La métamorphose
Sommaire du
dossier
1. Les caractéristiques de la métamorphose
Qui ?
Le métamorphosant :
LA
BIBLE :
les plaies d’Égypte
(métamorphose
signe de puissance :
l’arme absolue Lutte de
pouvoir, affirmation de la toute-puissance de Dieu)
Qui ?
Le métamorphosé :
OVIDE :
Métamorphoses. Daphné
(métamorphose
mythe étiologique. Fréquente :
demandée, pas effrayante. Ni
transgression, ni incohérence :
domaine du merveilleux.)
En quoi ?
Le résultat :
APULÉE :
L’Âne d’or ou les métamorphoses
(métamorphose
spirituelle :
accession à un autre monde ;
initiation. Châtiment,
dégradation)
Comment ?
Le processus :
L.
CARROLL :
Alice au
pays des merveilles
angoisse de
l’instabilité. Passage de l’enfant au corps adulte.
2. La portée morale, philosophique,
symbolique :
Pourquoi ?
- métamorphose
sans transcendance ;
critique sociale :
KAFKA :
La
Métamorphose
- le
fantastique :
double et animalité, transgression :
STEVENSON :
L’Étrange
cas du Dr Jekyll et de M. Hyde
- métamorphose
contagieuse :
le totalitarisme IONESCO :
Rhinocéros
-
synthèse :
croyance et foi BORGES :
La Rose de
Paracelse (texte intégral
inclus dans le dossier)
Documents :
L’étude historique :
HISTOIRE DE LA
VIE PRIVÉE :
Métamorphoses
du corps dimension
historique et sociologique
L’image :
La
B.D. :
BILAL :
La Foire aux
immortels. (apparition des
dieux égyptiens dans un récit de S.F.)
La
peinture :
P. DELVAUX :
Femmes-Arbres
(1937)
Nombreux compléments culturels :
Notice sur Arcimboldo, Mélusine, les ballets
modernes, Le Retour de
Martin Guerre, Histoire de la vie privée
(métamorphoses
de corps), Dictionnaire
des symboles Chevallier
Ghreebrandt, Narcisse et Echo, Baudelaire, Les
Mille et Une
nuits, etc.
Mode
d'emploi général de l'appareil pédagogique :
Les deux premières rubriques : Ne perdons pas le fil
! et,
dans une moindre mesure Compréhension du
texte ou Compréhension et
style sont plus directement réservées
à la préparation à faire à domicile avant l'explication en
classe.
En revanche, la rubrique L'intérêt du
texte construit pas à pas, d'un texte
à l'autre, un savoir cohérent à envisager par rapport à
l'ensemble du dossier : elle est à réserver à l'étude
en classe. Il sera parfois possible d'utiliser certaines
questions en «post-bilan », comme contrôle, si une
préparation préliminaire n'a pas été donnée : tout est
fonction du niveau de la classe.
Enfin, nous avons voulu l'appareil pédagogique suffisamment
riche pour que le professeur soit maître du choix des
questions à aborder ou non dans la classe, et il pourra
pratiquer la pédagogie différenciée en ne donnant pas les
mêmes questions à préparer à tous les élèves :
certains pourront aller plus loin et leur apport enrichira
l'échange mené pendant le cours.
Métamorphoses
Croire aux
changements de forme que peuvent subir certains êtres face
à un sorcier, une fée, un dieu, est attesté de tout temps
et de tous pays. Parfois la métamorphose est l’apanage
souverain des dieux, parfois elle est simple jeu de
l’imaginaire, commun aux enfants et aux poètes. Toujours,
elle comble notre goût secret pour le merveilleux.
Nos
sociétés modernes ne font plus place à ces croyances que
dans certaines superstitions populaires, ou dans les contes
de fées où les citrouilles se transforment en carrosses.
Les métamorphoses ne font plus partie des châtiments ou des
récompenses divins. Pour les
Anciens, cette forme de miracle était
fréquente :
mode d’intervention de Dieu pour sauver son peuple, dans la
Bible, ou pour expliquer l’origine d’une montagne, d’une
plante, d’un animal, comme dans la mythologie grecque, la
métamorphose implique une relation directe entre les dieux
et les hommes. Pour étudier la
métamorphose, nous en verrons d’abord les
caractéristiques :
le métamorphoseur (qui ?),
le métamorphosé (qui ?),
le résultat (en quoi ?),
la procédure (comment ?)
Dans
un second temps, nous en aborderons la portée morale et
symbolique (pourquoi ?)
Qui ?
Le métamorphoseur. La métamorphose
est au cœur de tous les mythes et de toutes les grandes
religions, où elle constitue un des principaux moyens de
communication entre les dieux, les humains et l’univers. On
la trouve également dans la Bible, à l’origine de la
création du monde et de l’homme à partir d’un peu
d’argile.
