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Livre du jour M. Bashkirtseff Lettres

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Extrait:

« Nous sommes allées à la galerie Degli uffici qui communique avec le Palais Pitti et que j’ai vue hier autant qu’on peut voir en passant.
Aujourd’hui, c’est autre chose
; j’y suis restée une heure et demie. Les statues et les bustes grecs me retiennent longtemps.
Je suis désappointée à la vue de la tête d’Alcibiade
; jamais je ne me le figurais avec le front charnu, cette petite bouche montrant les dents, cette
petite barbe.
Cicéron est assez (je ne le prends pas pour un Grec, soyez tranquille) bien, mais ce pauvre Socrate
! Oh! Il a bien fait de faire de la philosophie et de
causer avec son génie, il ne pouvait pas faire autre chose
! Quelle laideur ridicule!
Enfin me voilà devant la fameuse Venera Medica
! Cette petite poupée est une déception nouvelle. Ces chevilles ressortantes n’excitent pas mon
admiration, et la tête et les traits communs à toutes les statues grecques
!
Non ce n’est pas là Vénus, la déesse charmante, la mère de l’amour. La bouche est froide, les yeux sans expression
; certes les proportions sont
admirablement gardées, mais que lui resterait-il donc, si les proportions étaient moins parfaites
! Qu’on me nomme barbare, ignorante, arrogante,
stupide, mais c’est mon avis. La Vénus de Milo est beaucoup plus Vénus.
Je passe aux peintures et trouve enfin une chose digne du nom de Raphaël, pas une image plate et effacée comme ces madones, pas un Christ enfant
comme en papier mâché, mais une tête vivante, belle, fraîche. »
[…]

Lettres de Marie Bashkirtseff

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Livre du jour Léon Bloy le Désespéré

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«- Quand vous recevrez cette lettre, mon cher ami, j’aurai achevé de tuer mon père. Le pauvre homme agonise, et mourra, dit-on, avant le jour.

Il est deux heures du matin. Je suis seul dans une chambre voisine, la vieille femme qui le garde m’ayant fait entendre qu’il valait mieux que les yeux du moribond ne me rencontrassent pas et qu’on m’avertirait quand il en serait temps.

- Je ne sens actuellement aucune douleur ni aucune impression morale nettement distincte d’une confuse mélancolie, d’une indécise peur de ce qui va venir. J’ai déjà vu mourir et je sais que, demain, ce sera terrible. Mais, en ce moment, rien
; les vagues de mon cœur sont immobiles. J’ai l’anesthésie d’un assommé. Impossible de prier, impossible de pleurer, impossible de lire. Je vous écris donc, puisqu’une âme livrée à son propre néant n’a d’autre ressource que l’imbécile gymnastique littéraire de le formuler.

Je suis parricide, pourtant, telle est l’unique vision de mon esprit
! J’entends d’ici l’intolérable hoquet de cette agonie qui est véritablement mon œuvre, -- œuvre de damné qui s’est imposée à moi avec le despotisme du destin!

Ah
! le couteau eût mieux valu, sans doute, le rudimentaire couteau du chourineur filial! La mort, du moins, eût été, pour mon père, sans préalables années de tortures, sans le renaissant espoir toujours déçu de mon retour à l’auge à cochons d’une sagesse bourgeoise; je serais fixé sur la nature légalement ignominieuse d’une probable expiation; enfin, je ne resterais pas avec cette hideuse incertitude d’avoir eu raison de passer sur le cœur du malheureux homme pour me jeter aux réprobations et aux avanies démoniaques de la vie d’artiste. »

Léon Bloy, le Désespéré

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Livre du jour D. Diderot Bréviaire jeunes mariées

