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Nicolas-Edme Restif de la Bretonne, L'Anti-Justine
1798


PRÉSENTATION DU DOSSIER

INTRODUCTION (extraits)


Restif en 1797

Restif a moins de soixante-cinq ans. Il est dans la misère au cours de cette noire période. Les libraires lui devaient de grosses sommes (Duchesne, Maradan, Louis, Mérigot et d’autres) mais tout le monde se trouvait dans les difficultés, malgré les mesures du Directoire contre les usuriers et les spéculateurs. Personne n’avait échappé à l’inflation.

Restif a été souvent secouru par Fanny de Beauharnais, mais celle-ci souffrait elle aussi de l’amoindrissement de ses ressources. Il s’humilia même jusqu’à demander un secours à Beaumarchais, et essuya un refus. Il prend pension chez Marion, sa fille cadette, veuve chargée de trois enfants au berceau. C’est alors, écrit-il, que le directeur Carnot lui vint en aide et lui « 
sauva la vie, ainsi qu’à toute sa famille », malheureusement jusqu’au 18 fructidor seulement.

Restif put reprendre pied un moment. Le Ministère de la police l’engage comme « traducteur » au bureau des lettres interceptées – soit au cabinet noir. Il cesse alors ses activités d’auteur et d’imprimeur. Cet emploi sera supprimé en 1802. Restif regagne alors son imprimerie, qui fait l’objet d’une descente de police au cours de laquelle de nombreux exemplaires de ses œuvres sont saisis.

Restif se dit blasé sur les femmes depuis longtemps. En 1797, d’après
Monsieur Nicolas, Restif vit « triste, isolé, couvert d’infirmités, cassé par de longs chagrins ». […] « Mon cœur est mort avec les sens, et si quelques fois il me prend un mouvement de tendresse, c’est une erreur, comme celles des songes et des eunuques ; elle me laisse ensuite une tristesse profonde. » Et quelques pages plus loin : « Je ne connais plus le désir ».

C’est donc ce vieillard vivant d’expédients et dévirilisé qui, en réplique à la
Justine du marquis de Sade, plus cauchemardesque que salace, publiée en 1791, entreprend l’écriture d’un ouvrage qu’il conçoit comme une quintessence de l’érotisme…


Présentation du livre

Restif attribue insolemment L’Anti-Justine à l’avocat Linguet. Est-ce un acte de vengance ? Linguet avait calomnié Pidansat de Mairobert, ami de Restif, après son suicide (1779). Linguet fut guillotiné le 27 juin 1794. Il ne pouvait donc pas protester contre la supercherie !

Cet ultime roman de Restif fut manifestement composé à la casse, sans manuscrit, directement à la presse d’imprimerie, dans sa petite imprimerie de la rue de la Bûcherie. Il n'en tirera sans doute que cinq ou six exemplaires, les feuilles restantes étant vraisemblablement détruites par la police lors de la saisie du 2 juillet 1802 qui porta un coup d'arrêt fatal à la continuation de ce roman inachevé, qui devait comporter sept ou huit parties, soit au moins quinze cents pages !

Cet ouvrage très rare, dont seulement quatre exemplaires sont conservés à la Bibliothèque nationale (Enfer, cotes 492, 493, 494, 495), reste cependant le texte le plus célèbre de cet auteur prolixe qui publia plus de quarante ouvrages, composés de plus de 1 600 histoires, soit environ 203 volumes représentant plus de 57 000 pages imprimées.

Il existe cinq exemplaires connus de
L'Anti-Justine, dont quatre à la BN, assez différents les uns des autres. Le plus complet est relié aux armes de Louis XVIII… C’est probablement l’exemplaire de Restif lui-même : deux pages d’épreuves avec des corrections y sont incluses.


