La Saga du corbeau
Voici
de nombreuses variations sur le thème de la fable « Le
corbeau et le renard » :
Du renard et du
Corbeau
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Sire Tiercelin, le corbeau
Qui croit être agréable et beau,
Tenait en son bec un fromage.
Renard, qui fit bien des dommages,
Parmi le bois chassait, courant
Comme quelqu’un de faim mourant.
Ce fromage, qu’il pouvait voir,
Il sait qu’il ne pourra l’avoir
Que par sa ruse et par son art.
« Ah !
beau Tiercelin, dit Renard,
D’une si belle parenté,
Dommage que vous ne chantiez
Aussi bien que fit votre père.
Car si vous chantiez, par saint Pierre,
Je crois qu’en ce bois n’y aurait
Oiseau qui tant à tous plairait. »
Le corbeau ne voit pas la ruse
Par laquelle Renard l’abuse.
Il croit plaire à tous par son chant.
À chanter il s’applique tant
Que le fromage vient tomber.
Renard n’en est pas étonné.
Il n’avait pas goûté le chant ;
Mais quant au fromage, il le prend :
Le mangea tout entier, Renard.
Tiercelin n’en eut jamais part.
Le corbeau en fut malheureux,
Il enfle son dos, tout honteux…
Walter
l’Anglais. (XIIeme siècle)
Walter l’Anglais mit en vers français un recueil de fables
en latin, donnant ainsi un Isopet (du nom d’Ésope) qui
servit souvent de modèle à nos fabulistes. Il était sans
doute le chapelain du roi d’Angleterre Henri II
Plantagenêt.
D’UN CORBEAU QUI
PRIT UN FROMAGE
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Il arriva, et peut bien être,
Que par-devant une fenêtre
Qui en une réserve était,
Vola un corbeau. Il voyait
Des fromages qui s’y trouvaient
Et sur une claie ils gisaient.
Il en prit un et s’en alla.
Un renard vint. Le rencontra.
Du fromage, il eut un grand désir
En manger sa part à loisir.
Par ruse, il voulut essayer
Si le corbeau il peut tromper.
" Ah !
Seigneur, lui dit le goupil,
Comme cet oiseau est gentil !
Au monde n’est aucun oiseau
Que mes yeux ne virent si beau !
Si son chant est comme son corps,
Il est plus précieux que de l’or !
«
Le corbeau s’entend louangé,
Dire qu’il n’est pas égalé.
Il réfléchit qu’il chantera.
Pour chanter, son bien ne perdra.
Son bec ouvrit, et commença.
Le fromage lui échappa.
A terre, le laissa tomber,
Et le renard put l’attraper.
Puis ne se soucia plus du chant
Car du fromage eut son talent.
Moralité
C’est l’exemple des orgueilleux
Qui de grands prix sont désireux.
Par tromperie et par mentir,
On peut à leur gré les servir.
Leurs biens dépensent follement
Par fausse louange des gens.
Marie de France.
(XIIe siècle)
Elle vécut à la cour d’Henri II et d’Aliénor d’Aquitaine.
Elle est considérée comme la première femme poète
française. Elle nous a laissé des poèmes d’amour et un
recueil de fables.
LE RENARD ET LE
CORBEAU
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Le Renard et le Corbeau
Le Renard du corbeau loua tant le ramage,
Et trouva que sa voix avait un son si beau,
Qu’enfin il fit chanter le malheureux corbeau,
Qui de son bec ouvert laissa choir un fromage.
Isaac de
Benserade. (1612 — 1691)
Fréquentant les salons littéraires, spirituel, il connut le
succès avec quelques tragédies, et des poèmes précieux qui
le firent élire à l’Académie française. Il transforma les
Fables d’Ésope en autant de quatrains en 1676.
LE CORBEAU ET LE
RENARD
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Certain jour que des prés il rasait la surface,
Maître corbeau, sur le gazon,
Trouve un morceau de chair. Soudain, l’oiseau vorace,
Ignorant que l’appât recèle du poison,
L’enlève, et prend son vol vers le prochain vallon.
Là, perché sur un arbre, et contemplant sa proie,
Avant de l’avaler, il croasse de joie.
Heureusement pour lui, ses sauvages accents,
Que les échos rendaient encore plus perçants,
Attirent un renard. L’hypocrite compère,
De loin, lorgne le mets, l’examine, le flaire,
Estime qu’il sera des plus appétissants.
Il salue humblement le sire au noir
plumage :
" Oiseau de Jupiter, accepte mon
hommage !
Cria-t-il au corbeau. Que je dois te
bénir !
Tu nourris ma vieillesse avec un soin unique,
Et, d’un renard goutteux, cassé, paralytique,
Ta bonté, chaque jour, peut bien se souvenir.
-- Pour qui me prends-tu, je te prie ?
Interrompt le corbeau. -- Pour l’aigle généreux,
Appui de ma mourante vie,
Qui daigne, chaque jour, venir, du haut des cieux,
M’apporter à dîner dans ce lieu solitaire.
- Oh !
oh !
je passe donc pour un aigle à tes yeux !
Dit le corbeau tout bas ;
il s’y connaît, je pense,
Avec l’aigle, en effet, j’ai quelque ressemblance.
Allons… De l’envoyé du souverain des Dieux
Soutenons jusqu’au bout le rôle glorieux,
Et donnons au renard ce mets pour récompense. "
Il dit, lâche sa proie, et regagnant les airs,
Feint de se diriger au séjour des éclairs.
Le renard, d’une dent gloutonne,
Fond sur le mets empoisonné.
Vous devinez son sort. Bientôt l’infortuné
Ressent d’affreux tourments. Il s’agite, il frissonne,
À l’aspect du trépas dont l’horreur l’environne.
Il expire dans les douleurs.
Que ne peuvent ainsi périr tous les
flatteurs !
Louis Jauffret.
(1770 — 1850)
Il fut proviseur du Lycée de Monbrison, puis secrétaire de
la Faculté de Droit à Aix-en-Provence. Son recueil de
Fables est daté de 1814
DU CORBEAU ET DU
RENARD
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Un noir corbeau dessus un arbre était
Et en son bec un fromage portait
Qu’il avait pris ;
un renard, d’aventure,
Passait par là qui cherchait sa pâture,
Et, voyant le corbeau et sa proie,
La convoita, puis s’arrête en la voie,
Et, en louant faussement le corbeau,
Dit :
« Mon ami, que ton plumage est beau !
J’aperçois bien à cette heure que non
Est vrai le bruit et le commun renom :
Car chacun dit que noir est ton plumage,
Mais il est blanc, voire blanc davantage
Que neige n’est, ni le lait, ni les cygnes.
Si donc avec tes plumes tu avais
Le chant plaisant et délectable voix,
Certes, ami, je te jure ma foi
Que tu serais sur tous oiseaux le roi. "
Lors le corbeau, ému de gloire vaine,
Ouvre le bec, et de chanter prend peine,
Et le fromage alors chut promptement.
Renard le prend et fuit soudainement.
Le corbeau crie en se voyant déçu :
" Je suis trompé, je l’ai rien aperçu,
Et connais bien qu’on ne doit jamais croire
À un flatteur qui donne vaine gloire. "
Gilles Corrozet.
(1510 — 1568)
Libraire et imprimeur, il est l’auteur de nombreuses œuvres
didactiques. Il versifia en langue française les fables
d’Ésope en 1542.
LE CORBEAU ET LE
RENARD
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Maître Corbeau, voyant Maître Renard
Qui mangeait un morceau de lard
Lui dit :
« Que tiens-tu là, compère ?
Selon moi, C’est un mauvais plat.
Je te croyais le goût plus délicat.
Quand tu veux faire bonne chère,
T’en tenir à du lard !
Regarde ces canards,
Ces poulets qui fuient leur mère ;
Voilà le vrai gibier de messieurs les
renards :
As-tu perdu ton antique prouesse ?
Je t’ai vu cependant jadis un maître escroc.
Crois-moi ;
laisse ton lard ;
ces poulets te font hoc,
Si tu veux employer le quart de ton adresse. "
Maître Renard ainsi flatté,
Comme un autre animal, sensible à la louange,
Quitte sa proie et prend le change.
Mais sa finesse et son agilité
Ne servirent de rien ;
car la gent volatile
Trouva promptement un asile.
Notre renard retourne à son premier morceau.
Quelle fut sa surprise !
il voit Maître Corbeau
Mangeant le lard, perché sur un
branchage ;
Et qui lui cria :
« Mon ami,
À trompeur, trompeur et demi !
«
Henri Richer.
(1685 — 1748)
Avocat au parlement de Rouen, il « monta » à
Paris où il devint vite célèbre en écrivant pour le
théâtre. Il publia également plusieurs recueils de Fables.
Le Renard et le
Corbeau
ou si l’on préfère
La (fausse) Poire et le (vrai) Fromage
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Or donc, Maître Corbeau,
Sur son arbre perché, se disait :
« Quel dommage
Qu’un fromage aussi beau,
Qu’un aussi beau fromage
Soit plein de vers et sente si mauvais…
Tiens !
Voilà le renard. Je vais,
Lui qui me prend pour une poire,
Lui jouer, le cher ange, un tour de ma façon.
Ça lui servira de leçon !
«
Passons sur les détails, vous connaissez
l’histoire :
Le discours que le renard tient,
Le corbeau qui ne répond rien
(Tant il rigole !),
Bref, le fromage dégringole…
Depuis, le renard n’est pas bien ;
Il est malade comme un chien.
Jean-Luc Moreau.
(né en 1937) (sous réserve de l’autorisation de l’auteur.)
Jean-Luc Moreau est linguiste. Il est aussi traducteur de
poèmes. Sa poésie est pleine de tendresse et appréciée par
les petits comme par les grands.
LE CORBAC ET LE
ROCNEAU
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Un pignouf de corbac, sur un touffu, paumé,
S’envoyait par la tronche, un coulant barraqué.
Un goupillé d’rocneau qui n’avait pas clappé,
Se radina lousdé pour le baratiner :
" Hé !
Mon pote le corbac,
Je n’avais pas gaffé que t’étais si chouette
Et si bien baraqué.
Si tu pousses ta gueulante aussi bien que t’es fringué,
T’es l’caïd des mecs de ce bled !
«
Le corbac, pas mariole,
Lui lâcha le coulant sur la fiole.
Moralité :
Chacun, dans son louinqué,
S’il veut rester peinard,
Doit fermer son clapet
Devant les combinards.
Jean de la
Pisseuse.
Version argotique connue depuis fort longtemps, qui a fait
les délices de générations d’écoliers et de collégiens,
dont on ne connaît malheureusement pas le créateur.
LE CORBAC ET LE
GOUPIL
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Un pignouf de corbac sur un abri planqué
S’envoyait par la fiole un coulant barraqué.
Un goupil n’ayant eu qu’un cent d’clous pour bectance,
S’en vint lui dégoiser un tantinet
jactance :
Salut, dab croasseur !
Lui bonnit-il d’autor.
En disant qu’t’es l’plus beau, j’ai pas peur d’avoir
tort !
Si tu pousses la gueulante aussi bien qu’t’es nippé,
T’es l’mecton à la r’dresse des mectons du
boicqué !
«
À ces ragots guincheurs qui n’étaient pas mariolles,
Le corbac lui balance le roulant par la fiolle.
" Enlevé, c’est pesé, j’tai baisé, dit l’goupil.
Fais bien gaffe aux p’tits gonzes qui t’la font à l’estoc,
Et t’gazouillent par la couâne des bobards à
l’esbroff. "
Bernard Gelval
Version argotique dont on connaît le
créateur :
Bernard Gelval. Elle parut en 1945 dans une traduction en
argot des Fables de La Fontaine. Le fantaisiste Yves Deniau
la reprenait sur scène (dans
l’après-guerre).