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Ma fille,

Vous allez quitter la maison de votre père et de votre mère pour entrer dans celle de votre époux et la vôtre. En vous accordant à…., je lui ai résigné toute mon autorité, il ne m’en reste plus. Il n’y a qu’un moment que je vous commandais, et votre devoir était de m’obéir
; à présent, je n’ai plus que le droit de conseil. Je vais en user.
Votre bonheur est inséparable de celui de votre époux
; il faut absolument que vous soyez heureux ou malheureux l’un par l’autre: ne perdez jamais de vue cette idée, et tremblez au premier désagrément réciproque que vous vous donnerez, car il peut être suivi de beaucoup d’autres.
Ayez pour votre époux toute la condescendance imaginable, conformez-vous à ses goûts raisonnables, tâchez de ne rien penser que vous ne puissiez lui dire, qu’il soit sans cesse comme au fond de votre âme
; ne faites rien dont il ne puisse être témoin. Soyez en tout et toujours comme sous ses yeux.
Songez qu’une fille qui a le maintien d’une femme est indécente, et que, par conséquent, la femme qui sait garder le maintien décent d’une fille se respecte et se fait respecter.

Le bréviaire des jeunes mariées
Lettre inédite de Diderot à sa fille

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Livre du jour Mme de Lafayette La Princesse de Clèves

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« La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. Ce prince était galant, bien fait et amoureux
; quoique sa passion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n’en était pas moins violente, et il n’en donnait pas des témoignages moins éclatants.
Comme il réussissait admirablement dans tous les exercices du corps, il en faisait une de ses plus grandes occupations. C’étaient tous les jours des parties de chasse et de paume, des ballets, des courses de bagues, ou de semblables divertissements
; les couleurs et les chiffres de Mme de Valentinois paraissaient partout, et elle paraissait elle-même avec tous les ajustements que pouvait avoir Mlle de la Marck, sa petite-fille, qui était alors à marier.
La présence de la reine autorisait la sienne. Cette princesse était belle, quoiqu’elle eût passé la première jeunesse
; elle aimait la grandeur, la magnificence et les plaisirs. Le roi l’avait épousée lorsqu’il était encore duc d’Orléans, et qu’il avait pour aîné le dauphin, qui mourut à Tournon, prince que sa naissance et ses grandes qualités destinaient à remplir dignement la place du roi François premier, son père. » […]

Madame de Lafayette, La Princesse de Clèves

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Livre du jour G. Eekhoud La Nouvelle Carthage

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« Georges Eekhoud est surtout connu pour ses romans au naturalisme sombre et cependant curieusement baroque. Il peint les paysages de Campine, le port d’Anvers et ses quartiers douteux hantés par des personnages en dehors des normes sociales, religieuses ou sexuelles, révoltés au grand cœur qui s’opposent par leur noblesse d’âme aux bourgeois étriqués et égoïstes. Il reste fidèle à la définition qu’en donne Gustave Flaubert: « J’appelle bourgeoisie tout ce qui est de bas. »
Romans aux relents pervers — d’une immoralité qui écœure — se roulant voluptueusement dans la fange — récits malsains d’adultères — Eekhoud communie de façon sacrilège avec toutes ces âmes de dévoyés, rebuts ou martyrs d’une société athée et matérialiste — épopée de vagabonds, anarchisme érotique de gueux et de crève-misère qui se démènent comme des bêtes dans une atmosphère sensuelle, relevée par la cruauté des descriptions.
Son œuvre est d’une sincérité bouleversante. Son style est rude, raboteux. Tous ses livres produisent une impression de brutalité, même là où à sa manière, l’auteur exprime sa tendresse pour l’humanité.
L’intrigue du roman suit l’itinéraire de Laurent, en rupture avec sa classe d’origine — la bourgeoisie — qui va se tourner vers le prolétariat, puis vers le sous-prolétariat, pour essayer de trouver une alternative à cette société bourgeoise à laquelle il veut échapper. »

Georges Eekhoud, La Nouvelle Carthage
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Livre du jour H.G. Wells L'Homme invisible


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EXTRAIT :

