La métamorphose

Sommaire du dossier 1. Les caractéristiques de la métamorphose Qui? Le métamorphosant:

LA BIBLE: les plaies d’Égypte
(métamorphose signe de puissance: l’arme absolue Lutte de pouvoir, affirmation de la toute-puissance de Dieu) Qui? Le métamorphosé:
OVIDE: Métamorphoses. Daphné
(métamorphose mythe étiologique. Fréquente: demandée, pas effrayante. Ni transgression, ni incohérence: domaine du merveilleux.) En quoi? Le résultat:
APULÉE: L’Âne d’or ou les métamorphoses
(métamorphose spirituelle: accession à un autre monde; initiation. Châtiment, dégradation) Comment? Le processus:
L. CARROLL: Alice au pays des merveilles
angoisse de l’instabilité. Passage de l’enfant au corps adulte. 2. La portée morale, philosophique, symbolique: Pourquoi?
- métamorphose sans transcendance; critique sociale: KAFKA: La Métamorphose
- le fantastique: double et animalité, transgression: STEVENSON: L’Étrange cas du Dr Jekyll et de M. Hyde
- métamorphose contagieuse: le totalitarisme IONESCO: Rhinocéros
- synthèse: croyance et foi BORGES: La Rose de Paracelse (texte intégral inclus dans le dossier) Documents:
L’étude historique
:
HISTOIRE DE LA VIE PRIVÉE: Métamorphoses du corps dimension historique et sociologique
L’image: La B.D.: BILAL: La Foire aux immortels. (apparition des dieux égyptiens dans un récit de S.F.)
La peinture: P. DELVAUX: Femmes-Arbres (1937) Nombreux compléments culturels :
Notice sur Arcimboldo, Mélusine, les ballets modernes,
Le Retour de Martin Guerre, Histoire de la vie privée (métamorphoses de corps), Dictionnaire des symboles Chevallier Ghreebrandt, Narcisse et Echo, Baudelaire, Les Mille et Une nuits, etc.


Mode d'emploi général de l'appareil pédagogique :

Les deux premières rubriques :
Ne perdons pas le fil ! et, dans une moindre mesure Compréhension du texte ou Compréhension et style sont plus directement réservées à la préparation à faire à domicile avant l'explication en classe.
En revanche, la rubrique
L'intérêt du texte construit pas à pas, d'un texte à l'autre, un savoir cohérent à envisager par rapport à l'ensemble du dossier : elle est à réserver à l'étude en classe. Il sera parfois possible d'utiliser certaines questions en «post-bilan », comme contrôle, si une préparation préliminaire n'a pas été donnée : tout est fonction du niveau de la classe.
Enfin, nous avons voulu l'appareil pédagogique suffisamment riche pour que le professeur soit maître du choix des questions à aborder ou non dans la classe, et il pourra pratiquer la pédagogie différenciée en ne donnant pas les mêmes questions à préparer à tous les élèves : certains pourront aller plus loin et leur apport enrichira l'échange mené pendant le cours.


Métamorphoses Croire aux changements de forme que peuvent subir certains êtres face à un sorcier, une fée, un dieu, est attesté de tout temps et de tous pays. Parfois la métamorphose est l’apanage souverain des dieux, parfois elle est simple jeu de l’imaginaire, commun aux enfants et aux poètes. Toujours, elle comble notre goût secret pour le merveilleux. Nos sociétés modernes ne font plus place à ces croyances que dans certaines superstitions populaires, ou dans les contes de fées où les citrouilles se transforment en carrosses. Les métamorphoses ne font plus partie des châtiments ou des récompenses divins. Pour les Anciens, cette forme de miracle était fréquente: mode d’intervention de Dieu pour sauver son peuple, dans la Bible, ou pour expliquer l’origine d’une montagne, d’une plante, d’un animal, comme dans la mythologie grecque, la métamorphose implique une relation directe entre les dieux et les hommes. Pour étudier la métamorphose, nous en verrons d’abord les caractéristiques: le métamorphoseur (qui?), le métamorphosé (qui?), le résultat (en quoi?), la procédure (comment?) Dans un second temps, nous en aborderons la portée morale et symbolique (pourquoi?) Qui? Le métamorphoseur. La métamorphose est au cœur de tous les mythes et de toutes les grandes religions, où elle constitue un des principaux moyens de communication entre les dieux, les humains et l’univers. On la trouve également dans la Bible, à l’origine de la création du monde et de l’homme à partir d’un peu d’argile.