LE RENARD ET LE
CORBEAU
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Le renard du corbeau loua tant le ramage,
Et trouva que sa voix avait un son si beau,
Qu’enfin il fit chanter le malheureux corbeau,
Qui de son bec ouvert laissa cheoir un fromage.
Un corbeau tenait un fromage dans son bec. Un renard en
sentit l’odeur, et s’avançant vers le
corbeau :
que vois-je, lui dit-il d’un air surpris ?
On m’avait fait entendre que votre plumage était noir. Hé,
grand dieu !
celui d’un cigne n’est pas plus blanc. De grace, seigneur
corbeau, permettez que je vous contemple un moment tout à
mon aise. Sans flatterie, vous me semblez si beau, que je
ne puis me lasser de vous admirer. Mais, ajouta-t-il en
adoucissant sa voix, je suis bien persuadé que la beauté
n’est pas la seule perfection qui vous distingue. La
nature, qui s’est plu à vous rendre le plus accompli de
tous les oiseaux, vous a donné sans doute une voix
divine ;
et pour bien chanter, il n’est, j’en jurerais, dans nos
bois, que vous et le rossignol. À ce discours, le corbeau,
tout transporté d’aise, voulut faire connaître que le
renard ne se trompait pas, et ouvrit le bec pour
chanter ;
mais en l’ouvrant, il laissa tomber sa
proie ;
et le renard, s’en saisissant, prit aussitôt congé du
corbeau, aussi satisfait, disait-il en le raillant, de la
bonté du fromage, que de la beauté de sa voix.
Ce corbeau que transporte une vanité folle,
S’aveugle et ne s’aperçoit point
Que pour mieux le duper, un flatteur le
cajole :
Hommes, qui d’entre vous n’est corbeau sur ce
point ?
Ésope. (620 —
560 av. J.C.) (texte de l’édition de 1801, Édition Billois,
Paris orthographe respectée)
Ésope, né esclave, difforme et condamné à mort est un
personnage légendaire plus qu’historique. Mais il est
considéré comme le père de la Fable. Les fabulistes
« modernes » s’en sont largement inspirés.
Renart et
Tiécelin le Corbeau
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Entre deux collines, dans une plaine,
juste au pied d’une montagne,
à droite, en amont d’une rivière,
Renart vit un endroit délicieux
et fort peu fréquenté
où se dressait un hêtre.
[ Il traverse la rivière pour aller tout droit
au pied de l’arbre ;]
Il en a fait le tour,
puis s’est couché sur l’herbe fraîche,
il s’y prélasse, s’étire :
le voilà descendu dans une bonne auberge !
Il n’a nulle envie d’en changer
pourvu qu’il y trouve de quoi manger.
Cette halte le comble de joie.
Au contraire, Tiécelin le corbeau,
qui n’avait rien mangé de la journée,
ne se souciait pas de flâner.
La nécessité lui a fait quitter le bois
et, fendant les airs, il est venu à un enclos
discrêtement, en tapinois,
impatient de passer à l’attaque.
Il vit des fromages, un millier,
qu’on avait mis à sécher au soleil.
La femme chargée de les garder
était entrée chez elle.
Tiécelin, quand il découvre
cette aubaine, s’élance.
Il en a pris un :
pour le lui reprendre
la vieille se précipite au milieu de la rue.
Elle voit Tiécelin et lui jette
des cailloux et des pierres tout en
criant :
" Voyou, tu ne l’emporteras pas en
Paradis !
«
Tiécelin la voit dans tous ses états :
" La vieille, réplique-t-il, si l’on en parle,
tu pourras dire que je l’emporte,
à bon droit ou non.
J’ai eu tout le temps de le prendre :
mauvaise garde nourrit le loup.
Surveillez mieux les autres.
Quant à celui-ci, vous ne le reverrez
plus :
je vais plutôt en blanchir mes moustaches
avec entrain et allégresse.
J’ai couru le risque de le prendre
en le voyant tendre,
crémeux, parfumé.
Voilà ce que j’ai obtenu de votre amitié.
Si je parviens à le transporter jusqu’à mon nid,
je le mangerai tout à mon aise
ou cuit à l’eau ou bien rôti.
Maintenant, rentrez chez vous car je m’en vais. "
Alors il s’en retourne et va directement
à l’endroit où se trouvait Renart.
Un véritable rendez-vous,
Renart en bas et l’autre au-dessus,
avec cependant cette différence
que l’un s’empiffre et que l’autre bâille de faim.
Dans le fromage fait à cœur,
Tiécelin frappe à grands coups de bec
tant et si bien qu’il l’entame.
Il en a mangé, malgré la dame
qui lui a lancé tant d’injures quand il s’en empara,
la partie la plus crémeuse et la plus tendre.
Il frappe à coups redoublés,
sans se rendre compte qu’il en a fait tomber
un petit bout à terre,
devant Renart, qui l’a vu.
Celui-ci, quand il a reconnu l’animal,
hoche la tête
puis se redresse pour mieux voir :
il découvre, tout en haut, Tiécelin,
son compère de longue date
avec un bon fromage entre ses pattes.
Amical, il l’appela :
" Par tous les saints du ciel, que vois-je
là-bas ?
Est-ce vous, noble compère ?
Que repose en paix l’âme de votre père,
sire Rohart qui savait si bien chanter !
Plus d’une fois, je l’ai entendu proclamer
le meilleur chanteur de France.
Vous-même, lorsque vous étiez petit,
vous aviez l’habitude de vous exercer laborieusement.
Vous en reste-t-il quelque chose ?
Chantez-moi une ritournelle. "
Tiécelin, ainsi encensé,
ouvre le bec et lance un cri.
Renart lui dit :
« Fort bien :
vous avez fait des progrès,
mais si vous le vouliez,
vous pourriez atteindre l’octave supérieure. "
L’autre, qui se pique de bien chanter,
recommence à crier :
" Mon Dieu, s’émerveille Renart, comme votre voix
devient claire,
comme elle devient pure !
Si vous renonciez à manger des noix,
vous chanteriez le mieux du monde.
Chantez donc une troisième fois !
«
L’autre s’époumone
et, tout à son effort, il ne s’aperçoit pas
que sa patte droite se desserre.
Et le fromage de tomber à terre
tout juste aux pieds de Renart.
Le coquin, dévoré
par la gourmandise,
se garda bien d’y toucher
car, en outre, s’il en a la possibilité
il a l’intention de s’emparer de Tiécelin.
Il a donc le fromage sous le nez.
Il se soulève, tant bien que mal,
il avance sa patte qui boite,
la peau toujours en lambeaux.
[ — ce sont la patte et le pied
que le piège a estropiés —]
Il désire que Tiécelin voie tout cela.
« Ah !
Dieu, se plaint-il, que ma part de bonheur
fut mince en cette vie !
Que faire, sainte Marie ?
Ce fromage sent si fort,
il empeste tellement qu’il m’aura bientôt tué.
Ce qui me tourmente le plus,
c’est que le fromage n’est pas recommandé pour les
blessures.
Je n’en ai aucune envie,
car la faculté me l’interdit.
Ah !
Tiécelin, par pitié, descendez !
Délivrez- moi de cette calamité !
En vérité, jamais je n’aurais fait appel à vos services
si je ne m’étais malencontreusement cassé la jambe
l’autre jour, dans un piège.
C’est un malheur
auquel je n’ai pu échapper.
Maintenant, je dois prendre du repos,
appliquer et étendre des emplâtres
jusqu’à réduction de la fracture. »
Ses larmes et ses prières
ont convaincu Tiécelin
qui descend de son arbre
mais son bond risque de lui coûter cher,
si Renart peut l’attraper.
Tiécelin n’ose s’approcher ;
aussi, le voyant plein d’appréhension,
Renart se mit-il à le rassurer :
« Par Dieu, dit-il, rapprochez-vous
donc !
Quel mal peut vous faire un blessé ? »
Renart se tourna de son côté.
L’étourdi, trop confiant,
ne le vit même pas bondir.
L’autre comptait l’attraper, mais il le
rata :
quatre grandes plumes seulement
lui restèrent entre les dents.
Tiécelin s’écarte, bouleversé
par tant d’ingratitude.
Il regarde avec attention tout autour de lui.
« Ah !
Dieu, dit-il, comme j’ai manqué
de vigilance aujourd’hui !
Je n’imaginais pas que je serais victime
de ce salaud de rouquin, de cet estropié
qui m’a arraché quatre plumes
à l’aile droite et à la queue.
Sa place est en enfer :
oui, vraiment, c’est un fourbe, un traître,
j’en ai maintenant la preuve. »
Tiécelin est alors dans une rage folle :
lorsque Renart veut se justifier,
il l’interrompt,
peu disposé à entendre sa défense
et lui dit :
« Gardez le fromage !
C’est le seul bien que vous aurez de nous aujourd’hui.
J’ai été bien fou de vous croire
en vous voyant boiter. »
Aux propos grondeurs de Tiécelin,
Renart s’abstint de répondre un seul mot.
Il s’est vite consolé de sa déconvenue
en mangeant tout le fromage.
Il regrette seulement d’en avoir si peu,
c’est le meilleur des remèdes.
Le déjeuner terminé,
il trouva que depuis sa naissance
il n’avait jamais, dans aucun pays,
mangé un fromage de cette qualité
et sa plaie ne s’en est pas portée plus mal pour autant.
Sur ce, il s’en va sans ajouter un mot.
Lo Corbé et lo
Renà
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On corbé s’étâi aguelhi
Au fin coutzet d’on gros nohî,
Et portâv’à son bè onna tomma dè tchîvra
Que pèsavè bin onna livra.
L’avâi cein robâ ne sé iô,
et l’étâi z’allâ se hiaut
Pâ rupê ci bon bocon
Sein êtrè vu dè tzacon.
Mâ lo renà,
Qu’avâi tota la né et por rein verounâ,
Et que n’avâi pas dèdjonnâ,
Sè peinsa dainse :
« Tot parâi,
Se pouâvo lei teri cilia tomma que l’a prâi.
Cein mè refarâi bin la panse,
Câ i’é na fam dè la mètzance ;
«
Et lo renà dese dainse à l’ost :
" Hé !
salut !
l’è tè, m’n ami ?
Cein va-t-e ?
Cein va-t-e l’affére ?
Que t’i portant galé !
te resseimblhe à ton pare.
Dis donc, aublha-mè vai cilia galésa tzanson
Que te desâ l’autr’bi su le grand
sapalon :
Avoué ta balla voix te la sâ tant bin
dere !
Câ, por mè, tè lo dis, baillèré pas on pere
Dè ti ciliâu bouailan, qu’on oû,
Que ne fant que relasi tot le dizo per lo boû. "
Lo corbé, qu’avâi prau d’orgouet,
Ne fâ pas lo canâ mouet
Et l’âuvrè lo bè por tzantâ :
Iô la tomma tci-que-bas,
Et lo renâ n’la manquè pas ;
Quand sè fut reletzi, que l’eut tot ‘agaffaïe,
Le fe na bouna recaffâïe,
Et dese âu corbé :
« Acuta, m’n ami ;
Faillâi medzi tot le premi
La temma que t’avâ, et pu tzantà api. »
Louis Favrat
(XIXeme siècle)
Cette pièce est écrite en patois de Suisse Romande, que
l’auteur fait raconter par un Vaudois.
LI CORBEAU Y LI
CHACAIL
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On jor, Mosio Corbeau
Qui z’iti sor on z’abre, rôt afi t’en haut
Y gardi dans on boche on fromage
(Ji crois qui l’a voli dans l’village.)
Mosio Chacail qui viendra por prom’ner,
Y dira :
« Ji trovi, pour ji biann dijouner !
«
Alors y viendra à côti di corbeau,
Y loui dit :
« Comme vos ites beau !!
Vos avi one bil manteau ;
On bil gili, one bile capote ;
Y ji croir qui si vout chanson,
Y sont di mimes zitoff’qui vout pantalon
Vos ites li soltann dit cit itablissement. "
Li corbeau qui son biann content,
Il ovrir son boche one moment,
Por ji chante one chanson di la Fabourite.