Son hôte – elle le vit en entrant – était assis dans le fauteuil devant le feu, assoupi à ce qu'il semblait ; sa tête emmaillotée s'inclinait de côté. Pour toute lumière dans la chambre, la lueur rougeâtre qui venait du foyer. Tout était ou violemment éclairé ou tout à fait sombre. Elle avait d'autant plus de peine à rien distinguer qu'elle venait précisément d'allumer la lampe du bar et que ses yeux étaient encore éblouis. Mais, pendant une seconde, il lui parut que l'homme qu'elle regardait avait une bouche énorme, béante, une bouche invraisemblable, qui « mangeait » tout le bas de sa figure. Ce fut une image instantanée : une tête enveloppée de blanc, de gros yeux à fleur de front, et, au-dessous, un large four.
Alors, il bougea, il se redressa sur son siège, il leva la main…

H.G. Wells, L’Homme invisible

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Livre du jour Alfred Jarry Ubu

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De par ma chandelle verte, merdre, madame, certes oui, je suis content. On le serait à moins
: capitaine de dragons, officier
de confiance du roi Venceslas, décoré de l’ordre de l’Aigle Rouge de Pologne et ancien roi d’Aragon, que voulez-vous de mieux
?

MÈRE UBU
Comment! après avoir été roi d’Aragon vous vous contentez de mener aux revues une cinquantaine d’estafiers armés de
coupe-choux, quand vous pourriez faire succéder sur votre fiole la couronne de Pologne à celle d’Aragon
?

PÈRE UBU
Ah! Mère Ubu, je ne comprends rien de ce que tu dis.

MÈRE UBU
Tu es si bête!

PÈRE UBU
De par ma chandelle verte, le roi Venceslas est encore bien vivant; et même en admettant qu’il meure, n’a-t-il pas des légions d’enfants?

MÈRE UBU
Qui t’empêche de massacrer toute la famille et de te mettre à leur place?

Alfred Jarry, Ubu

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Livre du jour E.T.A. Hoffmann le Pot d'or

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« Au jour de l’Ascension, à deux heures après midi, un jeune homme à Dresde passait en courant la porte Noire, et vint donner juste contre une corbeille remplie de pommes et de gâteaux qu’une vieille femme laide offrait à bas prix, de sorte que tout ce qui était heureusement échappé à la meurtrissure de la secousse, fut lancé au dehors du panier à la grande joie des polissons de la rue qui se partagèrent le butin que le hâtif jeune […] ».

Le Pot d’or, d’E.T.A. Hoffmann.

http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Pot_d’or
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Livre du jour Le Ramayana

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LE RAMAYANA
POÈME SANSCRIT DE VALMIKY
TRADUIT EN FRANÇAIS PAR HIPPOLYTE FAUCHE
Traducteur des œuvres complètes de Kâlidâsa et du Mahâ-Bhârata
TOME PREMIER
PARIS
LIBRAIRIE INTERNATIONALE
13, RUE DE GRAMMONT, 13
A. LACROIX, VERBOECKHOVEN & Ce, ÉDITEURS
À Bruxelles, à Leipzig et à Livourne
1864

Il est une vaste contrée, grasse, souriante, abondante en richesses de toute sorte, en grains comme en troupeaux, assise au bord de la Çarayoû et nommée Koçala. Là, était une ville, célèbre dans tout l’univers et fondée jadis par Manou, le chef du genre humain. Elle avait nom Ayodhyâ.
Heureuse et belle cité, large de trois yodjanas, elle étendait sur douze yodjanas de longueur son enceinte resplendissante de constructions nouvelles. Munie de portes a des intervalles bien distribués, elle était percée de grandes rues, largement développées, entre lesquelles brillait aux yeux la rue Royale, où des arrosements d’eau abattaient le vol de la poussière. De nombreux marchands fréquentaient ses bazars, et de nombreux joyaux paraient ses boutiques. Imprenable, de grandes maisons en couvraient le sol, embelli par des bocages et des jardins publics. Des fossés profonds, impossibles à franchir, l’environnaient
; ses arsenaux étaient pleins d’armes variées; et des arcades ornementées couronnaient ses portes, où veillaient continuellement des archers.