Dans L’Exode, épopée d’un peuple en marche, Dieu intervient directement dans la lutte que mène Moïse pour faire sortir d’Égypte la communauté des Hébreux, réduite en esclavage par Pharaon, vers le XIIIe siècle avant notre ère. L’Exode, vers le Ve s. av. J.C.

Les plaies d’Égypte 1

Yahvé 2 dit à Moïse 3 et à Aaron 4: « Si Pharaon 5 vous dit d’accomplir un prodige, tu diras à Aaron: Prends ton bâton, jette-le devant Pharaon, et qu’il se change en serpent. » Moïse et Aaron allèrent trouver Pharaon et firent comme l’avait ordonné Yavhé. Aaron jeta son bâton devant Pharaon et ses serviteurs, et il se changea en serpent. Pharaon à son tour convoqua les sages et les enchanteurs, et, avec leurs sortilèges, les magiciens d’Égypte en firent autant. Ils jetèrent chacun son bâton, qui se changea en serpent, mais le bâton d’Aaron engloutit leurs bâtons. Cependant le cœur de Pharaon s’endurcit et il ne les écouta pas, comme l’avait prédit Yahvé. L’eau changée en sang Yahvé dit à Moïse: « Le cœur de Pharaon s’est appesanti et il a refusé de laisser partir le peuple. Va, demain matin, trouver Pharaon, à l’heure où il se rend au bord de l’eau et tiens-toi à l’attendre sur la rive du Fleuve. Tu prendras en main le bâton qui s’est changé en serpent. Tu lui diras: Yahvé, le Dieu des Hébreux, m’a envoyé vers toi pour te dire: « Laisse partir mon peuple6, qu'il me serve dans le désert7.» Jusqu'à présent tu n’as pas écouté. Ainsi parle Yahvé: En ceci tu sauras que je suis Yahvé. Du bâton que j’ai en main, je vais frapper les eaux du Fleuve et elles se changeront en sang. Les poissons du Fleuve crèveront, le Fleuve s’empuantira, et les Égyptiens ne pourront plus boire l’eau du Fleuve. » Yahvé dit à Moïse: « Dis à Aaron: Prends ton bâton et étends la main sur les eaux d’Égypte — sur ses fleuves et sur ses canaux, sur ses marais et sur tous ses réservoirs d’eau — et elles se changeront en sang, et tout le pays d’Égypte sera plein de sang, même les arbres et les pierres. » Moïse et Aaron firent comme le Seigneur l’avait ordonné. Il leva son bâton et il frappa les eaux qui sont dans le Fleuve aux yeux de Pharaon et de ses serviteurs, et toutes les eaux qui sont dans le Fleuve se changèrent en sang. Les poissons du Fleuve crevèrent et le Fleuve s’empuantit; et les Egyptiens8 ne purent plus boire l’eau du Fleuve; il y eut du sang dans tout le pays d’Égypte. Mais les magiciens d’Égypte avec leurs sortilèges en firent autant; le cœur de Pharaon s’endurcit et il ne les écouta pas, comme l’avait prédit Yahvé. Pharaon s’en retourna et rentra dans sa maison sans même prêter attention à cela. Tous les Égyptiens firent des sondages aux abords du Fleuve en quête d’eau potable, car ils ne pouvaient boire l’eau du Fleuve. Sept jours s’écoulèrent après que Yahvé eut frappé le Fleuve. Les grenouilles Yahvé dit à Moïse: « Va trouver Pharaon et dis-lui: Ainsi parle Yahvé: Laisse partir mon peuple, qu’il me serve. » Si tu refuses, toi, de le laisser partir, moi je vais infester de grenouilles tout ton territoire. Le Fleuve grouillera de grenouilles, elles monteront et entreront dans ta maison, dans la chambre où tu couches, sur ton lit, dans les maisons de tes serviteurs et ton peuple, dans tes fours, dans tes huches. Les grenouilles grimperont même sur toi, sur ton peuple et sur tous tes serviteurs. » Yahvé dit à Moïse: « Dis à Aaron: Étends ta main avec ton bâton sur les fleuves, les canaux et les marais et fais monter les grenouilles sur la terre d’Égypte. » Aaron étendit la main sur les eaux d’Égypte, les grenouilles montèrent et recouvrirent la terre d’Égypte. Mais les magiciens avec leurs sortilèges en firent autant, et firent monter les grenouilles sur la terre d’Égypte. Pharaon appela Moïse et Aaron et dit: « Priez Yahvé de détourner les grenouilles de moi et de mon peuple, et je m’engage à laisser partir le peuple pour qu’il sacrifie à Yahvé. » Moïse dit à Pharaon: « A toi l’avantage! Pour quand dois-je prier pour toi, pour tes serviteurs et pour ton peuple, afin que les grenouilles soient supprimées de chez toi et de vos maisons, pour ne rester que dans le Fleuve? » Il dit: « Pour demain. » Moïse reprit: «Il en sera selon ta parole afin que tu saches qu’il n’y a personne comme Yahvé notre Dieu. Les grenouilles s’éloigneront de toi, de tes maisons, de tes serviteurs, de ton peuple, et il n’en restera plus que dans le Fleuve. » Moïse et Aaron sortirent de chez Pharaon. Moïse cria vers Yahvé au sujet des grenouilles qu’il avait infligées à Pharaon. Yahvé fit ce que demandait Moïse, et les grenouilles crevèrent dans les maisons, dans les cours et dans les champs. On les amassa en tas et le pays en fut empuanti. Pharaon vit qu’il y avait un répit; il appesantit son cœur et il ne les écouta pas, comme l’avait prédit Yahvé.

