Passion Poupées
January 2012

Plutarque et Timoxène


Lors de la perte de sa petite fille de deux ans, Plutarque exprime sa douleur en contemplant ses poupées, en se rappelant les jeux de sa fille avec elles et les soins qu’elle leur prodiguait.

PLUTARQUE A SA FEMME, SALUT.
Le courrier que tu m'as expédié pour m'apprendre la mort de notre chère fille, s'est, à ce que je vois, trompé de route en se rendant à Athènes. C'est à Tanagre, où j'étais allé, que par ma nièce j'ai su cette nouvelle. Je suppose donc que ce qui regarde la sépulture est maintenant accompli. Puissent tous ces détails l'avoir été de façon à te laisser, pour le présent et pour l'avenir, le moins possible de regrets
! Peut-être te reste-t-il encore à cet égard d'autres intentions, pour lesquelles tu attends mon avis, et dont il te semble que l'accomplissement doive soulager ta douleur. En cela, comme dans le reste, tu te défendras de toute recherche exagérée, de toute superstition. Personne n'en est plus éloigné que toi.

Seulement, ma chère femme, conserve-toi, par amour de ton mari et de toi-même, dans l'état de calme qui nous convient en présence d'un tel malheur. Pour ma part, je sais et je mesure toute l'étendue de notre perte. Mais si je te trouve livrée à un trop grand désespoir, j'en serai plus peiné encore que du coup même qui nous a frappés. Non que je sois de chêne ou de pierre: tu le sais bien, toi qui m'as assisté dans les soins prodigués à notre famille, toi avec qui j'ai élevé un si grand nombre de nos enfants, avec qui nous les avons tous nourris nous-mêmes à la maison. Tu sais aussi combien cette fille, ardemment désirée par toi, que tu avais mise au monde après avoir eu quatre fils, et qui m'avait fourni l'occasion de lui donner ton nom, combien cette fille était tendrement chérie de moi. Un chagrin plus vif encore s'ajoute chez moi à l'amour que ressent un père pour des enfants de cet âge: c'est le souvenir de l'amabilité de cette petite fille, et de sa candeur naïve, qui ne savait ni s'irriter ni se plaindre. Elle était naturellement douée d'une égalité d'âme et d'une douceur merveilleuses; et le retour dont elle payait notre tendresse nous faisait à la fois chérir et apprécier la bonté de son cœur. Ce n'était pas seulement aux autres enfants, mais encore à ses joujoux favoris, à ses poupées, qu'elle voulait que sa nourrice donnât à téter. À ce sein, qui était comme sa table particulière, son humanité conviait tous ceux qui la rendaient heureuse: elle aimait à partager avec eux ce qu'elle avait de plus beau.


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Assurance

Une collection de poupées doit être correctement assurée.

Lisez votre police d’assurance habitation pour savoir si vos poupées sont assurées.
Au-delà d’une certaine valeur de collection, il faut signaler leur existence à l’assureur.

Il faut donc garder toute trace de facture, et photographier vos poupées sous toutes les coutures.
Les livres, catalogues de vente indiquent le prix de vente de poupées similaires.
La valeur à assurer est la somme de remplacement en magasin et non le prix dans une vente aux enchères.
La compagnie d’assurances peut réclamer une évaluation par un professionnel.

Quoi qu’il en soit, il est important de garder tout document sur les poupées que vous possédez, pour vous et pour tout propriétaire ultérieur.

Faites un fichier avec le prix d’achat, le maximum de photos, les travaux effectués sur la poupée, y compris les changements de vêtement.

Gardez absolument tout, dans des sacs de plastique étiquetés
: perruque d’origine, chaussures, vêtements mangés aux mites ou fusés, etc.

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Des poupées pour les princesses

Lors de la visite officielle du roi d'Angleterre à Paris en 1938, le gouvernement français offrit deux poupées, « France » et « Marianne », aux princesses Elizabeth (aujourd'hui reine d'Angleterre) et Margaret.
Les deux poupées coûtaient 1,5 million d'anciens Francs.

