Voltaire était-il antisémite?


Résumé

Voltaire n'est pas antisémite: l'antisémitisme se fonde sur l'idée de «race». C'est une invention de la fin du XIXe siècle.
Voltaire ne connaît absolument pas cette notion de «race» à son époque.


En revanche, Voltaire est
anti-juif, anti-chrétien, anti-musulman: son point de vue est religieux. Il s'attaque violemment à la Bible, et quand il parle du «peuple juif», des Juifs, il désigne le «peuple de la Bible», le «peuple élu», les Juifs de l'Ancien Testament, les croyants d'une religion révélée.


Voir ici
:
Voltaire et Dieu
Voltaire et la Bible


Donc, à propos de Voltaire
: anti-judaïsme, oui. Antisémitisme, non.
Voltaire est anti-juif (et anti-chrétien, anti-musulman) : pour lui, toute religion révélée, ancrée dans l'Histoire est à éliminer
.
L.F. Céline est
antisémite: pour ce dernier, les Juifs sont une «race» à éliminer.

Résumé :

Voltaire et l’antisémitisme
Parmi les auteurs modernes, d’aucuns désignent Voltaire comme « antisémite ». Ils s’appuient notamment sur le fait que Voltaire écrive dans l’article «Tolérance» du
Dictionnaire philosophique :
« C’est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. Mais tout absurde et atroce qu’elle était, la secte des Saducéens fut paisible et honorée, quoiqu’elle ne crût point l’immortalité de l’âme, pendant que les Pharisiens la croyaient ».

L’historien de la Shoah, Léon Poliakov, qui a intitulé
De Voltaire à Wagner le tome III de son Histoire de l'antisémitisme fait de Voltaire « le pire antisémite français du XVIIIe siècle». Dans cet ouvrage Poliakov établit un lien entre les écrits réputés antisémites de Voltaire et la barbarie nazie. Selon lui ce sentiment se serait aggravé dans les quinze dernières années de la vie de Voltaire. Il paraîtrait alors lié au combat du philosophe contre l’église chrétienne.

Cependant, pour Bernard Lazare, « si Voltaire fut un ardent judéophobe au plan religieux, les idées que lui et les Encyclopédistes représentaient n’étaient pas hostiles aux Juifs, puisque c’étaient des idées de liberté et d’égalité universelle. »

D’autres notent que l’existence de passages contradictoires dans l’œuvre de Voltaire ne permet pas de conclure péremptoirement au racisme ou à l’antisémitisme du philosophe : ainsi Roland Desné écrit : « Ce n’est pas parce que certaines phrases de Voltaire nous font mal que nous devrions le confondre dans la tourbe des persécuteurs. »

Selon Pierre-André Taguieff dans sa préface de la réédition de l’ouvrage de Poliakov,
La Causalité diabolique, "Les admirateurs inconditionnels de la « philosophie des Lumières », s’ils prennent la peine de lire le troisième tome (« De Voltaire à Wagner ») de l’Histoire de l’antisémitisme, paru en 1968, ne peuvent que nuancer leurs jugements sur des penseurs comme Voltaire ou le baron d’Holbach, qui ont reformulé l’antijudaïsme dans le code culturel « progressiste » de la lutte contre les préjugés et les superstitions".

Cette fiche s'appuie sur l'étude fondamentale et irremplaçable de Roland Desné, publiée tout d'abord sous le titre « Voltaire et les juifs. Antijudaïsme et antisémitisme. À propos du Dictionnaire philosophique », dans Pour une histoire qualitative (Études offertes à Soen Stelling-Michaud), Genève, Presses universitaires romandes, 1975.
puis dans la revue La Pensée N° 203,1979, pp. 70-81.


Depuis quelques années, amplifiée par l'usage de l'internet, l'attitude de Voltaire à l'égard des Juifs fait généralement l'objet d'un jugement sévère.
Voltaire négrier, Voltaire antisémite : nous avons déjà
réfuté ici la première de ces rumeurs.
On estime que l'hostilité de Voltaire envers les Juifs contredit son plaidoyer en faveur de la tolérance.
On affirme de façon péremptoire que l'«antisémitisme» de Voltaire est une donnée d'évidence, qui permet - pourquoi pas ? - de servir de caution ou d'alibi pour exprimer des idées nauséabondes.
Bref, il est chic et «branché» d'affirmer que Voltaire est antisémite.


À y regarder de plus près,
on est surpris de la légèreté et de l'imprudence avec lesquelles ces affirmations sont avancées.