La Bible, L’Exode 9, VII; 8 — VIII; 11. Traduction de l’École biblique de Jérusalem, Ed. Desclée de Brouwer, 1981.

NOTES 1. Les Plaies: littéralement, coup, blessure, ce qui frappe. Le mot est traduit également par miracle ou signe, c’est-à-dire acte de puissance par lequel Dieu se manifeste. 2. Yahvé: est une forme archaïque du verbe être. Dieu se désigne ainsi: « Je suis celui qui est ». En Israël, ce nom restera celui de Dieu, sans être jamais prononcé. 3. Moïse: libérateur et législateur d’Israël. la Bible le présente comme le chef qui a donné aux Hébreux leur patrie, leur religion et leur loi. Né en Égypte, il fut le chef de la résistance à l’oppression. 4. Aaron: frère aîné de Moïse et premier grand prêtre d’Israël. 5. Pharaon: Selon l’opinion courante, le Pharaon persécuteur des Hébreux serait Ramsès II (1290-1224 av. JC). L’exode des Hébreux aurait eu lieu soit dans la seconde moitié de son règne, soit sous son successeur Minneptah (1224-1204). 6. Mon peuple: l’épisode marque l’intervention directe de Dieu en faveur d’un groupe d’hommes afin de les libérer et de les constituer en nation. 7. Dans le désert: Le désert du Sinaï, où recevra, en signe d’alliance de Yahvé et de son peuple, les tables de la Loi. 8. Les Égyptiens: les Hébreux sont épargnés par les dix fléaux. 9. L’Exode: exodos, en grec, signifie la sortie. C’est le deuxième livre du Pentateuque, le livre de l’Évasion. Sous la conduite de Moïse, les Hébreux s’enfuient d’Égypte et trouvent leur identité de peuple de Dieu: c’est le livre de la libération et de l’alliance. Ne perdons pas le fil! 1. Ce texte est-il un récit de fiction ou un récit de faits réels? Justifiez votre réponse. 2. Parmi les personnages cités, lesquels sont des personnages historiques? Compréhension du texte La mise en garde 1. En quoi consiste la double mission de Moïse: vis-à-vis de Pharaon? vis-à-vis des Hébreux? 2. Quel est le but de la première métamorphose? Réussit-elle? 3. Quel est le rôle des magiciens d’Égypte? Comment interpréter leur succès? 4. En quoi consiste la supériorité d’Aaron dans l’épisode?
La première plaie d’Égypte
1. Quelles sont les forces en présence au début de l’épisode? 2. Pourquoi Dieu fait-il annoncer l’imminence du châtiment par Moïse? 3. Quelle explication naturelle pourrait-on donner à la métamorphose de l’eau du Nil? 4. Quels faits empêchent de donner cette explication naturelle au phénomène? 5. Comment se marque l’ampleur croissante du fléau? 6. Quelle est la durée de la première plaie d’Égypte? La deuxième plaie d’Égypte 1. Le déroulement de l’épisode est-il exactement semblable au précédent? Justifiez votre réponse. 2. Quel lien peut-on établir entre les deux fléaux? 3. Quelle progression peut-on établir entre eux? 4. De quelle durée est le deuxième fléau? Pour quelle raison? 5. Dressez le caractère de Pharaon d’après le passage. 6. Comment se marque l’évolution de Pharaon d’un cataclysme à l’autre? 7. Pour quelle raison s’obstine-t-il finalement? Composition et langage 1. Relevez les deux passages où la narration est antérieure aux événements. Quel temps verbal y est employé? 2. Dans la phrase: « Laisse partir mon peuple, qu’il me serve dans le désert. », identifiez le temps et le mode des deux verbes conjugués. 3. « Prends ton bâton, jette-le devant Pharaon, et qu’il se change en serpent. » Récrivez la phrase en supprimant l’ambiguïté. 4. Écrivez au discours indirect toutes les paroles que le Seigneur ordonne à Moïse ou à Aaron de prononcer. 5. Relevez des exemples de généralisation et d’amplification dans les deux épisodes. L’intérêt du texte: le métamorphoseur 1. Comment Moïse et Aaron se répartissent-ils les rôles dans la lutte contre Pharaon? 2. De quelle manière les métamorphoses apparaissent-elles et disparaissent-elles? 