LE RAMAYANA


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Livre du jour G. Rodenbach Les Vies encloses

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Émule de Léon Dierx, à qui il doit peut-être sa froideur, sa solennité et sa rigueur dans la construction du poème et du recueil, Rodenbach est un Flamand écrivant en langue française une poésie d'inspiration symboliste. À la méditation mallarméenne, l'auteur de Bruges-la-Morte marie les notes brumeuses que lui inspirent les paysages de sa patrie d'origine, où les beffrois se reflètent dans les canaux, au milieu des cygnes voguant dans une lumière incertaine, où la vie demeure confinée à l'intérieur de hautes demeures, derrière des vitres aux rideaux de tulle.

RODENBACH, GEORGES, Les Vies Encloses - Poésie

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Livre du jour Chamisso L'homme qui a perdu son ombre

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« Nous entrâmes au port après une heureuse traversée, qui, cependant, n’avait pas été pour moi sans fatigues. Dès que le canot m’eut mis à terre, je me chargeai moi-même de mon très mince bagage, et, fendant la foule, je gagnai la maison la plus prochaine et la plus modeste de toutes celles où je voyais pendre des enseignes. Je demandai une chambre. Le garçon d’auberge, après m’avoir toisé d’un coup d’oeil, me conduisit sous le toit. Je me fis donner de l’eau fraîche, et m’informai de la demeure de M. Thomas John. « Sa maison de campagne, me dit-il, est la première à main droite, en sortant par la porte du Nord. C’est le palais neuf aux colonnades de marbre. » Il était encore de bonne heure
; j’ouvris ma valise, j’en tirai mon frac noir, récemment retourné, et, m’étant habillé le plus proprement possible, je me mis en chemin, muni de la lettre de recommandation qui devait intéresser à mes modestes espérances le patron chez qui j’allais me présenter.
Après avoir monté la longue rue du Nord et passé la barrière, je vis bientôt briller les colonnes […] »



Adelbert von Chamisso,
L’homme qui a perdu son ombre; Histoire merveilleuse de Pierre Schlémihl
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Livre du jour Balzac L'Élixir de longue vie

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«Dans un somptueux palais de Ferrare, par une soirée d’hiver, don Juan Belvidéro régalait un prince de la maison d’Este. À cette époque, une fête était un merveilleux spectacle que de royales richesses ou la puissance d’un seigneur pouvaient seules ordonner. Assises autour d’une table éclairée par des bougies parfumées, sept joyeuses femmes échangeaient de doux propos, parmi d’admirables chefs-d'œuvre dont les marbres […] »

L’Élixir de longue vie, d’Honoré de Balzac.


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Livre du jour Désaugiers Tableau de Paris


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Tableau de Paris à cinq heures du matin

(1802)

Notice.

Tableau de Paris ne manquait point, dans quelques parties, d’observation et de vérité ; mais un philosophisme frondeur et bavard, un manque presque total de vues saines et élevées, condamnaient cette œuvre à la médiocrité. Son style, sans correction et sans couleur, acheva de la vouer à l’oubli. Aussi n’en reste-t-il guère aujourd’hui dans nos souvenirs que cet arrêt porté sur elle par un ingénieux critique : « Livre pensé dans la rue et écrit sur la borne ! » 

Que de tableaux on a faits de cette grande capitale de la France et de la civilisation ! sous combien d’aspects, en effet, on peut la peindre ! Mercier, ce bizarre écrivain, ou plutôt fabricateur d’écrits en tout genre, qui se donnait tant de peine pour singer l’originalité, fut le premier qui entreprit ce portrait en grand. Jusque-là, on s’était borné à en décrire les monuments et les édifices ; il voulut en retracer aussi les usages et les mœurs. Son





Tableau de Paris à 5 heures du matin


Tableau de Paris à 5 heures du soir

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Livre du jour Voltaire le Taureau blanc

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Chap. Ier. — Comment la princesse Amaside rencontre un boeuf.

