Le prince d'Aquitaine à la tour abolie 
#1
Comment expliquez-vous et interprétez-vous le vers 2 de "El Desdichado",
de Nerval :
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie
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#2
Bonsoir,



El Dedischado peut être considéré comme un "tombeau", c'est-à-dire une épitaphe (Nerval a aussi écrit une autre épitaphe, plus facile d'accès, pour lui-même "Il a vécu, tantôt gai comme un sansonnet…")

On peut également considérer, à la suite de Jean Richer, que ce poème est une méditation sur son thème astrologique de naissance (je ne me laisse pas aller, sur Nerval, je puis être intarissable…).



Pour le vers qui vous préoccupe :

Nerval croyait que le nom de "Labrunie" (son vrai nom) signifiait "la tour", et, dans ses crises de folie, dans ses quêtes d'origines, il s'imaginait des généalogies diverses (voir plus loin, Lusignan, parfois un empereur romain).



Il croyait, entre autres, que ses ancêtres avaient possédé un château sur les bords de la Dordogne. Il leur attribuait des armes portant trois tours d'argent.

Mais surtout, La "tour abolie" correspond à une carte du Tarot, la Maison XII, maison des revers des malheurs, des emprisonnements. 

Une autre carte du

Tarot fascinait Gérard : la Maison-Dieu, qui représente une tour foudroyée.

L'ensemble est sous le signe de Saturne, le grand maléfique, et signe une inclination presque irrésistible à la folie et à l'auto-destruction.



Tout le quatrain peut être mis en relation avec les Arcanes XV (le Diable), XVI (La Tour foudroyée ou Maison-Dieu) et XVII (l'Etoile). Mais Nerval n'aurait pas évoqué ces arcanes, de préférence à tout autre, s'il n'avait perçu une signification particulière, en relation avec son destin. Cette série, quand on les tire, signifie "mort spirituelle et résurrection"

(Rappelez-vous la signification particulière de l'Etoile dans les deux premiers chapitres d'Aurélia).



Quant à la Tour foudroyée, elle connote la folie, bien sûr, et la punition dans la tradition alchimique (ne pas jouer avec le feu). Elle évoque également sans doute la Tour de Babel.



Mais, avec Nerval, et avec les sonnets des Chimères, on n'en a jamais fini d'élaborer des commentaires, qui s'appellent l'un l'autre à l'infini !



Cordialement.
Noli dei pueros putare pro feris anatibus ! (Michel Audiard)
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