Passion Poupées
XVIIIe s.

Greuze L'Enfant à la poupée



Anne-Geneviève Greuze 1762-1842, fille de Jean-Baptiste Greuze) , L’Enfant à la poupée (avant 1795)
Musée du Louvre.


détails ici sur Europeana
Comments

Jean-Jacques Rousseau

Jean-Jacques Rousseau, « Surtout des poupées », 1762

« Les garçons cherchent le mouvement et le bruit: des tambours, des sabots, de petits carrosses; les filles aiment mieux ce qui donne dans la vue et sert à l'ornement: des miroirs, des bijoux, des chiffons, surtout des poupées. (...)

Voyez une petite fille passer la journée autour de sa poupée, lui changer sans cesse d'ajustement, l'habiller, la déshabiller cent et cent fois, chercher continuellement de nouvelles combinaisons d'ornements bien ou mal assortis, il n'importe
; les doigts manquent d'adresse, le goût n'est pas formé, mais déjà le penchant se montre. (...) Elle est toute dans sa poupée, elle y met toute sa coquetterie. Elle ne l'y laissera pas toujours, elle attend le moment d'être sa poupée elle-même.

Voila donc un premier goût bien décidé
: vous n'avez qu'à le suivre et le régler. Il est sûr que la petite voudrait de tout son cœur savoir orner sa poupée (...). Ainsi vient la raison des premières leçons qu'on lui donne: ce ne sont pas des tâches qu'on lui prescrit, mais des bontés qu'on a pour elle. Et en effet, presque toutes les petites filles apprennent avec répugnance à lire et à écrire; mais, quant à tenir l'aiguille, c'est ce qu'elles apprennent toujours volontiers. Elles s'imaginent d'avance être grandes, et songent avec plaisir que ces talents pourront un jour leur servir à se parer.

Cette première route ouverte est facile à suivre
: la couture, la broderie, la dentelle viennent d'elles-mêmes. (...)

Ces progrès volontaires s'étendront aisément jusqu'au dessin, car cet art n'est pas indifférent à celui de se mettre avec goût
: mais je ne voudrais point qu'on les appliquât au paysage, encore moins à la figure. Des feuillages, des fruits, des fleurs, des draperies, tout ce qui peut servir à donner un contour élégant aux ajustements, et à faire soi-même un patron de broderie quand on n’en trouve pas à son gré, cela leur suffit. »

Jean-Jacques ROUSSEAU, "Émile ou de l'éducation", Édition de Michel Launay, Paris, 1966, pages 478-480.

Comments

Les poupées à la Révolution

L’Histoire peut parfois nous surprendre: le monde des poupées a été touché par la grande vague révolutionnaire.

Pour les petites filles des sans-culottes, on fabrique des guillotines en miniature, servant à décapiter des poupées à l’effigie des aristocrates
!
Une école « éducative » qui néglige pour un temps l’enseignement de la tendresse et du rôle maternel et charge les jouets d’alimenter la haine de classe chez les fillettes.

Cette « invention » horrifie la mère de Goethe qui avait reçu une lettre de son illustre fils lui demandant de lui en procurer une, pour faire un cadeau
!…
Comments

Poupées à Versailles

Indissolublement liée à la mode, dans un univers féminin qui l’y associe, la poupée s’acquitte de diverses fonctions; elle tient compagnie à Marie-Antoinette qui fait habiller les siennes par la couturière de la cour, Rose Bertin; ou bien elle devient un patient mannequin: on essaie sur elle des toilettes, des bijoux, des coiffures.

Rose Bertin fut chargée de réaliser une poupée pour la fille de Madame Dillon, dont on a retrouvé cette description dans ses livres de compte
:

« 
C’était une grande poupée, munie de ressorts, d’un socle très bien fait, d’une excellente perruque, d’une fine chemise de toile de lin, de bas de soie et d’un long corset à baleines ».

La liste des habits de bal de la poupée suivait
: des jupons de voile et de brocart, de dentelle et de mousseline, des bonnets, des coiffures.
Comments

Les poupées au XVIIIe siècle


Pendant la Régence, l’ambassadeur de France à Londres, Guillaume Dubois, devenu cardinal par la suite, écrivit à une couturière parisienne, Mademoiselle Filon, pour lui demander un grand mannequin qui puisse montrer aux Londoniennes comment on s'habillait à Paris, sans oublier les détails des dessous les plus intimes.