Ma mosio li Chacail, y son corir biann vite
Afic on grann corage !!!
Por trapi li fromage,
Qui son tombi.
Apri ?
y s’a sovi.
Li corbeau y ristrat tot à fi coillion.
Traduction
Un jour, Monsieur Corbeau
Qui était sur son arbre, tout à fait en haut
Gardait dans sa bouche un fromage
(Je crois qu’il l’avait volé dans le village).
Monsieur Renard qui vient se promener,
Se dira :
« J’ai trouvé, pour bien déjeuner !
«
Alors il vient près du corbeau,
Il lui dit :
« Comme vous êtes beau !!
Vous avez un beau manteau ;
Et je crois que si votre chanson
Est de la même étoffe que votre pantalon
Vous êtes le sultan de cet établissement. "
Le corbeau qui est bien content,
Ouvre la bouche un moment,
Pour lui chanter sa chanson favorite.
Mais Monsieur le Renard se met à courir bien vite
Avec son grand courage !!!
Pour attraper le fromage,
Qui est tombé.
Après ?
Il se sauve.
Le corbeau se trouva tout à fait idiot.
Tiré des
« Fables de Kaddour », de Kaddour-Mermet, Balland
éditeur, 1972. « Tout ceux qui ont fréquenté les
Arabes ont pu remarquer le façon bizarre, mais invariable,
dont ils accommodent la langue française. C’est un idiome
spécial, passé dans l’usage, et qui tient à la fois de
l’arabe, des patois méridionaux, du français, de l’hébreu,
et même de l’argot (Georges Moussat) «.
LI CORBEAU Y LI
CHACAIL (2)
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On jor j’y bromini bor en bas di ravin,
Ji mi souit embiti, comme one crote di
apin ;
I fisit one chalor qui ji dit dropicale,
Pit être ti dira :
ji mit fot pas mal.
Bas di tout mon zami, barc’qui cit chalor
I ma fi voir one chos’itonnante ma paror.
Ji t’a dit qui fi chaud, i bor cit rison,
Dissous on gran zeboudj, ji cochi por di bon
Pendant qui ji dormi vos en avi di bites
Qui por pas s’ennuyer, i fisi la causite,
Ji livi mon tite, i ji voir bor en haut,
On z’oizeau noir ;
ji crois vos apil on corbeau ?
I tini dans son boche on morceau di grouyire
Os qui l’a ramassi, ça ni pas vot affire ;
I bien !
por moi aussi, c’it tot à fit igal.
Ma ci pas ça qui dit, on citoyen chacail
Qui son basi par là, fic on barbe di sapor
Migre, grili, fartasse, comme one tite di mort.
Il marchi, il alli bor divant, bor darrière,
Enfin ji crois, por dios, qui senti la grouyère.
Il marchi docement, i son fi di grimace,
I livi son chapeau ji voir son tite fartasse.
" Oh !
Oh !
iatek salem, ia sidi corbeau ;
Comme vos ites joli, comme vos ites beau.
I ji crois divini rien qu’à vot’gibus,
Qui ton chimise i sort di ma mison Pirtus.
(Regardant le fromage).
" Vos l’avi t’achiti, chi mon zami
Folco ?
Ji crois qui vot viston y sort di chi Gerbeau. "
Li corbeau ripond pas, i moque di cit crapoul.
Li chacail dit chouïa, j’vas ti torni la boule.
I ritourni i loui dit :
« Ji crois vo chanti bien
On dit qui t’a zone voix !!
Qui vos ite mousicien !!
Chanti nous Zozifine, ou la Petite Anglise,
Ma ji vos en souplie, chante pas la Marseillise. "
Li corbeau i l’acoute, i bor fir son malin
I lâche son cascroûte, qui tombi dans l’ravin.
Li chacail i courir, i l’attrape aussitôt
I si sauve en corant, plous vite qu’on chameau
Avant i si ritourne, li voyant tot en larmes,
I loui dit :
« Ji mi sauve, barc’qui vian li gendarmes. "
MORALE
Si jord’hui por demain, ti saura gobernor,
Jami di criv’la faim di bisoan d’avoir por.
Barcani, ti diras :
« Citoyen di corage
" Va sarcher di corbeau si ti veux di fromage. "
Traduction
Un jour je me promenais en bas d’un ravin,
Je me suis embêté, comme une croûte de
pain ;
Il faisait une chaleur que je dirais tropicale,
Peut-être me diras-tu :
je m’en fiche pas mal.
Pas du tout mon ami, parce que cette chaleur
M’a fait voir une chose étonnante ma parole.
Je t’ai dit qu’il faisait chaud, et pour cette raison,
Dessous un grand olivier, je me suis couché pour de bon.
Pendant que je dormais il y avait des bêtes
Qui, pour ne pas s’ennuyer, faisaient la causette,
J’ai levé ma tête, et je voir en haut,
Un oiseau noir ;
je crois que vous l’appelez un corbeau ?
Il tenait dans sa bouche un morceau de gruyère
Où il l’avait ramassé, ça n’est pas votre
affaire ;
Eh bien !
pour moi aussi, c’est tout à fait égal.
Mais ce n’est pas de ça qu’on discute, un citoyen renard
Qui passait par là, avec une barbe de sapeur
Maigre, grêle, teigneux, comme une tête de mort.
Enfin je crois, pour dieu, qu’il sentit le gruyère.
Il marchait doucement, en faisant des grimaces.
Il leva son chapeau, je vis sa tête teigneuse.
" Oh !
Oh !
bonjour, Monsieur Corbeau ;
Comme vous êtes joli, comme vous êtes beau.
Je crois deviner rien qu’à votre gibus,
Que votre chemise vient de la maison Pirtus.
(Regardant le fromage)
Vous l’avez acheté, chez mon ami Folco ?
Je crois que votre veston vient de chez Gerbeau. "
Le corbeau ne répond pas, il se moque de cette crapule.
Le renard se dit tout à l’heure, je vais lui tourner la
tête.
Il retourne lui dire :
« Je crois que vous chantez bien
On dit que vous avez une voix !!
Que vous êtes musicien !!
Chantez nous Joséphine, ou La Petite Anglaise,
Mais je vous en supplie, ne chantez pas la
Marseillaise. "
Le corbeau l’écoute, et pour faire son malin
Il lâche son casse-croûte, qui tombe dans le ravin.
Il renard y court, l’attrape aussitôt
Et se sauve en courant, plus vite qu’un chameau.
Avant, il se retourne, le voyant tout en larmes,
Il lui dit :
« Je me sauve, parce qu’il vient des gendarmes. "
MORALE
Si aujourd’hui ou demain, tu sais gouverner,
Jamais de mourir de faim tu n’auras peur.
Laisse-moi, tu diras :
« Citoyen du courage
Cherche un corbeau si tu veux du fromage. "
L’ami Corbeau et
l’Ami Renard
(Version Vaudoise)
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C’t ami Corbeau, sur un arbre ganguillé
Tenait à plein bec une tomme.
C’t ami Renard, le tarin chatouillé
Lui tint ce discours à la gomme :
Hé !
salut c’t ami Corbeau,
T’es rude joli, t’es même fin beau !
Crénom de sort, si ta batoille
Vaut ce plumage qui pendoille,
T’es le tofin des forêts du Jorat.
À ces mots, le Corbeau qui trouve ça estra
Ouvre tout grand son four
Et lâche ses dix-heures.
Le renard chippe la tomme et dit :
Pauvre niolu, méfie-toi toujours des lulus
Qu’ont la langue bien pendue.
Cette leçon vaut bien une fondue !
Le Corbeau dépité, conclut :
Ch’us tondu, j’ai perdu, plus jamais je s’rai
eu !
Version Vaudoise
dégotée sur le Web
Le Renard et le
Corbeau
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Un Renard voyant un fromage dans le bec d’un Corbeau, se
mit à louer son beau chant. Le Corbeau voulut chanter et
laissa choir son fromage que le Renard mangea.
On peut s’entendre cajoler,
Mais le péril est de parler.
Charles Perrault
(1628 — 1703)
Charles Perrault (1628 — 1703) est connu pour les
« Contes de ma Mère l’Oye », mais ils ne
représentent qu’une petite fraction de son œuvre. Il a
composé trente-neuf fables qui correspondent aux
trente-neuf fontaines du Labyrinthe de Versailles
représentant chacune une fable d’Ésope traduite et remaniée
en quatrain par Bensérade, tandis que des personnages en
bronze l’illustrent. Perrault a composé les siennes en les
transposant dans le registre de la
galanterie :
on a ainsi un parcours initiatique de l’amour, une suite de
préceptes destinés à guider les amants dans le labyrinthe
de l’amour. Perrault a également écrit une très belle
biographie de La Fontaine dont il était l’ami et le
confrère sur les bancs de l’Académie
Française
Le Corbeau et le
Renard (III, 15)
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Sur le haut d’un chêne, un Corbeau
Tenait dans son bec un fromage ;
Quel est ce merveilleux Oiseau
Que je vois sur ce branchage ?
Dit un Renard :
qu’il est grand, qu’il est beau
Rien n’approche de son plumage ;
Aux moindres rayons du soleil,
Il prend mille couleurs d’un éclat sans pareil.
Aimable Oiseau je vous salue ;
Si vous charmez l’ouïe aussi bien que la vue,
Je vous tiens le plus beau des habitants de l’air,
Sans même en excepter l’oiseau de Jupiter.
L’Oiseau pipé fit son ramage,
Et laisa tomber son fromage.
Corbeau, dit aussitôt le Renard qui le prit,
Vous avez tout hors de l’esprit.
Louer en face est une lâche ruse
Et pour s’y laisser prendre il faut être bien buse.
Charles Perrault
(« traduction "- adaptation de Faërne)
Perrault a traduit les Fables de Faërne, mais en les
modifiant assez souvent, parfois à tel point qu’on pourrait
tout simplement les nommer « Fables de
Perrault ". Elles méritent cependant d’être plus
connues qu’elles ne le sont.
ANTI-FABLE
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Maître Corbeau, qui n’était pas du tout perché sur un arbre
(parce qu’il avait le vertige et la peur du vide depuis
tout petit),
Ne tenait pas en son bec le moindre bout de fromage
(il faut dire qu’il avait horreur de tout laitage).
Maître Renard, que l’odeur n’avait pas alléché
(lui aussi avait une sainte horreur du lait sous toutes ses
formes),
Ne lui tint pas du tout de langage
(il ne parlait jamais aux gens de
plumes) :
" Que vous êtes laid !
Que vous ne semblez pas aussi beau qu’on le
dit !
(Renard avait horreur de faire des compliments).
Et en étant le plus beau des menteurs, si votre discussion
(Il aime raconter des blagues à cet ignorant)
Ne se rapporte pas à votre plumage
(Renard aurait d’ailleurs bien aimé le plumer, ce
corbeau !),
Vous n’êtes certes pas le phénix des habitants de ces
bois. "
(Là, il n’avait pas tort, le bougre)
À ces mots, le corbeau sent le colère qui monte en lui
(il va lui montrer à cet imbécile de Renard),
Et, pour mieux ne pas le clamer de sa belle voix
(c’est lui qui le pense),
Il n’ouvre pas son large bec, il ne laisse pas tomber sa
proie
(pas fou l’individu).
Le Renard ne s’en saisit pas et ne lui donne pas non plus
du :
« Mon bon Monsieur
(Il n’a pas un gramme de chance aujourd’hui)
N’apprenez pas que tout flatteur
(C’est une affaire franchement ratée pour
lui !)
Ne vit pas aux dépens de celui qui ne l’écoute point
(Il en fait l’amère découverte, Maître Renard).
Cette leçon ne vaut pas vraiment un fromage. "
(il n’a rien compris, l’autre n’en a pas !).