1. Où, quand et comment Voltaire parle-t-il des Juifs ?


On cite volontiers l'article « Juifs » du
Dictionnaire philosophique.
Or il n'y a jamais eu un tel article dans ce Dictionnaire. Il suffit de feuilleter l'édition établie par Raymond Naves dans les Classiques Gamier pour le savoir.
Mais Léon Poliakov, utilisant pourtant cette édition, affirme dans son
Histoire de l'antisémitisme (t. III) que « l'article « Juifs » est l'article le plus long du Dictionnaire (30 pages) » et précise en note que cet article « ne figure pas dans l'édition Benda-Naves du Dictionnaire » ; est-ce pour suggérer que ces éditeurs ont écarté malhonnêtement un texte gênant ?
Léon Poliakov se réfère, bien sûr, à l'édition Moland des
Œuvres complètes de Voltaire. Mais s'il avait lu de plus près, il aurait constaté que Voltaire n'a jamais construit l’« article » en question.


Celui-ci a été fabriqué, après sa mort,
à partir de quatre textes de trois provenances différentes : la section I reproduit le chapitre « Des Juifs » des Mélanges de 1756 ; la section IV reproduit l'article « Juifs » des Questions sur l'Encyclopédie (t. VII, 1 771). Quant aux sections II et III, dont Moland n'indique pas l'origine, elles reproduisent des fragments (non datés), des brouillons trouvés dans les papiers de Voltaire et qui ont paru, pour la première fois dans l'édition de Beaumarchais (Kehl, 1784).


2. Lorsqu'on rassemble les textes de Voltaire sur les juifs,
on doit les rassembler tous, et ne pas se contenter des textes qui manifestent l'hostilité du philosophe, même si ce sont les plus nombreux. Le mauvais exemple a été donné par un antisémite militant, un certain Henri Labroue qui, en 1942, a cru bon de fournir à la politique hitlérienne et vichyssoise la caution d'une anthologie de textes voltairiens (et des autres philosophes des Lumières !) sous le titre « Voltaire antijuif ». Léon Poliakov se situe, idéologiquement, aux antipodes de H. Labroue. Mais il s'appuie sur le même corpus que lui pour juger Voltaire :
« 
Dans leur monotonie, les textes ainsi réunis n'ajoutent rien à la gloire du grand homme : c'est d'abord leur licence qui frappe », etc.


(Nous préparons un compte-rendu critique du texte de Labroue.)


Or une lecture, même rapide, de la compilation de 1942 fait apparaître :

1.
que les textes favorables aux Juifs en ont été systématiquement écartés ;

2. que l'anthologie «Voltaire antisémite» (que l'on trouve dans tous les sites internet
vraiment antisémites) ne peut se constituer qu'au prix d'une triple manipulation des textes : découpage de portions de textes selon une problématique raciste (« caractère physique des Juifs », « leurs stigmates intellectuels », « tares morales », etc.) qui est le fait du compilateur et non celui de Voltaire ; mutilation des textes dont on gomme les phrases qui orienteraient leur lecture autrement ; annotation abondante, à coups de gloses ou de citations et références puisées dans Céline, Leroy Beaulieu, J. et J. Tharaud, etc..

Ce n'est donc pas sans très gros efforts et ruses malhonnêtes que l'image d'un Voltaire antisémite a pu être fabriquée en 1942.

3. On oublie ou feint d'oublier que, dans le vocabulaire français, les mots
antisémite et antisémitisme n'apparaissent, sous la plume d'Édouard Drumont, qu'en 1891.
D'ailleurs, Drumont
dixit, Voltaire « avait l'âme juive » !


Il serait intéressant d'étudier ce curieux renversement dans l'histoire de l'antisémitisme français : comment Voltaire, repoussé par les antisémites vers (et à) l'époque de l'affaire Dreyfus, est devenu leur « allié » sous Hitler et Pétain !


4. Que pensaient les contemporains de la position de Voltaire ?
quatre constatations s'imposent.


a) Lorsque les polémistes critiquent les attaques de Voltaire contre les juifs, ils dénoncent en lui
l'incrédule. Ils visent en lui le railleur qui ruine l'autorité de la Bible.

b) Lorsque Pinto, en 1762, publie son
Apologie pour la nation juive, tout en déplorant les sarcasmes de Voltaire contre les juifs, il s'adresse à lui comme à un allié possible.


c) En 1789, lorsque Zalking Hourwitz réfutera Voltaire à son tour, il précisera que « 
les Juifs lui pardonnent tout le mal qu'il a dit d'eux en faveur du bien qu'il leur a fait, quoique sans le vouloir, peut-être même sans le savoir, car s'ils jouissent, depuis quelques années d'un peu de repos, ils en sont redevables au progrès des Lumières, auquel Voltaire a sûrement plus contribué qu'aucun autre écrivain, par ses nombreux ouvrages contre le fanatisme ».


d) Enfin, lorsque l'abbé Grégoire écrit son livre fameux en faveur de l'émancipation des Juifs (
Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs, Metz, 1789), il commence par accumuler, dans une série de chapitres, tous les reproches qu'on peut faire aux Juifs sans qu'on sache toujours s'il les prend ou non à son compte. Cette somme « anti-juive », qui a surtout l'intérêt de mieux faire connaître la mentalité du XVIIIe siècle, n'approche que de loin tout ce qu'on peut trouver d'analogue dans l'œuvre de Voltaire. Cela ne fait pas de l'abbé Grégoire un antisémite frénétique.


