La guerre de 14-18 dans le roman

Idées directrices du dossier
- les écrivains combattants, quand ils ont écrit presque immédiatement, ont préféré le témoignage (cf Barbusse) ;
- certains écrivains n’ont pu s’exprimer que par la fiction, a posteriori (Giono) ;
- il est fascinant de constater que les écrivains combattants, après la guerre, ont adopté des prises de position politiques différentes, voire extrêmes : le communisme pour Barbusse, le pacifisme pour Giono et Remarque, le fascisme pour Céline ;
- la permanence de la guerre de 14-18 chez les écrivains contemporains, dans la BD (Tardi), avec une vision forcément différente des écrivains combattants (réhabilitation des « fusillés pour l’exemple », chez Amila) ;
- la réception des œuvres est abordée (pourquoi Barbusse a-t-il eu le prix Goncourt, et non Genevoix ? ; pourquoi les Nazis ont-ils brûlé le roman de Remarque et le film qui en fut adapté ? etc.)
Ces pistes de réflexion structurent le dossier et sont largement développées dans les corrigés.
Sommaire du dossier
1. Les récits de témoignage
Henri Barbusse, Le Feu, Journal d’une escouade, 1916.
Erich-Maria Remarque, A l’ouest rien de nouveau, 1929.
2. La transposition romanesque du vécu
Jean Giono, Le Grand Troupeau, 1931.
Ernest Hemingway, L’Adieu aux armes, 1929.
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932.
3. Les romans de la mémoire
Jean Amila, Le Boucher des Hurlus, 1982.
Jean Rouaud, Les Champs d’honneur, 1990.
Suggestions d’illustrations
Peintres :
Otto Dix (toiles et lithographies à l’Historial de la Grande Guerre de Péronne)
André Mare
Il y eut beaucoup de peintres combattants, mais on parle du « silence des peintres » : peu d’entre eux ont transcrit l’horreur vécue.
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Texte 1
1. Les récits de témoignage
Henri Barbusse (1873-1935), engagé volontaire à 41 ans,
révèle le premier l’enfer des tranchées.
Le
Feu, Journal d’une escouade, écrit à
l’hôpital de Chartres en 1916, retrace ce que l’auteur a
vécu en 1915 en Artois et en Champagne. L’ouvrage reçoit le
prix Goncourt en 1917 et demeure aujourd’hui un des plus
forts tirages de la littérature française contemporaine.
Les souffles
de la mort…
L’escouade à
laquelle appartient Barbusse connaît la vie quotidienne
dans la boue, les rats, les poux, puis l’horreur des
bombardements d’artillerie, des attaques à la baïonnette
dans la présence obsédante de la mort. Au chapitre XX,
c’est l’assaut ;
il faut essuyer un violent tir de barrage d’artillerie
avant de parvenir à la tranchée ennemie.
[…]
Henri
Barbusse, Le Feu,
journal d’une escouade, 1916,
Flammarion, 1917.
Observation
1. Quels renseignements déduisez-vous du titre et du
sous-titre de l’œuvre ?
2. À partir des informations contenues dans cette double
page, précisez :
qui raconte (narrateur) ?
qui perçoit la scène (point de vue) ?
qui vit les faits (acteur) ?
L’intérêt
du texte
4. Observez l’emploi des pronoms nous, on,
vous :
qui désignent-ils ?
Quel effet produit l’emploi de vous ?
5. Repérez les passage d’emploi de je
dans
le texte :
dans quel cas JE désigne-t-il celui qui vit les
faits ?
dans quel cas JE désigne-t-il celui qui les
raconte ?
À qui tous ces pronoms personnels font-ils
référence ?
6. Comparez l’emploi des temps verbaux du présent et du
passé. Que constatez-vous ?
Commentez l’effet produit.
7. Identifiez la place, le volume, l’origine, le contenu
des paroles citées directement. Qu’en
concluez-vous ?
La
place du texte dans le dossier
8. Relevez les champs lexicaux des quatre éléments (terre,
feu, eau, air). Quelles images
s’associent-elles ?
Quelle impression se dégage de ces
images ?
9. Relevez les notations de bruits ;
analysez leur origine, leur intensité.
10. L’ennemi apparaît-il dans le passage ?
11. Les soldats sont-ils conscients de ce qu’ils
font ?
Qu’est-ce qui les pousse en avant ?
12. Quelle image choc surgit au moment de
l’écriture ?
Que symbolise-t-elle ?