Dans
L’Exode,
épopée d’un peuple en marche, Dieu intervient directement
dans la lutte que mène Moïse pour faire sortir d’Égypte la
communauté des Hébreux, réduite en esclavage par Pharaon,
vers le XIIIe siècle avant notre ère.
L’Exode,
vers le Ve s. av. J.C.
Les plaies
d’Égypte 1
Yahvé
2
dit
à Moïse 3
et à
Aaron 4 :
« Si Pharaon 5
vous
dit d’accomplir un prodige, tu diras à
Aaron :
Prends ton bâton, jette-le devant Pharaon, et qu’il se
change en serpent. » Moïse et Aaron
allèrent trouver Pharaon et firent comme l’avait ordonné
Yavhé. Aaron jeta son bâton devant Pharaon et ses
serviteurs, et il se changea en serpent. Pharaon à son tour
convoqua les sages et les enchanteurs, et, avec leurs
sortilèges, les magiciens d’Égypte en firent autant. Ils
jetèrent chacun son bâton, qui se changea en serpent, mais
le bâton d’Aaron engloutit leurs bâtons. Cependant le cœur
de Pharaon s’endurcit et il ne les écouta pas, comme
l’avait prédit Yahvé.
L’eau changée en sang Yahvé dit à
Moïse :
« Le cœur de Pharaon s’est appesanti et il a refusé de
laisser partir le peuple. Va, demain matin, trouver
Pharaon, à l’heure où il se rend au bord de l’eau et
tiens-toi à l’attendre sur la rive du Fleuve. Tu prendras
en main le bâton qui s’est changé en serpent. Tu lui
diras :
Yahvé, le Dieu des Hébreux, m’a envoyé vers toi pour te
dire :
«
Laisse partir mon peuple6,
qu'il me serve dans le désert7.»
Jusqu'à présent
tu n’as pas écouté. Ainsi parle Yahvé :
En ceci tu sauras que je suis Yahvé. Du bâton que j’ai en
main, je vais frapper les eaux du Fleuve et elles se
changeront en sang. Les poissons du Fleuve crèveront, le
Fleuve s’empuantira, et les Égyptiens ne pourront plus
boire l’eau du Fleuve. » Yahvé dit à
Moïse :
« Dis à Aaron :
Prends ton bâton et étends la main sur les eaux d’Égypte —
sur ses fleuves et sur ses canaux, sur ses marais et sur
tous ses réservoirs d’eau — et elles se changeront en sang,
et tout le pays d’Égypte sera plein de sang, même les
arbres et les pierres. » Moïse et Aaron firent comme
le Seigneur l’avait ordonné. Il leva son bâton et il frappa
les eaux qui sont dans le Fleuve aux yeux de Pharaon et de
ses serviteurs, et toutes les eaux qui sont dans le Fleuve
se changèrent en sang. Les poissons du Fleuve crevèrent et
le Fleuve s’empuantit ;
et les Egyptiens8
ne
purent plus boire l’eau du Fleuve ;
il y eut du sang dans tout le pays d’Égypte. Mais les
magiciens d’Égypte avec leurs sortilèges en firent
autant ;
le cœur de Pharaon s’endurcit et il ne les écouta pas,
comme l’avait prédit Yahvé. Pharaon s’en retourna et rentra
dans sa maison sans même prêter attention à cela. Tous les
Égyptiens firent des sondages aux abords du Fleuve en quête
d’eau potable, car ils ne pouvaient boire l’eau du Fleuve.
Sept jours s’écoulèrent après que Yahvé
eut frappé le Fleuve.
Les grenouilles Yahvé dit à
Moïse :
« Va trouver Pharaon et dis-lui :
Ainsi parle Yahvé :
Laisse partir mon peuple, qu’il me serve. » Si tu
refuses, toi, de le laisser partir, moi je vais infester de
grenouilles tout ton territoire. Le Fleuve grouillera de
grenouilles, elles monteront et entreront dans ta maison,
dans la chambre où tu couches, sur ton lit, dans les
maisons de tes serviteurs et ton peuple, dans tes fours,
dans tes huches. Les grenouilles grimperont même sur toi,
sur ton peuple et sur tous tes serviteurs. »
Yahvé dit à
Moïse :
« Dis à Aaron :
Étends ta main avec ton bâton sur les fleuves, les canaux
et les marais et fais monter les grenouilles sur la terre
d’Égypte. » Aaron étendit la main sur les eaux
d’Égypte, les grenouilles montèrent et recouvrirent la
terre d’Égypte. Mais les
magiciens avec leurs sortilèges en firent autant, et firent
monter les grenouilles sur la terre d’Égypte.
