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Visite à la manufacture des poupées Jumeau


Léo CLARETIE a rédigé, en 1893, un ouvrage intitulé Les jouets, histoire, fabrication, publié à Paris par les Librairie et Imprimerie Réunies, qui a pour objet de dévoiler aux enfants l’envers du décor. L’auteur souhaite emmener les enfants de l’autre côté de « la vitrine où pendent les pantins rouges » et leur faire découvrir « l’arrière boutique où travaillent les ouvrières », « l’atelier où peinent les estampeurs»….
Orné de 300 vignettes et de 13 planches hors texte dont 6 en couleurs, ce livre de prix de l’école municipale professionnelle ménagère de jeunes filles de Paris nous permet de découvrir l’histoire des jouets et leur mode de fabrication à la fin du XIXe siècle.
La première partie de l’ouvrage est consacrée à l’histoire du jouet, depuis l’Antiquité, où le propre du jouet était de faire du bruit, jusqu’aux collections de l’époque moderne, où les pantins mobiles en carton faisaient fureur.
La seconde partie s’intéresse à la fabrication des jouets depuis « 
l’énorme fabrique que surmonte sa grosse cheminée de brique, jusqu’à la pauvre mansarde garnie
Ensuite on s’attache au rôle et à la place du jouet dans la vie et dans la société. Enfin, l’ouvrage se termine par « 
des considérations plus élevées sur la philosophie des jouets».

Il raconte ici sa visite à la «Fabrique de Bébés», manufacture Jumeau à Montreuil.




Voici d’abord la crochetterie. « Un gamin tortille des fils de cuivre et en fait des crochets » qui serviront pour les articulations. Tout un matériel permet de produire des crochets, des spirales, des ressorts, des anneaux.

« À côté, on moule des torses de toutes grandeurs dans de lourdes matrices d’acier.
L’ouvrière bourre les creux avec de vieux papiers détrempés dans la colle de pâte […] Quand on ouvre la matrice, on en détache un buste verdâtre avec des creux pour les insertions de la tête, des bras et des jambes. […]

Les membres sont moulés eux aussi dans d’autres matrices […] Les mains sont estampées à part […] d’où elles sortent avec la couleur de la farine de lin mais fort joliment faites, potelées, grasses, enfantines, avec les plis du premier âge.

Dans les ateliers voisins, des ouvrières sont fort affairées à coller des billes creuses en bois aux places de l’humérus (à l’épaule) et du col du fémur (en haut de la cuisse). de ces boules sortent des crochets en fer […]
À l’intérieur du buste, on a collé une traverse en bois à laquelle s’accrochent les tendons en cuivre de tous les membres. Chaque extrémité des membres est munie de sa boule et de son crochet et les bras viennent s’articuler aux épaules, les mains aux poignets, les jambes aux ventres
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On barbouille les moulages verdâtres d’une belle teinte saumon, on les polit, on repasse plusieurs couches successives jusqu’à cette nuance de chair rosée qui les distingue. Alors on les pique au bout d’un bâton et on attend qu’ils soient secs pour le ponçage.

Dans les ateliers de sculpture et de moulage, des artistes cisèlent dans le plâtre des visages de toutes expressions. Les têtes modèles sont moulées et l’empreinte de ces moules est prise à l’aide d’une pâte de kaolin d’une pureté merveilleuse, filtrée, tamisée, lavée. […]

On la fait couler par des robinets dans le moule qu’elle remplit.
Quand le coulage est fini, les têtes sortent des moules et sont disposées dans des plateaux ronds en terre réfractaire, appelés « gazettes » qui sont empilées dans les fours. Après la cuisson ces masques blancs ont la légèreté, la diaphanéité, la finesse de grain des plus riches porcelaines.
Voici expliquée la délicatesse des visages si typique des bébés Jumeau. »