Restauration de la poupée d'Hermine

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Cette poupée a été reconstituée en décembre 2012 à la suite d'un certain nombre de choix qui pourraient faire frémir les puristes, mais qui seront justifiés au cours du récit.

La poupée a été offerte par sa marraine de guerre à l'une de mes tantes, pupille de la Nation à la suite de la guerre de 14-18, vraisemblablement à la fin de l'année 1917 ou plus sûrement en 1918.

Cette histoire sera publiée ultérieurement, dans un ouvrage à paraître ou sur le site
Passion Patrimoine.

J'ignore la longue histoire de cette poupée, les péripéties qu'elle a subies avant que l'on m'apporte un corps sans tête, sans vêtements, et sans aucune indication sur ce qu'elle avait pu être.

Au premier coup d'œil, j'ai identifié sans peine un corps SFBJ, avec sa petite cocarde tricolore.

Un peu émue, j’ai découvert la trace au crayon d’une inscription de l’écriture de ma grand-mère.

Je vais indiquer pas à pas les étapes de la reconstitution de la poupée.


1. Le corps dans tous ses états

Seul le corps subsiste. La tête, les vêtements, les chaussures, la perruque ont disparu. Aucune indication, aucun souvenir, aucune photographie de la poupée et de sa jeune propriétaire. Il faudra avoir de l’imagination.

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Doigts cassés, pieds rognés : aléas familiers.

Les articulations des jambes et du bassin ont un peu souffert, mais rien de bien catastrophique.

En revanche, le cou, les épaules présentent des problèmes plus importants.

Selon la méthode habituelle, les interventions se feront dans le plus grand respect de l’original.

Pas question de tout repeindre, par exemple !
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2. La chirurgie orthopédique


Pour éviter les méfaits de gens peu scrupuleux, je ne donnerai ici pas tous mes petits secrets de restauration, mais je les partagerai volontiers avec qui me les demandera en privé…

Cependant, quelques petits secrets sont semés
dans ce site, ici : Vademecum, section Pratique ou Restauration.

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3. Le choix d’une tête : un épineux problème !

La tête originale de cette poupée était probablement un modèle 301 de la SFBJ, très courant et bien connu des amateurs. J’en possède deux exemplaires dans ma collection.

Las, combien de temps s’écoulerait avant de trouver ce type de tête dans les sites de ventes aux enchères ? D’ailleurs, elles sont toutes dotées de leur corps…

Je n’étais pas du tout enthousiaste. Il faut dire que je n’aime pas trop ces grosses filles avec leur maquillage outrancier. Fin d’une époque, et d’une industrie qui a connu des jours meilleurs.

Qu’on en juge par les photos ci-dessous.

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4. Une tête allemande ?

Quelques jours à peine après l’arrivée du corps, voilà en vente, sur un site bien connu, une jolie tête Simon-Halbig Kammer et Reinhardt ! Serait-ce un signe des Dieux ? Le cœur battant, je fais monter les enchères, et bientôt, la tête me parvient, soigneusement emballée… Très jolie, pleine de grâce et de finesse, avec des yeux dormeurs et des dents, et son joli menton potelé.

Oui, mais un poil trop petite pour le corps !

La belle a plus justement trouvé un corps allemand à sa taille,
vieilli par mes soins, et elle attend sa nouvelle garde-robe.

Je pense qu’Hermine, victime de la Grande Guerre, n’aurait pas aimé que l’on affublât sa poupée d’une tête allemande…

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5. Une tête Jumeau !


Il serait décidément impossible, à moins d’un miracle, de trouver une tête SFBJ seule, en bon état, à la taille du corps, et de prix abordable.

Osons ! La très belle copie d’une tête Jumeau 1907 est devenue tentante au fil des jours, et un beau matin… Hermine a retrouvé sa tête, avec une magnifique calotte de liège et une somptueuse perruque de cheveux naturels.

La poupée mesure désormais 53 centimètres.

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6. Les sous-vêtements

N’étant pas trop maladroite en couture, et collectionnant des patrons venus d’Allemagne et surtout des États-Unis, j’ai confectionné, entièrement à la main, avec des tissus et des fils de coton, les sous-vêtements de la demoiselle. On notera mes goûts pour les plis religieuse, même en forme sur le jupon… C’est un peu délicat à réaliser.

La chemise a été brodée à l’initiale de la poupée, et j’ai tricoté les chaussettes avec un mince fil de coton.

N’ayant pas oublié un souvenir d’enfance assez pénible, j’ai opéré une vengeance assez sournoise : ma tante m’ayant punie et enfermée dans ma chambre toute une journée de vacances parce que j’avais refusé de porter le corset qu’elle m’avait acheté, j’en ai cousu un pour sa poupée et je l’ai vilainement serrée avec son ruban : non mais !


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La tête de la poupée, sa perruque et ses chaussures proviennent de la société Georgette BRAVOT et je n’ai eu qu’à me louer, depuis des années, des conseils avisés et de la gentillesse de Sylvie BRAVOT.
http://www.georgettebravot.com
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7. La robe


C’est un modèle de 1910 qui m’a contrainte à la confection de seize boutonnières pour y passer des rubans. Ceux-ci, à mon grand regret, ne sont pas anciens.

Je me suis inspirée, pour la choisir, d’une photographie d’Hermine petite fille : on peut presque dire que sa poupée lui ressemble.

Je n’ai pas oublié de fabriquer des boucles d’oreilles.

J’ai offert la poupée ainsi restaurée à mes cousins. Elle est partie pour une autre vie.

Nous ne saurons jamais quel fut le prénom de cette poupée. C’est un joli regret. Nous l’avons désormais baptisée du prénom de sa petite maman.

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