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Saint Nicolas, le Père Noël et la Befana

Le bon gros vieillard rouge qui s’envole sur son traîneau tiré par des rennes, au son de clochettes, appartient au folklore commun de la fête de Noël.

Saint Nicolas, en habit d’évêque, toujours accompagné d’un âne, tire ses jouets d’un grand sac qu’il tient à la main.

Rivaux ? Non, il s’agit du même personnage !

Et la Befana italienne ? Païenne ou Père Noël en jupons ?



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Saint Nicolas est catholique


L’histoire commence en Asie Mineure (Turquie), à Myra, où vécut saint Nicolas, grand saint de l’Orient autant que de l’Occident.


Nicolas, dont le nom signifie en grec « victoire », est né vers 255 ou 271 dans une riche famille de Patara sur la côte turque. Il succéda à son oncle à l’évêché de Myra.


Il était doux et réservé. Son premier bienfait concerne les trois filles de son voisin qui, ruiné, envisageait de les prostituer. Nicolas, secrètement, jeta trois bourses emplies de monnaies par la fenêtre de la maison, changeant ainsi le sort des jeunes filles. Il distribua, tout au long de sa vie et lors de ses nombreux voyages, l’immense fortune qu’il tenait de ses parents.


Il réconforta ses coreligionnaires lors de la terrible persécution de Dioclétien, dont il eut lui-même à souffrir car il fut emprisonné jusqu’en 313, puis il connut l’exil et revint en 324 quand l’empereur Constantin rétablit la liberté religieuse. Nicolas fut l’un des 318 pères du concile de Nicée en 325.


Ce grand saint mourut un 6 décembre, vers 333 ou 342.


Quand, au XIe siècle la Lycie et Myra furent occupées par les Turcs, les Vénitiens voulurent mettre à l’abri les reliques de saint Nicolas. Les habitants de Bari furent plus rapides et au terme d’une expédition rapportèrent les restes du saint dans la capitale des Pouilles. Deux ans plus tard, une basilique les abritait.


Le premier octobre 1089, le pape Urbain II plaça les reliques dans la crypte où elles se trouvent toujours.


Une première vie de saint Nicolas fut écrite en 880, et Nicolas fut considéré comme un second Sauveur.


On lui attribue de très nombreux miracles : il était thaumaturge (faiseur de prodiges). Il vola au secours d’un navire en perdition et permit aux marins d’en réchapper, il évita la famine à toute une population, délivra un prisonnier… Il est devenu le saint patron des marins, des jeunes filles, des prisonniers, des marchands, des avocats, des veuves, des célibataires et des écoliers… Un saint universel !


Mais saint Nicolas est avant tout le protecteur des petits enfants.


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La fameuse légende des enfants au saloir


Le nombre trois revient toujours dans la légende de saint Nicolas. Il fit libérer trois soldats byzantins injustement accusés de trahison et condamnés à mort.


Dans les légendes, ces trois jeunes devinrent trois enfants découpés et plongés dans un saloir par un aubergiste assassin.


De tous ces miracles, c’est celui qui attache le plus Nicolas à l’enfance.







Saint Nicolas en Lorraine


Dans les pays d’Europe centrale et orientale, en Lorraine et dans les pays du Nord, c’est saint Nicolas qui apporte les cadeaux aux enfants en décembre. Il est accompagné d’un assistant qui a tout du Diable, chargé de punir les enfants capricieux.


La dévotion à Saint Nicolas est particulièrement vive en Lorraine.


En 1087, le Sieur Aubert de Varangéville revenant de croisades, déroba à Bari, en Italie du sud, une relique de St Nicolas – une phalange qui bénit — pour la rapporter en Lorraine. Il édifia au bord de la Meurthe une des plus belles basiliques de France qui abrite les reliques du saint, et créa ainsi Saint-Nicolas-de-Port, à quinze kilomètres de Nancy.


Comme la relique faisait des miracles, le bourg devint un lieu de pèlerinage important ainsi qu’une étape sur la route de Compostelle. Chaque année, depuis 1245, le samedi le plus proche du 6 décembre, la basilique accueille une procession aux flambeaux autour des reliques du Saint.