3. Par quels moyens s’effectuent les métamorphoses? 4. Quelle est la place de chaque métamorphose dans les épisodes: situation initiale — élément déclenchant — action — élément de résolution — conclusion? 5. Comment se marque le caractère exceptionnel, dramatique et surnaturel de chaque métamorphose? 6. Comment s’enchaînent-elles et s’aggravent-elles? 7. Quel sens politique et religieux peut-on donner à ces miracles? 8. Qu’est-ce qui différencie le dieu des Hébreux des magiciens égyptiens? 9. Selon vous, quelle explication peut-on donner aux métamorphoses dans ce texte: récompense — châtiment — stratégie? Du texte à la langue 1. Cherchez le sens des expressions courantes de notre langue, tirées de la Bible. Vous préciserez si elles ont pour origine l’Ancien ou le Nouveau Testament:
adorer le veau d’or — un baiser de Judas — une période de vaches maigres — être changé en statue de sel — manger des raisins verts — un ouvrier de la onzième heure — être laid comme les sept péchés capitaux — être pauvre comme Job — passer par la porte étroite — le retour de l’enfant prodigue — séparer le bon grain de l’ivraie — tendre la joue gauche — la tour de Babel — trouver son chemin de Damas — tuer le veau gras — l’union de l’aveugle et du paralytique — vieux comme Mathusalem.
2. Précisez le sens et l’usage des termes spécifiques suivants, dérivés du terme générique bâton. Utilisez-en trois dans des phrases de votre invention: houlette — canne — bourdon — crosse — knout — stick — baguette — caducée — sceptre. Imaginer et écrire Écrivez un texte, dont vous choisirez le type (narratif, informatif, injonctif…), et qui contiendra obligatoirement les verbes des deux séries suivantes, à votre choix: amoindrir — diminuer — minimiser — réduire — restreindre. ou: accroître — agrandir — augmenter — élargir. Recherches1. Quelles sont les huit autres plaies dont l’Égypte a été victime? Quelle est celle qui a fait céder Pharaon? Pourquoi? 2. Comment s’appelle la fête qui commémore la sortie d’Égypte? Cherchez quels en sont les rites. 3. Faites, par équipes, des recherches sur le symbolisme du serpent — des grenouilles — du sang. Bibliothèque A. de Vigny, Poèmes antiques et modernes, Moïse. T. Gautier, Le Roman de la Momie: quelques épisodes évoquent les événements de l’Exode. Musique A. Schönberg, Moïse et Aaron, opéra, 1957. Cinéma Cecil B. De Mille, Les Dix commandements, USA 1956. Arts plastiquesMichel-Ange, Moïse, Eglise San Pietro in Vincoli, Rome. Document

La mytholoie grecque et la Bible

Le christianisme des premiers siècles est accusé d’avoir banni la mythologie comme engeance superstitieuse, scandaleuse et païenne. Mais certains théologiens, à la suite de saint Paul, ont une autre attitude.
- Ils établissent des parallèles à partir du Déluge (Deucalion et Noé), de guérisons (Asklépios — Jésus), d’apparitions (Orphée — Jésus), de délivrances (Héraclès et saint Georges terrassant le dragon), de symboles (la vigne). Ils affirment que ces récits, partiels et entachés d’erreurs, annoncent cependant le message chrétien qui couronne ainsi la sagesse païenne; ainsi « l’Ulysse chrétien » vu par Clément d’Alexandrie: pour déjouer le charme des sirènes (le Diable), Ulysse (qui annonce ainsi le Christ) s’attache au mât (la croix), tandis que ses compagnons (ses disciples) ont les oreilles bouchées par de la cire (ils restent sourds aux tentations); échappant aux sirènes (arrachant l’humanité à la mort), il affronte mille dangers (tel Jésus sur terre) sur son bateau (l’Église) avant de rejoindre Ithaque (la patrie céleste).
- Ils affirment dans le même temps l’antériorité de l’Ancien Testament sur Homère, ce qui permet de rejeter l’accusation d’être une « secte nouvelle et sans culture » et d’accuser les païens de plagiat.