Elles étaient chacune dotées de 365 robes, provenant des plus célèbres maisons de haute couture parisiennes. Et chaque robe était accompagnée d'accessoires assortis, par exemple lingeries, chaussures, bijoux, sacs à mains et chapeaux.

Les poupées avaient une hauteur de 80 cm et leurs trousseaux étaient rangés dans quinze malles différentes.

C'est la Société Française de Fabrication des Bébés et Jouets qui fut l'auteur de ce présent exceptionnel.

Photos et article ici
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Un corps pour une tête

Il est toujours très délicat de trouver un corps qui convienne à une tête de poupée.

Il est tout d’abord important de connaître les caractéristiques du fabricant de la tête que vous voulez apparier
: vous faut-il un corps français? allemand? un corps de todler? un corps de bébé?

L’inscription dans la nuque doit impérativement être décodée.

Partons du principe que vous possédez une poupée entière dont la tête est parfaitement proportionnée au corps.
Ce corps mesure 40 cm.
Vous possédez une tête plus grande ou plus petite et désirez trouver quel corps serait convenable pour cette tête.
Mesurez chaque tête
: celle qui se trouve sur le corps de 40 cm et la tête orpheline

La tête sur le corps de 40 cm est l’originale à 100 %.
Faites la règle de trois comme indiqué pour obtenir la taille d’un patron.

Si la tête à apparier mesure 75 % de la tête qui se trouve sur le corps de 40 cm, le corps dont elle aura besoin sera de (40 cm
: 100) X 75 = 30 cm.
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Les perruques des poupées


La perruque de poupée est soit en peau de mouton - malheureusement, il est rare aujourd'hui d'en retrouver en bon état -, soit en thibet - poil de chèvre traité -, ou encore en véritables cheveux.

Léo Claretie, lors de sa visite à l'usine Jumeau, a dépeint le travail de l'atelier des friseuses:


« 
On apporte des ballots de thibet en bottillons. On les roule par minces mèches sur des bigoudis de bois entourés de papier, et on les fait ainsi bouillir, puis sécher dans une armoire de fer chauffée par des rampes de gaz. Quand le bigoudi en sort, les cheveux sont à la fois frisés et indéfrisables.

Ils passent alors aux couseuses qui les piquent par rangées serrées sur des calottes de toile, avec la frisure à la chien par-devant, et les nattes par-derrière. Cela fait de ravissantes perruques qui sont clouées sur le crâne des poupées, dont l'occiput est en liège, pour favoriser cette façon un peu brutale de planter les cheveux sur la tête.
 »

Léo Claretie, Les Jouets, histoire, fabrication, Librairies Imprimeries Réunies, 1894.


La perruque en cheveux naturels est d'un prix de revient plus élevé. On trouve davantage de poupées blondes que de poupées brunes (voir remarque sur les yeux)

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Pieter Bruegel Les jeux d'enfant



Pieter Bruegel, Les Jeux d’enfants, 1560
Huile sur bois de chêne, 118 X 161 cm, Kunsthistorisches Museum de Vienne.

Près de deux cent cinqunte enfants sont représentés. Ils s’amusent avec des cerceaux, des tonneaux, des bouts de bois, des osselets ; au XVIe siècle, les jouets pour les enfants du peuple étaient rares…

Des détails ici.
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Typologie des collectionneurs

Non, tous les collectionneurs de poupées ne sont pas des femmes en mal d’enfant.

Un jugement aussi sommaire ne peut rendre compte des diverses motivations des collectionneurs.
Certes, les femmes sont les plus nombreuses, mais il existe des collectionneurs masculins, des amateurs célibataires ou mariés, jeunes ou âgés, pourvus ou non d’enfants…

Chaque collectionneur constitue son ensemble selon une certaine vision. Au départ, le novice a tendance à réunir des pièces un peu au hasard
; plus tard, un peu plus avisé, le collectionneur se spécialise.
Certains s’intéressent uniquement aux poupées françaises, d’autres uniquement aux bébés de caractère, d’autres ont choisi un fabricant ou un matériau particulier.