En Lorraine, des dizaines de rues et de portes d’octroi portent son nom.



De saint Nicolas au Père Noël


La transformation de saint Nicolas en Père Noël s’est opérée de la façon suivante.

En France, les écoliers du collège Saint-Nicolas du Louvre n’allaient pas à l’école le 6 décembre. L’un d’eux, vêtu de rouge et déguisé en évêque, distribuait des friandises.

C’est à partir de cet enfant qu’est née la figure du Père Noël, que l’on appela Sancta Nikolaus, puis Sanct Klaus, et Santa Klaus dans le monde anglo-saxon.


Le Père Noël est protestant


Au moment de la Réforme, les protestants luthériens, qui rejettent le culte des saints, remplacent saint Nicolas par l’enfant Jésus (le Christkindel allemand).

Aux Pays-Bas, sous l’influence des Huguenots, saint Nicolas se transforme après la Réforme en un personnage semi-laïc,
Sinter Klaas.

Au Canada, les francophones catholiques utiliseront longtemps le personnage de l’enfant Jésus, alors que
Santa Claus se charge de distribuer des cadeaux aux petits anglophones.

De même, bien avant la popularisation du père Noël, les catholiques français attribuaient à Jésus les cadeaux de la nuit de Noël.

Au XVIIIe siècle, les souverains allemands entament un processus de laïcisation : les figures chrétiennes sont remplacées par d’anciens symboles germaniques. C’est le retour du petit peuple des fées, des elfes et du vieil homme de Noël (le Weihnachtsmann) qui distribue en traîneau des sapins décorés de cadeaux.

Le 23 décembre 1823, le journal
Sentinel de Troy, dans l'État de New-York, publie anonymement le poème A Visit from St. Nicholas dans lequel saint Nicolas est présenté comme un lutin sympathique, dodu et souriant, qui distribue des cadeaux dans les maisons et se déplace sur un traîneau volant tiré par huit rennes nommés respectivement : Fougueux, Danseur, Fringant, Rusé, Comète, Cupidon, Tonnerre et Éclair. Ce poème a joué un rôle très important dans l’élaboration du mythe actuel, reprenant les attributs de saint Nicolas (barbe blanche, vêtements rouges et hotte) mais troquant sa mitre, sa crosse et son âne pour un bonnet rouge, un sucre d'orge et un traîneau, tout en se débarrassant du personnage punitif du père Fouettard.


Après le journal
Sentinel en 1823, il est repris les années suivantes par plusieurs quotidiens américains, puis traduit en plusieurs langues et diffusé dans le monde entier. Le poème est attribué au pasteur américain Clement Clarke Moore ou au major Henry Livingston Junior.


C'est vers 1850 que le passage de la célébration de la Saint-Nicolas à celle de Noël se fixe au Royaume-Uni, en lien avec Charles Dickens et ses « Livres de Noël ».


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La première mention de l’expression « Père Noël » en français est trouvée en 1855 sous la plume de George Sand .
Auparavant, on parle plutôt du « bonhomme de Noël » ou du « petit Jésus ».
Dans l'
Histoire de ma vie, elle raconte le père Noël de son enfance.

C'est, d’après Alain Rey (dictionnaire
Le Robert historique) le premier texte qui évoque le père Noël en France.


