Diables et diableries


L’origine du diable se rattache à celle des magies et des mythes les plus anciens, bien que nous l’évoquions le plus souvent sous son aspect chrétien.

Le nom de Satan dérive d’un verbe hébreu qui signifie à la fois accuser, calomnier. Satan n’est que mensonge. Dans la Genèse, c’est lui qui, sous la forme d’un serpent, amène Adam et Ève à désobéir. Aussi arrogant que méchant, il a choisi le mal et il devient l’adversaire de l’homme qu’il provoque par la tentation.

L’existence du diable n’est qu’une hypothèse gratuite, « une invention maligne des hommes pour justifier leurs turpitudes » (M. Gorki). Son existence est inconciliable avec les lois de toutes les sciences. Mais il est devenu une idée commode pour expliquer l’existence du mal.

Dans ce dossier, vous allez étudier des textes tirés de la tradition biblique, du folklore, de la littérature, des extraits de journaux, qui vous présenteront le diable et toutes ses métamorphoses, terribles ou amusantes, graves ou ironiques. Vous rencontrerez quelques-unes de ses innombrables représentations artistiques.

Il est nécessaire de suivre le diable à la trace, à travers des textes célèbres, si nous voulons comprendre comment, à travers les siècles, le personnage du diable a évolué au point de symboliser le mal et la laideur, d’inspirer la crainte et de provoquer des supplices, avant de faire rire et d’appartenir au folklore.



Sommaire du dossier de 97 pages (avec les corrigés):


1. Le diable et la tradition

Écrits intertestamentaires, Le Testament de Job, XIX-XXIII, Ed.Gallimard.

Henri Pourrat, La Queue du diable, Contes, éd. Gallimard Folio.

Edgar Poe, «Le Diable dans le beffroi»
Nouvelles histoires extraordinaires, trad. Charles Baudelaire (1854).



2. Visages du diable

Jacques Cazotte,
Le Diable amoureux (1772)

Edgar Poe, «Le Chat noir» Nouvelles histoires extraordinaires, trad. de Charles Baudelaire, 1853.

Jean Carrière, «Satan existe, je l’ai rencontré»
Panorama hors série N°12, 1991.

Charles Trenet,
la Java du Diable.



3. Diableries d'aujourd'hui

Mikhaïl Boulgakov,
Le Maître et Marguerite, Laffont, 1968

Bernard Alexandre, «Le Malfait» ,
Le Horsain, 1988, Plon, coll Terre humaine.

Liliane Sichler, «30 000 sorciers en France aujourd’hui»,
L'Événement du jeudi N° 359, 19/25 septembre 1991.


• Vocabulaire

• Expression écrite

• Bibliographie

• Dossier
:

- les noms du diable

- les objets diaboliques

- bestiaire diabolique

• Musiques sorcières

• Filmographie

• Peinture

• Propositions de recherches personnelles



Début du dossier :


1. Le diable et la tradition
Le diable de la tradition biblique est le tentateur, celui qui incite les hommes à faire le mal. Dans les cathédrales, il apparaît difforme, inquiétant, cruel, morbide. Chair bouffie, membres interminables, bouche ouverte sur des dents ou des crocs menaçants, ailes membraneuses : le diable provoque l’épouvante.

Parfois, la tentation a été grande de conclure un pacte avec lui afin d’acquérir un pouvoir pour nuire à autrui. Mais ceux qui étaient accusés d’avoir signé un tel pacte finissaient dans les flammes d’un bûcher.

Cependant, pour mieux tromper les hommes, le diable a pris au fil du temps de nombreuses apparences, en particulier celle d’un monsieur distingué, élégant, à peine trahi par son pied fourchu, mais semant toujours le désordre et la division. L’ensemble des livres qui constituent la Bible ont été reconnus inspirés de Dieu par certaines religions. Les listes se sont constituées peu à peu, parfois avec des hésitations pour certains textes. Ceux qui ont été rejetés sont appelés maintenant « écrits intertestamentaires ».

Le Testament de Job, écrit en grec, propose une interprétation du Livre de Job (environ 450 av. JC), qui fait partie de l’Ancien Testament. Écrit probablement en Égypte, à la fin du premier siècle de notre ère, il n’a pas été retenu pour faire partie de la Bible officielle. Il n’a pas été écrit par Job, qui n’est pas un personnage historique. C’est cependant un véritable « testament » : Job, sur son lit de mort, rassemble ses enfants pour leur communiquer ses dernières volontés et pour procéder au partage de ses biens. Il leur raconte sa vie.


Écrits intertestamentaires

Job, homme pieux et juste, vit heureux et riche. Pour éprouver sa foi, Satan obtient de Dieu de l’éprouver : Job perd ainsi tous ses biens, ses dix enfants meurent, et tout son corps se couvre d’ulcères. Il se réfugie sur un fumier. Malgré les lamentations de sa femme et de ses amis, Job subit ses tourments sans perdre la foi. Dieu lui rend tout ce qu’il a perdu et le comble de bienfaits.

