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Savoir raisonner
Fiche 3.
Le texte polémique


Le texte polémique comprend une thèse (idées - causes - exemples), mais surtout une implication directe de l'auteur, repérable dans le vocabulaire, le type des phrases, les temps des verbes (généralement le présent). Il s'adresse directement à l'accusé.
Le texte polémique comprend une argumentation nettement dominée par les sentiments, les émotions (l'affectivité).

Texte 1. Au nom de la tradition

Allez-y, les gars, tirez sur les tourterelles, c'est le moment. Elles n'ont pas la tête à vous éviter, vous, votre quincaillerie et votre 4X4, elles nidifient, on ne peut pas penser à tout. Elles sont sûrement très bêtes, les tourterelles. Vous
? Non. Vous avez des lettres et vous avez de la tradition.
Vous ne les bouffez pas, les tourterelles, vous les zigouillez parce que ça se fait depuis la plus haute antiquité. Mais pourquoi vous contenter de cette seule tradition
?
Relisez vos classiques. Si votre voisine vous contrarie, dénoncez-la au service « sorcières » de votre mairie, on la brûlera. Pendez le voleur qui vous a piqué votre autoradio. Exigez que les séropositifs de votre région ne se déplacent qu'en secouant une crécelle. Lapidez votre femme adultère, je suis sûre que le juge d'instruction comprendra votre penchant pour la tradition. Pour soulager vos envies de tirer sur tout ce qui bouge, vous pourriez jouer au pigeon d'argile, seulement, ça ne saigne pas un pigeon d'argile, comme c'est frustrant.
La civilisation consiste à faire la peau aux idées toutes faites, aux désirs de meurtre qu'on passe sur les petits oiseaux et à prendre les canards sauvages pour les enfants du Bon Dieu. Mais être civilisé, ce n'est pas traditionnel.

Odile Grand, L'Événement du Jeudi, 21 et 21 mai 1992.



Texte 2. Changeons la vie

« Tu ne feras pas souffrir les animaux, ou du moins tu ne les feras souffrir que le moins possible. Ils ont leurs droits et leur dignité comme toi-même », est assurément une admonestation
1 bien modeste; dans l'état actuel des esprits, elle est, hélas, quasi subversive2. Soyons subversifs. Révoltons-nous contre l'ignorance, l'indifférence, la cruauté, qui d'ailleurs ne s'exercent si souvent contre l'homme que parce qu'elles se sont fait la main sur les bêtes. Rappelons-nous, puisqu'il faut toujours tout rapporter à nous-mêmes, qu'il y aurait moins d'enfants martyrs s'il y avait moins d'animaux torturés, moins de wagons plombés amenant à la mort les victimes de quelconques dictatures, si nous n'avions pas pris l'habitude de fourgons où des bêtes agonisent sans nourriture et sans eau en route vers l'abattoir, moins de gibier humain descendu d'un coup de feu si le goût et l'habitude de tuer n'étaient l'apanage des chasseurs. Et dans l'humble mesure du possible, changeons (c'est-à-dire améliorons s'il se peut) la vie.

Marguerite Yourcenar, Le temps, ce grand sculpteur, Gallimard.


1.Admonestation
: réprimande sévère.
2. Subversive
: qui est de nature à renverser l'ordre social.


Texte 3. Les chemins de fer

Il m'est impossible de regarder sans une sorte de tristesse ces chemins de fer merveilleux auxquels notre industrie semble donner des ailes. Je ne sais si c'est un progrès que de pouvoir fendre ainsi l'espace comme une flèche
; mais ce qu'il y a de sûr, c'est que cela me rend plus sensible la rapidité de la vie, qui avant notre invention, l'était cependant bien assez. Ces rainures de fer où nous sommes forcés de courir sans dévier d'une ligne, emportés par une puissance aussi aveugle, presque aussi indomptable que la foudre, n'est-ce pas une image de cet implacable sort qui nous entraîne, et dont nous sommes les esclaves alors même que nous croyons le maîtriser? On croit gagner du temps parce qu'on l'accélère. Mais ces voyages étourdissants ne font qu'abréger l'existence, qui n'est, elle, qu'une traversée. ils ne permettent pas la mémoire, le seul moyen qu'ait l'homme d'allonger et de doubler ses jours. L'unique souvenir qu'ils nous laissent, c'est qu'on va vite. Aller vite, c'est mourir plus tôt.