Des informations plus intéressantes encore nous parviennent du précieux « 
Dictionnaire du Commerce » de Jacques Savary, dont la première édition date de 1772; au mot poupée, on peut lire en effet:

«...
se dit en général de tous les jouets d'enfants que font les Bimblotiers, lorsque ces jouets ont une figure humaine; c'est de ces jouets dont il se fait un si grand négoce à Paris et particulièrement au Palais. Ce terme s'entend néanmoins plus ordinairement de ces figures proprement habillées et coefées, soit d'homme, soit de femme, qu'on envoye dans les Pais étrangers pour y apprendre les modes de la Cour de France, ou qu'on donne aux enfants d'un moyen âge pour les amuser », ou encore:
«...
et non seulement la consommation en est très grande à Paris et dans les Provinces, mais il s'en fait encore des envois au dehors et jusques dans l'Amérique espagnole, sur lesquels il se fait d'assez grands profits…».

C'est ce mécanisme commercial, déjà bien en place à l'époque, qui permettra à l'industrie des poupées d'être l'un des secteurs les plus prospères de l'économie française au XIXe siècle.

Comments

Les Pandores


Le mariage de la poupée et de la mode est consommé en France au début du XVIIIe siècle. On donne le nom de « Pandores » à ces grandes poupées mannequin, ambassadrices du goût français.

Dans la mythologie grecque, “Pandora” est le nom de la première femme, créée par Hephaïstos sur l’ordre de Zeus
: elle était pourvue de tous les dons qui pouvaient séduire les hommes.

Les élégantes Pandores, luxueusement vêtues, voyagent inlassablement à travers l’Europe, munies non seulement de leurs somptueuses toilettes, mais également de laisser-passer qui leur permettent de se jouer des pires hostilités.

L’abbé Prévost affirme qu’en 1704, pendant la guerre de succession espagnole, « 
par une galanterie qui n’est pas indigne de tenir une place dans l’Histoire, les ministres des deux cours de Versailles et de Saint-James accordaient, en faveur des dames, un passeport inviolable à la grande poupée. Au milieu des hostilités furieuses qui s’exerçaient de part et d’autre, cette poupée était la seule chose qui fût respectée par les armes ».

En 1712, en pleine guerre, cette annonce paraît dans les journaux anglais
:

«
Samedi dernier, la poupée française de l’année 1712 est arrivée chez moi, King Street, Covent Garden ».
Comments

Voyage en dentelles

Jeanne de Recqueville, Voyage en dentelles, Hachette, 1956.

Un délicieux roman historique, fort bien écrit, nous transporte en plein XVIIIe siècle, quand les poupées mannequins destinées aux cours d’Europe, transportaient la mode française dans le plus grand secret. Au temps de la Grande et de la Petite Pandore et de leur somptueuse garde-robe…


Présentation de l’éditeur:

« Assise entre ses sœurs dans la diligence qui les emmène à travers l'Europe, Marie-Laure rêve à tout le bonheur quelle attend de ce voyage. Les jeunes filles ont pour compagnes les poupées mannequins qui vont leur permettre de présenter à l'impératrice Catherine les robes que celle-ci leur a commandées.

Bon accueil leur est assuré à la cour, mais la partie n'est pas gagnée pour autant. Elles ont en effet une terrible concurrente en la personne de Dame Lutèce qui essaie, elle aussi, de gagner la clientèle de l'impératrice et se trouve déjà sur la route de Saint-Pétersbourg.
Si les poupées mannequins ont de bien jolies robes, elles n'ont pas de cœur. Il n'en est pas de même pour Marie-Laure que la bonne mine du jeune docteur Salbris, son compagnon de diligence, a tendrement émue. Parviendra-t-elle à lui faire oublier sa belle cousine Tania, lectrice de la tsarine
? Et Dame Lutèce ne va-t-elle pas profiter de la rivalité des deux jeunes filles pour imposer ses robes à la cour de Russie?…»

Comments