Textes et documents pour la classe, N°480, CNDP


CORRIGÉ Métamorphoses

I. Objectifs pédagogiques généraux - pour compléter les groupements thématiques des précédents manuels (Le Loup, Ogres, Géants et monstres, Le Diable), offrir un groupement de textes qui soit à la fois thématique et problématique; - permettre l’étude d’un thème très vaste, qui parcourt le temps, de l’Antiquité à nos jours, tous les espaces, et qui permet l’approche de textes très divers; - offrir aux adolescents un thème qui donne des images de certains de leurs problèmes existentiels; - apprendre à reconnaître les différents facteurs de la métamorphose: le métamorphosant/le métamorphosé/les procédures/le résultat, ainsi que l’évolution du mythe à travers les siècles; - s’ouvrir à de nombreux arts: peinture, danse, musique, cinéma; - susciter la recherche d’autres textes, de poèmes, images, films, et le désir de créativité. II Les savoirs savants: Bibliographie Belzane G. La métamorphose, Ed. Quintette, 1990. Borrut M. Métamorphoses, CNDP, 1989. Brunel P. Le mythe de la métamorphose, Armand Colin, 1974. Coll. Revue Corps Écrit N°26, juin 1988, Presses de l’Université de Toulouse-Le Mirail. Éliade M. Histoire des croyances et des idées religieuses, Payot, 1976. Fick-Michel N. Art et mystique dans les Métamorphoses d’Apulée, Belles-Lettres. Gérard A.M. Dictionnaire de la Bible, Laffont, coll. Bouquins, 1991. Girard R. La violence et le sacré, Grasset, 1972. Giraud Y. La fable de Daphné, Droz, 1968. Martin R. Dictionnaire culturel de la mythologie gréco-romaine, Nathan, 1992. Vernant J.P. Mythes et pensée chez les Grecs, Maspéro, 1965. Veyne P. Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes? Seuil, 1983. Viarre S. L’image et la pensée dans les Métamorphoses d’Ovide, PUF, 1964. Introduction L’attrait exercé par la métamorphose sur l’imagination enfantine explique le succès persistant des bons vieux livres de contes d’Andersen, Grimm, Perrault…, même si, faute de latin, on ne lit plus guère Apulée et Ovide. Mais la fascination survit à l’imaginaire enfantin, car la métamorphose est l’imagination même, le pouvoir merveilleux de transfigurer le monde. Elle est le tissu des fables et des mythes, l’élément de la fantaisie, le pays des songes, seul digne d’être habité. Mais il n’est pas nécessaire de s’enfoncer dans le sommeil pour subir la séduction de la métamorphose. Si les nuits plus belles que les jours préparent les lendemains gris et cruels, l’Art, au contraire, qui vit de métamorphoses, l’Art que Malraux appelait « la métamorphose des dieux, offre des plaisirs sans déboires, une seconde création plus belle que la première. Ceci vaut surtout pour la peinture, mais il en est de même des beaux-arts fugitifs, tels la danse, le théâtre, particulièrement voué à la métamorphose; jeu de l’artifice, plaisir du déguisement, du travestissement profondément lié à l’enfance, et surtout la musique qui « s’épuise tout entière dans le changement et les variations sonores que ponctuent les thèmes et les reprises afin de mieux souligner l’incessante modification. » La littérature a compris tout le parti à tirer de la métamorphose, qui se rattache aux racines mêmes de l’imaginaire. Les écrivains ont retenu soit la lente et inéluctable métamorphose, oeuvre du temps, et dont l’agent est la mémoire inexorable et silencieuse, soit la brutale métamorphose de Circé, qui relève du miracle. La hantise animale, avec sa signification morale qui remonte à Platon, n’est jamais complètement exorcisée. Les grognements des compagnons d’Ulysse rappellent combien les enchantements peuvent être maléfiques. La bête n’est jamais loin, miroir grossier et violent de l’homme. 