Jules Lefèvre-Deumier (1797-1853), Le Livre du promeneur.


1. Pour parcourir la distance de Paris à Toulouse (713 km), on mettait 3 jours en 1840, et 31 heures de chemin de fer en 1851.


Texte 4. J'accuse
Lettre ouverte au Président de la République Félix Faure
(…)
J'accuse le lieutenant-colonel Du Paty de Clam d'avoir été l'ouvrier diabolique de l'erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d'avoir ensuite défendu son œuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.
J'accuse le général Mercier de s'être rendu complice, tout au moins par faiblesse d'esprit, d'une des plus grandes iniquités du siècle.
J'accuse le général Billot d'avoir eu entre les mains les preuves certaines de l'innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s'être rendu coupable du crime de lèse-humanité et de lèse-justice dans un but politique et pour sauver l'État-major compromis.
J'accuse le général de Boidreffre et le général Gonse de s'être rendus complices du même crime, l'un sans doute par passion cléricale, l'autre, peut-être, par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la Guerre l'arche sainte, inattaquable.
J'accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d'avoir fait une enquête scélérate, j'entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.
J'accuse les trois experts en écriture, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d'avoir fait des rapports mensongers et frauduleux, à moins qu'un examen médical ne les déclare atteints d'une maladie de la vue et du jugement…
En portant ces accusations, je n'ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c'est volontairement que je m'expose… Ma protestation enflammée n'est que le cri de mon âme. Qu'on ose donc me traduire en cour d'assises et que l'enquête ait lieu au grand jour. J'attends.

Émile Zola, Lettre ouverte au Président de la République,
L'Aurore,13 janvier 1898.


Texte 5. Voyage à Tours

J'avais
Quentin Durward dans ma poche; je suis allé à pied, en lisant, au village de Riche, à vingt minutes de Tours, où l'on voit encore quelques restes du château de Plessis-lez-Tours. Il était bâti en briques; sur la fin, la peur de Louis XI en avait fait une forteresse: le donjon est tout ce qui reste du vieil édifice.
Caché dans ce palais, ce mélancolique Louis XI faisait pendre aux arbres voisins tous ceux dont il avait peur. Là il mourut en 1483, tremblant et soupirant devant l'idée de la mort, comme le dernier des hommes, enrichissant son médecin et appelant un saint du fond de la Calabre. Ce roi me semble Tibère, plus la peur de l'enfer
; je me rappelle l'excellent portrait que l'on voit au Palais-Royal, et la statue de M. Jalley. J'ai vu de loin les ruines de la fameuse et opulente abbaye de Marmoutiers, de l'ordre de Saint-Benoît, connue des hommes d'aujourd'hui par le Comte Ory; elle fut détruite en 1793.
À mon retour en ville, je suis allé voir la cathédrale, que l'on m'avait beaucoup trop vantée. Après avoir été deux fois détruite par des incendies, on commença à la reconstruire vers la fin du douzième siècle
; mais on dirait que le pays manquait de piété, car elle ne fut achevée qu'en 1550. On admire la rosace au-dessus du portail et les deux tours assez élevées. Les chanoines, gens de goût, ont fait revêtir de boiseries la base des piliers gothiques du chœur. Le bedeau m'a montré le tombeau en marbre blanc des enfants de Charles VIII. J'ai appris là que l'on appelle Tour de Charlemagne cette tour carrée que l'on donne ici pour un reste de l'ancienne église de Saint-Martin. J'ai vu la bibliothèque, le musée chétif. En sortant de la cathédrale, j'ai trouvé une assez jolie rue; mais les maisons sont trop basses pour avoir du style, pour dire autre chose au passant, sinon: Vous êtes au village. Cette rue m'a conduit dans la partie de la ville située au couchant de la belle rue; cet ancien Tours est fort mal bâti.

Stendhal, Mémoires d'un touriste, Éditions Grès, 1927.