Misère de Job

Quand vint le dernier messager1 et qu’il m’apprit la perte de mes enfants, je fus troublé d’un grand trouble, je déchirai mes vêtements2 et je dis à celui qui apportait ce message : « Comment donc t’es-tu sauvé ? » Quand j’eus appris ce qui était arrivé, je m’écriai : « Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris, comme il a plu au Seigneur, ainsi en a-t-il été, le nom du Seigneur soit béni 3 !»
Lorsque tous mes biens eurent été détruits, Satan comprit que rien ne pouvait m’amener à être négligent4 et il s’en alla demander mon corps au Seigneur pour pouvoir me porter un coup. Le Seigneur me livra alors entre ses mains, pour qu’il puissse user de mon corps selon son bon plaisir, mais sur mon âme il ne lui donna pas pouvoir. Il s’approcha de moi, alors que j’étais assis sur mon trône5 et que je pleurais la perte de mes enfants. Semblable à un ouragan, il renversa mon trône et il me fit rester trois heures sous mon trône sans pouvoir en sortir. Il me frappa d’une plaie cruelle des pieds à la tête. Tout troublé et inquiet, je sortis de la ville. Assis sur le fumier6, j'avais le corps mangé par les vers et j’arrosai la terre de ma sueur ; la sanie7 coulait de mon corps et les vers y grouillaient. Si un ver sautait, je le prenais et le remettais où il était en disant : « Reste à la place où tu as été mis, jusqu’à ce que tu aies reçu un ordre de Celui qui te commande.»
Je passai quarante-huit ans sur le fumier, en dehors de la ville, couvert de plaies, et je vis, mes enfants, de mes yeux, ma première femme porter de l’eau chez quelque notable, telle une servante, jusqu’à ce qu’elle reçoive du pain et me l’apporte. Pénétré de douleur, je disais : « Quelle est l’insolence des chefs de cette ville ! Est-il possible qu’ils utilisent mon épouse comme une esclave ! » Et, après cela, je reprenais ma patiente réflexion.
Après onze années, ils la privèrent même de pain, pour qu’elle ne puisse plus m’en apporter, prescrivant de lui donner tout au plus sa propre nourriture. Elle la prenait et, la partageant entre elle et moi, disait avec douleur : « Malheur à moi, il n’aura bientôt plus de pain pour se nourrir. » Elle n’hésitait pas à aller au marché mendier du pain aux vendeurs de pain, pour qu’elle puisse m’en apporter à manger.
Lorsque Satan apprit cela, il se déguisa en marchand. Il arriva que, par hasard, ma femme alla vers lui pour demander du pain, dans la pensée que c’était un homme. Satan lui dit : « Paie le prix et prends ce que tu veux. » Elle lui répondit : « D’où aurais-je l’argent ? Ignores-tu les malheurs qui nous sont arrivés ? Si tu as pitié, montre-le, sinon tu verras ! » Il lui répondit : « Si vous n’aviez pas mérité ces malheurs, vous ne les auriez pas reçus8. Maintenant donc, si tu ne possèdes pas d’argent, donne-moi en gage la chevelure de ta tête9 et prends trois pains, peut-être pourrez-vous vivre trois jours. » Alors elle se dit en elle-même : « Qu’est-ce pour moi la chevelure de ma tête, à côté de mon mari qui a faim ? » Ayant ainsi fait peu de cas de sa chevelure, elle lui dit : « Lève-toi, prends-la. » Alors, saisissant des ciseaux, il lui coupa la chevelure de sa tête et lui donna trois pains à la vue de tous. Elle les prit et me les apporta. Satan l’accompagnait en chemin, marchant de manière à ne pas être vu, et trompait son cœur.10

Écrits intertestamentaires, «Le Testament de Job», XIX-XXIII, Ed. Gallimard.



Notes :
1. Le dernier messager : trois autres messagers étaient venus appendre à Job la perte de ses bœufs, de ses brebis, de ses chameaux.
2. Je déchirai mes vêtements : en signe d’extrême douleur et de deuil.
3. Le nom du Seigneur soit béni ! : Job se soumet à la volonté divine.
4. Négligent : à oublier sa foi.
5. Trône : Job est roi. Il règne « sur toute l’Égypte».
6. Fumier : tas de cendres, d’ordures et de poussière qui se trouvait dans l’Antiquité à l’entrée des bourgades de Palestine.
7. Sanie : mélange de pus et de sang.
8. Reçus : Satan exprime une croyance populaire répandue à l’époque : s’ils sont malheureux, c’est qu’ils sont méchants ou qu’ils ont péché.
9. La chevelure de ta tête : la chevelure tondue est un signe de honte et d’humiliation.
10. Trompait son cœur : la femme joue le rôle de tentatrice, comme dans le mythe d’Adam et Ève.


Ne perdons pas le fil !

