LES FORMES VERBALES : ACTIVE, PASSIVE, PRONOMINALE, IMPERSONNELLE





Observation

La Retraite de Caporetto


Frederick Henry, jeune Américain engagé volontaire sur le front italien, se trouve pris dans la débâcle qui suit la défaite de Caporetto.

Ce fut une nuit étrange. Je ne sais pas ce que je m’étais figuré, la mort peut-être, des coups de feu dans la nuit, la fuite ; mais il ne se passa rien. Couchés à plat ventre dans le fossé, sur le bord de la grand-route, nous laissâmes passer un bataillon allemand, puis, quand ils eurent disparu, nous traversâmes la route et nous nous enfonçâmes vers le nord. À deux reprises, nous nous trouvâmes tout près des Allemands, mais, sous la pluie, ils ne nous virent pas. Nous dépassâmes la ville sans voir un seul Italien, et, peu après, nous rejoignîmes une des principales colonnes de retraite. Nous marchâmes toute la nuit dans la direction du Tagliamento. Je ne m’étais pas rendu compte de l’énormité de la retraite. Ce n’était pas seulement l’armée, mais tout le pays qui s’enfuyait. Nous marchâmes toute la nuit plus rapidement que les véhicules. La jambe me faisait mal et j’étais fatigué, mais nous allions d’un bon pas. Cela semblait si bête de la part de Bonello de se rendre à l’ennemi. Il n’y avait aucun danger. Nous avions traversé deux armées sans incidents. Si Aymo n’avait pas été tué, nous ne nous serions jamais douté qu’il y avait du danger. Personne ne nous avait inquiétés quand nous marchions à découvert sur les rails. La mort était arrivée à l’improviste, sans raison.

Ernest Hemingway, L’Adieu aux armes, traduction de Maurice-E. Coindreau, Gallimard 1948.



Questions


1. Dans la proposition soulignée, quel est l’infinitif du verbe ? Le responsable de l’action est-il désigné?

2. Parmi les verbes en
gras, relevez ceux qui sont construits avec un pronom de la même personne que le sujet ?
3. Dans les phrases en
rose, il représente-t-il quelqu’un ou quelque chose ? Ces verbes peuvent-ils se conjuguer à d’autres temps ? Si oui, lesquels ?


Leçon

1. Les formes actives et passives

La forme verbale exprime le rôle du sujet dans le fait ou l’action, le sens de son déroulement.


A. Comparaisons

Comparons les phrases :
1.
Aymo est mort.
2. Aymo a été tué.
3.
On a tué Aymo.

Dans la phrase 1, l’adjectif attribut exprime un état du sujet en insistant sur le résultat. Le sens du verbe est réduit au minimum.
Dans la phrase 2, la forme verbale exprime une action que l’emploi du passé composé présente comme accomplie.
Dans la phrase 3, la relation du sujet à
Aymo exprimée par le verbe transitif tuer est inversée par rapport à celle de la phrase 2.
— dans l’exemple 2 la construction du verbe est passive ;
— dans l’exemple 3 la construction du verbe est active.


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B. Définition

Une phrase dont le verbe possède un COD est dite de construction active. Elle peut généralement être mise en relation avec une phrase passive correspondante. Les deux phrases ont la même signification, mais elles ne peuvent pas se substituer l’une à l’autre dans un texte : la présentation de l’information n’est pas la même.
La différence est une différence de participation du sujet à l’action.


Remarques

1. Le sujet peut subir l’action sans que pour autant le verbe soit à la construction passive :
— le sujet d’un verbe intransitif ( qui n’admet pas de complément d’objet) peut subir souvent l’action exprimée :
Ex. :
Je souffre. Mon doigt saigne.

— le sens du verbe joue un rôle important :
Ex.
J’ai reçu un coup de pied.

2. Restrictions d’emploi

• Tous les verbes transitifs ne se prêtent pas à la construction passive :
avoir, comporter, posséder, valoir…

• Certains verbes transitifsont une construction passive qui ne correspond pas à l’actif :
obéir, pardonner. dans ce cas
Ex. :
Je pardonne à Sophie. Sophie est pardonnée.

• Certains verbes peuvent avoir un sens actif ou passif selon que leur sujet est animé ou non :
Ex. :
Je casse le verre. Le verre casse.

• Certains verbes sont symétriques : le COD peut devenir sujet sans que le verbe se mette à la construction passive :
Ex.: Marie épouse Pierre. Pierre épouse Marie.


2. La forme pronominale

A. On distingue les verbes exclusivement pronominaux (
s’enfuir, se souvenir, s’évanouir) et les constructions pronominales de certains verbes qui peuvent s’employer aussi sans pronom réfléchi :
Ex. :
arrêter/s’arrêter — rendre/se rendre — trouver/se trouver — douter/se douter.