Le corbeau, heureux et gouailleur
(Il a le beau rôle, face à l’autre andouille),
Ne jura rien, au plus tôt, qu’on ne l’y prendrait peut-être
pas un jour prochain
(mais rigola de voir le renard s’en aller tout confus et
crétin) !!!
Composition originale. Auteur ???
UN JOUR, UN
CORBEAU ET UN RENARD
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Il y a de cela quelques années, un pauvre renard errait
dans les bois à la recherche de nourriture. Il était
affamé. Cela faisait bien plusieurs jours qu’il n’avait
rien envoyé à son estomac et ce dernier le lui rappelait
sans cesse.
Il faut vous dire que la sécheresse régnait dans le pays
depuis bien longtemps. Les arbres perdaient leurs feuilles
en plein cœur de l’été, les fleurs fanaient dès qu’elles
s’ouvraient. Les ruisseaux étaient à sec depuis plusieurs
semaines, et même la grosse rivière ne ressemblait plus à
rien de bien sérieux. Et le soleil tapait, dardait,
incendiait le monde entier…
Notre renard assoiffé et affamé aperçut soudain un jeune
corbeau perché sur la branche morte d’un vieux chêne. Il
avait l’air en bonne santé, le bougre !
Maître Renard s’approcha sans bruit… Il n’avait pas
l’intention de manger le corbeau ;
tout le monde sait bien que ces bestioles sont dures comme
des rochers. Il voulait seulement lui demander s’il avait
vu, ou aperçu, l’ombre d’un lapin, l’ombre d’un rat,
l’ombre du gazouillement d’une source, et il ne désirait
pas voir l’oiseau s’enfuir à son approche.
Tout en arrivant près de l’arbre, le Renard s’aperçut que
le corbeau tenait serré dans son bec un magnifique fromage.
Nous ne savons pas de quelle sorte de fromage il
s’agissait. Mais il était beau, formidablement beau, et
appétissant.
Il répandait une odeur superbe qui vous chatouillait
agréablement les narines. L’estomac du Renard se mit à se
tordre tellement la faim se réveilla brutalement. Rien à se
mettre sous la dent pendant plusieurs jours et brusquement
ce fromage… ce fromage…
Mais voilà…
Comment faire pour s’emparer du bien de ce
corbeau ?
Il était si haut perché dans son arbre !
Renard ne savait pas monter aux arbres. Il se souvenait
bien avoir essayé quand il n’était encore qu’un jeune
renardeau, mais cela avait toujours fini par une chute et
une belle bosse.
Notre compère s’assit donc sur son derrière, en-dessous de
la grosse branche où était installé Maître Corbeau.
Celui-ci ne regardait même pas le nouvel arrivant. Il
réfléchissait à un tas de problèmes compliqués que nous
autres humains ne pourrions pas comprendre. C’étaient des
problèmes de corbeau.
Soudain, le renard l’interpella :
" Eh !
Monsieur le Corbeau mon voisin, comment vous portez-vous en
ce beau matin ?
«
L’autre jeta un regard méprisant à cet espèce de monstre à
quatre pattes qui l’appelait son voisin. Il se dandina
d’une patte sur l’autre, sans daigner
répondre :
on ne répond pas à quelqu’un qu’on ne connaît pas, et qui
plus est a le culot de se faire passer pour votre voisin.
Et pourquoi pas votre cousin, pendant qu’il y
était !
Vraiment !
Les gens devenaient de plus en plus mal éduqués.
Renard soupira… Voilà un corbeau bien mal élevé,
pensait-il. Je me fais sympathique, et lui ne me répond
même pas. Il ne doit pourtant pas voir beaucoup de monde
par ici !
Peut-être est-il un peu sourd ?
De loin, je le croyais assez jeune, mais il semblerait
avoir quelques années de plus.
Il cria donc plus fort :
" Ohé !
Du Corbeau, mon ami !
Allez-vous bien ?
«
Nouveau dandinement sur la branche. Le corbeau avait bel et
bien entendu. Mais voilà !
Il ne pouvait ouvrir le bec, avec son énorme fromage,
coincé dedans. Il fit donc tout simplement la sourde
oreille.
" Monsieur du Corbeau !
reprit le renard. Voilà des lieues que je marche sans
rencontrer âme qui vive. Partout c’est la même désolation…
Et rien à se mettre sous la dent… «
Le Corbeau sourit. Ah !
Si ce renard croyait obtenir un morceau de fromage, il
pouvait toujours attendre. Il n’aurait
rien !
Il ne faisait pas un temps à donner quelque chose à
quelqu’un !
" Vous ne dîtes rien ?
continuait l’autre. Pourtant vous ne devez pas rencontrer
beaucoup de monde par ici !
Je pensais que vous aimeriez causer un peu… J’ai aperçu de
loin votre magnifique… plumage et me suis dit que nous
pourrions être de compagnie. "
Le corbeau haussa une plume de l’aile droite, puis une de
l’aile gauche. Son plumage… L’autre l’avait remarqué, son
beau plumage, qu’il passait une grande partie de son temps
à lisser chaque jour, doucement, calmement, auprès d’une
source babillarde qu’il était le seul à connaître, et dont
il garderait toujours l’existence secrète. Il adorait se
mirer dans son eau claire et limpide, vérifiant si tout son
plumage était net et parfaitement en ordre. Il n’était pas
comme certains de ses semblables, crottés et boueux, qui ne
prenaient pas soin de leur personne… Renard le félicitait
et il en était fort content, ma foi !
" Monsieur du Corbeau !
N’entendez-vous pas ma voix ?
Vous êtes le plus bel oiseau de cette contrée. Le noir de
votre plumage resplendit et je comprends que vous restiez à
l’ombre de ce chêne centenaire, à l’abri de ce soleil qui
semble vouloir tout détruire alentours. Vous avez mille
fois raison de préserver un tel plumage !
«
Renard fouilla dans son esprit, à la recherche de mille et
une flatteries. Il comparait l’oiseau au dieu de la gent
ailée, à la grâce parfaite, à la plus belle vision du
moment. Le Corbeau se dandinait de plus en plus, levant une
aile, puis l’autre, émettant même quelques cris de gorge.
Le fromage, lui, restait rivé dans son
bec !
C’est alors que Renard eut une idée
grandiose :
" Savez-vous, Monsieur du Corbeau, que j’ai jadis
rencontré un frère de votre espèce, presque aussi beau et
intelligent que vous ?
C’était dans un pays étranger, il y a de cela quelques
années. Un volatile magnifique, que les autres auraient
bien voulu avoir pour roi. Lui aussi, d’ailleurs, aurait
bien voulu être leur roi. Malheureusement, autant son image
était parfaite, autant son langage et sa voix étaient
abominables et affreux. Dès qu’il ouvrait le bec, ce
n’étaient que jurons et grossièretés, d’une voix si haut
perchée que tous éclataient de rire. Il dut un jour
s’enfuir loin et resta seul au fond des bois. Seul comme
vous, Monsieur du Corbeau… «
Le Corbeau sursauta !
Quoi ?
Ce renard ridicule osait le comparer à ce minable individu
de l’autre bout du monde. Pire !
Il se permettait d’insinuer qu’il pouvait être cet être
infâme tout juste bon à crier des injures d’une voix de
fausset !
Ah !
Mais ça n’allait pas se passer ainsi…
L’oiseau prit une large inspiration, et ouvrit le bec pour
chanter de sa voix la plus travaillée, de celle qu’il
soignait journellement par de nombreux exercices, et qui
était, il est vrai, fort belle.
Pas de chance !
Dans sa hâte, il laissa tomber le fromage. Il le vit comme
dans un film au ralenti descendre mollement vers le sol et
s’écraser au pied du grand chêne, tout en bas, près de
l’autre…
Il voulut bien sûr le rattraper, il vola à sa recherche,
plongeant tel un caillou, mais l’éclat de rire de Maître
Renard le glaça jusqu’au sang :
" Ah !
Corbeau !
Que tu es bête !
Bougre d’imbécile !
Crétin de ces bois, et d’ailleurs !
Tu ne sais donc pas que ceux qui flattent les autres le
font le plus souvent par intérêt. C’est la plupart du temps
pour obtenir quelque chose en contrepartie… Eh bien,
maintenant tu le sais !
Fais plus attention la prochaine fois. Salut, Monsieur le
Corbeau, et merci pour la pitance !"
Et Renard s’en fut, tout heureux d’avoir roulé l’autre, et
d’avoir récupéré un fromage qui ma foi semblait fort
goûteux. Le Corbeau, quant à lui, était fort en colère et
très mécontent. Il se traita de bel imbécile, et promit
qu’on ne lui ferait plus à l’avenir ce genre de
plaisanterie. Mais il était bien tard, et il n’avait plus
qu’à se mettre en quête d’un autre repas.
Composition originale
MAITRE CORBEAU
ET JULIETTE RENARD
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Narrateur
Maître Corbeau, notaire à Coulommiers,
Tenait en son bec un million.
Juliette Renard, par l’odeur alléchée,
Lui tint à peu près cette chanson.
J. Renard
" Eh !
bonjour, Maître Corbeau.
Que tu me sembles beau !
Sans mentir, je vais même te le dire :
Je t’aime !
«
Narrateur
Maître Corbeau avait cinquante-cinq ans,
Une femme et quatre enfants,
Et des terres, des lacs, des étangs.
J. Renard
" Enlève un peu ton chapeau,
Tu es beau !
Tu es beau !
«
Narrateur
Et cet argent, enfin d’après les gens,
Il le tenait de ses parents, qui, toute leur vie,
Avaient grippé des sous, comme lui
Pour faire un million aujourd’hui.
J. Renard
" Quand tu sors de ton bureau,
Viens dans mon studio,
Rue des Grands-Manteaux,
C’est au sixième. Je t’aime !
«
Narrateur
À ce mot, Maître Corbeau ne se sent plus
De joie ;
et ouvre tout grand ses bras.
J. Renard
" Avoir vingt ans dans tes bras
C’est extra !
C’est extra !
«
Narrateur
On ne lui avait jamais parlé comme ça
Et bien sûr, il donne tout ce qu’il a
Ses maisons, ses actions, son gros million.
J. Renard
" La, la, la. La, la, la. "
Narrateur
Maître Corbeau, ayant bientôt tout croqué,
Se met alors à escroquer.
Maître Corbeau, notaire à Coulommiers,
Est bibliothécaire à la Santé.
J. Renard
" Je m’en vais, Maître Corbeau,
Avec un autre oiseau.
Cette leçon vaut bien un million, sans doute. "
Narrateur
Et là-dessus, Juliette Renard ajoute :
" Heureusement que ta femme est un
ange ;
Elle t’apportera des oranges. "
J. Renard
" Dans le fond de son cachot,
Qu’il est beau !
Qu’il est beau !
«
Narrateur
Quand il eut fait quinze ans,
Plus deux ans de mitard,
Gabriel Corbeau, tout confus,
Jura, mais un peu tard,
Qu’on ne l’y prendrait plus.
J. Renard
" La, la, la. La, la, la. "
Le corbeau et le
renard
Maître Corbeau,
sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
"Hé !
bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli !
que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. «
À ces mots le Corbeau ne se sent pas de
joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec,
Prend son fromage de sa main plumée,
D’une voix railleuse, lance au renard :
Eille beurslak, tu m’prends-tu pour un corbeau
français ???
Basé sur le
corbeau et le renard de Jean de La
Fontaine
Adaptée à partir
d’un court métrage de l’O.N.F.
CONTREFABLE
------------------------------------------------------------------------
Le corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait
plus !
Ayant un long moment médité l’aventure
Le Corbeau s’envola, avec l’espoir ténu
De dénicher dans la nature
Quelque chiche aliment à mettre à son menu.
Il scrutait la forêt, sous lui, lorsque soudain
Des coups de fusil retentissent.
Renard, surpris en plein festin,
Lâche son camembert et dans un trou se glisse.
" Oh oh !
dit Corbeau, l’occasion est trop belle !
