Fortune
1.Fortune désigne le sort, le hasard, la destinée.
Ce n'est pas la fortune qui domine le monde.
MONTESQUIEU, Considérations,
chap. XVIII.
Par restriction de sens :
fortune désigne la
bonne fortune, la chance.
Puissent
votre fortune et votre argent périr sans ressource, et vous rester
seul et nu, pour sentir la vanité des biens qui vous ont follement
enivré !
ABBÉ PRÉVOST, Manon
Lescaut, 1re
partie.
2. Fortune désigne la
situation sociale, la réussite.
Une vie
dure est plus facile à supporter en province que la fortune à
poursuivre à Paris.
Rousseau, Lettre à un jeune
homme,
1758.
« Faire fortune » :
réussir
dans la vie, accéder au bonheur (et non s'enrichir).
Faire
fortune est une si belle phrase, et qui dit une si bonne chose,
qu'elle est d'un usage universel.
LA BRUYÈRE, Les Caractères, chap. VI,
36.
3. Au XVIIIe siècle, l'idée de richesse commence à l'emporter,
ce qui autorise des jeux de mots sur les deux sens,
richesse
et bonheur.
Hélas je
ne sais pas si j'ai fait leur fortune, mais ils n'ont pas fait la
mienne.
VOLTAIRE, Candide, chap. XIX (Le nègre de
Surinam).
Infâme, infamie
L'infamie est la honte, le fait de perdre son honneur, soit parce que l'on s'est conduit indignement, en infâme, soit parce qu'on a subi un affront une infamie qu'il faut laver dans le sang si l'on veut retrouver son honneur.
Le sens de ces mots, liés à l'idéal noble du XVlle siècle, est donc très fort. Voir Honneur.
N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
CORNEILLE, Le Cid, v. 238.
Croyez-vous […] que ce nous soit
une gloire d'être sorti d'un sang noble, lorsque nous vivons en
infâmes ?
Molière, Dom Juan, IV,
4.
L’lnfâme
est, dans certains textes
de Voltaire, l'Église catholique en ce qu'elle est intolérante et
dogmatique :
il signait volontiers ses lettres à ses amis par l'expression
« Écrasons l'Infâme » (Écr. l'inf.), qui visait
expressément le
fanatisme religieux.
Remarque. Parmi les mots de cette famille,
seul infâme prend un accent circonflexe.
Honneur
Pour le noble, l'honneur représente à la fois le sentiment de sa dignité et de sa valeur (droiture morale, dévouement, bravoure, aptitude au combat, loyauté
L'honneur est donc indissociable de la gloire, que toute la famille (la lignée) doit impérieusement respecter : noblesse oblige.
Ce sens de l'honneur, du point d'honneur, l'emporte parfois sur tout autre sentiment. Il faut alors venger par le sang les affronts faits à l'honneur d'une maison, d'un nom.
Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire
D'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison !
CORNEILLE, Le Cid,v.
333-334.
Nous n'avons qu'un honneur, il est
tant de maîtresses !
Ibid.,v. 1058.
Lorsque l'injure a une fois éclaté,
notre honneur ne va point à cacher notre honte, mais à faire
éclater notre vengeance.
MOLIÈRE, Dom Juan, III. 3.
2. L’honneur est la distinction, la marque de reconnaissance qui
signale publiquement les
hauts faits, le courage ou le mérite, officialisant ainsi la
gloire
d'une personne ou de sa
famille.
Ensemble nous cherchons l'honneur d'un beau trépas
CORNEILLE, Cinna,
v. 1655.
Au début du XVIIIe siècle, Montesquieu indique que
c'est une
dégradation de l'idéal aristocratique que d'oublier l'honneur
en
ne cherchant plus que les honneurs. Dès lors, c'est toute la société
monarchique, fondée sur le principe de l'honneur, qui est
menacée :
Le principe de la Monarchie se corrompt lorsque […]
l'honneur
a été mis en contradiction
avec les
honneurs, et que
l'on
peut être à la fois couvert d'infamie et de
dignités
MONTESQUIEU, De l'esprit des lois, livre VIII, chap.7.
« Sans honneur » signifie
« indignement ».
Honnête, honnêteté
1.Ces mots définissent l'idéal de la société classique.
L’honnête homme est celui qui a toutes les qualités qui font la sociabilité (bonnes manières, courtoisie, politesse, modestie) jointes aux qualités du cœur et de l’esprit.
L'honnête homme est cultivé sans être pédant : il est modeste.
Il « ne se pique de rien » (La Rochefoucauld, Maximes, 203).
On dit aussi, se référant aux mêmes qualités, dans un sens plus mondain, galant homme et homme de bien.
Clitandre dans Les Femmes savantes, Cléante dans Tartuffe, Philinte dans Le Misanthrope, sont les porte-parole de Molière et des honnêtes gens.
En eux domine la raison, c'est-à-dire une sagesse pratique, pleine de bon sens, qui sait faire la part des choses, et cherche à modérer les passions.
L'expression « honnête homme », liée à un idéal de vie sociale équilibrée, se retrouve au siècle suivant, même si la raison est désormais liée à l'esprit critique.
2. Honnête, dans un sens plus général, signifie « respectueux des bienséances », c'est-à-dire élégant et courtois.
Une honnêteté est un geste courtois, une politesse, une marque d'obligeance.
Ces gens-ci, au lieu de me manger, m'ont fait mille honnêtetés dès qu'ils ont su que je n'étais pas jésuite. VOLTAIRE, Candide
Remarque : Le sens moderne d'honnêteté financière et matérielle (respect du bien d'autrui) devient usuel à la fin du XVIIe siècle.
Transport
exemples :
Quoi [...] loin d'être saisi à son aspect des mêmes transports que je sens, vous faites voir pour lui des sentiments pleins de douceur?
MOLIÈRE, Dom Juan, III, 4.
Prince, continuez des
transports si
charmants.
Racine, Britannicus, v. 1025.
Perrette, là dessus, saute
aussi,
transportée.
La Fontaine, Perrette et le pot au
lait.
Bientôt je commençai de rouler dans
mon esprit des projets funestes, et dans un
transport dont je frémis en y pensant, je fus
violemment tenté de la précipiter avec moi dans les flots, et d'y
finir dans ses bras ma vie et mes longs
tourments.
Rousseau, La Nouvelle
Héloïse, IVe
partie, lettre 17.
cette étourdissante extase [...] qui, dans l'agitation de
mes transports,
me faisait écrier quelquefois : O grand Être! ô grand Être!
Rousseau, Lettres à
Malesherbes,
Troisième lettre. I
Transporter
signifie
émouvoir
fortement.
Le souvenir de ces faveurs si légères me
transporte encore en y pensant.
Rousseau, Confessions, livre II.
Les chausses
Les chausses
(n. féminin pluriel) sont
une partie du vêtement masculin. Les hauts-de-chausses,
ou chausses, désignent la culotte
(de la ceinture aux genoux,
ou serrée sous les genoux) ;
les bas-de-chausses,
ou bas
couvrent jambes et pieds
(d'où les termes chaussettes,
chaussures
Selon Chrysale, une femme en sait assez si elle sait distinguer
« un pourpoint (une veste courte attachée aux chausses) d'avec
un haut-de-chausse » (Molière, Les Femmes savantes,
v. 580).
«Les jambes sont
visiblement instituées pour être chaussées, et nous avons des
chausses.»
VOLTAIRE, Candide, chapitre I
