Autour des pirates

I. Découvrir :
Distinguer textes narratifs et non narratifs
Texte 1 :
Tous les secrets du pirate
Oyez, oyez,
Terriens ! Tous les
secrets du pirate est une mine de
renseignements authentiques où les apprentis pirates
trouveront d’indispensables conseils.
Faites la connaissance de Long Ben Avery, de Barbe-Noire,
du capitaine Kidd, de Henry Morgan et des femmes pirates
Anne Bonny et Ching Shih.
Découvrez le monde des pirates : l’élégance de
certains d’entre eux, les simulacres de procès, le supplice
de la planche, la vérité sur les trésors enterrés, les
châtiments qu’on réservait aux pirates capturés.
Des instructions faciles à suivre vous permettront de faire
vos boucles de chaussures, de préparer des biscuits pour
les voyages au long cours, de fabriquer votre drapeau, de
dessiner le plan de votre île au trésor, de frapper vos
écus d’or, et de savoir si vous souffrez du scorbut.
Un univers mystérieux et rebelle s’offre à
vous !
4e de couverture,
Margarette
Lincoln, Tous les
secrets du pirate, Collection
Autrement Jeunesse, 1996
Texte 2 :
4e de couverture
du Scarabée
d’or (E. Poe,
Gallimard, Folio Junior)
Texte 3 : Une frontière mouvante
La meilleure
définition du corsaire : pour ses compatriotes c’est
un héros ; pour ses adversaires c’est un bandit. La
bataille gagnée, on le décore. La guerre perdue, on le
pend. Qu’on ne s’y trompe pas. Les moyens sont toujours les
mêmes : abordage, capture et pillage. La
différence ? Le pirate travaille pour son propre
compte, il attaque aussi bien les ennemis que les alliés de
sa patrie d’origine. Et il ne partage avec personne, si ce
n’est avec son équipage. (…) Le corsaire lui, est muni d’un
document qui sauvegarde la légalité, si ce n’est la morale.
Il possède une « lettre de course » établie par
une autorité légale devant laquelle il est responsable. Ses
prises appartiennent d’abord à sa nation et à son roi. Il
n’en distrait pour lui-même qu’un pourcentage soigneusement
calculé. S’il ne respecte pas ce pacte, il devient forban.
Justiciable de la corde.
« La Guerre
de course » in Les dossiers
Histoire de la mer, sept.-oct.
1979.
Texte 4 :
Bartholomew
Roberts, qui ne buvait que du thé et donnait repos à ses
musiciens le septième jour, était un homme grand, brun et
de figure avenante : il portait une jaquette et une
culotte de riche damas, un chapeau orné d’une plume rouge,
une chaîne d’or à son cou, et une grande croix de diamant.
Les deux pistolets dont il ne se séparait pas étaient
assurés par un baudrier de soie. […]
Plus curieux
encore est le costume de l’horrible Edward Teach, dit Black
Beard (début du XVIIIe siècle). Il portait une barbe sombre
qui lui montait jusqu’aux yeux et lui recouvrait même la
poitrine. Et cette barbe était finement travaillée. Il
l’organisait en petites tresses qu’il accrochait autour de
ses oreilles mais c’est au combat que son dandysme
s’exaspérait. Là, il se harnachait d’une écharpe qu’il
passait sur ses épaules et qui contenait trois paires de
pistolets. A son chapeau, il fixait deux mèches allumées
qui flottaient autour de son visage. On comprend que pour
les témoins « on ne saurait se former l’idée d’une
furie des enfers plus terrible que sa
figure ».
Gilles
Lapouge, Les
Pirates, © Phébus,
1987, rééd Payot, 1991.