La plupart sont conscients de préserver un patrimoine et, dans cette perspective, évitent les erreurs historiques en se documentant soigneusement.

Il existe sans doute des spéculateurs, mais nous nous permettrons, ici, de les ignorer.

Les collectionneurs sont des passionnés qui, avant tout, sont incapables de résister à la grâce et à l’émotion qui se dégagent de leur trouvaille.

Il existe tant de raisons de vouloir collectionner des poupées
! Se souvenir d’une enfance heureuse, ou au contraire découvrir un objet dont on a été privé. Aimer s’environner de beaux objets, de vêtements précieux que l’on aime coudre et reconstituer. Imaginer les enfants qui ont chéri ces objets, et parfois d’autres enfants qui les ont fabriqués sans avoir le droit de jouer avec eux…
Les poupées ont tant à raconter sur les goûts d’une époque, les mentalités, les modes changeantes, l’histoire des femmes, la contrainte des corps, et surtout la vision de l’enfance. Il est extraordinaire que tout ce patrimoine nous soit transmis. Transmettons-le à notre tour.
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Taille des patrons

Vous désirez adapter un patron à votre poupée: augmenter ou réduire, vous ne savez pas comment vous y prendre.

Beaucoup de corps de poupées possèdent le même type
; parfois les jambes et les bras varient alors que le torse demeure le même. Ce sont les mesures du torse qui importent pour que le vêtement aille bien.

Mesurez le corps de la poupée du bas de la nuque à la base des talons.
Faites la même mesure sur le corps plus petit.

Exemple: le patron est conçu pour un corps français de 62 cm.
Vous souhaitez le réduire pour que le vêtement convienne à un corps français de 46 cm

• 62 cm correspondent à 100 % (patron original)
• 1 cm = 100
: 62
• 46 cm = (100
: 62) X 46 = 74, 19 %

Dans la photocopieuse, réduisez à 74 % avant de photocopier le patron original, et le tour est joué
!

Opération inverse:

Vous avez un patron qui correspond à un corps de 31 cm. Vous voulez obtenir un patron pour un corps de 46 cm, du même type.

• 31 cm = 100 %
• 1 cm = 100
: 31
• 46 cm = (100
: 31) X 46 = 148,38
Réglez la photocopieuse à 149 %.

Le processus est le même pour les chaussures, les chapeaux. La seule précaution à prendre, c’est d’effectuer les deux mesures exactement au même endroit du corps.

Il est toujours intéressant, quand vous confectionnez des vêtements, de calculer de cette manière le métrage de tissu, de dentelle, de rubans, la taille des boutons qui vous seront nécessaires.
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Une poupée dans un grenier


Si vous avez la chance de trouver une poupée dans un grenier, ayez le réflexe de la prendre par la tête, car l’élastique qui maintient les différentes parties du corps de la poupée est probablement distendu et cassant, et la tête pourrait se briser.

Les poupées françaises ont un corps « à boules »
: deux boules par membre. Les poupées articulées, plus récentes, ont les bras en trois morceaux (la main, l’avant-bras et le haut du bras) et les jambes en deux morceaux.

Si la poupée est dans sa boîte d’origine, ne la jetez surtout pas
! d’abord, l’ensemble vaut plus cher, et surtout, la boîte vous donnera des indications précieuses sur le fabricant, la nature et la date du modèle.

Récupérez tous les accessoires et les vêtements, même s’ils sont en mauvais état
: le trousseau servira de modèle pour coudre des vêtements neufs.

