La guerre de 14-18 dans le roman


Otto Dix, Triptychon « Der Krieg » (Triptyque « La Guerre»), 1929-32, tempera sur bois, panneau central 204 x 204 cm, panneaux latéraux 204 x 102 cm chacun, Gemäldegalerie Neue Meister, Dresde.







Idées directrices du dossier


- les écrivains combattants, quand ils ont écrit presque immédiatement, ont préféré le témoignage (cf Barbusse)
;
- certains écrivains n’ont pu s’exprimer que par la fiction, a posteriori (Giono)
;


- il est fascinant de constater que les écrivains combattants, après la guerre, ont adopté des prises de position politiques différentes, voire extrêmes
: le communisme pour Barbusse, le pacifisme pour Giono et Remarque, le fascisme pour Céline;

- la permanence de la guerre de 14-18 chez les écrivains contemporains, dans la BD (Tardi), avec une vision forcément différente des écrivains combattants (réhabilitation des « fusillés pour l’exemple », chez Amila)
;

- la réception des œuvres est abordée (pourquoi Barbusse a-t-il eu le prix Goncourt, et non Genevoix
?; pourquoi les Nazis ont-ils brûlé le roman de Remarque et le film qui en fut adapté? etc.)

Ces pistes de réflexion structurent le dossier et sont largement développées dans les corrigés.



Sommaire du dossier


1. Les récits de témoignage

Henri Barbusse, Le Feu, Journal d’une escouade, 1916.
Erich-Maria Remarque,
A l’ouest rien de nouveau, 1929.

2. La transposition romanesque du vécu

Jean Giono,
Le Grand Troupeau, 1931.
Ernest Hemingway,
L’Adieu aux armes, 1929.
Louis-Ferdinand Céline,
Voyage au bout de la nuit, 1932.

3. Les romans de la mémoire

Jean Amila,
Le Boucher des Hurlus, 1982.
Jean Rouaud,
Les Champs d’honneur, 1990.


Suggestions d’illustrations

Peintres
:

Otto Dix (toiles et lithographies à l’
Historial de la Grande Guerre de Péronne)
André Mare
Il y eut beaucoup de peintres combattants, mais on parle du « silence des peintres »
: peu d’entre eux ont transcrit l’horreur vécue.

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Texte 1

1. Les récits de témoignage


Henri Barbusse (1873-1935), engagé volontaire à 41 ans, révèle le premier l’enfer des tranchées.
Le Feu, Journal d’une escouade, écrit à l’hôpital de Chartres en 1916, retrace ce que l’auteur a vécu en 1915 en Artois et en Champagne. L’ouvrage reçoit le prix Goncourt en 1917 et demeure aujourd’hui un des plus forts tirages de la littérature française contemporaine.

Les souffles de la mort…

L’escouade à laquelle appartient Barbusse connaît la vie quotidienne dans la boue, les rats, les poux, puis l’horreur des bombardements d’artillerie, des attaques à la baïonnette dans la présence obsédante de la mort. Au chapitre XX, c’est l’assaut; il faut essuyer un violent tir de barrage d’artillerie avant de parvenir à la tranchée ennemie.


[…]

Henri Barbusse, Le Feu, journal d’une escouade, 1916, Flammarion, 1917.

Observation


1. Quels renseignements déduisez-vous du titre et du sous-titre de l’œuvre
?
2. À partir des informations contenues dans cette double page, précisez
: qui raconte (narrateur)? qui perçoit la scène (point de vue)? qui vit les faits (acteur)?


L’intérêt du texte

4. Observez l’emploi des pronoms
nous, on, vous: qui désignent-ils? Quel effet produit l’emploi de vous?
5. Repérez les passage d’emploi de
je dans le texte: dans quel cas JE désigne-t-il celui qui vit les faits? dans quel cas JE désigne-t-il celui qui les raconte? À qui tous ces pronoms personnels font-ils référence?
6. Comparez l’emploi des temps verbaux du présent et du passé. Que constatez-vous
? Commentez l’effet produit.
7. Identifiez la place, le volume, l’origine, le contenu des paroles citées directement. Qu’en concluez-vous
?


La place du texte dans le dossier

8. Relevez les champs lexicaux des quatre éléments (terre, feu, eau, air). Quelles images s’associent-elles
? Quelle impression se dégage de ces images?
9. Relevez les notations de bruits
; analysez leur origine, leur intensité.
10. L’ennemi apparaît-il dans le passage
?
11. Les soldats sont-ils conscients de ce qu’ils font
? Qu’est-ce qui les pousse en avant?
12. Quelle image choc surgit au moment de l’écriture
? Que symbolise-t-elle?