Pharaon appela
Moïse et Aaron et dit :
« Priez Yahvé de détourner les grenouilles de moi et
de mon peuple, et je m’engage à laisser partir le peuple
pour qu’il sacrifie à Yahvé. »
Moïse dit à Pharaon :
« A toi l’avantage !
Pour quand dois-je prier pour toi, pour tes serviteurs et
pour ton peuple, afin que les grenouilles soient supprimées
de chez toi et de vos maisons, pour ne rester que dans le
Fleuve ? »
Il dit :
« Pour demain. » Moïse reprit :
«Il
en sera selon ta parole afin que tu saches qu’il n’y a
personne comme Yahvé notre Dieu. Les grenouilles
s’éloigneront de toi, de tes maisons, de tes serviteurs, de
ton peuple, et il n’en restera plus que dans le
Fleuve. » Moïse et Aaron sortirent de chez Pharaon.
Moïse cria vers Yahvé au sujet des grenouilles qu’il avait
infligées à Pharaon. Yahvé fit ce que demandait Moïse, et
les grenouilles crevèrent dans les maisons, dans les cours
et dans les champs. On les amassa en tas et le pays en fut
empuanti. Pharaon vit qu’il y avait un
répit ;
il appesantit son cœur et il ne les écouta pas, comme
l’avait prédit Yahvé.
La Bible, L’Exode 9,
VII ;
8 — VIII ;
11. Traduction de l’École biblique de Jérusalem,
Ed.
Desclée de Brouwer, 1981.
NOTES 1.
Les Plaies :
littéralement, coup, blessure, ce qui frappe. Le mot est
traduit également par miracle ou signe, c’est-à-dire acte
de puissance par lequel Dieu se manifeste.
2.
Yahvé :
est une forme archaïque du verbe être.
Dieu se désigne ainsi :
« Je suis celui qui est ». En Israël, ce nom restera
celui de Dieu, sans être jamais prononcé.
3.
Moïse :
libérateur et législateur d’Israël. la Bible le présente
comme le chef qui a donné aux Hébreux leur patrie, leur
religion et leur loi. Né en Égypte, il fut le chef de la
résistance à l’oppression. 4.
Aaron :
frère aîné de Moïse et premier grand prêtre
d’Israël. 5.
Pharaon :
Selon l’opinion courante, le Pharaon persécuteur des
Hébreux serait Ramsès II (1290-1224 av. JC). L’exode des
Hébreux aurait eu lieu soit dans la seconde moitié de son
règne, soit sous son successeur Minneptah
(1224-1204). 6.
Mon peuple :
l’épisode marque l’intervention directe de Dieu en faveur
d’un groupe d’hommes afin de les libérer et de les
constituer en nation. 7.
Dans le désert :
Le désert du Sinaï, où recevra, en signe d’alliance de
Yahvé et de son peuple, les tables de la Loi.
8.
Les Égyptiens :
les Hébreux sont épargnés par les dix fléaux.
9.
L’Exode :
exodos,
en
grec, signifie la sortie. C’est le deuxième livre du
Pentateuque,
le livre de l’Évasion. Sous la conduite de Moïse, les
Hébreux s’enfuient d’Égypte et trouvent leur identité de
peuple de Dieu :
c’est le livre de la libération et de l’alliance.
Ne perdons pas le fil !
1.
Ce texte est-il un récit de fiction ou un récit de faits
réels ?
Justifiez votre réponse. 2. Parmi les
personnages cités, lesquels sont des personnages
historiques ?
Compréhension du texte
La mise en garde 1. En quoi
consiste la double mission de Moïse :
vis-à-vis de Pharaon ?
vis-à-vis des Hébreux ?
2.
Quel est le but de la première
métamorphose ?
Réussit-elle ?
3.
Quel est le rôle des magiciens d’Égypte ?
Comment interpréter leur succès ?
4.
En quoi consiste la supériorité d’Aaron dans
l’épisode ?
La première plaie d’Égypte
1. Quelles sont
les forces en présence au début de
l’épisode ?
2.
Pourquoi Dieu fait-il annoncer l’imminence du châtiment par
Moïse ?
3.
Quelle explication naturelle pourrait-on donner à la
métamorphose de l’eau du Nil ?
4.
Quels faits empêchent de donner cette explication naturelle
au phénomène ?
5.
Comment se marque l’ampleur croissante du
fléau ?
6.
Quelle est la durée de la première plaie
d’Égypte ?
La deuxième plaie d’Égypte 1. Le
déroulement de l’épisode est-il exactement semblable au
précédent ?
Justifiez votre réponse. 2. Quel lien
peut-on établir entre les deux fléaux ?
3.
Quelle progression peut-on établir entre
eux ?
4.
De quelle durée est le deuxième fléau ?
Pour quelle raison ?
5.
Dressez le caractère de Pharaon d’après le passage.
6.
