seras puni » Mais l’instant d’après : « Malheureux, disait-elle, hâte-toi. Si Créon l’apprend d’un autre, il t’en cuira. » Avec ces réflexions je n’avançais pas vite. La route est courte ; elle est devenue longue. Pour finir, me voilà… […]

Voici l’affaire. Quand j’eus rapporté tes menaces à mes camarades, nous avons ôté la terre qui recouvrait le corps et nous l’avons laissé tout nu
sur le sol. Il pourrissait déjà et, à cause de l’odeur, nous nous sommes assis à quelque distance sur un tertre éventé. De temps à autre, nous échangions quelques injures, pour piquer notre vigilance. Le temps se traînait. Le disque du soleil atteignit le milieu de sa course. Son ardeur nous brûlait… Tout à coup s’élève dans la plaine un ouragan furieux, qui ravage les arbres des vergers, soulève des tourbillons de poussière, obscurcit le vaste ciel. Les yeux fermés, nous laissons passer le fléau divin… Enfin le vent s’apaise, et nous voyons soudain la jeune fille debout près du mort. Elle poussait des cris aigus, comme un oiseau désolé devant sa couvée dévastée. Son désespoir, devant le corps nu de son frère, se répandait en gémissements, éclatait en imprécations terribles contre les auteurs du sacrilège. Ensuite elle va chercher de la terre à pleines mains elle en recouvre le corps avec grand soin ; puis, versant l’eau d’un vase de bronze, trois fois elle honore le mort d’une libation selon le rite… Alors nous nous élançons tous ensemble. On l’arrête : elle n’en est même pas effrayée. On l’interroge sur le miracle du matin : elle ne nie rien. Et moi j’en étais à la fois réjoui et affligé. On est content d’échapper au malheur ; on n’aime pas y jeter des gens comme elle. Mais, n’est-ce pas. il y a une chose qui importe avant tout : sauver sa peau.

CRÉON,
à Antigone
Et toi… Toi, avec tes yeux baissés, tu avoues, ou tu nies ?

ANTIGONE
Je ne nie pas. Je déclare l’avoir fait.

CRÉON,
au soldat
Va-t’en où tu voudras. Tu es libre.

Sophocle, Antigone, traduction André Bonnard, Édition Rencontre, Lausanne, 1967.



Questions

1. Autour de quel personnage les groupes de mots en
rouge organisent-ils les faits et les actions dans l’espace ?

2. À partir de quel autre personnage les groupes de mots en
bleu organisent-ils les faits et les actions dans l’espace ?

3. Par quels mots les groupes de mots en couleur sont-ils introduits ? Quelle est la nature de ces mots ?

4. Quelle est la particularité des groupes de mots en
vert (mot introducteur, nature du groupe) ?


Leçon

1. Définitions

• L’émetteur d’un énoncé peut avoir l’intention de situer un fait, une action, un état dans l’espace.

• On distingue les mouvements d’approche, d’éloignement, de parcours, par rapport à un point défini.

• Quand l’émetteur est présent dans son énoncé, il situe les faits ou les objets par rapport à lui-même ou par rapport à un autre objet, extérieur à lui-même, qui sert de point de référence.

• On distingue donc les positions relatives à l’émetteur, et les positions qui se situent par rapport à un autre point de référence.

• La situation dans l’espace peut s’effectuer à partir de certaines positions ou à travers des mouvements.


2. Les positions

A. Les positions relatives à l’émetteur

• L’émetteur organise l’espace par rapport à sa propre position. Cette situation peut être accompagnée d’un geste :
Ex. :
Je suis ici, devant toi.

• Selon les cas, l’émetteur envisage la zone dans laquelle il se trouve : ICI ; ou la zone envisagée hors de son environnement : LÀ-BAS, AILLEURS.

• Ces positions s’expriment par :
— des adverbes : ici/là-bas ; à gauche/à droite ; en haut/en bas ; dehors/dedans ; ailleurs ; loin ; en avant/en arrière ; partout ; nulle part ; n’importe où ; quelque part…
— des prépositions : en face de ; au-dessus de/au-dessous de, autour de ; près de, vis-à-vis…
— des adverbes qui peuvent être employés comme prépositions : derrière/derrière le palais ; devant/devant l’arbre.