Ce que je me rappelle parfaitement, c'est la croyance absolue que j'avais à la descente par le tuyau de la cheminée du petit père Noël, bon vieillard à barbe blanche qui, à l'heure de minuit, devait venir déposer dans mon petit soulier un cadeau que j'y trouverais à mon réveil. Minuit ! cette heure fantastique que les enfants ne connaissent point, et qu'on leur montre comme le terme impossible de leur veillée ! Quels efforts incroyables je faisais pour ne pas m'endormir avant l'apparition du petit vieux ! J'avais à la fois grande envie et grand-peur de le voir ; mais jamais je ne pouvais me tenir éveillée jusque-là, et le lendemain mon premier regard était pour mon soulier au bord de l'âtre. Quelle émotion me causait l'enveloppe de papier blanc ! car le père Noël était d'une propreté extrême, et ne manquait jamais d'empaqueter soigneusement son offrande. Je courais, pieds nus, m'emparer de mon trésor. Ce n'était jamais un don bien magnifique, car nous n'étions pas riches. C'était un petit gâteau, une orange, ou tout simplement une belle pomme rouge. Mais cela me semblait si précieux, que j'osais à peine le manger. L'imagination jouait encore là son rôle, et c'est toute la vie de l'enfant.

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En 1860, un illustrateur et caricaturiste du journal new-yorkais Harper’s Illustrated Weeklyde, Thomas Nast (1840-1902) représente Santa Claus vêtu d'un costume orné de fourrure blanche et d'une large ceinture de cuir.


Pendant près de trente ans, Thomas Nast, illustrateur et caricaturiste du journal, illustra par des centaines de dessins tous les aspects de la légende de Santa Claus et donna au mythe ses principales caractéristiques visuelles : un petit bonhomme rond, vêtu d'une houppelande en fourrure, la pipe au coin de la bouche comme un Hollandais.


C'est également Nast qui, dans un dessin de 1885, établit la résidence du père Noël au pôle Nord. Cette idée fut reprise l'année suivante par l'écrivain George P. Webster.





L'idée selon laquelle le Père Noël aurait été dessiné par la compagnie Coca-Cola en 1931 est une légende urbaine.


Une idée reçue nous fait croire depuis longtemps que Coca Cola est à l’origine de la couleur rouge du Père Noël.


En 1931, la firme Coca-Cola, en perte de vitesse, se cherche une icône aux couleurs de la marque pour redynamiser ses ventes.


Il se trouve que depuis 1866, le Père Noël connaît un immense succès en publicité, notamment pour Michelin et Colgate, grâce au célèbre dessinateur de la Guerre de Sécession ; il était montré comme un petit elfe supportant le pays.


Thomas Nast, qui était l’ami de Mark Twain, continua à dessiner le Père Noël pendant plus de trente ans, et changea au fur et à mesure la couleur de son costume, passant du fauve au désormais classique rouge vif. Alors que certains pensent que le Père Noël est rouge car cette couleur est emblématique de Coca-Cola, le costume écarlate vient véritablement de la vision du personnage par Nast.


C’est donc en 1931 que Coca-Cola crée son porte-drapeau : un Santa Claus à « l’air jovial et à l’attitude débonnaire ». Le succès extraordinaire que put avoir cette campagne publicitaire fit que l’image moderne du bonhomme rouge pénétra durablement dans notre culture.

La firme n’a donc pas « réinventé » le Père Noël, ni même changé la couleur de ses vêtements. Elle a en revanche grandement participé à la vision que l’on se fait du personnage aujourd’hui dans le monde occidental.

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Résistances ecclésiastiques


L’effigie du Père Noël fut brûlée en 1951 à Dijon sur le parvis de l’église Saint-Bénigne, à la demande de l’évêché.

Le cardinal Roques, archevêque de Rennes à la même époque, dénonçait les « invraisemblables stupidités d’un imaginaire chiffonnier dénommé père Noël»

Le cardinal Saliège, archevêque de Toulouse, ne voyait en lui rien d’autre « qu’une invention dont se servent les habiles pour enlever tout caractère religieux à la fête de Noël».

Claude Lévi-Strauss répond dans un article célèbre «Le Pè̀re Nol supplicié », in revue Les Temps Modernes, n° 77, 1952, p. 1572-1590.

On peut lire cet article ici 



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La Befana est païenne


La Befana est une figure typique du folklore italien. C’est elle qui apporte les jouets aux petits enfants lors de la nuit précédant l’Épiphanie.