Comment se marque l’évolution de Pharaon d’un cataclysme à
l’autre ?
7.
Pour quelle raison s’obstine-t-il
finalement ?
Composition et langage 1. Relevez les
deux passages où la narration est antérieure aux
événements. Quel temps verbal y est
employé ?
2.
Dans la phrase :
« Laisse partir mon peuple, qu’il me serve dans le
désert. », identifiez le temps et le mode des deux
verbes conjugués. 3. « Prends
ton bâton, jette-le devant Pharaon, et qu’il se change en
serpent. » Récrivez la phrase en supprimant
l’ambiguïté. 4. Écrivez au
discours indirect toutes les paroles que le Seigneur
ordonne à Moïse ou à Aaron de prononcer.
5.
Relevez des exemples de généralisation et d’amplification
dans les deux épisodes.
L’intérêt du texte :
le métamorphoseur 1. Comment Moïse
et Aaron se répartissent-ils les rôles dans la lutte contre
Pharaon ?
2.
De quelle manière les métamorphoses apparaissent-elles et
disparaissent-elles ?
3.
Par quels moyens s’effectuent les
métamorphoses ?
4.
Quelle est la place de chaque métamorphose dans les
épisodes :
situation initiale — élément déclenchant — action — élément
de résolution — conclusion ?
5.
Comment se marque le caractère exceptionnel, dramatique et
surnaturel de chaque métamorphose ?
6.
Comment s’enchaînent-elles et
s’aggravent-elles ?
7.
Quel sens politique et religieux peut-on donner à ces
miracles ?
8.
Qu’est-ce qui différencie le dieu des Hébreux des magiciens
égyptiens ?
9.
Selon vous, quelle explication peut-on donner aux
métamorphoses dans ce texte :
récompense —
châtiment — stratégie ?
Du texte à la langue 1. Cherchez le
sens des expressions courantes de notre langue, tirées de
la Bible. Vous préciserez si elles ont pour origine
l’Ancien ou le Nouveau Testament :
adorer le
veau d’or — un baiser de Judas — une période de vaches
maigres — être changé en statue de sel — manger des raisins
verts — un ouvrier de la onzième heure — être laid comme
les sept péchés capitaux — être pauvre comme Job — passer
par la porte étroite — le retour de l’enfant prodigue —
séparer le bon grain de l’ivraie — tendre la joue gauche —
la tour de Babel — trouver son chemin de Damas — tuer le
veau gras — l’union de l’aveugle et du paralytique — vieux
comme Mathusalem.
2. Précisez le
sens et l’usage des termes spécifiques suivants, dérivés du
terme générique bâton.
Utilisez-en
trois dans des phrases de votre
invention :
houlette —
canne — bourdon — crosse — knout — stick — baguette —
caducée — sceptre.
Imaginer et écrire Écrivez un
texte, dont vous choisirez le type (narratif, informatif,
injonctif…), et qui contiendra obligatoirement les verbes
des deux séries suivantes, à votre choix :
amoindrir —
diminuer — minimiser — réduire — restreindre.
ou :
accroître — agrandir — augmenter — élargir.
Recherches1. Quelles sont
les huit autres plaies dont l’Égypte a été
victime ?
Quelle est celle qui a fait céder
Pharaon ?
Pourquoi ?
2.
Comment s’appelle la fête qui commémore la sortie
d’Égypte ?
Cherchez quels en sont les rites. 3. Faites, par
équipes, des recherches sur le symbolisme du serpent — des
grenouilles — du sang.
Bibliothèque A. de
Vigny, Poèmes
antiques et modernes, Moïse. T.
Gautier, Le Roman de
la Momie :
quelques épisodes évoquent les événements de
l’Exode.
Musique A.
Schönberg, Moïse et
Aaron, opéra,
1957.
Cinéma Cecil B. De
Mille, Les Dix
commandements, USA
1956.
Arts plastiquesMichel-Ange,
Moïse, Eglise San Pietro in Vincoli, Rome.
Document
La mytholoie grecque et la Bible
Le christianisme
des premiers siècles est accusé d’avoir banni la mythologie
comme engeance superstitieuse, scandaleuse et païenne. Mais
certains théologiens, à la suite de saint
Paul, ont une autre attitude.
- Ils
établissent des parallèles à partir du Déluge (Deucalion et
Noé), de guérisons (Asklépios — Jésus), d’apparitions
(Orphée — Jésus), de délivrances (Héraclès et saint
Georges
terrassant le dragon), de symboles (la vigne). Ils
affirment que ces récits, partiels et entachés d’erreurs,
annoncent cependant le message chrétien qui couronne ainsi
la sagesse païenne ;
ainsi « l’Ulysse chrétien » vu par Clément
d’Alexandrie :
pour déjouer le charme des sirènes (le Diable), Ulysse (qui
annonce ainsi le Christ) s’attache au mât (la croix),
tandis que ses compagnons (ses disciples) ont les oreilles
bouchées par de la cire (ils restent sourds aux
tentations) ;
échappant aux sirènes (arrachant l’humanité à la mort), il
affronte mille dangers (tel Jésus sur terre) sur son bateau
(l’Église) avant de rejoindre Ithaque (la patrie céleste).