Les verbes pronominaux sont précédés d’un pronom réfléchi, c’est-à-dire un pronom de la même personne que le sujet, et qui le représente. Leurs temps composés se forment avec l’auxiliaire
être.

B. On distingue plusieurs catégories de constructions pronominales.


• Les réfléchis et les réciproques
Le verbe a le même sens que le verbe simple, mais le COD ou le COS représente le sujet :


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Les verbes pronominaux de sens réfléchi peuvent être au singulier et au pluriel :
Ex. : Je me rends compte/
Nous nous rendons compte mutuellement de la situation.
Les verbes pronominaux de sens réciproque sont toujours au pluriel.


• Les pronominaux de sens passif

Le verbe a le même sens que le verbe simple, mais le sujet, de par sa nature ou selon le contexte, ne peut exercer l’action :
Ex. :
Cette voiture se conduit facilement (est conduite).


• Les verbes essentiellement pronominaux :

Par combinaison avec le pronom réfléchi, le verbe possède un sens différent de celui du verbe simple :
Ex. :
apercevoir = découvrir par les yeux/s’apercevoir = prendre conscience
rendre = restituer/se rendre = se soumettre à l’ennemi.


3. La forme impersonnelle

Dans la construction impersonnelle, le verbe ne s’emploie qu’à la 3e personne du singulier. À gauche du verbe, se place l’indice d’impersonnel
il, qui n’est pas un pronom, car il ne représente aucun antécédent. Cet indice ne peut pas être analysé : il appartient à la construction du verbe et permet à celui-ci d’être conjugué. Il ne contient aucune information (thème zéro).

ex.
Il n’y avait aucun danger.

On distingue les verbes impersonnels, qui ne peuvent admettre d’autre construction, et les constructions impersonnelles de certains verbes.


— les verbes impersonnels

+ ceux qui expriment des phénomènes météorologiques :
Ex. :
Il pleut, il neige, il gèle, il tonne, il fait beau, il fait froid.

Au sens métaphorique, ils peuvent être employés avec un sujet personnel :
Ex. :
Le canon tonne. Des contraventions pleuvent sur mon pare-brise.
+ les verbes falloir, s’agir, qui servent à présenter un événement, à poser l’existence d’un fait, ou à poser un jugement. Ils sont obligatoirement suivis d’un complément :
Ex.:
Il fallait un passeport (GN indéfini) ; passer la frontière (groupe infinitif); que j’aille en ville (subordonnée complétive)

— les constructions impersonnelles

Un certain nombre de verbes courants peuvent être construits avec un indice d’impersonnel :
Ex. :
Une catastrophe est arrivée (GN+ V)
Il est arrivé une catastrophe.
(Il + V + GN)

Il passe un train toutes les dix minutes.
Le verbe être se combine à de nombreux adjectifs pour former des locutions impersonnelles :
Ex. :
Il est possible, dangereux, rare, nécessaire, bon, juste, faux, heureux…

Les verbes pronominaux de sens passif peuvent être employés à la construction impersonnelle :
Ex.
Il ne s’est rien dit d’intéressant dans cette interview.


Pour l’expression écrite :

La construction impersonnelle déplace le sujet pour le placer en fin de phrase en position de propos. Celui-ci est porteur de l’information nouvelle. Cette caractéristique la rend propre :
— à débuter une histoire :
Ex.
Il y a eu un incident devant la machine à café. Il était une fois un roi et une reine… Il existe près des écluses/Un bas quartier de Bohémiens… (Aragon)

— à attirer l’attention sur un fait, un événement :
Ex. :
Aucun camion ne passe sur cette route./ Il ne passe aucun camion sur cette route.
Il n’y a plus de châteaux dans les déserts de la réalité
(Yvan Goll)


Résumé

La phrase verbale peut prendre diverses formes pour exprimer le rôle du sujet dans le fait ou l’action, le sens de son déroulement.

On distingue :
— la forme active, dans laquelle le sujet fait l’action. Celui-ci est considéré comme l’agent qui le déclenche ;
— la forme passive, dans laquelle le sujet subit le fait ou l’action. Celui-ci est considéré comme l’être ou de l’objet qui l’éprouve.
— la forme pronominale, dans laquelle le sujet est à la fois sujet et objet de l’action, que la relation soit réfléchie ou réciproque ;
— la forme impersonnelle, posant l’existence d’un fait ou d’une action sans sujet qui exprime l’agent qui la déclenche ou la subit.

Leçon publiée dans le manuel Grammaire et expression 3e Nathan 1999