La jeune princesse Amaside, fille d’Amasis, roi de Tanis en Égypte, se promenait sur le chemin de Péluse avec les dames de sa suite. Elle était plongée dans une tristesse profonde
; les larmes coulaient de ses beaux yeux. On sait quel était le sujet de sa douleur, et combien elle craignait de déplaire au roi son père par sa douleur même. Le vieillard Mambrès, ancien mage et eunuque des pharaons, était auprès d’elle, et ne la quittait presque jamais. Il la vit naître, il l’éleva, il lui enseigna tout ce qu’il est permis à une belle princesse de savoir des sciences de l’Égypte. L’esprit d’Amaside égalait sa beauté; elle était aussi sensible, aussi tendre que charmante; et c’était cette sensibilité qui lui coûtait tant de pleurs.

La princesse était âgée de vingt-quatre ans
; le mage Mambrès en avait environ treize cents. C’était lui, comme on sait, qui avait eu avec le grand Moïse cette dispute fameuse dans laquelle la victoire fut longtemps balancée entre ces deux profonds philosophes. Si Mambrès succomba, ce ne fut que par la protection visible des puissances célestes qui favorisèrent son rival[…]


Voltaire, Le Taureau blanc

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Livre du jour P. Corneille Andromède

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« Melpomène.
Arrête un peu ta course impétueuse
: mon théâtre, Soleil, mérite bien tes yeux; tu n’en vis jamais en ces lieux la pompe plus majestueuse: j’ai réuni, pour la faire admirer, tout ce qu’ont de plus beau la France et l’Italie; de tous leurs arts mes sœurs l’ont embellie: prête-moi tes rayons pour la mieux éclairer.
Daigne à tant de beautés, par ta propre lumière, donner un parfait agrément, et rends cette merveille entière en lui servant toi-même d’ornement.
Le Soleil. […] »

Andromède de Pierre Corneille.

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Livre du jour Molière L'École des maris

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« Sganarelle: Mon frère, s’il vous plaît, ne discourons point tant, et que chacun de nous vive comme il l’entend. Bien que sur moi des ans vous ayez l’avantage et soyez assez vieux pour devoir être sage, je vous dirai pourtant que mes intentions sont de ne prendre point de vos corrections, que j’ai pour tout conseil ma fantaisie à suivre, et me trouve fort bien de ma façon de vivre.
Ariste
: Mais chacun la condamne.
Sganarelle
: Oui, des fous comme vous, mon frère. »

L’École des maris, Molière.

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Livre du jour H. Malot Ida et Carmelita

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« Tout le monde sait que la Suisse est la patrie des hôtels, qui poussent spontanément sur son sol comme les pins et les champignons; pas de village, pas de hameau, si pauvre qu’il soit, pas de site, pour peu qu’il offre une curiosité quelconque, qui n’ait son auberge, son hôtel ou sa pension. C’est ainsi qu’au hameau du Glion, au-dessus de Montreux, à une altitude de six à sept cents mètres, à la pointe d’une sorte de promontoire qui s’avance vers le lac […] »

Ida et Carmelita par Hector Malot.

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Livre du jour F. DostoÏevski Mort de Sand


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… Et pourtant, ce n’est qu’après avoir lu la nouvelle de cette mort, que j’ai compris toute la place que ce nom avait tenu dans ma vie mentale, tout l’enthousiasme que l’écrivain-poète avait jadis excité en moi, toutes les jouissances d’art, tout le bonheur intellectuel dont je lui étais redevable. J’écris chacun de ces mots de propos délibéré, parce que tout cela est de la vérité littérale.
George Sand était une de nos contemporaines (quand je dis nous, j’entends bien à nous), une vraie idéaliste des Années trente et quarante. Dans notre siècle puissant, superbe et cependant si malade, épris de l’idéalité la plus nuageuse, travaillée des désirs les plus irréalisables, c’est un de ces noms qui, venus de là-bas, du pays des « miracles saints », ont fait naître chez nous, dans notre Russie toujours « en mal de devenir », tant de pensées, de rêves, […]

La mort de George Sand
un texte de Fiodor Dostoïevski


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Livre du jour I. Tourgueniev Journal