- Ils affirment
dans le même temps l’antériorité de l’Ancien Testament sur
Homère, ce qui permet de rejeter l’accusation d’être une
« secte nouvelle et sans culture » et d’accuser
les païens de plagiat.
Textes et documents pour la classe, N°480,
CNDP
CORRIGÉ
Métamorphoses
I. Objectifs pédagogiques généraux - pour compléter
les groupements thématiques des précédents manuels
(Le Loup, Ogres,
Géants et monstres, Le Diable),
offrir un groupement de textes qui soit
à la fois thématique et problématique ;
-
permettre l’étude d’un thème très vaste, qui parcourt le
temps, de l’Antiquité à nos jours, tous les espaces, et qui
permet l’approche de textes très divers ;
-
offrir aux adolescents un thème qui donne des images de
certains de leurs problèmes existentiels ;
-
apprendre à reconnaître les différents facteurs de la
métamorphose :
le
métamorphosant/le métamorphosé/les procédures/le résultat,
ainsi que l’évolution du mythe à travers les
siècles ;
-
s’ouvrir à de nombreux arts :
peinture, danse, musique, cinéma ;
-
susciter la recherche d’autres textes, de poèmes, images,
films, et le désir de créativité.
II Les savoirs savants :
Bibliographie Belzane
G. La
métamorphose, Ed. Quintette,
1990. Borrut M.
Métamorphoses,
CNDP, 1989. Brunel P.
Le mythe de
la métamorphose, Armand Colin,
1974. Coll.
Revue Corps
Écrit N°26, juin 1988,
Presses de l’Université de Toulouse-Le Mirail.
Éliade M.
Histoire des
croyances et des idées religieuses, Payot,
1976. Fick-Michel
N. Art et
mystique dans les Métamorphoses
d’Apulée,
Belles-Lettres.
Gérard
A.M. Dictionnaire
de la Bible, Laffont, coll.
Bouquins, 1991. Girard R.
La violence
et le sacré, Grasset,
1972. Giraud Y.
La fable de
Daphné, Droz,
1968. Martin R.
Dictionnaire
culturel de la mythologie
gréco-romaine, Nathan,
1992. Vernant
J.P. Mythes et
pensée chez les Grecs, Maspéro,
1965. Veyne P.
Les Grecs
ont-ils cru à leurs mythes ?
Seuil,
1983. Viarre S.
L’image et
la pensée dans les Métamorphoses
d’Ovide,
PUF, 1964.
Introduction L’attrait exercé
par la métamorphose sur l’imagination enfantine explique le
succès persistant des bons vieux livres de contes
d’Andersen, Grimm, Perrault…, même
si, faute de latin, on ne lit plus guère Apulée et
Ovide. Mais la
fascination survit à l’imaginaire enfantin, car la
métamorphose est l’imagination même, le pouvoir merveilleux
de transfigurer le monde. Elle est le tissu des
fables et des mythes, l’élément de la fantaisie, le pays
des songes, seul digne d’être habité. Mais il n’est
pas nécessaire de s’enfoncer dans le sommeil pour subir la
séduction de la métamorphose. Si les nuits plus belles que
les jours préparent les lendemains gris
et cruels, l’Art, au contraire, qui vit de métamorphoses,
l’Art que Malraux appelait « la métamorphose des
dieux, offre des plaisirs sans déboires, une seconde
création plus belle que la première. Ceci vaut surtout pour
la peinture, mais il en est de même des beaux-arts
fugitifs, tels la danse, le théâtre, particulièrement voué
à la métamorphose ;
jeu de l’artifice, plaisir du déguisement, du
travestissement profondément lié à l’enfance, et surtout la
musique qui « s’épuise tout entière dans le changement
et les variations sonores que ponctuent les thèmes et les
reprises afin de mieux souligner l’incessante
modification. » La littérature a
compris tout le parti à tirer de la métamorphose, qui se
rattache aux racines mêmes de l’imaginaire. Les écrivains
ont retenu soit la lente et inéluctable métamorphose,
oeuvre du temps, et dont l’agent est la mémoire inexorable
et silencieuse, soit la brutale métamorphose de Circé, qui
relève du miracle. La hantise
animale, avec sa signification morale qui remonte à Platon,
n’est jamais complètement exorcisée. Les grognements des
compagnons d’Ulysse
rappellent combien les enchantements peuvent être
maléfiques. La bête n’est jamais loin, miroir grossier et
violent de l’homme. 1
Xavier
Tilliette, « Le philosophe et la métamorphose »,
Revue Corps
Écrit N°26.