5. Sous quels aspects les Juifs sont-ils présentés dans le Dictionnaire philosophique ? Quelle est l'attitude de Voltaire à leur égard ?


Occurrences des mots « Juif » et « Hébreu »


S'il n'y a pas, redisons-le, d'article « Juifs » dans les 118 articles de l'édition définitive (1769) on en dénombre 18 consacrés à l'histoire ou aux croyances des Juifs. Mais il est aussi question des Juifs, ne serait-ce qu'en passant, dans un grand nombre d'autres articles, au point que la fréquence des occurrences du mot
Juif (nom ou adjectif) est, de loin, bien plus forte que celle des mots comparables (arabe, chrétien, romain, etc.).
Si on ajoute les occurrences du mot
hébreu, il n'est pas douteux que les Juifs constituent pour l'auteur un sujet privilégié de réflexion.

Toutefois le fait que 60 articles ne contiennent absolument aucune référence ou allusion aux juifs, même indirectement (comme « Dieu », « Dogmes », « Foi », « Liberté de penser », « Persécution », « Tyrannie », où la charge militante est particulièrement forte), nous rappelle que le Dictionnaire philosophique n'est pas essentiellement un livre sur (ou contre) les Juifs et suggère que les Juifs n'obsèdent pas leur auteur autant qu'on veut bien le dire.


À quelques exceptions près, les Juifs dont il s'agit sont les Juifs anciens. Voltaire n'évoque les Juifs ses contemporains que dans huit brefs passages […]


En revanche les passages relatifs aux Juifs anciens sont innombrables. Dégageons seulement les traits essentiels de l'image du peuple juif proposé par Voltaire.
[…]

« 
C'est un exemple singulier de la stupidité humaine que nous avons si longtemps regardé les juifs comme une nation qui avait tout enseigné aux autres » (p. 5).


Sans avoir donc rien apporté aux hommes, les Juifs se sont distingués par leur « aliénation d'esprit » d'une part, par leur inhumanité d'autre part.
À travers cette évocation des Juifs, c'est l'Ancien Testament qui est visé comme ouvrage monstrueux et choquant.
[…]


La Bible est un défi au bon sens, l'effarement de « l'esprit humain »
[…]

Voltaire ne se prive pas d'exercer son ironie qui confond dans la même raillerie le livre saint et ceux qui s'en réclament, « les Hébreux, ce seul peuple conduit par la divinité même », (p. 22).


Voltaire ne se prive pas de faire un relevé de ce que la Bible accumule de crimes et turpitudes : anthropophagie (p. 26), coprophagie (p. 191), lubricité démente (pp. 192-193), inceste (p. 224), sacrifices humains (« Jephté », pp. 256-257), assassinats en chaîne (pp. 234 et 345). […]

La conclusion va de soi : « 
si le Saint-Esprit a écrit cette histoire, il n'a pas choisi un sujet fort édifiant » (p. 234).


Antijudaïsme et antisémitisme
[…]


Est-il aussi logique, pour autant, qu'on puisse parler d'antisémitisme ?


Dans ce cas, ceux qui avant Voltaire ont fait le procès des croyances bibliques et qui ont pu lui servir de modèles comme les déistes anglais, Bayle ou les auteurs des manuscrits clandestins, seraient également antisémites.

Antisémite aussi le curé Meslier. […] qui tire argument du mépris de ses contemporains envers les Juifs pour mieux instruire le procès « de toutes les divinités et de toutes les religions du monde » […]
.

On doit d'abord constater que chez Voltaire les attaques contre les anciens Juifs n'excluent nullement, dans le Dictionnaire philosophique, l'appel à la tolérance envers les Juifs contemporains.[…]


Voltaire invite tous les croyants à « 
se tolérer mutuellement » (p. 91) et, de toute évidence, n'inspire aucune sympathie pour les inquisiteurs qui brûlaient « les hérétiques, les musulmans et les juifs » (p. 252) ou pour ces Romains qui « éventraient les Juifs » (p. 281). […]


« On doit certainement en conclure que ceux qui entendent parfaitement ce livre doivent tolérer ceux qui ne l'entendent pas [...], mais ceux qui n'y comprennent rien doivent tolérer aussi ceux qui comprennent tout » (pp. 224-225).[…]

[...], il est plus clair encore que nous devons nous tolérer mutuellement parce que nous sommes tous faibles, inconséquents, sujets à la mutabilité, à l'erreur » (p. 407).


