Voltaire et les négriers
Une rumeur persistante suggère qu’à l’instar de Montesquieu, dont on affirme souvent qu’il aurait trempé dans les trafics d’esclaves (traite atlantique), Voltaire aurait dû sa fortune, pour partie, au même commerce.
C’est tout à fait faux, cette sinistre calomnie. Trop de gens, ont eu, de tout temps, intérêt à rabaisser Voltaire.
En ce qui concerne notre écrivain, les meilleurs spécialistes actuels sont Christiane Mervaud,
Jacqueline Hellegouarc’h et surtout René Pomeau qui, avec la Fondation Voltaire de Cambridge, sait tout.
Je résume très vite ce que dit, de la fortune de Voltaire, René Pomeau dans sa biographie (Fayard et Cambridge)
C’est dans le tome 1, pages 204 et 286.
La fortune de Voltaire a été créée ex nihilo grâce à deux « coups » extraordinaires.
1. Les procès
En rentrant de son exil en Angleterre, Voltaire a engagé plusieurs procès contre des libraires (= éditeurs) qui avaient fait fortune avec ses Lettres philosophiques (20 000 exemplaires : un raz de marée !)
Il a gagné plusieurs procès et réuni un petit magot.
2. La Loterie
Il engage son argent dans la Loterie (créée en 1728 et 1729). Avec le mathématicien La Contamine, il crée une société, avec des noms fantaisistes et achète tous les billets d’un seul tirage. La Contamine avait calculé qu’un seul tirage (mensuel) rapportait un million.
L’opération était parfaitement légale, je précise !
3. Les actions de Lorraine
La même année, fin 1729. Se rendant à Nancy auprès du duc de Lorraine, il achète des actions que celui-ci avait le droit d’émettre et les revend rapidement en « triplant son or».
4. L’héritage
En 1730, il reçoit sa part de l’héritage paternel.
Riche, il peut écrire EN LIBERTÉ, et ne plus rien attendre des pensions royales : c’est cette liberté qu’il a recherchée par l’argent.
5. Les investissements
Il investit dans la vente des blés d’Afrique du Nord vers l’Espagne et l’Italie. Il investit également dans des transactions de Cadix vers l’Amérique espagnole. Les Français vendaient le cacao, le sucre et le tabac de Saint-Domingue contre l’argent et l’or du Pérou et du Mexique. Cadix rapportait plus que Marseille.
6. Les fournitures aux armées
Mais, en 1734, pour s’éviter les dangers de la mer et les faillites des banquiers, Voltaire engage des placements chez les frères Pâris, dans une entreprise de fournitures aux armées : fourniture de fourrage, puis de drap, puis de ravitaillement des troupes.
Voltaire avait au moins deux hommes d’affaires qui s’occupaient de gérer sa fortune, ce qu’il ne faisait pas directement lui-même.
7. Les prêts
Il a prêté de l’argent au prince de Guise, au duc de Richelieu et à d’autres. C’est un abbé (!) qui était chargé de leur écrire pour réclamer les remboursements…
F. Sgard a évalué les revenus de Voltaire (la « rente» et non le capital…) à 6 400 000 francs de 1982 (in Revue Dix-huitième siècle N°14, 1982).
Grâce à cela, Voltaire a été un homme LIBRE.
C’est un génie prodigieux qui a changé les bases idéologiques de son siècle.
Et il n’a JAMAIS été un négrier (ce doit être une calomnie jésuite…).
Faites passer l’information…
Pour en savoir davantage, un article très complet ici, qui fait le compte-rendu du livre de Jean Ehrard, Lumières et esclavage