A
l’opposé s’offre le conte cruel de Kafka intitulé
précisément La
Métamorphose, et qui n’en
est pas vraiment une. « L’aventure de Grégoire Samsa,
un beau matin transformé en cancrelat géant, traduit à la
fois l’obsession du monde animal — en particulier du monde
des insectes qui nous ignore — et la navrante déchéance
d’une conscience jetée au rebut, à la détresse et à
l’écrasement, l’incommunicabilité absolue. C’est une satire
amère en plus d’une allégorie autobiographique, plus
impressionnante finalement que l’anonyme fatalité du
Procès
et
du Château.
On trouverait dans certaines histoires tout aussi cruelles
de Dino Buzzati des situations analogues, la nudité et
l’objectivité du style faisant d’autant mieux ressortir
l’insolite, l’unheimlich de la condition humaine. […] A la
même veine se rattachent les étranges Contes
Gothiques de Karen
Blixen. » 1
Métamorphose
intérieure :
bien des poètes ont éprouvé que « Je est un
autre ». Aux jeux troublants du miroir et du double,
jusqu’à quel point peut-on devenir
physiquement et moralement, l’autre de soi-même, autre que
soi-même ?
Le Portrait
de Dorian Gray ou
Docteur
Jekyll et Mister Hyde dessinent de
curieuses mutations
Le mythe de la métamorphose La métamorphose
rythme l’alternance des saisons, le cycle de la vie animale
et végétale, l’évolution de l’individu et de
l’espèce :
nous en sommes témoins si
couramment qu’il nous arrive de n’y plus prêter
attention. Depuis les temps
les plus reculés, les mythologies, les contes nous ont
rendu familiers des métamorphoses
fabuleuses :
hommes ou dieux brusquement changés en
animaux ou végétaux, minéraux, fleuves, montagnes… Dans les
périodes plus récentes, ce sont les récits fantastiques qui
recèlent d’étranges transformations. Le mythe de la
métamorphose est au cœur des cosmogonies sacrées qui
fondent les civilisations. Elle est omniprésente dans les
religions polythéistes,
car elle constitue une des principales formes de
communication entre les hommes et les dieux. On la trouve
également à plusieurs reprises dans la Bible, que ce soit
l’Ancien ou le Nouveau Testament, et la création de l’homme
et de la femme eux-mêmes n’est rien moins que le produit
d’une métamorphose. La métamorphose
n’a cependant pas disparu avec les cosmogonies
anciennes :
elle s’est perpétuée à la fois comme thème et comme forme
privilégiée de l’expression artistique, en peinture,
musique, danse, mime, ou sous des formes à la fois plus
familières ou éphémères :
jeux d’eaux, feux d’artifice, maquillages…
Nous
avons réuni ici un corpus de textes à la fois thématique et
problématique qui se propose d’une part d’étudier les
différents facteurs et agents de la
métamorphose, et d’autre part d’en examiner les raisons et
les causes, en réfléchissant à ses principales évolutions à
travers les siècles.
Typologie des métamorphosesLes formes du
mythe et les textes sont si nombreux et si variés qu’il
n’est pas si facile d’en établir une typologie. Nous allons
pourtant tenter d’en dégager certains invariants.
Le métamorphoseur Il s’agit en
principe d’un être surnaturel et
supérieur :
dieu, diable, fée, enchanteur, magicien, sorcière, génie….
Il est doté de pouvoirs surnaturels divers, parmi
lesquels celui de métamorphoser et de se
métamorphoser. G.
Belzane1
note
que dans les métamorphoses modernes (Nerval, Hugo,
Maupassant, Lautréamont, Kafka, Michaux, Ionesco…), le
métamorphoseur tend à s’effacer et à disparaître
complètement, et il y voit le signe du passage du
merveilleux au fantastique. Si la métamorphose a bien eu
lieu — ce qui n’est pas toujours absolument certain — on ne
sait pas au juste qui l’a mise en oeuvre. Comme la
métamorphose n’est quasiment jamais volontaire, du moins
pas clairement, on ne peut, dans ces cas modernes, la
confondre avec celles des récits mythologiques et
merveilleux.
Le métamorphosé Tout est
susceptible d’être métamorphosé :
dieux, humains, animaux, végétaux, minéraux, métaux dans la
procédure alchimique, éléments, donc le monde en
général. Mais le principal objet de la métamorphose est
l’homme, et ce « privilège » ne cesse de
s’affirmer au cours des siècles. Comme l’histoire
du mythe affirme nettement l’effacement de la puissance
métamorphosante comme être surnaturel, il se dessine une
tendance à l’auto-métamorphose,
plus psychologique, ou psychotique, que réelle. Le mythe
s’intériorise progressivement.
