La lettre et le message


En français, le même mot lettre désigne le message que l'on confie à la poste et le signe de l'alphabet.
En latin, le mot singulier
littera ne se disait que du signe de l'alphabet. Le message était désigné par le pluriel litterae, sans doute parce qu'une lettre (message) est un ensemble de lettres.

Le latin avait d'ailleurs un autre mot,
epistula, que le français a emprunté anciennement sous la forme épître. Son emploi le plus ancien se trouve dans la langue religieuse (les Épîtres de saint Paul). C'est aussi un terme de la langue littéraire : à l'imitation des Epistulae du poète romain Horace, plusieurs poètes français ont écrit des Épîtres : Marot, Boileau, Voltaire.
En parlant des lettres ordinaires,
épître peut encore se dire de nos jours, mais avec une nuance d'ironie.

Missive était un nom secondaire de la lettre. C'est à l’origine un adjectif, fait sur le participe latin missus (du verbe mittere, « envoyer » ). L’expression «lettre missive» qualifiait les lettres spécialement destinées à être envoyées, puis il s'est employé comme nom. Littré attribue à ce mot un caractère familier. Aujourd'hui le mot est considéré comme prétentieux et solennel, à moins qu'il ne soit ironique.

Au XVIIe siècle, on employait volontiers le mot
billet (d'origine obscure) au sens de lettre. Un billet était une lettre courte (nous disons encore aujourd'hui : « Vous m'écrirez un mot » ou même «un petit mot» ). Mais, surtout, il avait un caractère familier et était exempt des formules de politesse très longues et très nuancées, qui compliquaient la rédaction des lettres.

Déjà, au Moyen-Âge, une idée analogue de brièveté avait suscité l'emploi de l'adjectif
brief ou bref (du latin brevis) au sens de « lettre ». On voit par exemple, dans la Chanson de Roland, Charlemagne envoyer par des messagers un bref au chef des Sarrasins. Le mot a été emprunté par l'allemand, qui en a fait le nom usuel de la lettre, sous la forme brief.

Le diminutif
brevet désignait au XVIe et au XVIIe siècle un texte court, des notes ou des formules inscrites sur un talisman. II se disait surtout des actes par lesquels le roi conférait un don, une pension ou un honneur.
Brevet se dit encore de plusieurs certificats (brevet d'invention, brevet de capacité, brevet d'officier).

Brevet est donc resté dans le vocabulaire, quoiqu'il n'ait plus de rapport avec l'idée de « lettre ». Bref, lui, n'a subsisté que dans le vocabulaire de la chancellerie pontificale, où il se dit des lettres closes. Les lettres patentes (c’est-à-dire ouvertes) s'appellent bulles, du nom latin bulla, qui désignait le cachet en forme de « boule » qui était apposé à ces actes solennels (bulle est le mot savant venu de bulla et boule le mot populaire).Le mot message est plus général que lettre, puisqu'un message peut être transmis par voie orale ou électronique.

L'ancien français disait
mes, forme simple, à côté de message, dérivé avec le suffixe age. Mes désignait à la fois le messager et le message. Il représentait à la fois le masculin latin missus (la personne envoyée) et le neutre latin missum (la chose envoyée). Message présentait le même cumul de notions.

Les messagers jouaient un rôle important dans la vie du Moyen-Âge. C'est par leur intermédiaire que les grands personnages communiquaient entre eux. Une particularité curieuse est qu'un messager n'allait jamais seul. Ils allaient généralement par deux, parfois par trois. Peut-être étaitce une précaution, afin que le message pût parvenir à son destinataire, même si un des messagers était tué ou pris. Peut-être voulait-on également s'assurer de la fidélité de la transmission.
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