«
Sur le fromage, il fond à tire-d’aile
Et dans les airs l’emporte sans tarder.
Juste à temps !
La main sur la gâchette
Cherchant à repérer de Goupil la cachette
Apparaît l’homme armé.
Mais du gibier qu’il traque il ne trouve point
trace :
Bredouille, le chasseur abandonne la chasse.
Par son larcin, Corbeau, sans le savoir,
A sauvé la vie du fuyard.
Tout penaud, le Renard sort alors de son antre
Et devant le Corbeau qui se remplit le ventre
Constate en soupirant :
« Je vais jeûner, ce soir !
«
Mais l’autre calmement descend de son perchoir
Et posant sur le sol ce qui reste du mets
Invite son compère à se joindre au banquet.
" Tu es rusé, dit-il, et moi je fends l’espace,
Ensemble nous formons un duo efficace.
Plutôt que de chercher l’un l’autre à nous voler
Pourquoi ne pas nous entraider ?
«
Honteux et confus, le Renard
De la proposition admit le bien-fondé,
Jurant, mais un peu tard,
D’exercer désormais la solidarité.
Gudule (Anne
Karali)
Anne Karali, dite Gudule, naît en Belgique en 1945.
Journaliste, elle collabore à plusieurs journaux, fait de
la radio, puis écrit pour les enfants. Ses écrits traitent
de manière simple et compréhensible des problèmes
d’actualité, des sujets graves.
LE CORBEAU ET LE
RENARD
(version destinée aux enfants)
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Un renard rôdait, en quête de nourriture. Il était en
chasse depuis le matin et il était affamé.
" Ce qui me plairait plus que tout au monde », se
disait-il plein d’envie, « ce serait un bon morceau de
fromage. "
Juste au moment où il pensait cela, il leva la tête vers
les branches d’un arbre devant lequel il passait. Il fut
sidéré de ce qu’il vit :
un corbeau se tenait dans l’arbre. Dans son bec il y avait
un fromage. Le renard se lécha les babines. D’une façon ou
d’une autre il lui fallait ce fromage.
" Oh, Corbeau, » fit-il d’un ton sucré, feignant
l’admiration la plus grande. « Que vous êtes
beau !
Vos plumes sont si noires et si douces, votre bec si
aquilin. Si seulement… «
Le renard s’interrompit en hochant la tête avec un air
d’hésitation. Le corbeau se pencha en avant, avide de
savoir la suite.
" Si seulement, » continuait le renard,
« votre chant pouvait être aussi beau que votre
apparence, vous seriez sans nul doute le roi des
oiseaux. "
Extrêmement flatté, l’oiseau ouvrit le bec tout grand et
croassa pour montrer sa belle voix. Mais il laissa tomber
le fromage. Le renard s’en empara aussitôt et s’enfuit
avec.
MORALITÉ :
Méfiez-vous des flatteurs. Ils ont une idée derrière la
tête.
Ésope, né
esclave, difforme et condamné à mort est un personnage
légendaire plus qu’historique. Mais il est considéré comme
le père de la Fable. Les fabulistes « modernes »
s’en sont largement inspirés.
VULPIS ET
CORVUS
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Qui se laudari gaudet uerbis subdolis
fere dat poenas turpi paenitentia.
Cum de fenestra coruus raptum caseum
comesse uellet celsa residens arbore,
uulpes ut uidit blande sic coepit loqui ;
" o qui tuarum, corue, pennarum est
nitor !
Quantum decorem corpore et uultu geris !
Si uocem haberes, nulla prior ales foret. "
At ille stultus dum uult uocem ostendere,
emisit ore caseum, quem celeriter
dolosa uulpes auidis rapuit dentibus.
Tum demum ingemuit corui deceptus stupor.
Hac re probatur, quantum ingenium
polleat ;
uirtute semper praeualet sapientia.
Phèdre.
LE CORBEAU ET LE
RENARD
(traduction de la fable de Phèdre)
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Aime-t-on à être loué dans des discours qui cachent un
piège ?
on en est ordinairement puni par des regrets et par la
honte.
Le corbeau avait enlevé sur une fenêtre un fromage. Il
allait le manger, perché sur le haut d’un arbre, lorsque le
renard, le voyant, se mit à lui adresser ces flatteuses
paroles :
« Combien, ô corbeau, ton plumage a
d’éclat !
Que de beauté répandue sur ta personne et dans ta
physionomie !
Si tu avais aussi la voix, nul oiseau ne te serait
supérieur. »
Le corbeau, dans sa sottise, en voulant montrer sa voix,
laissa tomber le fromage de son bec, et prestement le rusé
renard s’en empara de ses dents avides. Alors seulement le
corbeau gémit de s’être laissé tromper par sa stupidité.
Cette histoire montre combien l’intelligence a de
force ;
sur la vaillance, toujours l’emporte la sagesse.
Phèdre.
LE CORBEAU ET LE
RENARD
VERSION DE BABRIUS
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Un corbeau, tenant dans sa bouche un morceau de fromage, se
tenait perché en haut d’un arbre.
Un renard affamé qui voulait ce fromage s’adressa à
l’oiseau en ces termes :
" Sire Corbeau, vos plumes sont magnifiques, lustrées
et assorties à vos yeux, votre cou a un port inimitable. Un
aigle ne vous en déplaise, ne pourrait rivaliser avec vous,
et vos talents. Aussi, vous êtes le summum de
l’oiseau ;
pourtant, hélas, vous semblez muet… «
En entendant ces flatteries, le cœur du corbeau était empli
de fierté et de joie, et, laissant choir le fromage, il
s’exclama bruyamment :
« Croa, croa !
«.
Le rusé renard bondit sur le fromage et fit ironiquement
remarquer :
" Vous n’êtes pas malin, il me semble, vous avez cru à
mes paroles ;
vous aviez quelque chose, Sire Corbeau, ce fromage, mais
peu d’intelligence !
«
LOU CROU PI LOU
RENA
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Mètre Crou su n’abrou presha,
Tenive è chon bec on froumazhou.
Mètre Rena pe lou gou alesha,
Li tin a peu pré chô lingazhou.
E bonzhou, Monssu lou Crou.
Que vouz’éte plazè que vous me sèblô bravou.
Sè mèti che veutron ramazhou
Che ra peurte a veutron plemazhou,
Vouz’éte lou Ra du mondou de sé beu.
À sé mou lou Crou ne che chin pô de plazi.
Pi, pe montrô cha brava voua
Uvre on larzhou bec, lache shèr cha proua.
Lou Rena sè chazi, è li di,
mon bon Monssu,
Apreni que tou flatyo
Vi u dépè de chotye que l’étuyte.
Che la lesson vô bin on froumazhou, sè doute.
Lou Crou ontyo pi confu
Zhuzha mé on peu ta qu’on ne li prède plu.
Version traduite
de La Fontaine en Patois de Bresse. Nous ne savons pas de
quelle région de la Bresse exactement, les patois variant
quelque peu d’un village à l’autre.
À la façon de
Jean de la Fontaine, voici une fable très connue qui a été
transformée puis jouée sous forme de saynète.
Elle s’intitule :
Les trois corbeaux et le renard.
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Le
conteur
Le corbeau et le
renard… euh… les 2… les 3 corbeaux et le
renard…
Maîtres corbeaux
sur un seul arbre perchés tenaient en leur bec… non… sous
leur aile, chacun un fromage…
CORBEAU 1
Un camembert, pas trop fait… comme je l’aime…
CORBEAU
2
Du
gruyère
CORBEAU
3
Un petit
Babybel…
Le
conteur
Mais pourquoi
sous votre aile ?
CORBEAU 1
Ah !
Mais, tu as vu qui rôde !
Renard
Je ne rôde pas,
je ne fais que passer. Tout le monde a le droit de se
promener, non ?
Le
conteur
Et, pourquoi ces
fromages sous l’aile ?
CORBEAU
2
Parce que nous
sommes des corbeaux avisés, intelligents !
CORBEAU
3
Oui, par exemple
nous connaissons parfaitement les fables de Jean de la
fontaine
Le
conteur
ah
oui ?
CORBEAU 1
Le lion et le rat…
CORBEAU
2
La cigale et la
fourmi…
CORBEAU
3
Le corbeau et ce
voleur de renard !
Renard
(tout bas) En
voilà une nouvelle !
Voilà que les corbeaux deviennent savants, cultivés. On
aura tout vu !
(tout haut) Jamais je n’ai douté de votre culture,
messieurs.
CORBEAU 1
Et voilà, les flatteries recommencent…
Le
conteur
euh… Maître
renard par les odeurs alléchés… se demandait quelle ruse il
fallait maintenant utiliser.
Renard
Que vous
êtes…
CORBEAU
2
Je sais, je
sais,…..jolis, on est tous les trois jolis, magnifiques,
divins…
Renard
Sans mentir, si
vos ramages…
CORBEAU 1
CORBEAU
2
CORBEAU
3
Croââ…
Croââ… Croââ…
CORBEAU
3
Ce n’est plus un
ramage, c’est une opérette, que dis-je le hit parade des
chants d’oiseaux.
Renard
…se rapporte à
votre plumage…
Le
conteur
(Au
renard) :
Renard, tu en fais trop, tu te répètes, comme dans la
fable. Ca ne marchera pas !
À ces mots, les
corbeaux ne se sentent pas de… moqueries, ils ouvrent un
large bec….
CORBEAU 1
Allez, renard…
CORBEAU
2
Repars dans ton
terrier…
CORBEAU
3
Tu n’as plus
rien à faire ici.
Le
conteur
…et ne laissent
rien tomber…
Renard
Adieu donc, Vous
êtes devenus trop malins pour moi.
Le
conteur
De retour chez
lui, Renard croise un épouvantail.
Renard
J’ai une
idée ! !
CORBEAU 1
Vous n’avez pas entendu comme un bruit ?
CORBEAU
2
Renard rôderait
encore dans le coin que ça ne m’étonnerait
pas !
CORBEAU
3
Mais oui, c’est
notre cher Renard. Alors, tu ne trouves plus le chemin de
ton terrier ?
Renard
Si, mais… je
suis revenu vous avertir d’un grave
danger :
un fermier vous recherche, il paraît que vous avez goûté à
son grain ?
CORBEAU
3
Quoi !
(s’adressant aux autres corbeaux) Vous avez encore fait des
bétises ?
CORBEAU
2
Je n’en ai aucun
souvenir.
Renard
Là, derrière
vous !
CORBEAU 1
Au secours, le fermier !
Le
conteur
Et il ouvre ses
larges ailes, laisse tomber sa proie
CORBEAU
3
Et voilà, tu
t’es laissé avoir.
Renard
Merci
beaucoup.
Le
conteur
Renard a plus
d’un tour dans son sac…
Renard
À l’odeur… je
crois que c’est toi qui s’est laissé
avoir..
CORBEAU
3
Comment
ça ?
Renard
Je crois que le
fromage de ton cousin est plus frais !
CORBEAU
2
Cela ne
m’étonnerait pas, il ne fait jamais attention à ce qu’il
mange !
CORBEAU
3
Dis-donc,
cousin, renard se trompe, mon fromage est frais, l’odeur
vient du tien !
CORBEAU 1
Et quelle odeur !
La date limite de consommation doit être dépassée d’au
moins un mois.
Le
Conteur
Et voilà nos
corbeaux en pleine discussion, à la grande joie de
Renard !
Renard
Il faut vous
départager, je propose que CORBEAU 1 sente chaque fromage
et donne son verdict.
CORBEAU
2
Certainement
pas !
Je ne lui fais pas confiance.
CORBEAU
3
Il faudrait
plutôt un connaisseur.
CORBEAU 1
Mais, Renard est un fin gourmet !
Tout le monde vous le dira.
Le
Conteur
Corbeau 1 tenait
là sa vengeance…
Renard
Messieurs, mon
flair n’est plus à prouver. J’aide d’ailleurs souvent le
grand restaurateur de la ville à choisir ses camembert,
reblochon et autres délicieux fromages.