B. Les positions relatives à un point de référence

L’émetteur situe un fait ou une action dans l’espace, par rapport à un point de référence extérieur à lui-même.

On distingue :
— la position d’un lieu géographique :
à, au
Ex. : Le palais de Créon est à Thèbes.

— la position dans un espace :
dans ; à l’intérieur de ; au-dedans de ; en ; chez ; parmi ; au milieu de ; entre ; au centre de…
Ex. :
Antigone vit à l’intérieur du palais.

— la position à l’extérieur d’un espace :
hors de ; en dehors de ; au dehors ; à l’extérieur…
Ex. : Les ennemis sont à l’extérieur des remparts.


3. Les mouvements

A. L’approche (aller à)
Le mouvement se déplace à partir de l’émetteur et en direction d’un point.
Il s’exprime à l’aide de verbes :
aller, arriver… associés à des prépositions : à ; vers ; pour ; jusqu’à…

B. L’éloignement (venir de)
Le mouvement est décrit à partir d’un point d’où l’on s’éloigne.
Il s’exprime à l’aide de verbes :
venir, s’éloigner, sortir… associés à des prépositions : de, depuis, dès, à partir de…

C. Le parcours (passer par)
Le mouvement se déplace à travers un espace.
Il s’exprime à l’aide de verbes de déplacement :
passer, se promener, associés à des prépositions : dans, par, à travers, au travers de…


4. Les moyens pour exprimer le lieu
Les précisions de lieu peuvent être apportées grâce à différents moyens :

A. Le vocabulaire

• des noms de lieux :

La gare, la rivière, la forêt, la rue, le village, l’autoroute, la haie, le château, le balcon, la cuisine, la salle à manger…

• des verbes :
border, contourner, dépasser, dominer, s’écarter de, enjamber, entourer, être en vue de, franchir, fuir, gagner, longer, occuper, prolonger, quitter, surplomber, toucher, traverser,…

• des adjectifs :
central, contigu, droit, extérieur, gauche, lointain, marginal, méridional, mitoyen, occidental, parallèle, périphérique, supérieur, voisin,…

• des prépositions :
à, à la suite de, à même, à travers, au-delà de, au-dessus de, chez, de, en deçà de, en dessous de, en face de, entre, hors de, jusqu’à, le long de, par, parmi, sous, sur, vers, vis-à-vis de,…


B. Des compléments :
• des compléments essentiels

Ex. :
Je suis au palais. Je reviens du palais. Je vais à Thèbes.

• des compléments déterminatifs :
Ex. :
Le convoi pour Thèbes est parti dans la nuit.

• des compléments circonstanciels :
Ex. :
Les athlètes courent dans le stade.

C. Des subordonnées :

• des subordonnées relatives :

Ex. : Le stade
où les athlètes vont courir se trouve près du temple de Zeus.

• des subordonnées conjonctives introduites par une locution conjonctive de subordination :
aussi loin que, du plus loin que, de si loin que…
Ex. : Les athlètes sont acclamés du plus loin qu’on les aperçoit.

Pour l’expression écrite :

Pour ordonner une description, on dispose de plusieurs moyens, en particulier la répartition de la réalité en trois plans de profondeur :

Le premier plan
Il se situe le plus près de l’émetteur. Chaque élément est vu dans tous ses détails.
Le second plan
Il est intercalé entre le premier et l’arrière-plan. On distingue les détails les plus importants.
L’arrière-plan
Il est le plus éloigné de l’émetteur. Dans un paysage, c’est ce qui est proche de l’horizon. On ne distingue que les formes générales.


Résumé

L’émetteur situe un fait ou une action dans l’espace soit par rapport à lui-même, soit par rapport à un point de référence extérieur à lui.
La localisation peut s’effectuer à partir de certaines positions et à travers des mouvements.
On distingue les positions relatives à l’émetteur et les positions relatives à un point extérieur ; les mouvements d’approche, d’éloignement, de parcours.
Les moyens de situer dans l’espace sont nombreux : noms, verbes, adjectifs, structures des phrases, compléments essentiels, circonstanciels, déterminatifs, propositions subordonnées relatives et conjonctives.

Leçon publiée dans le manuel Grammaire et expression 3e Nathan 1999