Texte
5 :
Tir à boulets d’or
Fuët revenait
d’une expédition sur La
Thérèse ; son
navire était chargé de barils et de caisses, pleins de
moëdes, c’est-à-dire de pièces d’or portugaises (…). Il
avait fait cette magnifique prise la veille, sur un navire
anglais, et il y en avait dans les moindres recoins de la
goélette (…)
Le lendemain, un brick anglais qui avait appris le rapt
effectué par Fuët, réussit à le retrouver et à le prendre
en chasse, essayant de l’intercepter. (…)
Les deux bateaux avaient sérieusement souffert lorsque
Zoye, le maître canonnier de Fuët, remontant atterré de la
soute aux munitions, annonça à son capitaine :
« Il reste de la poudre pour deux heures de combat,
mais il n’y a plus de boulets ni de mitraille pour bourrer
la gueule des canons… » (…) Il ne restait que deux
solutions : capituler ou se faire sauter. (…)
Fuët allait se résoudre à sauter avec La
Thérèse, tout en
vendant chèrement sa peau, lorsque l’idée lui vint :
« Défoncez les barils et les caisses, et chargez les
canons à mitraille avec les pièces d’or !…»
ordonna-t-il. Et la lutte reprit alors, incroyable. Mais il
fallait être économe ; d’abord parce que cette
mitraille dorée revenait très cher ; ensuite parce que
Fuët préférait la garder pour lui plutôt que l’incruster
dans la peau des Anglais ou dans la coque du brick. (…)
Fuët, revêtu de son uniforme étincelant, se lança à
l’abordage en tête de ses hommes, un sabre dans une main,
une hache dans l’autre, deux pistolets passés dans la
ceinture, en criant à ses marins avec sa moue
ironique : « Et maintenant, les enfants, allons
récupérer notre monnaie !… »
André
NÈGRE, Antoine
Fuët, corsaire d’Empire, Édition du
Scorpion, 1963.
Texte 6 :
Vie des marins
Les équipages
des vaisseaux du roi vivaient dans des conditions à peine
moins affreuses que les galériens. La vie de mer a toujours
été très rude au temps de la voile, et les conditions
sociales étaient particulièrement insupportables. Les
salaires étaient misérables, la nourriture toujours
insuffisante devenait rapidement infecte. Mais surtout, il
régnait une discipline féroce : mauvais traitements,
coups, humiliations et corvées abusives. Certains
capitaines poussaient les choses au pire, de manière à
provoquer des désertions à terre : de cette façon, ils
n’avaient pas à payer les hommes pendant leur séjour à
terre.
Dans ces conditions, on conçoit la fréquence des rébellions
et des mutineries. La liberté des pirates devait
nécessairement séduire ces marins écrasés par l’injustice.
Les équipages révoltés étaient promis à la corde et
n’avaient, de toute façon, pas d’autre recours que la
piraterie. Lorsque les pirates s’emparaient d’un navire,
ils n’avaient pas de difficultés à trouver des volontaires
parmi ses matelots, et même parmi ses
officiers.
D’après Henri
Deschamps, Pirates et
flibustiers, collection Que
sais-je ?, © P.U.F.
Texte 7 :
Branle-bas de combat
Un grand silence
à bord de l’Épervier…
« Away ! goddam, away ! lascars, cria le
capitaine anglais, beau jeune homme de vingt-cinq ans, qui,
ayant eu les deux jambes emportées, s’était fait mettre
dans un baril de son pour arrêter l’hémorragie et pouvoir
commander jusqu’au dernier moment.
— Away ! goddam ! répéta-t-il
— Feu, maintenant, feu sur l’Anglais ! hurla
Kernok »
Alors tous les Anglais s’élancèrent sur le brick. Les douze
caronades de tribord leur vomirent à la face une grêle de
piastres, avec un fracas épouvantable.
« Hourra !… » cria l’équipage tout d’une voix.
Quand l’épaisse fumée se fut dissipée, et qu’on put juger
de l’effet de cette bordée, on ne vit plus aucun Anglais,
aucun… Tous étaient tombés à la mer ou sur le pont de la
corvette, tous étaient morts ou affreusement mutilés. Aux
cris du combat avait succédé un silence morne et
imposant ; et les dix-huit hommes qui survivaient,
seuls, isolés au milieu de l’Océan, entourés de cadavres,
ne se regardaient pas sans un certain
effroi !
Eugène
Sue, Kernok le
pirate, © Gallimard,
Coll Folio Junior.
Texte 8 :
[…] Les aventuriers
sont des marins du premier mérite.
Parce que le
péril est grand, ils sont des « pros », non des
amateurs. Leur compétence fait l’admiration des témoins.
Le bateau pirate, sous des apparences de désordre extrême
et de frivolité, est esclave d’un ordre de fer. Dès la
première alerte, la confusion crasseuse qui règne sur le
pont disparaîtra et les marins réprouvés exécuteront de
brillantes manœuvres. Chacun retrouvera son poste, les
tromblons bondiront dans les mains, les balles partiront.
Cette haute qualification professionnelle est l’une des
fiertés de la corporation. Excellents techniciens, les
pirates font preuve en outre d’une belle imagination dans
le combat. Leurs ruses de guerre sont superbes. Dans leur
art, ils sont souverains.
Gilles
Lapouge, Les
pirates, © Phébus,
1987, réédition Payot, 1991.