1 Xavier Tilliette, « Le philosophe et la métamorphose », Revue Corps Écrit N°26. A l’opposé s’offre le conte cruel de Kafka intitulé précisément La Métamorphose, et qui n’en est pas vraiment une. « L’aventure de Grégoire Samsa, un beau matin transformé en cancrelat géant, traduit à la fois l’obsession du monde animal — en particulier du monde des insectes qui nous ignore — et la navrante déchéance d’une conscience jetée au rebut, à la détresse et à l’écrasement, l’incommunicabilité absolue. C’est une satire amère en plus d’une allégorie autobiographique, plus impressionnante finalement que l’anonyme fatalité du Procès et du Château. On trouverait dans certaines histoires tout aussi cruelles de Dino Buzzati des situations analogues, la nudité et l’objectivité du style faisant d’autant mieux ressortir l’insolite, l’unheimlich de la condition humaine. […] A la même veine se rattachent les étranges Contes Gothiques de Karen Blixen. » 1 Métamorphose intérieure: bien des poètes ont éprouvé que « Je est un autre ». Aux jeux troublants du miroir et du double, jusqu’à quel point peut-on devenir physiquement et moralement, l’autre de soi-même, autre que soi-même? Le Portrait de Dorian Gray ou Docteur Jekyll et Mister Hyde dessinent de curieuses mutations Le mythe de la métamorphose La métamorphose rythme l’alternance des saisons, le cycle de la vie animale et végétale, l’évolution de l’individu et de l’espèce: nous en sommes témoins si couramment qu’il nous arrive de n’y plus prêter attention. Depuis les temps les plus reculés, les mythologies, les contes nous ont rendu familiers des métamorphoses fabuleuses: hommes ou dieux brusquement changés en animaux ou végétaux, minéraux, fleuves, montagnes… Dans les périodes plus récentes, ce sont les récits fantastiques qui recèlent d’étranges transformations. Le mythe de la métamorphose est au cœur des cosmogonies sacrées qui fondent les civilisations. Elle est omniprésente dans les religions polythéistes, car elle constitue une des principales formes de communication entre les hommes et les dieux. On la trouve également à plusieurs reprises dans la Bible, que ce soit l’Ancien ou le Nouveau Testament, et la création de l’homme et de la femme eux-mêmes n’est rien moins que le produit d’une métamorphose. La métamorphose n’a cependant pas disparu avec les cosmogonies anciennes: elle s’est perpétuée à la fois comme thème et comme forme privilégiée de l’expression artistique, en peinture, musique, danse, mime, ou sous des formes à la fois plus familières ou éphémères: jeux d’eaux, feux d’artifice, maquillages… Nous avons réuni ici un corpus de textes à la fois thématique et problématique qui se propose d’une part d’étudier les différents facteurs et agents de la métamorphose, et d’autre part d’en examiner les raisons et les causes, en réfléchissant à ses principales évolutions à travers les siècles. Typologie des métamorphosesLes formes du mythe et les textes sont si nombreux et si variés qu’il n’est pas si facile d’en établir une typologie. Nous allons pourtant tenter d’en dégager certains invariants. Le métamorphoseur Il s’agit en principe d’un être surnaturel et supérieur: dieu, diable, fée, enchanteur, magicien, sorcière, génie…. Il est doté de pouvoirs surnaturels divers, parmi lesquels celui de métamorphoser et de se métamorphoser. G. Belzane1 note que dans les métamorphoses modernes (Nerval, Hugo, Maupassant, Lautréamont, Kafka, Michaux, Ionesco…), le métamorphoseur tend à s’effacer et à disparaître complètement, et il y voit le signe du passage du merveilleux au fantastique. Si la métamorphose a bien eu lieu — ce qui n’est pas toujours absolument certain — on ne sait pas au juste qui l’a mise en oeuvre. Comme la métamorphose n’est quasiment jamais volontaire, du moins pas clairement, on ne peut, dans ces cas modernes, la confondre avec celles des récits mythologiques et merveilleux. Le métamorphosé Tout est susceptible d’être métamorphosé: dieux, humains, animaux, végétaux, minéraux, métaux dans la procédure alchimique, éléments, donc le monde en général. Mais le principal objet de la métamorphose est l’homme, et ce « privilège » ne cesse de s’affirmer au cours des siècles. Comme l’histoire du mythe affirme nettement l’effacement de la puissance métamorphosante comme être surnaturel, il se dessine une tendance à l’auto-métamorphose, plus psychologique, ou psychotique, que réelle. Le mythe s’intériorise progressivement. Le résultat Les combinaisons sont nombreuses: on peut passer d’un état à l’autre, d’une espèce à l’autre, dans tous les sens possibles, mais il également possible de créer une espèce nouvelle, un état nouveau intermédiaire, un état monstrueux: loup-garou, horla, cancrelat géant de Kafka, formes indécises et terrifiantes de Lovecraft, d’autant plus vagues que c’est le métamorphosé lui-même qui