Le résultat Les combinaisons
sont nombreuses :
on peut passer d’un état à l’autre, d’une espèce à l’autre,
dans tous les sens possibles, mais il également possible de
créer une espèce nouvelle, un état nouveau intermédiaire,
un état monstrueux :
loup-garou,
horla, cancrelat géant de Kafka, formes indécises et
terrifiantes de Lovecraft, d’autant plus vagues que c’est
le métamorphosé lui-même qui raconte une expérience
incompréhensible, de manière confuse et parcellaire.
La procédureIl existe toutes
sortes de méthodes possibles de
métamorphoses :
les paroles, qu’elles soient volontaires ou non — de
l’abracadabra
des
sorcières au lapsus -, les
gestes, aidés ou non de baguettes magiques, le regard qui
pétrifie, la drogue, la simple volonté, ou encore plus
abstraitement, la pensée, le rêve, l’imagination, la
folie… Il est possible
d’observer que la durée que prend la métamorphose peut être
extrêmement variable :
le plus souvent, elle est instantanée, mais elle peut être
également très lente. Dans l’étude
d’une oeuvre intégrale, il est capital également de bien
observer la
place de la métamorphose dans le récit :
-
dans les mythes, elle apparaît généralement à la fin, comme
une conclusion heureuse ou malheureuse, mais définitive,
irréversible ;
-
dans les contes, sa place est plus hésitante. La
métamorphose y est généralement négative, mais comme le
conte se doit d’avoir une fin heureuse, et
donc
que le sort injuste soit réparé, au terme de péripéties qui
doivent retenir l’attention du lecteur ou de l’auditeur,
une métamorphose inverse peut intervenir à la fin, pour
effacer les dégâts causés par la première. C’est le cas des
contes de tout le cycle du « Fiancé animal »,
dont la forme la plus connue est La Belle et
la Bête.
Dans
le cas du conte de Kafka, La
Métamorphose, la
transformation a eu lieu avant même le début de l’histoire.
Mais peut-être que celle-ci n’a jamais eu
lieu, et que le
récit nous rapporte la transformation de la famille
Samsa…
Les motivations et significations Ce vaste domaine
occupe la seconde partie du dossier présenté ici.
C’est une
question vaste et très complexe. Il importe de distinguer
la motivation de l’explication, à plus forte raison de
l’interprétation. Tant que la
métamorphose nous est présentée comme un acte réel,
volontaire et conscient, et d’origine divine, les
motivations sont généralement claires :
récompense, châtiment, ou stratégie pour échapper, par
exemple, à un danger, ou pour séduire. Mais lorsque la
métamorphose devient, comme dans la littérature
fantastique, une transformation mystérieuse, un étrange
phénomène psychique, une expérience
intérieure complexe, les textes nous contraignent à une
interprétation qui pourrait peut-être, rétrospectivement,
nous conduire à jeter un oeil nouveau sur les contes de
fées et les mythes des temps anciens.
Ambivalence de la métamorphose Prenant origine
dans les mythes, la métamorphose affirme à la fois des
désirs et des terreurs ancestrales. Elle recèle donc une
ambivalence essentielle. Le mythe de la
métamorphose a d’abord pour but d’expliquer le monde et de
lui donner un sens. Les mythes étiologiques sont très
abondants :
à l’origine d’une
mer, d’un fleuve, d’une montagne, d’un arbre, d’une plante,
d’une île, il y aurait la transformation d’un homme ou d’un
dieu. Ainsi, l’étrangeté de la création ne serait
qu’apparente. Ces explications rassurantes confèrent une
unité à un monde apparemment dangereux et
incompréhensible :
tous les passages sont possibles d’une espèce à l’autre,
d’un règne à l’autre, et l’univers est un grand Tout
cohérent. C’est le
monothéïsme judéo-chrétien qui s’efforcera de fragmenter,
d’établir d’infranchissables frontières, dont la
transgression prendra un aspect coupable et
terrifiant :
la métamorphose va devenir une manifestation démoniaque,
afin de mieux définir la spécificité de l’homme, créé à
l’image du dieu
créateur. La métamorphose
n’apporte pas seulement l’unité, elle apporte aussi, sous
certaines formes, l’éternité. Si la métempsycose est une
variété de la métamorphose,
celle-ci, dans les récits mythologiques, opère une
transformation définitive qui a souvent pour résultat
d’assurer l’éternité au métamorphosé. Celui qui, pour son
bonheur ou son malheur, en est le bénéficiaire, échappe à
la fragilité humaine :
Daphné devient un arbre à feuilles persistantes, les
statues de pierre ne connaîtront plus rien des vicissitudes
humaines. Changer d’état, se métamorphoser, c’est une
manière de triompher de la mort, d’arrêter le temps, c’est
le moyen de vivre plusieurs vies, d’incarner plusieurs
destins. Il existe
cependant une manière plus effrayante d’envisager la
métamorphose :
derrière le changement, se dessine la terrifiante image du
chaos. La métamorphose,
changement, passage, mouvement, est devenue un des grands
thèmes baroques :
monde aux contours incertains, instable, menaçant, en
perpétuelle mutation, dont on peut découvrir d’inquiétants
aspects. Car la
métamorphose, si elle permet parfois de s’élever jusqu’aux
dieux, peut également receler le danger de régresser vers
l’animalité. Dans le monde antique, la
métamorphose est généralement positive. Elle est l’apanage
des dieux qui l’exercent parfois d’une manière injuste,
cruelle, arbitraire, mais on admire autant qu’on redoute
ses fascinants prodiges. Dans le monde
chrétien, la métamorphose devient plutôt
négative :
elle est l’apanage de Satan et de ses suppôts. La
transformation en animal est perçue alors comme infamante
et criminelle, en même temps que le rappel incessant de la
bestialité qui sommeille en nous.