Expression
écrite
D’après les informations recueillies dans cette double page
et vos impressions personnelles sur l’extrait, écrivez,
pour Le
Feu, une quatrième
de couverture destinée à une collection pour jeunes.
Résumé
— synthèse
Le récit à la première personne
Le récit à la première personne est garant de la vérité
historique et psychologique des faits. Le narrateur témoin,
acteur des événements, choisit le rôle de porte-parole de
ses camarades. Il écrit au présent d’actualité, dans le
souci de saisir la réalité sur le vif, et ne raconte que
les faits vécus dans le cadre de son expérience
personnelle, sans les situer dans leur ensemble
stratégique.
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Texte
2
Erich-Maria
Remarque (1898-1970), né à Osnabrück dans un milieu
modeste, est mobilisé et envoyé au front en 1916. Blessé
cinq fois, il ne quitte l’hôpital que peu avant l’armistice
qui prévient un nouvel envoi au front. Son ouvrage,
A l’Ouest
rien de nouveau, connaît un
succès mondial. La première projection du film adapté du
roman en 1930 est interrompue par des groupes nazis et le
livre est brûlé dans l’autodafé de 1933. En 1932, l’auteur
s’exile en Suisse. Il obtient la nationalité américaine en
1947. Il meurt en Suisse en 1970 après avoir écrit une
dizaine d’autres livres.
Comme
des moutons…
Le livre de
Remarque, profondément pacifiste, a voulu décrire
l’expérience de quelques jeunes soldats étudiants et
analyser l’effet de la guerre sur des êtres jeunes. Il
contient tout le désespoir et l’exaspération d’un homme qui
n’a pas été écouté pendant dix ans et qui a écrit son
témoignage en six semaines. L’action se déroule sur le
front français. Le narrateur est au front depuis deux ans
avec un groupe de condisciples du même lycée, de la même
ville, qui se connaissent tous depuis l’enfance. Au fil du
récit, le groupe s’anéantit et disparaît à l’hôpital ou sur
le champ de bataille.
[…]
Erich-Maria
REMARQUE, À l’Ouest
rien de nouveau, 1929 (Stock,
le Livre de Poche).
Observation
1. Calculez l’âge de l’auteur en mars 1918. Quel peut
être l’âge des recrues dont il est question
ici ?
2. Question sur
l’illustration
L’intérêt
du texte
3. Quelle est la visée dominante du
passage :
— raconter — décrire — expliquer ?
Justifiez votre réponse.
4. Deux groupes apparaissent ici :
lesquels ?
Comment sont-ils désignés au fil du
texte ?
Les personnages sont-ils individualisés ?
5. Quels sentiments le narrateur éprouve-t-il face à
l’inexpérience des nouveaux ?
Comment les expliquez-vous ?
6. Qualifiez le ton de l’extrait en choisissant parmi les
adjectifs suivants. Justifiez votre
choix :
— direct — emphatique — naïf — faussement indifférent —
accusateur — agacé — solennel — grandiose — ému.
La
place du texte dans le dossier
7. À quels
animaux les recrues sont-elles successivement
comparées ?
Pourquoi ?
8. Comment la jeunesse des recrues est-elle
soulignée ?
Citez un passage pathétique. Quel impact celui-ci a-t-il
sur le lecteur ?
9. Quelles causes objectives sont successivement données au
massacre des recrues ?
Énumérez-les.
10. Implicitement, d’après le narrateur, qui sont les vrais
responsables de ce massacre :
— les ennemis français — les recrues elles-mêmes, bêtes et
inexpérimentées — la hiérarchie militaire qui les a
envoyées au front sans les former — la guerre en elle-même,
boucherie absurde ?
Expression
écrite
Rédigez une notice pour expliquer le titre du livre et la
manière dont vous le percevez, sachant que l’avant-dernière
phrase annonce ainsi la mort du
narrateur :
Il tomba en
octobre mil neuf cent dix-huit, par une journée qui fut si
tranquille sur tout le front que le communiqué se borna à
signaler qu’à l’ouest il n’y avait rien de nouveau.
Résumé-
synthèse :
le témoignage
Le
narrateur a été témoin et acteur des faits. Il s’interdit
d’inventer par respect pour la mémoire de ses compagnons.
La littérature de témoignage rapporte des faits évidents,
véridiques, ce qui dispense le narrateur de tout
commentaire et de toute conclusion. Le but de ces œuvres
lucides et de bonne foi est de rapporter la vérité pour
éveiller les consciences.
[…]
Étude publiée
dans le manuel
Textes et méthodes 3e
Nathan édition
1999.
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électronique complet en pdf + corrigé (50
pages) :
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