le Juif à l'ail d'Apollinaire
#1
Bonjour,

Je suis étudiant à Paris 3 et dans le cadre d'un Projet culturel à plusieurs, je monte un atelier autour du roman policier. L'atelier se déroulerai en deux temps d'abord un intervenant viendrai parler du genre et de sa complexité puis deux atelier d'écritures ou le but serait d'inventer une histoire policière à plusieurs et de générer du coup de la rencontre qui est le point fort de notre projet? J'aimerai savoir si vous connaissez des amateurs de romans policier qui serait intéressé par le projet. Et aussi s'il existe des lieux où pourrait se dérouler l'atelier? Merci d'avance de votre réponse
Répondre
#2
Bonsoir et bienvenue,
J'ai animé, pendant de nombreuses années, ce type d'atelier dans le cadre de formation initiale et continue d'enseignants, mais désormais je ne le fais plus.
Je suis donc au regret de ne pouvoir répondre positivement à votre demande. J'espère que vous pourrez mener à bien votre projet : n'hésitez pas à nous faire part de son évolution. Bien cordialement.
Noli dei pueros putare pro feris anatibus ! (Michel Audiard)
Répondre
#3
Dans Marizibill, Alcools, Apollinaire évoque un juif proxénète :
"C'était un juif il sentait l'aïl"
Que peut signifier cette notation olfactive ?
Répondre
#4
Bonsoir,
Marizibill est un personnage qui apparaît souvent chez Apollinaire. Dans une autre œuvre (le Dôme de Cologne (février 1902), l'amant apparaît sous cette description :

"Marizibill qui chante en doux plat allemand
T'élit pour rendez-vous avec son gros amant
Drikkes imberbe et roux qui rote éperdument "

(Le Guetteur mélancolique, O.P. p. 539, Pléiade)

Je puis vous communiquer l'explication de Marizibill par Marie-Jeanne Durry dans sa thèse (c'est surtout une mise en rapport de différentes parties de l'oeuvre de Guillaume Apollinaire).

M-J D. considère par ailleurs que "bien tranquille quant à l'ignorance du lecteur moyen français qui ne sait pas l'allemand, Apollinaire modifie la prononciation du mot Loreley afin de mieux faire briller sa belle sorcière.
(…). Dans un jeu analogue, entrent les rimes si amusantes de Marizibill : "Changaï", "ail", "paille"; "Cologne", "mignonnes", borgnes"...
Donc, pour elle, ce n’est qu’un jeu. Cela ne va pas très loin…

Ce qui est beaucoup plus intéressant, c’est d’examiner le topos du Juif roux qui relève bien du stéréotype. On le trouve dans le roman d’Irène Némirovsky David Golder, ainsi que dans Oliver Twist, où Dickens décrit Fagin comme « a very old shrivelled Jew, whose villanous-looking and repulsive face was obscured by a quantity of matted red hair ». 
Et l'antisémite Edouard Drumont s’appuie sur Lavater pour affirmer que « les Juifs, en général [...] ont les cheveux crépus, roux ou bruns [...] ». 
Bernard Lazare, au cours d’une conférence prononcée en 1897, réserve cet attribut physique aux Juifs allemands. Enfin en 1917, pour interpréter le personnage de Shylock (Shakespeare, Le Marchand de Venise), l’acteur Firmin Gémier s’affuble, entre autres caractéristiques, d’une perruque rousse et frisée : il s’inspire d’une iconographie largement propagée par la caricature de presse avant et après la Première Guerre mondiale.
Cependant, chez ces auteurs, le topos n’a pas le même sens ni les mêmes conséquences : 
1. Les ressorts d’un anti-judaïsme traditionnel sont à l’œuvre chez Dickens. Influencée par des croyances et une mythologie qui remontent au Moyen âge, la description physique de Fagin opère la synthèse de deux figures diaboliques, le Juif et le roux. 
2. Dans la caricature de presse et l’interprétation théâtrale du personnage de Shylock, l’anti-judaïsme séculaire persiste, mais les traits et les buts du racisme antisémite moderne s’y sont ajoutés. Il s’agit désormais de déterminer un physique juif. C’est à quoi s’emploie Drumont. 
3. L’objectif poursuivi par Bernard Lazare est inverse puisqu’il réserve la rousseur aux seuls Juifs allemands, voulant démontrer ainsi que les Juifs, bien loin de constituer une race et d’être singularisés par un type physique, ne se distinguent pas des peuples au sein desquels ils vivent : c’est la conversion d’un stéréotype en contre-stéréotype. 
4. Les trois vers de « Marizibill » ne relèvent pas, quant à eux, du stéréotype. Quoique peu flatteur, le portrait ne repose pas sur la généralisation, propre à ce genre de construction. En effet, les adjectifs « roux » et « rose », pourtant exactement identiques à ceux qu’emploiera Irène Némirovsky dans le portrait de Fischl, caractérisent avant tout ici le maquereau, qui n’est identifié comme Juif que dans un second temps, ce qui rend l’association tout à fait contingente. 
Certes, une autre image négative semble prendre le relais : celle du Juif mangeur d’ail à l’haleine désagréable. Mais la parataxe, redoublée par l’absence de ponctuation, prive le stéréotype de sa logique. Il manque un donc ou un parce que entre « C’était un Juif » et « il sentait l’ail » pour que l’image se constitue pleinement en cliché. On ne peut qu’évoquer, à propos de ces vers d’Apollinaire, un élément de pittoresque, au sens premier de ce terme, qui renvoie à l’art du peintre.
 
En ce qui concerne Apollinaire et les Juifs, je vous recommande la lecture de cette page :

http://www1.alliancefr.com/judaisme/cult...de-5027788
Bon travail !
Noli dei pueros putare pro feris anatibus ! (Michel Audiard)
Répondre


Atteindre :


Utilisateur(s) parcourant ce sujet : 1 visiteur(s)