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Au village d’O… 20 mars 18..
Le médecin me quitte. Je l’ai obligé à s’expliquer enfin. Il a eu beau dissimuler, il lui a fallu me confesser toute la vérité. Je vais mourir: oui, je vais mourir bientôt; les rivières vont dégeler, et je m’en irai probablement avec les derniers glaçons… Où irai-je? Dieu le sait! À la mer aussi! Eh bien! quoi! s’il faut mourir, autant vaut mourir au printemps… Mais n’est-il pas ridicule de commencer un journal peut-être quinze jours seulement avant l’heure de la mort? Bah! qu’est-ce que cela fait? En quoi quinze jours diffèrent-ils de quinze ans, de quinze siècles? En face de l’éternité, tout est néant, dit-on; soit; mais dans ce cas, l’éternité même n’est que néant. Il me semble que je tombe dans la métaphysique, c’est mauvais signe; aurais-je peur? Mieux vaut raconter quelque chose. Le temps est humide, le vent souffle avec violence. Il m’est défendu de sortir. Que raconterai-je? Un homme bien élevé ne parle pas de ses maladies; écrire un roman n’est pas de mon ressort; raisonner sur de graves sujets est au-dessus de mes forces; la description des objets qui m’entourent ne m’offrirait aucun plaisir; ne rien faire est ennuyeux; lire me fatigue…

Ivan Tourgueniev, Journal d’un homme de trop
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Livre du jour J. Joyce Gens de Dublin


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Il n’y avait plus d’espoir pour lui désormais
: c’était la troisième attaque. Chaque soir je passais devant la maison (c’était au temps des vacances) et j’observais le carré de lumière de la fenêtre: chaque soir je le trouvais éclairé, de même, faiblement et uniformément. S’il était mort, pensais-je, je verrais le reflet des cierges sur les stores assombris, car je savais que l’on doit poser deux cierges à la tête du mort. Il me disait souvent: « Je n’ai plus pour longtemps à être de ce monde », et je pensais qu’il ne faisait là que radoter. Maintenant je me rendais à l’évidence.
Chaque soir, en levant les yeux sur la fenêtre, je me répétais doucement à moi-même le mot « paralysie ». Il sonnait, étrange à mes oreilles, comme « Gnomon » dans l’œuvre d’Euclide et
« Simonie » dans le catéchisme. Mais aujourd’hui il sonnait comme le nom d’un malfaisant et diabolique génie. Il me remplissait de terreur, ce mot, et je brûlais cependant de m’approcher du mort et de contempler l’œuvre de la paralysie.


James Joyce, Gens de Dublin
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Livre du jour A. Rimbaud Saison en enfer


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Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient.
Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. — Et je l’ai trouvée amère. — Et je l’ai injuriée.
Je me suis armé contre la justice.
Je me suis enfui. Ô sorcières, ô misère, ô haine, c’est à vous que mon trésor a été confié
!
Je parvins à faire s’évanouir dans mon esprit toute l’espérance humaine. Sur toute joie pour l’étrangler j’ai fait le bond sourd de la bête féroce.
J’ai appelé les bourreaux pour, en périssant, mordre la crosse de leurs fusils. J’ai appelé les fléaux, pour m’étouffer avec le sable, avec le sang. Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché à l’air du crime. Et j’ai joué de bons tours à la folie.
Et le printemps m’a apporté l’affreux rire de l’idiot.

Arthur Rimbaud, Une Saison en enfer

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Livre du jour J. Conrad Gaspar Ruiz


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JOSEPH
CONRAD, Gaspar Ruiz: Gaspar Ruiz — L’Indicateur — La Brute — Un anarchiste — Le Duel — Il Cone Nouvelles

Traduction de l’anglais par Philippe Neel. Gallimard, 1927.

Titre original du recueil
A Set of Six, paru en 1908 chez Methuen et Co. Nouvelles écrites entre 1904 et 1907.

http://www.ebooksgratuits.org/pdf/conrad_gaspar_ruiz_ocr.pdf
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