CORBEAU
2
Alors sens — moi
celui-ci !
CORBEAU
3
Voilà le
mien !
Le
Conteur
La vanité vous a
rendu bien imprudents…
Renard
Il n’est de si
bons fromages que je ne puisse goûter… ce que je vais faire
de ce pas dans mon terrier !
CORBEAU 2
CORBEAU
3
Au
voleur !
CORBEAU 1
Cette leçon vaut bien deux fromages, sans doute.
Le
Conteur
Les corbeaux
honteux et confus, jurèrent, mais un peu tard, qu’on ne les
y prendrait plus !
SOUVENIR
D’ENFANCE
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Voici la version
inventée par mon grand-frère il y a 18 ans de cela (il
avait 11 ans)
Je dois d’abord préciser que mes frères et moi ne
supportons pas le fromage.
Maître corbeau sur un arbre perché,
Tenait en son bec un reblochon.
Maître Renard par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage
- Hé, monsieur du Corbeau, que vous sentez mauvais,
Lâchez ce reblochon qui empeste toute la forêt…
Le corbeau, flatté, lâcha le reblochon,
Qui s’écrasa sur la tête du renard,
Qui jura, mais un peu tard,
Qu’on ne l’y prendrait plus.
Jean-Christophe.
Eh bien à l’époque, ça nous avait fait bien rigoler…
L’cornal et
l’renard
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J’ai retrouvé ce
texte en patois du Pas-de-Calais qu’un vieux monsieur m’a
donné il y a environ trente ans. Il le déclamait lors des
fêtes locales qui se déroulaient un peu à la mode des
revues parisiennes. Je l’ai reproduit tel qu’il l’avait
écrit mais si cela t’intéresse je peux demander à des
patoisants de la commune de le transcrire en patois
d’origine picarde. Ce texte est encore dit tous les ans
lors de repas des ainés par un « poulouche »
ancien boulanger de la commune.
Enn cornal in biau jour (du qu’al l’avaut été
querre ?)
Al s’étaut imparé d’in morciau d’caminbert
Et tout contint d’elle-même et d’ess bonne aubaine
Al s’étaut involé tout in haut d’in grand quêne
El fromach' d’el cornal y sintaut tellemint bon
Qu’in renard, ed s’in terrier, y n’a sorti tout d’in bond
Ah !
louarou qui dit, in diro qu’cha sin l’fromach'
S’inna par ichi, m’in passé, cha séro dommach'
I cachaut d' tout côté, quant’in l’vant sin musiau
Y’aperchut l’cornal, ed su ch’quêne, tout in hau
Aveucque ech' caminbert qui n’y mucho tout s’tête
Bin minsse qui dit ch’renard tout pindant qu’il l’arvette
Inne cornal ch’est si bête, in renard ch’est si malin
Al mingeraud et mi ej n’éro rien
Quel plaisir d’el sintir, non cha n’est pas conv’nappe
Ch’renard, in dijant tout cha, y s’aboul près d’ech lappe
Et pour flatter chel cornal y s’met à dire tout haut
» Et j’nai mi jamais vu, ed ma vie, parel
osiau !
Et y’est jamais possible eque cha seuche inne cornal
J' n’ai toudis pas vu d’si belle din tout l’futaille
Cha ché sur, jé n’min pon, si jamais sin cant min’me
Il est si biau à intinn' qu’à vir es habillemint
Y n’ia pas pu biau osiau du qu’in ira dins l’monde
Et din tout l’univers à chin lieu à la ronde"
In intindant tout cha, chet quel cornal, al gobeau
Et pour montrer ess bell' voix, vla qual eq minche in
morciau
Couac qu’al fait l’cornal, couac !
pardouffe ech caminbert
Inter les branques d’ech quêne, y dégringole tout jusqu’à
terre
Couac, qual fait l’cornal, couac !…
bravo qui dit ech glouton
Si t’voix al n’est pas belle, tin fromach' y’est bon.
El morale ed tout cha, si y faut vous l’apprinne
Ch’est qui n’faut pas parler,… tout le temps qu’in a
s’bouque plinne
Remarque :
il faut lire les (inne) « in » « ne"
« Le Petit Fûté »
ÉDITION SPÉCIALE
UN NOUVEAU TOUR
DE RENARD
ENCORE UNE ESCROQUERIE DU CÉLÈBRE BANDIT MASQUÉ
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À 20h30, dans le hall de l’hôtel « La Fontaine »
à Mathay, (25), Renard a dérobé le fameux fromage
« CROLAIT » apporté du bout du monde par Corbeau
Jones, l’aventurier.
Devant une nuée de journalistes déchaînés, Corbeau Jones
tenait une conférence de presse pour présenter au public
une découverte historique :
un fameux fromage fabriqué par un peuple primitif
d’Amérique du Sud, à base de lait de crocodile. Pendant une
courte pause, le Renard se fit passer pour
l’aventurier et, saluant les journalistes, sortit le
plus naturellement du monde, emportant le fromage sous le
bras. Ce n’est qu’à la réapparition du vrai Corbeau Jones
que la supercherie fut découverte. Mais cette fois les
photographes ont pu prendre des clichés du malfaiteur.
Si vous l’apercevez, contactez la Police, ou notre journal.
Y A ZOISO ON
S’APPELÉ LE CORBO
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Y a in Zoiso on s’appelé lé corbo
I monté sur un zarbre en haut en haut
Loin là bas pour bouffé son fromage
Mais y a in animal on s’appelé le Rena
Qui vit lui
I dit lui :
Hé corbo, bonjour !
Bonjour Missié Corbo
Ton fromage là i sent bon dê
Il est trop bon même !
Quand quelqu’un I joli comme toi,
I posé dans bon habitation comme ça
Joli feuilles de l’arbre là
C’est comme un Grand Chef.
Tu as droit mangé bon fromage quê !
Rena i dit tout ça, tout le quisquia,
alors corbo I content, I content jusqu’à…
I ouvri son bouche grand pour faire mâlin
Et le fromage I tombé
Le rena I prend frormage là
I bouffé, I dit corbo
O pkô !
Quand quelqu’un
Moyen blaguer toi, tu foutu.
Offert par YVES
DUGUEPEROUX
LE CORBEAU ET LE RENARD
(revu et corrigé par Françoise)
Maître corbeau, sur un arbre penché,
Portait à son cou un lainage.
Maître Renard, par l’hiver enrhumé,
Lui tint tout exprès ce langage :
"Hé !
bonjour, corbeau tout là-haut.
Que vous êtes vêtu !
Que vous me semblez avoir chaud !
Sans mentir, si à votre âge
Vous restez encore en nage,
Vous prenez le risque ne n’avoir bientôt plus de
voix. »
À ces mots, le corbeau ne se sent plus le
choix ;
Et pour faire ce qu’il se doit,
Il ôte d’un geste sec le lainage qui choit.
Le renard s’en vêtit, et dit :
« Mon bon monsieur,
Comprenez que tout docteur
Vit au dépend de celui qui l’écoute :
Cette écharpe sera ce qu’il vous en coûte".
Le corbeau, surpris et dévêtu,
Jeta au bon renard sa paire de moufles en plus.
Moralité :
Mieux vaut perdre son écharpe et ses mouffles
que perdre la face…
LE RONARD ET LE
CORBAC.
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Un pignouf de corbac sur un touffu planqué
Se goinfrait par la fraise un coulant barraqué
Un ronard un peu morne vint lui t’nir ctte jactance
Hè salut pote corbac, que vous etes choucard que vous etes
michto
Sans déblaterer si votre jactance ressemble a vos frusques
Vous etes le rupin d’la populace de ctte cambrousse
En esgourdant l’marle, l’corbac laisse tomber l’clacos
Et l’ronard à fond de cale lui criave sa jaffe rapidos
Moralité :
tout marle qui bonnit
Vit au dépens de celui qui l’entrave
Envoi de Bernard
ROBILLARD
Le Corbo i li
Rina
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Matin-là, Missié
Rina y quitté son lamison bon’heure pour faire son
prominade dans brousse.
Là-haut là-haut, dans son zarbre, zoizo qu’on pélé lui
Corbo y commencé bouffer son fromage bien-bon.
- Haïiii, fromage-là, c’est gaté complet !
son l’odeur, façon ça sent, faut pas je bouffé-lui, sinon
je vais gagné maux de ventre !
Mais Corbo y connait pas que Missié Rina il a vi lui…
(Hàààà !
Vrai aujourd’hui j’ai gagné chance, dé !!!
Héééé, voilà Corbo la-haut… Voilà aussi bon bouffement qui
tini dans son bouche !….
je vais blagué lui jusqu’ààààà…. y va faire son zazou y pi
son bouffement y tombé !)
"Héé !
Corbo bonzour ! »
- Qui c’est ça même ?
(type-là, on dirait il a quitté Hopital Bingerville,
matin-même !)
Y-a-quoi ?
Est-ce que moi-même je té connais ?
"Toi, ti mé connais pas, mais moi je té connais trop bien
même !
Tout le monde y connait toi !
T’yé grand type… T’yé pli grand que tous ton camarades
zoizos qui sont posés dansbrousse-là !"
- Mon vié !
Type-là y connait blagué l’homme, dé !
"Hééé, Missié Corbo, façon ti es zoli, façon ti es beau, ya
pas son deux dans Codivoire-même !
Oualaïiii, je parlé vérité !
Et pi on dit façon ton voix c’est doux, trop doux, y a pas
son pareil sur terre !
Tous les Alpha Blondy, les Tiken Ya et z’autres, à coté de
toi ça vaut rien !
Au nom de Dié !
Pardon Missié Corbo, faut ti chanté pour
moi !
et pi mon queurr y va trop content
bien-bon !"
Corbo y gonflé son gorge qu’on dirait chambre-à-air et y
commencé faire son malin… Rina y dit tout le quisquia pour
blaguer Corbo… Corbo y commencé saoulé… alors maintenant y
ouvrit son bouche pour chanter un pé… et voilà fromage y
tombé :
Rina attrapé-lui et bouffé-lui net !!
"Ti vois, Corbo, faut pas
écouter les gens qui blagué-toi, sinon y vont voler tout
ton l’arzent !"
- Héé Rina, toi ti es fou, ti es trop
couillon :
ti as bouffé fromage pourri… colique va trapper-toi fort
même !
"Tu dis quoi-même ?
Fromage pourri ???
Koutoubou !
Voilàmon ventre qui commencé couler…"
Morale (alitée) :
Li Rina, il a cabiné jusqu’ààààà……….
Maintenant y dit lui plus jamais y va blaguer
quelqu’un !
Et z’autres y disent :
- le Corbo, pas si bête que çà,
- li Rina, pas si futé que çà,
- mais pour gagner en finale, faut pas enlever fromage
quiest déjà dans la bouche d’un autre !
Jean David Ohana
LE
BEAUCOR ET LE NARRE (en verlan)
Un beaucor était chéper sur un brear. Avec
son queb, il tenait un gemafro, prêt à le géman.
Un narre arrive et meco il a faim, il veut le lui
lévo. Le narre fait des mentplicons au beaucor sur sa
tébeau et sur lijo voix. Au bout d’un menmo, le
beaucor téfla, se met à
téchan et laisse béton son gemafro.
Le narre teporlem et se quemo de zoloi.
Celui-ci, reju de ne plus se laisser gépier.
Moralité :
Il faut se fiémer des teurflas…
1.
Verlan
Le Beaucor et le Nareu (Ange Edal Tainefon)
Tremai Beaucor, sur un brare chéper,
Naite en son quaib un magefro.
Tremai Nareu, par l’eurdo chéallé,
Lui tint à peu près ce gagelan :
« Hé !
jourbon, sieurmo du Beaucor.
Que vous êtes lijo !
que vous me blessan beau !