Ne lavez pas le corps en papier mâché ou en bois. En revanche, avec beaucoup de précautions, vous pouvez laver la tête de porcelaine, avec de l’eau, un peu de savon de Marseille et une brosse à dents. Posez la poupée sur une serviette éponge épaisse afin d’éviter toute chute fatale.
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La fabrication des yeux

Poupées anciennes: La fabrication des yeux


Des ouvrières spécialisées travaillent au chalumeau la tige d'émail blanc, ou d'émail coloré, qui deviendra un œil. C'est un travail qui demande beaucoup de précision dans le geste. Des yeux de différentes tailles et de différentes couleurs sont fabriqués. La
Notice sur la fabrication des Bébés Jumeau décrit ce processus avec précision:


« 
La jeune ouvrière est assise devant un établi, elle a les pieds posés sur des pédales qu'elle agite à mouvements réguliers. Devant elle, sur l'établi, est placé un fourneau à gaz. Le fourneau a plusieurs robinets, les uns pour le gaz, les autres pour l'air. Un jet de feu plus ou moins intense selon qu'il est nécessaire, sert au chauffage des différentes substances qu'on emploie pour faire les yeux. L'ouvrière tient d'une main un chalumeau de verre, sorte de petit tube long de 25 cm environ, de l'autre un bâton de verre noir filé, avec lequel, en tournant légèrement au bout du chalumeau, elle forme un petit rond noir qui est la prunelle. Ensuite, elle prend un autre bâton de verre bleu, le passe autour de la prunelle, pour donner la couleur de l'œil. Cela se fait au feu du chalumeau. Après cela, elle forme, à l'aide d'un bâton très mince de verre blanc filé, de petits traits autour de la prunelle qui produisent l'œil à rayons. »

On a fabriqué davantage de poupées aux yeux bleus que de poupées aux yeux foncés.
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Chère Bécassine


Joseph-Porphyre Pinchon fut directeur de l’Opéra de Paris, et camoufleur de sites durant la Première Guerre mondiale, avant de se lancer dans la bande dessinée, dont il est l’un des pionniers.
Bécassine, apparue en 1905 dans le journal pour fillettes La Semaine de Suzette, a immédiatement connu le succès.

De nombreux détails ici.

Bernard Lehembre prend la défense de la chère Bécassine, parfois si malmenée par des gens qui ne l’ont pas forcément lue.

Résumé de son livre
: Bécassine: Une légende du siècle

1. Bécassine dans son siècle
- L’héroïne de BD
- La Semaine de Suzette
- Au cœur des grandes mutations de la société française
- Une pionnière de la libération de la femme

2.Un siècle avec Bécassine
- Bécassine fait école (dans le monde du dessin)
- L école de Bécassine (le roman d éducation)
- Icône de la patriote (en temps de guerre)
- La réception de Bécassine (la critique et le public)
- La culture Bécassine
- La vogue de Bécassine, à la radio, au cinéma, dans la chanson, dans la haute couture, à l’université, dans la grande presse, dans l'édition, au village de Clairoix dans l'Oise, qui la revendique.
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Les jouets du petit Louis XIII


Au début du XVIIe siècle, le médecin Héroard, dans son journal relatif à la jeunesse du dauphin, le futur Louis XIII, relate au sujet de ce prince né le 27 septembre 1601 les détails suivants:

« Il a deux ans et sept mois quand Sully lui offre un petit carrosse rempli de poupées. »

Ailleurs, le chroniqueur raconte au sujet du petit prince âgé de quatre ans
:

« Il s'amuse avec des petits jouets et un “cabinet” venu d'Allemagne (il s'agit de petites miniatures en bois fabriquées par un artisan de Nuremberg). M. de Loménie lui a donné un petit gentilhomme à la collerette parfumée qui lui sied très bien… Il le coiffe et s'écrie
: Je veux le marier à la poupée de Madame (sa sœur). »

Une autre petite voiture est alors envoyée au petit dauphin, chargée de poupées représentant la reine, Madame et Mademoiselle de Guise, et enfin Madame de Guercheville
: un désir royal volontiers exaucé.

Ces notes de journal témoignent des débuts de la poupée comme jouet à la veille des temps modernes et illustrent aussi la renommée des jouets de Nuremberg, si florissante qu'elle franchissait déjà les frontières à l'époque.
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