Le nom du personnage dérive du mot « épiphanie », mais dans les temps anciens, elle s’appelait
Stria ou Strega (sorcière). Dans l’imaginaire collectif c’est un personnage mythique. Elle est représentée avec une longue et ample jupe noire, un tablier avec des poches, un châle, un foulard ou un chapeau sur la tête, une paire de pantoufles usées, le tout composé de pièces colorées. Elle se déplace sur son balai de maison en maison, accompagnée d’un sac rempli de friandises.


Son origine se perd dans la nuit des temps : elle provient de traditions pré-chrétiennes, de la culture populaire et le mythe se fonde sur des éléments folkloriques et chrétiens.


Christianisée, la
Befana apporte des cadeaux en souvenir de ceux qui furent offerts par les Rois mages au nouveau-né Jésus.


La tradition rurale diffère. Elle incarnerait la Mère Nature qui, le jour de l’
Épiphanie, épuisée par son travail de l’année, se transforme en vieille sorcière généreuse pour signifier le passage à un nouveau cycle, de la destruction à la régénération de la nature, un mouvement perpétuel. La vieille sorcière fera place à une jeune Mère Nature et les cadeaux distribués joueront le rôle de graines plantées en prévision des nouvelles récoltes.


On réchauffait la pièce où la vieille sorcière devait venir en passant par la cheminée. Afin qu'elle restât le plus longtemps possible, on mettait sur la table différents mets, des fruits et un peu de vin. On mettait aussi du foin sur le seuil de la maison pour son âne. On pendait à la cheminée de vieilles chaussettes : le contenant traditionnel pour accueillir la générosité de la « Stria ».


     La sorcière offrait la couronne, sorte de chapelet dont les grains étaient faits de châtaignes cuites, de pommes et d'oranges. Tous ces fruits étaient enfilés sur une ficelle: les châtaignes, groupées par dix, étaient les
Ave Maria (je vous salue Marie), les pommes le Padre Nostro (Notre Père) et, dulcis in fundo, une orange finissait le rosaire.


      On s'empressait d'achever le ménage, de crainte que la Vieille ne vienne tout déranger.


            Les garçons des hameaux allaient dans la forêt chercher du bois de rouvre, des
visoni, c'est-à-dire du houblon sec, des souches qui brûlaient facilement, et rangeaient tout ce bois en tas dans la cour, dans l'attente d'exécuter la vieille sorcière.


            Après son passage, les garçons s'amusaient avec leurs cadeaux : surtout des fruits, déposés par les parents dans les chaussettes pendues à la cheminée, et appelés
buijelo en dialecte vénitien.


            La nuit des Rois, parmi les cris, les chants et les pleurs d'enfants, on brûlait la vieille sorcière, sorte de pantin de paille vêtu de guenilles, lié à un poteau au dessus du feu, dans la cour. On attendait alors, en mangeant et en plaisantant, que le feu « vengeur »  finisse de brûler les cendres de la Vieille, qui avait été très généreuse.


            Dans chaque hameau on pouvait voir de grands feux qui animaient vallées et monts, et éclairaient le ciel qui, peu à peu, s'obscurcissait au fur et à mesure que les feux s'éteignaient.


La Befana est à la fois saint Nicolas et son acolyte le Père Fouettard. Laide mais débonnaire, redoutable mais amicale, elle apporte des cadeaux aux enfants sages et du charbon aux autres.


Figure de la sorcière (
strega) dans son côté négatif, elle relève des figures du monde souterrain. Figure du mal qu’il faut exorciser, elle est associée à la mort, aux ténèbres, qu’il faut repousser pour favoriser la naissance d’un nouveau cycle de récoltes.

Elle récompense ou punit : elle juge.

Elle est associée à la nuit magique où les animaux parlent dans les crèches.

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Conclusion


Si la Befana, dont le nom évoque les rois mages et leurs présents, a été christianisée, force est de constater qu’elle demeure fondamentalement païenne.

Quant au Père Noël, qui semble l’emblème du consumérisme actuel, il n’est donc que l’avatar de saint Nicolas. Leur existence démontre, au-delà des dégradations marchandes, la nécessité d’incarner la fête par une figure symbolique.