Sans tirmen, si votre magera
Se rapporte à votre mageplu,
Vous êtes le Nixphé des hôtes de ces bois. »
À ces mots le Beaucor ne se sent pas de
joie ;
Et pour traimon sa belle voix,
Il ouvre un large quaib, laisse béton sa proie.
Le Nareu s’en saisit, et dit :
« Mon bon sieurmo,
Apprenez que tout teurfla
Vit aux pensedé de celui qui t’écoule :
Cette sonle vaut bien un magefro, sans doute. «
Le Beaucor, honteux et fucon,
Raju, mais un tard peu, qu’on ne l’y prendrait plus.
2. Contrepet
Le rebeau et le cornard (Jayne de la Fontan)
Maitre cornard sur un chèbre perbeau
Tenait dans son Mage un becfro
Maitre rebeau par l’odeur allénard
Lui tint à l’engrais ce peupage
Eh joursieur Monbon du beau corps
Que vous êtes logé, que vous me sens beau bli
M’en sentir si votre marrage ressemble à votre plumage
Vous êtes les inox des bêtes de ces fois
À ces mots le Cornard ne se soit pas de
Jean ;
Et pour voirer sa belle montre,
Il ouvre un barge lec, laisse béton sa proie.
Le Rebond s’en saisit, et dit :
« Mon art Monsieur,
Apprenez que t’heures flat tout
Vent aux dépits de célou qui le cuite :
Cette leçon vient beau un fromage, sous Dante. «
Le Corps fut, honteux con et beau,
Juta mais un peu rare, qu’on ne l’y prendrait plus.
3. Isovocalisme en e (AZ — mai 1999)
Le merle et le fennec (Gens des légendes)
Mère Merle, en chêne perché,
Serre en bec le Selles
Père Fennec, les sens tentés,
Célèbre et encense : »
Respects, Mère Merle.
Très sélect et svelte, et belle !
Tes lèvres et tes pennes,
Engendre le rêve des bêtes
En ces mélèzes et en ces frênes »
Mère Merle se sent en fête ;
Et perd le sens, écervelée
Elle se penche et le chèvre descend.
Le Fennec prend en ses dents, et égrène :
« Révérences, Merle,
Je me délecte et dépends des benêts :
Cette lèche-fesse est le dessert certes. «
Le Merle, berné et blessé,
Peste en serments de regrets éternels.
3. bis Le merle et le fennec (GEF
— octobre 1998.)
Messer le Merle, en ce verger perché,
En bec préserve ce chester.
Messer Fennec, de l’essence éméché,
Le hèle en ces termes de frère :
« Mes révérences, Père Merle.
Bel éphèbe céleste !
Esthète !
Gente perle !
Je ne mens :
tes vers, tes ensembles,
Tes chères pennes se ressemblent.
Je te vénère en chef et en elfe des bêtes. »
De tels encensements mettent le Merle en
fête ;
Se présente cette vedette :
Le bec enflé se fend et le chester s’éjecte.
Le Fennec le reprend, et jette :
« Excellent Père,
Le secret est très sévère :
Le lèche-fesses des benêts se sert.
Je vends cette pensée en termes de chester. »
Le Merle, hébété et gêné,
Se rend le lent serment de n’être re-berné.
3.ter Père Merle perché serre entre son bec le
bretzel ;
Mère Fennec est présente :
-Eh Merle, révérences !
jette Mère Fennec.
Père Merle se penche et le bretzel descend entre
Les dents de Mère Fennec.
Père Merle blême et berné peste ;
Mère Fennec se délecte et rentre chez elle.
(M.-C. Plassard).
3.quater Ganga and chacal (Pascal Kaeser
novembre 1998)
Agha Ganga dans catalpa
Agrafa par clap cantal gras.
Agha Chacal, captant santal,
Lâcha flagrant bla-bla bancal :
« Ah !
Salam, grand radjah Ganga.
Caramba !
Pas mal !
Charmant gars !
Sans fard, dans cas chant d’apparat
Valant falbalas d’Alhambra,
T’as Brahma dans sang, as flambant ! »
Galant bla-bla !
Ganga, bavant,
Campant La Callas dans « Martha »,
Cracha l’astral cantal par-là.
Chacal, l’attrapant, jacassa :
« Bah, fada !
Charlatan gagna,
Car flatta fat, canard vantard.
Va savant… sans cantal d’Allah ! »
Agha Ganga, hagard, blafard,
Sacra :
— Pas ça à la Scala !
4Raccourcis
Corbeau-Renard (J. de LAF)
Corbeau, fromage
Renard, langage :
Beau, si ramage égale plumage,
Vous Phénix
Corbeau joie ;
ouvre bec, fromage tombe.
Renard prend ;
moralise
Corbeau Grosjean
Clean Amen
5Abrégé
Le cornard (Jean-ne) (coupe éclair, coupe claire)
Cornard, sur un archet,
Jura, mais tard, que plus on l’y prendrait.
6S + 7,65
La Corniche et la Reinette (Jersey de la Force)
Matrone Corniche, sur une ardoise perméable,
Tenait en son béret une fuite
Matrone Reinette, par l’ogive alléchée,
Lui tint à peu près ce lardon :
« Hé !
borné moralisateur, du cornichon.
Que vous êtes joli !
que vous me semblez bon !
Sans mentir, si votre rapace
Se rapporte à votre pogrom,
Vous êtes le photomaton des huîtres de ces bonhommes. «
À ces mouillages la corniche ne se sent plus de
journée ;
Et pour montrer sa belle volve,
Il ouvre une large belle, laisse tomber sa prononciation.
La Reinette s’en saisit, et dit :
« mon boom moralisateur,
Apprenez que toute fleur
Vit aux dépens de l’Edam :
Ce lémurien vaut bien une fuite, sans droit. »
La corniche, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait poil.
7Argotique
Le Cave et le Vachard (Jeannot de Château-Lapompe)
Un Cave, bien planqué, kif un mac,
Bouffait en lousdé un calendos
Le gonze Vachard, sentant schlinguer l’matos,
Essaye de l’avoir à l’arnaque
« Hé !
ça boume Boss Lavedu,
T’es vraiment maous !
Et t’en jette un jus !
Sans charrier, si ta goualante
Est aussi bath que tes fringues
Roule les mécaniques, t’es l’caïd du bastringue. »
Esgourdant, fleur de nave se sent pus
pisser ;
Et pour pousser sa goualante
Il desserre ses ratiches, laisse tomber l’calendo.
Le Vachard s’le morgane, et bonnit :
« Mon poteau,
J' t’affranchis « si t’encaisse des salades
Tu te retrouves en deux coups les gros en calcif
Avec ton fromgi bouffé par le faisan
Qui t’l’a fait au boniment «
Le branque, allant au cri sur le ruban,
Renaude, fumasse, qu’on l’baiserait plus, bécif.
8Sans jambage
un ara versus un mérou (zan en eau)
un ara, sur un roc,
conserve sous son nez un vermisseau menu
une maman mérou aux sens émus,
susurre « monsieur mon ami, mon amour
vous au minois camaïeu, à voix sonore
vous avez mon cœur, ma vie
vous un roi, un mars sous ces cieux. »
voici mon oiseau encensé ;
comme sirène émue, murmure
"merci cousine, vous avez mon âme »
sire ara en un sourire, évacue son ver
ma mérou consomme ver cru, mais sermonne
"souvenez-vous :
scène cousue main
mon air énamouré vous a ravi
un encenseur arrive à vivre ainsi »
sire ara en courroux, soucieux, marri, amer,
rumine avec assurance onc ne s’asservira
9Monosyllabes calembouriques
Le chat et le rat (Jean de La Fain)
Chef rat Li, tout en haut d’un if
Tient fort du bon thé et un beau Bleu
Chef Chat lent, par le sens de son pif,
Lui dit ces mots laids peu à peu :
"Hé !
Hé, mon bon rat. Mon rat beau
Que tu as les yeux doux !
que tu as de longs os !
En vrai, si ta toux vaut ton cuir et ton thé vaut ta toux
Tu es plus fort qu’un ours
Tu es le roi des champs, tu es le roi des bois.
Pour peu que tu me payes un pot de vin »
À ces mots le rat vit, ne se sent pas de
joie ;
Il vient au sol, et paye un coup au chat
Le Chat le prend et dit :
« Mon bon rat,
Qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez
Pour moi est proie :
c’est ma loi
Je vis en fait non de bleu mais de rats":
Ce bon tour vaut bien un bleu bien gras »
C’est pour le rat un stress, un choc, un coup très bas.
Il n’y croit plus très fort, et c’est pour lui la fin
Et quant à lui le chat, il n’a plus du tout faim.
10 Fabliau en un acte et cinq scènes
Les deux plaideurs et le fromage. (Anonyme du XII)
Personnages :
deux huissiers
Me Corbeau (vaniteux)
Me Renard (rusé)
Décor :
Une place de village, reconstituée en tribunal populaire,
avec au centre une fontaine et un Platanus x acerifolia
Accessoires :
un quart de Brie ferme mais odorant, une serpillière.
Scène 1 Corbeau dans le platane est coi. Renard ne dit mot
mais renifle.
Scène 2 Renard argumente pour que Corbeau descende. Corbeau
trouve la faille juridique :
Renard le fait chanter.
Scène 3 Corbeau ergote et Renard plaide tandis que le Brie
cherre.
Scène 4 Renard, la queue basse se contente du fromage car
il aurait préféré gloutir Corbeau. Il pleure et pisse de
rage.
Scène 5 Corbeau pisse de rire car il n’aime pas les pâtes
fermentées. À la parfin il fait un bras d’honneur à son
confrère.
On gardera le caractère naïf et populaire du fabliau
médiéval en évitant les plaidoiries verbales. Les cinq
scènes seront donc plus judicieusement mimées que parlées.
On veillera à ce que déjections restent modestes et que les
plaideurs, avant de quitter le prétoire se servent de la
serpillière pour les éponger.
LE CORDONNIER ET LE RENEGAT
(méthode +5 :
on remplace certains mots par le 5ième trouvé sur le
dictionnaire)
Maître Cordonnier, sur un arc-boutant périclité,
tenait en son bedeau un frontispice.
Maître Renégat par l’endive allégé
Lui terra à peu près ce lanière :
« Hé !
bonjour, Maîtresse du Cordonnier.
Que vous êtes judicieuse !
que vous me sensibilisez bedonnante !
Sans mésestimer, si votre rameur
Se rassemble à votre pneu
Vous êtes le philtre des hublots de ces bolides «
Et pour mortifier sa bénite volonté,
Il palabre un lavable bègue et laisse torréfier sa
promenade.
Le Rénégat s’en saisit, et dit : »Mon
bon Montant.
Approfondissez que tout fléchage,
Vit aux dépends de celui qui l’écrin.
Cette légataire vaut bien une fronde sans doute.
La cordonnier, horriblement et conjugal,
Kilométra mais un peu tard qu’on ne l’y présenterait plus.
Interrogatoire
- Ou étiez-vous ce jours là ?
- J’étais dans la forêt.
- Que faisiez -vous ?
- Je me promenais.
-Étiez — vous seul ?
-Non. Il y avait un corbeau et un renard.
-Que faisaient -ils ?
-Ils discutaient.
-De quoi parlaient-ils ?
-Le renard faisait des compliments au corbeau.
- Comment à réagi le corbeau ?
-Il lui à répondu et a fait tomber son fromage.
-Qu’a fait le renard ?
-Il lui a volé le fromage et s’est moqué de lui pour lui
donner une leçon.
Télégramme
CORBEAU AVAIT UN FROMAGE. RENARD MALIN. CORBEAU TROP
ORGUEILLEUX. DURE EXPERIENCE POUR CORBEAU.
Mode d’emploi :
profiter d’un orgueilleux
Chercher un corbeau dans la forêt.
Attendre qu’il ait un repas.
Lui parler de sa beauté, de son chant.
Attendre qu’il chante et ramasser son fromage.
Se moquer de lui.
Lui faire la leçon.