La métamorphose :
du mythe au fantasme Dans les textes
modernes, la métamorphose, plus qu’une réelle
transformation de l’être, pourrait se lire comme une
transformation du regard de l’autre. Avec le
fantastique romantique, la métamorphose passe du plan
social au plan moral et s’intériorise. Le regard sur soi en
fait une véritable expérience intérieure. Le thème du
double devient proche. Car se
métamorphoser, n’est-ce pas devenir de que l’on est, selon
le mot de Nietzsche ?
Libération ou aliénation, délire ou folie, révolte ou
pulsion, la métamorphose
moderne devient l’expression de Moi multiples et plus ou
moins refoulés :
Docteur
Jekyll et Mister Hyde en offre un
exemple hallucinant, et le thème de la métamorphose rejoint
alors celui du monstre :
monstre hors de moi et monstre en moi… La question de
l’identité est alors posée. Le mythe moderne implique la
permanence d’un doute sur le degré de changement de la
métamorphose, et peut-être sur sa réalité même. En ce cas,
il s’agirait moins d’une transformation que d’une
révélation, puisque l’on ne se métamorphose jamais qu’en
soi-même…
Mode d’emploi général de l’appareil
pédagogique :
Les deux
premières rubriques :
Ne perdons
pas le fil !
et,
dans une moindre mesure Compréhension
du texte ou
Compréhension
et style sont plus
directement réservées à la préparation à faire à domicile
avant l’explication en classe. En revanche, la
rubrique L’intérêt du
texte construit pas à
pas, d’un texte à l’autre, un savoir cohérent à envisager
par rapport à l’ensemble du dossier :
elle est à réserver à l’étude en classe. Il sera parfois
possible d’utiliser certaines questions en
« post-bilan », comme contrôle, si une
préparation préliminaire n’a pas été
donnée :
tout est fonction du niveau de la classe.
Enfin, nous
avons voulu l’appareil pédagogique suffisamment riche pour
que le professeur soit maître du choix des questions à
aborder ou non dans la classe, et il
pourra pratiquer la pédagogie différenciée en ne donnant
pas les mêmes questions à préparer à tous les
élèves :
certains pourront aller plus loin et leur apport enrichira
l’échange mené pendant le cours.
Texte complémentaire
Pour le professeur qui voudrait aborder le thème par un
conte facile :
Les
Mille et une nuits
Histoire du premier vieillard et de la
biche
Je vais donc,
reprit le vieillard, commencer mon récit ;
écoutez-moi, je vous prie, avec attention. Cette biche que
vous voyez est ma cousine et de plus ma femme. Elle
n’avait que douze ans quand je l’épousai ;
ainsi je puis dire qu’elle ne devait pas moins me regarder
comme son père que comme son parent et son
mari. Nous avons vécu
ensemble trente années sans avoir eu
d’enfants ;
mais sa stérilité ne m’a point empêché d’avoir pour elle
beaucoup de complaisance et d’amitié. Le
seul désir d’avoir des enfants me fit acheter une esclave,
dont j’eus un fils qui promettait infiniment. Ma femme en
conçut de la jalousie, prit en aversion la mère
et l’enfant, et cacha si bien ses sentiments que je ne les
connus que trop tard. Cependant mon
fils croissait, et il avait déjà dix ans, lorsque je fus
obligé de faire un voyage. Avant mon départ, je recommandai
à ma femme, dont je ne
[…]
Étude publiée
dans le manuel Lire à
loisir Nathan
3e. pour obtenir
le fichier électronique complet en pdf + corrigés (177
pages) :
Participation
de 5 euros aux frais d’hébergement du site
