Les actes de langage

L’interprétation de l’énoncé


Observation 


Quino, Le petit frère de Mafalda, © Glénat, 1996.


Questions

B.D.1
1. Vignette 2 : quelle formule de politesse la fillette utilise-t-elle pour entrer en contact ?
2. Quelle est la demande de la fillette ? Cette demande est-elle comprise par le récepteur (vignette 3) ?
3. Par quel mot le récepteur manifeste-t-il son accord ?
4. Que demande à son tour le récepteur ? Pourquoi, à votre avis, le dessinateur a-t-il choisi d’interrompre l’échange ? Imaginez la fin du dialogue


Leçon

1. Définitions

• Le langage est un outil qui nous permet d’agir. Nous parlons ou écrivons dans le but d’informer, de faire plaisir, d’obtenir un renseignement, de donner un conseil, de convaincre, de séduire, d’impressionner une autre personne…, absente ou présente, réelle ou imaginaire.

• Donner un renseignement, faire une promesse, poser une question, donner un ordre, avertir, conseiller, sont des manières d’agir à l’égard d’un interlocuteur, réel ou possible, en utilisant le langage : on appelle ces réalisations des
actes de langage.

• Un acte de langage instaure une relation active entre les interlocuteurs. Les actes de langage sont gouvernés par les règles de la vie en société.
Ex. :
Bonjour, Monsieur. Je voudrais…

• Un acte de langage demande la
participation de l’interlocuteur. L’acte de langage (poser une question, donner un conseil…) n’est efficace que si l’interlocuteur le reconnaît comme tel et l’accepte.
Ex. :
Je voudrais que vous me fassiez la clef du bonheur. — Volontiers, mon petit.
Si l’interlocuteur ne répond pas à la demande, l’acte de langage est manqué.


2. Diversité des actes de langage
Les actes de langage possibles sont très nombreux. Il est impossible d’en faire une liste complète, mais on peut les classer en différentes catégories.


• Les actes commandés par les règles de politesse :

saluer, dire au revoir, remercier, s’excuser, féliciter, présenter des félicitations, des condoléances, pardonner, accuser, avouer, admettre, tolérer…
Ex. :


Quino, Encore Mafalda, © Glénat, 1980.


• Les actes qui engagent l’émetteur :
promettre, donner son accord, approuver, désapprouver, permettre, autoriser, dispenser, refuser, prouver, juger, évaluer…
Ex. :


Quino, Le petit frère de Mafalda, tome 6, © Glénat, 1996.


• Les actes qui engagent le récepteur à fournir une information :
poser une question, demander une confirmation, inviter, encourager…
Ex. :
Qui a rongé mon crayon ?


Quino, Encore Mafalda, © Glénat, 1980.

• Les actes qui incitent le récepteur à agir :
ordonner, conseiller, prier, convaincre, persuader, insister, argumenter, contraindre, obliger, menacer…
Ex. :
Je voudrais que vous me fassiez la clef du bonheur.

3. L’interprétation des actes de langage
La langue n’est pas un code fermé, et il est impossible d’exprimer les actes de discours de façon rigide. La richesse d’expression, très importante, pose des problèmes d’interprétation.
La valeur d’un acte de langage peut être
explicite, quand elle est marquée par un mot ou une structure de l’énoncé. Elle est implicite quand elle demande une interprétation de la part du récepteur.

A. Valeurs explicites
• Indication donnée par le verbe
Certains verbes, utilisés à la première personne et au présent de l’indicatif, expriment la valeur de l’énoncé de manière très claire :
Ex. : J
e te félicite. Je te plains. Je te conseille d’éviter ce garçon. Je t’interdis de fréquenter ce garçon.

• Indication donnée par la structure de l’énoncé
Un énoncé appartient obligatoirement à un type de phrase qui est associé à un acte de langage
— type déclaratif : Ex. :
Le petit frère de Mafalda est intelligent
C’est une déclaration qui invite le récepteur à répondre oui ou non, de marquer son accord ou son désaccord ;
— type interrogatif : Ex :
Qui a rongé mon crayon ?
C’est une question, une demande d’information, qui met le récepteur en situation de fournir une réponse.
— type injonctif. Ex. :
Passe-moi la clef, Michel.
C’est une incitation à agir, une façon de communiquer au récepteur ce que l’émetteur attend de lui. Le récepteur peut obéir ou non.

La phrase exclamative exprime les sentiments de l’émetteur. Elle prend le récepteur à témoin et attend de lui la même réaction.
Ex. :


Quino, Mafalda, tome 1, © Glénat, 1980


B. Valeurs implicites
On peut employer un même énoncé pour réaliser des actes de langage différents selon le contexte et la situation de communication. Dans ce cas, sa valeur doit être devinée, interprétée par le récepteur.

La valeur d’un acte de langage peut être indiquée par le ou les énoncés qui l’entourent. C’est le plus souvent le cas dans les dialogues.
Ex. :
Il fait froid. La porte est ouverte. (information)
Venez quand vous voulez. La porte est ouverte (invitation)

L’interprétation d’un énoncé doit tenir compte de l’ensemble de la situation d’énonciation dans laquelle il figure. Les circonstances, les rapports entre les interlocuteurs peuvent déterminer la valeur d’un acte de discours.

Ex. :
J’écoute. Selon le contexte, la phrase peut signifier : « Je suis là » (renseignement) ; « Que voulez-vous ? » (question) ; « Parlez donc ! » (ordre) ; « Vous pouvez parler » (permission)


Pour l’expression orale et écrite
Les règles de la politesse, les conventions sociales, nous empêchent de donner certaines informations.
Ex. :
* Je ne peux pas venir, j’ai quelqu’un à aller chercher à la gare, et en plus c’est vrai !
* Je te quitte parce que je n’ai plus rien à te dire.
Nous le faisons également quand nous ne sommes pas en position de donner un ordre ou d’exiger quelque chose sans détour et sans ménagement.
Ex. :
Madame, est-ce que je peux sortir ?


Résumé
Dans une situation de communication, les énoncés échangés répondent à une intention des interlocuteurs. Ils peuvent exprimer une information, une question, un conseil, une menace, une formule de politesse, une promesse…
En parlant ou en écrivant, l’émetteur réalise un acte de langage.
Pour interpréter un acte de langage, on prête attention au vocabulaire, à la structure de l’énoncé, à l’intonation à l’oral, ainsi qu’à la situation de communication globale.