Observons
1. Quel est le sujet commun à tous ces textes ?
2. Quel mot-clef est présent dans presque tous les textes
(corps du texte ou titre) ?
3. Retrouvez le texte qui correspond à chacune des
affirmations suivantes :
a. Il eut l’idée de charger les canons avec des pièces
d’or.
b. Les pirates savent inventer de superbes ruses de guerre.
c. Le corsaire est muni d’un document légal qui l’autorise
à piller.
d. Tous les Anglais étaient morts ou affreusement mutilés.
e. William Legrand est sans doute devenu fou.
f. Découvrez les châtiments qu’on réservait aux pirates
capturés.
g. Il fixait deux torches allumées sur son chapeau.
h. La vie des marins du roi ressemblait à celle des
galériens.
i. Les prises du corsaire appartiennent à la nation et au
roi.
j. La compétence des pirates fait l’admiration des témoins.
k. Il ne leur restait de la poudre que pour deux heures de
combat.
Réfléchissons
1. Parmi les textes que vous venez de lire, citez celui ou
ceux qui figure (nt)
— dans une encyclopédie ;
— dans un roman ;
— dans une biographie ;
— dans un ouvrage d’histoire ;
— sur la quatrième page de couverture d’un livre.
2. Parmi ces textes, quel est celui qui vous paraît
— le plus difficile à comprendre ;
— le plus amusant ;
— le plus intéressant ;
— le plus étrange ;
— le plus instructif ;
— le plus discutable ;
— le plus cruel.
Plusieurs réponses sont possibles, à condition de les
justifier.
Approfondissons
1. Lesquels de ces textes évoquent des personnages humains
nettement identifiés ?
2. Lesquels présentent des événements qui s’enchaînent
logiquement ?
3. Lequel de ces textes s’adresse directement au
récepteur ?
4. Parmi ces textes, lesquels sont écrits principalement au
présent de l’indicatif ?
5. Quels sont ceux qui ont le passé simple pour temps de
référence ?
6. Quels sont ceux qui sont écrits principalement à
l’imparfait ?
7. Après ces observations, classez ces textes en deux
groupes :
— ceux qui racontent une histoire, un événement, ou une
partie d’histoire ;
— ceux qui ne racontent pas un événement.
8. Les textes qui racontent un événement :
a. Pour chacun de ces textes, citez le nom du personnage
principal ainsi que ses caractéristiques (sexe,
nationalité, métier, etc.).
b. Quels sont les autres personnages ? Quel est leur
rôle dans l’histoire ?
c. Caractérisez chacune des situations initiales.
d. Quelles sont les situations finales respectives ?
e. Les actions sont-elles juxtaposées ou découlent-elles
logiquement l’une de l’autre ?
9. Les textes qui ne racontent pas un événement
a. Quels sont ceux qui veulent apprendre quelque chose au
lecteur ?
b. Quel (s) texte (s) pique (nt) la curiosité du lecteur
dans un but particulier ?
c. Quel texte veut convaincre le lecteur que les pirates
sont des héros positifs ?
d. Quel (s) texte (s) donne (nt) à voir, à imaginer ?
e. Quel (s) texte (s) désire (nt) inciter le lecteur à
accomplir une action ?
10. Récapitulez en recopiant le tableau suivant dans votre
classeur et en le complétant :
|
Visée du
texte
|
Numéros
des textes
|
|
• raconter
des événements
|
Retenons
Le texte narratif a pour but de raconter une histoire.
Il rapporte une situation qui se transforme, des événements qui s’enchaînent logiquement et qui se déroulent dans une durée précise. Ces événements mettent en jeu des personnages humains, ou ayant des comportements humains.
Le texte narratif forme la trame essentielle des récits (conte, roman, nouvelle, récit de presse) mais ceux-ci contiennent de nombreux passages organisés selon d’autres types.
Pour aller plus loin
Hans BAUMANN, Jambes-Rouges, l’apprenti pirate, Flammarion, Castor Poche.
HERGÉ, Le secret de la Licorne, le trésor de Rackham le Rouge, Casterman.
Alfred HITCHCOCK, Le drakkar hagard, Le flibustier piraté, Hachette, Livre de poche jeunesse.
Juan MUNOZ MARTIN, Crochepattes le pirate, Hachette, Livre de poche jeunesse.