Expression écrite

D’après les informations recueillies dans cette double page et vos impressions personnelles sur l’extrait, écrivez, pour
Le Feu, une quatrième de couverture destinée à une collection pour jeunes.

Résumé — synthèse

Le récit à la première personne
Le récit à la première personne est garant de la vérité historique et psychologique des faits. Le narrateur témoin, acteur des événements, choisit le rôle de porte-parole de ses camarades. Il écrit au présent d’actualité, dans le souci de saisir la réalité sur le vif, et ne raconte que les faits vécus dans le cadre de son expérience personnelle, sans les situer dans leur ensemble stratégique.

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Texte 2


Erich-Maria Remarque (1898-1970), né à Osnabrück dans un milieu modeste, est mobilisé et envoyé au front en 1916. Blessé cinq fois, il ne quitte l’hôpital que peu avant l’armistice qui prévient un nouvel envoi au front. Son ouvrage, A l’Ouest rien de nouveau, connaît un succès mondial. La première projection du film adapté du roman en 1930 est interrompue par des groupes nazis et le livre est brûlé dans l’autodafé de 1933. En 1932, l’auteur s’exile en Suisse. Il obtient la nationalité américaine en 1947. Il meurt en Suisse en 1970 après avoir écrit une dizaine d’autres livres.


Comme des moutons…

Le livre de Remarque, profondément pacifiste, a voulu décrire l’expérience de quelques jeunes soldats étudiants et analyser l’effet de la guerre sur des êtres jeunes. Il contient tout le désespoir et l’exaspération d’un homme qui n’a pas été écouté pendant dix ans et qui a écrit son témoignage en six semaines. L’action se déroule sur le front français. Le narrateur est au front depuis deux ans avec un groupe de condisciples du même lycée, de la même ville, qui se connaissent tous depuis l’enfance. Au fil du récit, le groupe s’anéantit et disparaît à l’hôpital ou sur le champ de bataille.

[…]

Erich-Maria REMARQUE, À l’Ouest rien de nouveau, 1929 (Stock, le Livre de Poche).


Observation

1. Calculez l’âge de l’auteur en mars 1918. Quel peut être l’âge des recrues dont il est question ici
?
2.
Question sur l’illustration


L’intérêt du texte

3. Quelle est la visée dominante du passage
: — raconter — décrire — expliquer? Justifiez votre réponse.
4. Deux groupes apparaissent ici
: lesquels? Comment sont-ils désignés au fil du texte? Les personnages sont-ils individualisés?
5. Quels sentiments le narrateur éprouve-t-il face à l’inexpérience des nouveaux
? Comment les expliquez-vous?
6. Qualifiez le ton de l’extrait en choisissant parmi les adjectifs suivants. Justifiez votre choix
:
— direct — emphatique — naïf — faussement indifférent — accusateur — agacé — solennel — grandiose — ému.


La place du texte dans le dossier

7. À quels animaux les recrues sont-elles successivement comparées? Pourquoi?
8. Comment la jeunesse des recrues est-elle soulignée
? Citez un passage pathétique. Quel impact celui-ci a-t-il sur le lecteur?
9. Quelles causes objectives sont successivement données au massacre des recrues
? Énumérez-les.
10. Implicitement, d’après le narrateur, qui sont les vrais responsables de ce massacre
:
— les ennemis français — les recrues elles-mêmes, bêtes et inexpérimentées — la hiérarchie militaire qui les a envoyées au front sans les former — la guerre en elle-même, boucherie absurde
?


Expression écrite

Rédigez une notice pour expliquer le titre du livre et la manière dont vous le percevez, sachant que l’avant-dernière phrase annonce ainsi la mort du narrateur
:
Il tomba en octobre mil neuf cent dix-huit, par une journée qui fut si tranquille sur tout le front que le communiqué se borna à signaler qu’à l’ouest il n’y avait rien de nouveau.


Résumé- synthèse: le témoignage

Le narrateur a été témoin et acteur des faits. Il s’interdit d’inventer par respect pour la mémoire de ses compagnons.
La littérature de témoignage rapporte des faits évidents, véridiques, ce qui dispense le narrateur de tout commentaire et de toute conclusion. Le but de ces œuvres lucides et de bonne foi est de rapporter la vérité pour éveiller les consciences.

[…]

Étude publiée dans le manuel Textes et méthodes 3e Nathan édition 1999.


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