raconte une expérience incompréhensible, de manière confuse et parcellaire. La procédureIl existe toutes sortes de méthodes possibles de métamorphoses: les paroles, qu’elles soient volontaires ou non — de l’abracadabra des sorcières au lapsus -, les gestes, aidés ou non de baguettes magiques, le regard qui pétrifie, la drogue, la simple volonté, ou encore plus abstraitement, la pensée, le rêve, l’imagination, la folie… Il est possible d’observer que la durée que prend la métamorphose peut être extrêmement variable: le plus souvent, elle est instantanée, mais elle peut être également très lente. Dans l’étude d’une oeuvre intégrale, il est capital également de bien observer la place de la métamorphose dans le récit: - dans les mythes, elle apparaît généralement à la fin, comme une conclusion heureuse ou malheureuse, mais définitive, irréversible; - dans les contes, sa place est plus hésitante. La métamorphose y est généralement négative, mais comme le conte se doit d’avoir une fin heureuse, et donc que le sort injuste soit réparé, au terme de péripéties qui doivent retenir l’attention du lecteur ou de l’auditeur, une métamorphose inverse peut intervenir à la fin, pour effacer les dégâts causés par la première. C’est le cas des contes de tout le cycle du « Fiancé animal », dont la forme la plus connue est La Belle et la Bête. Dans le cas du conte de Kafka, La Métamorphose, la transformation a eu lieu avant même le début de l’histoire. Mais peut-être que celle-ci n’a jamais eu lieu, et que le récit nous rapporte la transformation de la famille Samsa… Les motivations et significations Ce vaste domaine occupe la seconde partie du dossier présenté ici. C’est une question vaste et très complexe. Il importe de distinguer la motivation de l’explication, à plus forte raison de l’interprétation. Tant que la métamorphose nous est présentée comme un acte réel, volontaire et conscient, et d’origine divine, les motivations sont généralement claires: récompense, châtiment, ou stratégie pour échapper, par exemple, à un danger, ou pour séduire. Mais lorsque la métamorphose devient, comme dans la littérature fantastique, une transformation mystérieuse, un étrange phénomène psychique, une expérience intérieure complexe, les textes nous contraignent à une interprétation qui pourrait peut-être, rétrospectivement, nous conduire à jeter un oeil nouveau sur les contes de fées et les mythes des temps anciens. Ambivalence de la métamorphose Prenant origine dans les mythes, la métamorphose affirme à la fois des désirs et des terreurs ancestrales. Elle recèle donc une ambivalence essentielle. Le mythe de la métamorphose a d’abord pour but d’expliquer le monde et de lui donner un sens. Les mythes étiologiques sont très abondants: à l’origine d’une mer, d’un fleuve, d’une montagne, d’un arbre, d’une plante, d’une île, il y aurait la transformation d’un homme ou d’un dieu. Ainsi, l’étrangeté de la création ne serait qu’apparente. Ces explications rassurantes confèrent une unité à un monde apparemment dangereux et incompréhensible: tous les passages sont possibles d’une espèce à l’autre, d’un règne à l’autre, et l’univers est un grand Tout cohérent. C’est le monothéïsme judéo-chrétien qui s’efforcera de fragmenter, d’établir d’infranchissables frontières, dont la transgression prendra un aspect coupable et terrifiant: la métamorphose va devenir une manifestation démoniaque, afin de mieux définir la spécificité de l’homme, créé à l’image du dieu créateur. La métamorphose n’apporte pas seulement l’unité, elle apporte aussi, sous certaines formes, l’éternité. Si la métempsycose est une variété de la métamorphose, celle-ci, dans les récits mythologiques, opère une transformation définitive qui a souvent pour résultat d’assurer l’éternité au métamorphosé. Celui qui, pour son bonheur ou son malheur, en est le bénéficiaire, échappe à la fragilité humaine: Daphné devient un arbre à feuilles persistantes, les statues de pierre ne connaîtront plus rien des vicissitudes humaines. Changer d’état, se métamorphoser, c’est une manière de triompher de la mort, d’arrêter le temps, c’est le moyen de vivre plusieurs vies, d’incarner plusieurs destins. Il existe cependant une manière plus effrayante d’envisager la métamorphose: derrière le changement, se dessine la terrifiante image du chaos. La métamorphose, changement, passage, mouvement, est devenue un des grands thèmes baroques: monde aux contours incertains, instable, menaçant, en perpétuelle mutation, dont on peut découvrir d’inquiétants aspects. Car la métamorphose, si elle permet parfois de s’élever jusqu’aux dieux, peut également receler le danger de régresser vers l’animalité. Dans le monde antique, la métamorphose est généralement positive. Elle est l’apanage des dieux qui l’exercent parfois d’une manière injuste, cruelle, arbitraire, mais on admire autant qu’on redoute ses fascinants prodiges. Dans le monde chrétien, la métamorphose devient plutôt négative: elle est l’apanage de Satan et de ses suppôts. La transformation en animal est perçue alors comme infamante et criminelle, en même temps que le rappel incessant de la bestialité qui sommeille en nous. La métamorphose: du mythe au fantasme Dans les textes modernes, la métamorphose, plus qu’une réelle transformation de l’être, pourrait se lire comme une transformation du regard de l’autre. Avec le fantastique romantique, la métamorphose passe du plan social au plan moral et s’intériorise. Le regard sur soi en fait une véritable expérience intérieure. Le thème du double devient proche. Car se métamorphoser, n’est-ce pas devenir de que l’on est, selon le mot de Nietzsche? Libération ou aliénation, délire ou folie, révolte ou pulsion, la métamorphose moderne devient l’expression de Moi multiples et plus ou moins refoulés: Docteur Jekyll et Mister Hyde en offre un exemple hallucinant, et le thème de la métamorphose rejoint alors celui du monstre: monstre hors de moi et monstre en moi… La question de l’identité est alors posée. Le mythe moderne implique la permanence d’un doute sur le degré de changement de la métamorphose, et peut-être sur sa réalité même. En ce cas, il s’agirait moins d’une transformation que d’une révélation, puisque l’on ne se métamorphose jamais qu’en soi-même… Mode d’emploi général de l’appareil pédagogique:
Les deux premières rubriques: Ne perdons pas le fil! et, dans une moindre mesure Compréhension du texte ou Compréhension et style sont plus directement réservées à la préparation à faire à domicile avant l’explication en classe. En revanche, la rubrique L’intérêt du texte construit pas à pas, d’un texte à l’autre, un savoir cohérent à envisager par rapport à l’ensemble du dossier: elle est à réserver à l’étude en classe. Il sera parfois possible d’utiliser certaines questions en « post-bilan », comme contrôle, si une préparation préliminaire n’a pas été donnée: tout est fonction du niveau de la classe. Enfin, nous avons voulu l’appareil pédagogique suffisamment riche pour que le professeur soit maître du choix des questions à aborder ou non dans la classe, et il pourra pratiquer la pédagogie différenciée en ne donnant pas les mêmes questions à préparer à tous les élèves: certains pourront aller plus loin et leur apport enrichira l’échange mené pendant le cours. Texte complémentaire
Pour le professeur qui voudrait aborder le thème par un conte facile: Les Mille et une nuits

Histoire du premier vieillard et de la biche

Je vais donc, reprit le vieillard, commencer mon récit; écoutez-moi, je vous prie, avec attention. Cette biche que vous voyez est ma cousine et de plus ma femme. Elle n’avait que douze ans quand je l’épousai; ainsi je puis dire qu’elle ne devait pas moins me regarder comme son père que comme son parent et son mari. Nous avons vécu ensemble trente années sans avoir eu d’enfants; mais sa stérilité ne m’a point empêché d’avoir pour elle beaucoup de complaisance et d’amitié. Le seul désir d’avoir des enfants me fit acheter une esclave, dont j’eus un fils qui promettait infiniment. Ma femme en conçut de la jalousie, prit en aversion la mère et l’enfant, et cacha si bien ses sentiments que je ne les connus que trop tard. Cependant mon fils croissait, et il avait déjà dix ans, lorsque je fus obligé de faire un voyage. Avant mon départ, je recommandai à ma femme, dont je ne […]

Étude publiée dans le manuel Lire à loisir Nathan 3e. pour obtenir le fichier électronique complet en pdf + corrigés (177 pages): Participation de 5 euros aux frais d’hébergement du site