Questionnaires sur les textes

Texte 1. Au nom de la tradition

1. Quelles personnes l'auteur critique-t-il? Comment sont-elles présentes dans le texte? Quelle image le texte donne-t-il d'elles?
2. Complétez le tableau suivant, afin d'établir les opérations faites par l'auteur
:




3. Relevez les phrases à l'impératif
: s'agit-il d'ordres, de conseils ou de suggestions? Justifiez votre réponse.
4. L'auteur de l'article pense-t-il ce qu'il écrit, ou pense-t-il le contraire
?
Le procédé employé ici est une forme d'ironie qu'on appelle l'antiphrase. C'est un moyen de polémique très employé.


Texte 2. Changeons la vie

1. Sur quel sujet l'auteur prend-il position
?
2. À qui s'adresse-t-il
? Comment le destinataire est-il présent dans le texte? Quelle est donc la portée du texte?
3. Quels mots indiquent un jugement porté par l'auteur
?
4. Relevez les mots ont un sens particulièrement fort.
5. Quelle phrase (ou membre de phrase) vous paraît le mieux résumer le texte
?
6. Le raisonnement
: relevez trois parallélismes. Quelle est leur phrase introductrice? À quel temps est exprimé le verbe introducteur?
7. Quels sont les mots importants de la phrase de conclusion
?
8. Relevez des mots ou des procédés (temps verbaux) qui expriment une certaine distance de l'auteur par rapport à ses affirmations.

Texte 3. Les chemins de fer

1. De quel ouvrage ce texte est-il extrait
? À quelle époque cet ouvrage a-t-il été publié?
2. L'auteur est-il favorable, défavorable au nouveau moyen de transport, ou nuancé (exprimant le pour et le contre)
?
3. L'auteur compare le voyage en chemin de fer et la vie
: quelles conclusions tire-t-il de cette comparaison?
4. Relevez deux phrases qui posent des affirmations sous la forme de sentences, de maximes définitives.
5. Quelle phrase résume la thèse de l'auteur
? Où est-elle placée?

Texte 4. J'accuse

Ce passage est la dernière partie de ce texte célèbre, ce qu'en rhétorique on appelle la péroraison, c'est-à-dire la conclusion.
1. Renseignez-vous sur l'Affaire Dreyfus, et préparez un court exposé sur le rôle d'Émile Zola dans cette affaire.
2. Comment l'auteur s'implique-t-il dans son texte
? Comment appelle-t-on la répétition de « J'accuse » en tête de chaque phrase?
3. Relevez, dans chaque phrase, les termes qui désignent l'affaire Dreyfus. Quel vocabulaire est employé
? Quel est l'effet produit sur le lecteur?
4. Quelles motivations l'auteur prête-t-il à ceux qu'il accuse
? Faites-en un relevé. Quel portrait se dessine d'eux?
5. Relevez les adjectifs qui, dans le passage, s'adressent le plus aux sentiments et aux émotions du lecteur.
6. Dans le dernier paragraphe, quels mots traduisent le courage de Zola
? Quel effet produit la dernière phrase?

Texte 5. Voyage à Tours

1. Lisez le titre de l'ouvrage dont ce texte est extrait. Quel type de texte vous attendez-vous à lire
?
2. Quels éléments d'information sont contenus dans ce texte
? À quels domaines appartiennent-ils? De quelle manière sont-ils présentés?
3. Relevez tous les mots et expressions qui expriment un jugement de l'auteur. Classez-les selon qu'ils expriment une affirmation positive ou négative. Qu'en concluez-vous
?
4. Ce texte vous paraît-il aussi polémique que les autres
? Justifiez votre réponse.

Synthèse des cinq textes
1. Lequel de ces textes ne défend pas particulièrement une thèse? Quel est le plus violent? le plus nuancé? le plus solennel? le plus risqué?
2. Quel est l'auteur le plus neutre
? Quel est celui qui s'implique le plus dans son texte?
3. Quel est celui des textes qui contient le plus de procédés d'exagération (hyperboles)
?
4. Quel est celui qui dévalorise le plus son ou ses adversaires
?

Exercices d'écriture

1.Vous faites l'éloge d'un voyage en TGV
: « Fendre l'air comme une flèche… ».
2. Si vous partagez l'opinion de M. Yourcenar, écrivez un texte polémique sur l'abattage des animaux de boucherie.
3. Vous détestez particulièrement un endroit ou une ville. Écrivez un texte qui le dévalorise.
4. Faites la liste de tout ce que vous détestez dans la vie. Choisissez ensuite un seul de ces éléments pour en faire un texte polémique qui commencera par « Je suis contre… »


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