Si des lecteurs d'aujourd'hui tendent à négliger
ces appels réitérés à la tolérance en faveur des Juifs, c'est sans doute qu'ils sont plus sensibles aux attaques outrancières dont les Juifs et l'Ancien Testament sont la cible.
[…]


Voltaire s'en prend à la Bible parce qu'il en veut à « 
l'ignorance » et au « fanatisme » des chrétiens .
À l'article « Fanatisme », il n'est pas question de juifs mais de Clément, Châtel, Ravaillac, Damiens, des convulsionnaires et autres « 
énergumènes ». Or « ces misérables ont sans cesse présents à l'esprit les exemples d'Aod, de Judith ou de Samuel » (p. 197).

Inutile donc de contredire ou d'atténuer l'interprétation qu'on a souvent donnée et dès le XVIIIe siècle de l'antijudaïsme voltairien : celui-ci n'est que la pierre angulaire de son combat contre l'infâme.
[…]

On ne parlera donc pas d'antisémitisme, à propos de Voltaire, mais d'antijudaïsme. Cet antijudaïsme étant, fondamentalement, une dimension de son antichristianisme.

[…]

La problématique dans laquelle Voltaire enferme son lecteur et où il s'enferme lui-même l'amène, en toute logique, à noircir l'« horrible tableau » du judaïsme. Du même coup, l'horreur que les Juifs inspirent se déplace. Ce n'est plus le peuple déicide qui est l'objet du mépris légitime, mais le peuple de Moïse et de David d'où le Christ est issu.


On le comprend mieux en comparant la vision des juifs contenue dans le
Dictionnaire philosophique à celle que reflète et accrédite le Dictionnaire de Trévoux (1771, art. « Juif ») : ici le « peuple juif » a été le seul peuple « qui connût le vrai Dieu et qui l'adorât purement » mais, après avoir méconnu et crucifié le Christ, « depuis ce temps-là, ils ont toujours porté les marques de la malédiction divine.., méprisés et haïs partout… ».


Si on veut à tout prix parler d'antisémitisme au XVIIIe siècle, c'est plutôt du côté de cette idéologie traditionnelle qu'il faut le chercher, en 1771, que du côté de Voltaire.

[…]

On a voulu invoquer encore d'autres motifs.
Faut-il, une fois de plus, spéculer sur les déboires personnels de Voltaire avec des financiers juifs ?
Cette question, comme la précédente, remarquons-le, n'a de sens que si on accepte d'abord l'antisémitisme de Voltaire comme une donnée d'évidence et qu'on cherche à l'expliquer
.


Il est impossible en lisant le
Dictionnaire philosophique, de savoir si son auteur a eu des démêlés avec des banquiers israélites.
[…]

Voltaire, tout en accablant les juifs anciens, invite à tolérer les juifs modernes.
[…]


La lecture du Dictionnaire philosophique, si elle met bien en évidence l'antijudaïsme de Voltaire, n'autorise donc pas à parler de son antisémitisme. […]


Son antijudaïsme, indéniable, procède de la logique d'une polémique soutenue par une idéologie où la haine du juif en tant que tel n'entre en aucune façon, bien au contraire.


«Que l'antisémitisme ait eu recours occasionnellement à Voltaire ne suffit pas à prouver que celui-ci ait été antisémite et moins encore l'instigateur de l'antisémitisme moderne.

Pour nous qui avons souffert du nazisme et qui tenons la lutte contre le racisme pour une obligation civique élémentaire, il est évident que tout mépris à l'égard des juifs crée un sentiment de gêne. Mais ce n'est pas parce que certaines phrases de Voltaire nous font mal que nous devrions le confondre dans la tourbe des persécuteurs.


Voltaire n'est pas Céline. Le paradoxe serait trop fort qu'on fasse de celui-là un raciste dans le temps même qu'on réhabilite celui-ci.»



«L'antisémitisme n'explique pas plus Voltaire que Voltaire n'explique l'antisémitisme.

Ce n'est pas à la lecture du
Dictionnaire philosophique qu'on devient antisémite. L'antisémitisme n'a jamais cherché sa doctrine chez Voltaire. On peut s'en convaincre en lisant l'annotation du Voltaire antijuif de 1942.

Il est non moins vrai que ce n'est pas d'abord chez Voltaire qu'on trouve des raisons pour combattre l'antisémitisme. Pour ce combat, il y a d'abord l'expérience et les raisons de notre temps. Ce qui ne signifie pas que Voltaire, en compagnie de quelques autres, n'ait pas sa place dans la lointaine genèse et l'histoire de ces raisons-là.»


Roland Desné, 1975.


La pagination renvoie à l'édition du
Dictionnaire philosophique dans les « Classiques Gamier » (texte établi par R. Naves, préfacé par Julien Benda depuis la première édition (1936) jusque dans les rééditions antérieures à 1967, et depuis cette date, par Étiemble.