II. Examiner (2e partie du dossier)
Distinguer les textes à visée informative : le texte descriptif, le texte explicatif. (4 pages)
La description (2 pages)
Le texte que vous allez lire est extrait d’un roman (texte narratif)
Le narrateur accompagne son ami William Legrand et son serviteur Jupiter dans une île déserte au large de la Caroline du Sud. Á l’aide de savants calculs et d’un mystérieux scarabée d’or, ils trouvent l’emplacement d’un fabuleux trésor, autrefois caché par un pirate.
Le trésor du pirate
Nous étions absolument brisés ; mais la profonde excitation actuelle nous refusa le repos. Après un sommeil inquiet de trois ou quatre heures, nous nous levâmes, comme si nous nous étions concertés pour procéder à l’examen de notre trésor.
Le coffre avait été rempli jusqu’aux bords, et nous passâmes toute la journée et la plus grande partie de la nuit suivante à inventorier son contenu. On n’y avait mis aucune espèce d’ordre ni d’arrangement ; tout y avait été empilé pêle-mêle. Quand nous eûmes fait soigneusement un classement général, nous nous trouvâmes en possession d’une fortune qui dépassait tout ce que nous avions supposé. Il y avait en espèces plus de 450 000 dollars, — en estimant la valeur des pièces aussi rigoureusement que possible d’après les tables de l’époque. Dans tout cela pas une parcelle d’argent. Tout était en or de vieille date et d’une grande variété : monnaies française, espagnole et allemande, quelques guinées anglaises et quelques jetons dont nous n’avions jamais vu aucun modèle. Il y avait plusieurs pièces de monnaie très grandes et très lourdes, mais si usées qu’il nous fut impossible de déchiffrer les inscriptions. Aucune monnaie américaine. Quant à l’estimation des bijoux, ce fut une affaire un peu plus difficile. Nous trouvâmes des diamants, dont quelques-uns très beaux et d’une grosseur singulière, — en tout cent dix, dont pas un n’était petit ; dix-huit rubis d’un éclat remarquable ; trois cent dix émeraudes, toutes très belles ; vingt et un saphirs et une opale. Toutes ces pierres avaient été arrachées de leurs montures et jetées pêle-mêle dans le coffre. Quant aux montures elles-mêmes, dont nous fîmes une catégorie distincte de l’autre or, elles paraissaient avoir été broyées à coups de marteau, comme pour rendre toute reconnaissance impossible. Outre tout cela, il y avait une énorme quantité d’ornements en or massif ; — près de deux cents bagues ou boucles d’oreilles massives ; de belles chaînes, au nombre de trente, si j’ai bonne mémoire ; quatre-vingt-trois crucifix très grands et très lourds ; cinq encensoirs d’or d’un grand prix ; un gigantesque bol à punch en or, orné de feuilles de vigne et de figures de bacchantes largement ciselées ; deux poignées d’épée merveilleusement travaillées, et une foule d’autres articles plus petits et dont j’ai perdu le souvenir.
Edgar
Poe, Le Scarabée
d’or, traduction de
Ch. Baudelaire © éd. Gallimard, coll. Folio Junior.
Edgar Allan Poe (1809 - 1849) est un écrivain américain. Il
est surtout célèbre par ses Contes
(1840), récits
d’épouvante que Baudelaire, leur traducteur, préféra
nommer Histoires
extraordinaires. Ces histoires,
souvent pleines d’humour noir, sont presque toujours
dominées par une logique du cauchemar ; certaines,
construites à partir de subtils raisonnements, consacrent
la naissance du roman policier : le Double
Assassinat dans la rue Morgue, le
Mystère de
Marie Roget.
Observons
Sans relire le texte, dites si les affirmations suivantes
sont vraies ou fausses :
1. L’inventaire du contenu du trésor dure une demi-journée.
2. Le trésor vaut 450 000 dollars de l’époque du récit
(XIXe siècle).
3. L’ensemble du trésor est constitué d’or et de pierres
précieuses.
4. La majorité des monnaies est d’origine américaine.
5. Toutes les pierres précieuses sont enchâssées dans des
montures anciennes, finement travaillées.
6. Certains objets d’or massif ont une origine religieuse.
Réfléchissons
1. Dans l’ensemble du texte, quelle expression permet
d’introduire la description du trésor ?
2. Quelles phrases n’appartiennent pas à la description
proprement dite ? Á quel type de texte
appartiennent-elles ?
3. Peut-on résumer le second paragraphe du texte ?
Pourquoi ?
4. Faites à votre tour l’inventaire du trésor :
recopiez le schéma suivant dans votre classeur en
complétant exclusivement les pointillés.
(…)
Étude
publiée dans Textes et
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édition
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