Dites si les affirmations suivantes sont vraies ou fausses :
1. Job, sur son lit de mort, s’adresse à ses enfants qui lui ont été rendus.
2. Le premier des malheurs qui atteint Job est la mort de ses enfants.
3. Dieu permet à Satan de faire souffrir Job dans son corps et dans son âme.
4. Job est révolté par les vers qui envahissent les plaies de son corps.
5. Les notables de la ville humilient la femme de Job et la traitent en esclave.
6. Satan a pitié de la femme de Job et l’aide gratuitement.
7. La femme de Job pense que son mari est coupable de quelque crime et que Dieu l’a puni.
8. Satan incite la femme de Job à se révolter et à maudire Dieu.


Composition et style

1. Après l’annonce de la mort de ses enfants, comment s’exprime la douleur de Job ?
2. Job interprète-t-il la mort de ses enfants comme une punition de sa conduite ? Justifiez votre réponse.
3. Quelles humiliations successives Job subit-il de la part de Satan ? Comment réagit-il à chaque fois ?
4. Donnez un exemple de la méchanceté et de la violence de Satan.
5. Comment se manifeste l’amour de la femme de Job pour son époux ?
6. Sous l’influence de la tragédie grecque, ce texte a été représenté : repérez les passages de monologue, de dialogue. Lesquels dominent dans le passage ?
7. Qui parle à qui ? Quel est le sens des paroles ?


L’intérêt du texte

La confiance du juste
1. Pourquoi le diable veut-il pousser Job à la révolte ?
2. Dans ce texte, Satan vous paraît-il l’égal de Dieu, ou soumis à Dieu ? Justifiez votre réponse.
3. Pour quelle raison Satan intervient-il directement — sous la forme d’un marchand — dans l’épisode ?
4. Quel moyen Satan utilise-t-il pour tenter la femme de Job ?
5. Quel est le rôle exact de la femme dans l’histoire ?
6. Lesquelles de ces pensées l’histoire de Job vous paraît-elle illustrer :
- Les bons sont récompensés et les méchants sont punis.
- La souffrance rend meilleur.
- Dans les pires souffrances, le juste ne perd pas confiance en Dieu.
- Dieu peut se tromper.


Du texte à la langue

Le texte contient l’expression troublée d’un grand trouble. Voici des synonymes du verbe troubler. Classez-les par ordre d’intensité croissante et choississez ensuite ceux qui vous paraissent adaptés au texte :

affliger — affoler — alarmer — bouleverser — brouiller — déconcerter — déranger — désarçonner.- désorienter — écarter — embarrasser — embrouiller — émouvoir — empoisonner — gêner — incommoder — inquiéter — perturber — toucher.

Bibliothèque

Charles  Dickens, Contes de Noël, Lattès (Bibliothèque Lattès).
Alexandre Dumas, Le meneur de loups, Corps 9.
Erkmann-Chatrian, Contes fantastiques complets, Néo (Néo-Plus).
Prosper Mérimée, Le joueur de flûte de Hameln, in Chronique du règne de Charles IX.
George Sand, La Mare au diable.
Livre d’art sur les diables de la cathédrale d’Autun :
Denis Grivot, Le diable dans la cathédrale, M. Producteur, 10 passage Daisy, Paris 17e

Henri Pourrat
La Queue du diable

Né en 1887 à Ambert, en Auvergne, Henri Pourrat s’est fixé dans son pays natal pour raisons de santé. Il se met au service du folklore de sa région et publie des essais, des biographies, un grand roman, Gaspard des Montagnes (de 1922 à 1931), et un millier de contes publiés en treize volumes dans le Trésor des contes, de 1948 à 1962. Il meurt en 1959.

Vendu au diable !

Or, arriva une chose qui donna bien à parler, dans le pays. Ce fut que Picqualuge devint riche. Un homme qui a du pain dans la huche1, des bêtes à l’étable. Seulement, auparavant, on le voyait rire comme un pauvre ; et désormais on avait à regarder de bien près pour voir quoi ? un sourire serré qui donnait plutôt froid. L’homme ne riait plus jamais, tout en ayant toujours un air de rire.
Plus les années passaient plus il s’assombrissait. On le rencontrait dans les chemins, le dos rond, les mains derrière les reins. Il disait bonjour d’un coup de tête ; mais il ne savait plus s’arrêter pour donner le mot d’amitié qu’on doit aux gens.
Il semblait porter le diable en terre. Si bien que le fils, qui était devenu un grand garçon, lui dit cela un beau soir.
Il frémit de toute sa peau, regarda le fils, puis regarda ses pieds, sourit amèrement ; puis se détourna, s’en alla seul user le temps au fin fond de ces bois.
D’autres soirs le garçon l’entreprit sur cette humeur sombre, mais il ne sut rien en tirer.
Et un jour on trouva le père sur le bord de l’étang, et froid comme un glaçon, la face toute bleue. Parce qu’il y avait un étang qui luisait noir dans le bas-fond. (…)

Étude publiée dans Lire à loisir Nathan 4e, 1992.
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