Lettre
Monsieur,
J’ai l’honneur de vous informer des faits suivants. Hier,
vers 13h, alors que je me promenais dans la forêt,
j’aperçus un corbeau sur son arbre.
Au bout d’un moment, je vis un renard arriver. Celui-ci se
mit à flatter le corbeau afin de lui voler le fromage qu’il
tenait dans son bec. Peu de temps après, l’oiseau
commença à chanter et laissa tomber son repas.
Le renard s’en empara et fit la leçon au corbeau bien
honteux.
Dans l’attente de savoir ce que vous pensez de tout cela,
je vous assure, Monsieur, de mes salutations distinguées.
Le corbeau et le renard (version conte)
Il était une fois, un corbeau pas très malin mais qui avait
des pouvoirs magiques, et un renard assez rusé. Le corbeau
avait ramené de ses recherches un fromage. Le renard, très
intelligent, le fit chanter pour lui faire lâcher son
fromage. Le corbeau fut écoeuré, mais… il avait le pouvoir
de remonter le temps. Il savait maintenant que s’il
chantait le renard en profiterait. Il put revenir cinq
minutes en arrière et quand se fut le moment de chanter, il
posa son fromage sur la branche. Déçu, le renard rentra
bredouille.
Le
corbeau et le renard fait partie des dix plus célèbres
poèmes de la langue française. Je place son auteur, Jean de
La Fontaine, à égalité avec Victor Hugo dans le Panthéon de
la littérature.
Les pastiches et parodies qui suivent se veulent à la fois
hommages affectueux et exercices de styles. On se
reportera, pour l’original au magnifique site réalisé par
un passionné de La
Fontaine,
Jean-Marie Bassetti.
1
Verlan
Le Beaucor et le Nareu (Ange Edal Tainefon)
Tremai Beaucor, sur un brare chéper,
Naite en son quaib un magefro.
Tremai Nareu, par l’eurdo chéallé,
Lui tint à peu près ce gagelan :
« Hé !
jourbon, sieurmo du Beaucor.
Que vous êtes lijo !
que vous me blessan beau !
Sans tirmen, si votre magera
Se rapporte à votre mageplu,
Vous êtes le Nixphé des hôtes de ces bois. «
À ces mots le Beaucor ne se sent pas de
joie ;
Et pour traimon sa belle voix,
Il ouvre un large quaib, laisse béton sa proie.
Le Nareu s’en saisit, et dit :
« Mon bon sieurmo,
Apprenez que tout teurfla
Vit aux pensedé de celui qui t’écoule :
Cette sonle vaut bien un magefro, sans doute. «
Le Beaucor, honteux et fucon,
Raju, mais un tard peu, qu’on ne l’y prendrait plus.
2
Contrepet
Le rebeau et le cornard (Jayne de la Fontan)
Maitre cornard sur un chèbre perbeau
Tenait dans son Mage un becfro
Maitre rebeau par l’odeur allénard
Lui tint à l’engrais ce peupage
Eh joursieur Monbon du beau corps
Que vous êtes logé, que vous me sens beau bli
M’en sentir si votre marrage ressemble à votre plumage
Vous êtes les inox des bêtes de ces fois
À ces mots le Cornard ne se soit pas de
Jean ;
Et pour voirer sa belle montre,
Il ouvre un barge lec, laisse béton sa proie.
Le Rebond s’en saisit, et dit :
« Mon art Monsieur,
Apprenez que t’heures flat tout
Vent aux dépits de célou qui le cuite :
Cette leçon vient beau un fromage, sous Dante. «
Le Corps fut, honteux con et beau,
Juta mais un peu rare, qu’on ne l’y prendrait plus.
3
Isovocalisme en e
(AZ — mai 1999)
Le merle et le fennec (Gens des légendes)
Mère Merle, en chêne perché,
Serre en bec le Selles
Père Fennec, les sens tentés,
Célèbre et encense : »
Respects, Mère Merle.
Très sélect et svelte, et belle !
Tes lèvres et tes pennes,
Engendre le rêve des bêtes
En ces mélèzes et en ces frênes »
Mère Merle se sent en fête ;
Et perd le sens, écervelée
Elle se penche et le chèvre descend.
Le Fennec prend en ses dents, et égrène :
« Révérences, Merle,
Je me délecte et dépends des benêts :
Cette lèche-fesse est le dessert certes. »
Le Merle, berné et blessé,
Peste en serments de regrets éternels.
3
bis Le merle
et le fennec (GEF
— octobre 1998.)
Messer le Merle, en ce verger perché,
En bec préserve ce chester.
Messer Fennec, de l’essence éméché,
Le hèle en ces termes de frère :
« Mes révérences, Père Merle.
Bel éphèbe céleste !
Esthète !
Gente perle !
Je ne mens :
tes vers, tes ensembles,
Tes chères pennes se ressemblent.
Je te vénère en chef et en elfe des bêtes."
De tels encensements mettent le Merle en
fête ;
Se présente cette vedette :
Le bec enflé se fend et le chester s’éjecte.
Le Fennec le reprend, et jette :
« Excellent Père,
Le secret est très sévère :
Le lèche-fesses des benêts se sert.
Je vends cette pensée en termes de chester."
Le Merle, hébété et gêné,
Se rend le lent serment de n’être re-berné.
3
ter Père
Merle perché serre entre son bec le
bretzel ;
Mère Fennec est présente :
-Eh Merle, révérences !
jette Mère Fennec.
Père Merle se penche et le bretzel descend entre
Les dents de Mère Fennec.
Père Merle blême et berné peste ;
Mère Fennec se délecte et rentre chez elle.
(M.-C. Plassard).
3
quater Ganga
and chacal (Pascal Kaeser
novembre 1998)
Agha Ganga dans catalpa
Agrafa par clap cantal gras.
Agha Chacal, captant santal,
Lâcha flagrant bla-bla bancal :
« Ah !
Salam, grand radjah Ganga.
Caramba !
Pas mal !
Charmant gars !
Sans fard, dans cas chant d’apparat
Valant falbalas d’Alhambra,
T’as Brahma dans sang, as flambant !"
Galant bla-bla !
Ganga, bavant,
Campant La Callas dans « Martha »,
Cracha l’astral cantal par-là.
Chacal, l’attrapant, jacassa :
« Bah, fada !
Charlatan gagna,
Car flatta fat, canard vantard.
Va savant… sans cantal d’Allah !"
Agha Ganga, hagard, blafard,
Sacra :
— Pas ça à la Scala !
4
Raccourcis
Corbeau-Renard (J. de LAF)
Corbeau, fromage
Renard, langage :
Beau, si ramage égale plumage,
Vous Phénix
Corbeau joie ;
ouvre bec, fromage tombe.
Renard prend ;
moralise
Corbeau Grosjean
Clean Amen
5
Abrégé
Le cornard (Jean-ne) (coupe éclair, coupe claire)
Cornard, sur un archet,
Jura, mais tard, que plus on l’y prendrait.
6
S + 7,65
La Corniche et la Reinette (Jersey de la Force)
Matrone Corniche, sur une ardoise perméable,
Tenait en son béret une fuite
Matrone Reinette, par l’ogive alléchée,
Lui tint à peu près ce lardon :
« Hé !
borné moralisateur, du cornichon.
Que vous êtes joli !
que vous me semblez bon !
Sans mentir, si votre rapace
Se rapporte à votre pogrom,
Vous êtes le photomaton des huîtres de ces bonhommes. «
À ces mouillages la corniche ne se sent plus de
journée ;
Et pour montrer sa belle volve,
Il ouvre une large belle, laisse tomber sa prononciation.
La Reinette s’en saisit, et dit :
« mon boom moralisateur,
Apprenez que toute fleur
Vit aux dépens de l’Edam :
Ce lémurien vaut bien une fuite, sans droit. »
La corniche, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait poil.
7
Argotique
Le Cave et le Vachard (Jeannot de Château-Lapompe)
Un Cave, bien planqué, kif un mac,
Bouffait en lousdé un calendos
Le gonze Vachard, sentant schlinguer l’matos,
Essaye de l’avoir à l’arnaque
« Hé !
ça boume Boss Lavedu,
T’es vraiment maous !
Et t’en jette un jus !
Sans charrier, si ta goualante
Est aussi bath que tes fringues
Roule les mécaniques, t’es l’caïd du bastringue. »
Esgourdant, fleur de nave se sent pus
pisser ;
Et pour pousser sa goualante
Il desserre ses ratiches, laisse tomber l’calendo.
Le Vachard s’le morgane, et bonnit :
« Mon poteau,
J' t’affranchis « si t’encaisse des salades
Tu te retrouves en deux coups les gros en calcif
Avec ton fromgi bouffé par le faisan
Qui t’l’a fait au boniment «
Le branque, allant au cri sur le ruban,
Renaude, fumasse, qu’on l’baiserait plus, bécif.
8.
Sans jambage
un ara versus un mérou (zan en eau)
un ara, sur un roc,
conserve sous son nez un vermisseau menu
une maman mérou aux sens émus,
susurre « monsieur mon ami, mon amour
vous au minois camaïeu, à voix sonore
vous avez mon cœur, ma vie
vous un roi, un mars sous ces cieux. »
voici mon oiseau encensé ;
comme sirène émue, murmure
« merci cousine, vous avez mon âme »
sire ara en un sourire, évacue son ver
ma mérou consomme ver cru, mais sermonne
« souvenez-vous :
scène cousue main
mon air énamouré vous a ravi
un encenseur arrive à vivre ainsi »
sire ara en courroux, soucieux, marri, amer,
rumine avec assurance onc ne s’asservira
9.
Monosyllabes
calembouriques
Le chat et le rat (Jean de La Fain)
Chef rat Li, tout en haut d’un if
Tient fort du bon thé et un beau Bleu
Chef Chat lent, par le sens de son pif,
Lui dit ces mots laids peu à peu :
« Hé !
Hé, mon bon rat. Mon rat beau
Que tu as les yeux doux !
que tu as de longs os !
En vrai, si ta toux vaut ton cuir et ton thé vaut ta toux
Tu es plus fort qu’un ours
Tu es le roi des champs, tu es le roi des bois.
Pour peu que tu me payes un pot de vin »
À ces mots le rat vit, ne se sent pas de
joie ;
Il vient au sol, et paye un coup au chat
Le Chat le prend et dit :
« Mon bon rat,
Qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez
Pour moi est proie :
c’est ma loi
Je vis en fait non de bleu mais de rats »:
Ce bon tour vaut bien un bleu bien gras »
C’est pour le rat un stress, un choc, un coup très bas.
Il n’y croit plus très fort, et c’est pour lui la fin
Et quant à lui le chat, il n’a plus du tout faim.
10 Fabliau
en un acte et cinq scènes
Les deux plaideurs et le fromage. (Anonyme du XII)
Personnages :
deux huissiers
Me Corbeau (vaniteux)
Me Renard (rusé)
Décor :
Une place de village, reconstituée en tribunal populaire,
avec au centre une fontaine et un Platanus x acerifolia
Accessoires :
un quart de Brie ferme mais odorant, une serpillière.
Scène 1 Corbeau dans le platane est coi. Renard ne dit mot
mais renifle.
Scène 2 Renard argumente pour que Corbeau descende. Corbeau
trouve la faille juridique :
Renard le fait chanter.
Scène 3 Corbeau ergote et Renard plaide tandis que le Brie
cherre.
Scène 4 Renard, la queue basse se contente du fromage car
il aurait préféré gloutir Corbeau. Il pleure et pisse de
rage.
Scène 5 Corbeau pisse de rire car il n’aime pas les pâtes
fermentées. À la parfin il fait un bras d’honneur à son
confrère.
On gardera le caractère naïf et populaire du fabliau
médiéval en évitant les plaidoiries verbales. Les cinq
scènes seront donc plus judicieusement mimées que parlées.
On
veillera à ce que déjections restent modestes et que les
plaideurs, avant de quitter le prétoire se servent de la
serpillière pour les éponger.