Publication

L’Anti-Justine, écrit par Restif à la fin de 1797, a-t-il été mis en vente en 1798 ? Paul Lacroix affirme que oui, que les quatre exemplaires incomplets de l’Enfer de la Bibliothèque Nationale proviennent de saisies opérées en 1803 chez les libraires du Palais-Royal et dans les maisons de prostitution.

Tabarant confirme cette thèse.

Mais on ne s’explique pas que le livre ait été si rare ni surtout qu’il ait été imprimé inachevé.

L’hypothèse de Gilbert Rougé, de Jean-Jacques Pauvert et de plusieurs spécialistes de Restif, est que celui-ci aurait composé directement son livre presque entier, puis qu’il aurait renoncé à le publier, parce que la misère noire dans laquelle il se trouvait avec sa fille cadette Marion, veuve avec trois enfants en bas âge, l’avait contraint d’accepter un emploi à la Préfecture de police.

La première édition de
L’Anti-Justine à circuler effectivement paraît en 1863 en Belgique. En principe, le texte se fonde sur l’édition de 1798, mais le texte est transformé. L’éditeur Poulet-Malassis en donnera une édition un peu meilleure en 1864, toujours en Belgique. En 1929 Perceau en donnera une édition sérieuse, reprise en 1960 au Cercle du Livre précieux avec une courte préface de Gilbert Rougé.


Une réponse au marquis de Sade ?

Si Restif abhorrait Sade, ce dernier le lui rendait bien qui écrivit à sa femme en 1783, du donjon de Vincennes où il était incarcéré : “ Surtout n'achetez rien de ce Restif, au nom de Dieu ! C'est un auteur de Pont-Neuf et de Bibliothèque bleue, dont il est inouï que vous ayez imaginé de m'envoyer quelque chose. ”

Il est impossible qu’ils se fussent connus et rencontrés, malgré les affirmations de Paul Lacroix : « 
Il a dû le rencontrer dans les mauvais lieux où il allait chercher les honteux matériaux du Pornographe ». On sait ce qu’étaient les humbles mauvais lieux où fréquentait Restif et à quoi s’en tenir sur les matériaux de son Pornographe

En revanche, Nicolas évoque Sade à cinq ou six reprises :

    Et simultanément, il composait son Anti-Justine, décrivant des scènes d’orgie auprès desquelles les pages de Sade pourraient passer pour des contes de fée…

    Adolphe Tabarant, dans son excellente biographie, la plus proche de son complexe sujet,
    Le Vrai visage de Rétif de la Bretonne, éditions Montaigne, 1936, en écrit ceci [p. 417] :
    • […].


    L’Anti-Justine de Restif de la Bretonne se présente donc comme une réponse intertextuelle à la Justine du marquis de Sade. Se voulant le plus grand pourfendeur de Sade, il décida donc d'écrire L'Anti-Justine en réaction à l'œuvre du “divin marquis”. C’est un exemple convaincant de dialogue intertextuel direct. Restif nie et dénigre Sade, en proposant de remplacer les productions de celui-ci par une œuvre supérieure, qui serve d’exemple et d’antidote à la fois :
    […].
    Aucun spécialiste ne se prononce sur le fait suivant : Restif a-t-il pu avoir connaissance de la suite de la Justine de Sade, publiée en 1797 en Hollande sous le titre La Nouvelle Justine […] ou Histoire de Juliette — plus de 4000 pages ? Sans équivalent dans aucune littérature : jamais il n’y a eu d’ouvrage aussi scandaleux, qui ait blessé si profondément les hommes dans leurs sentiments et leurs pensées…
    Il y a fort à parier que Restif, en prétendant répondre à Sade, est surtout occupé de scandale et prêt à en tirer un avantage financier en fabriquant une contrefaçon.
    Maurice Blanchot affirme que si
    Justine épouvante Restif, c’est qu’il en a éprouvé les effets sur lui-même : le délire de la cruauté l’a saisi. En effet, certains tableaux de L’Anti-Justine sont contaminés par l’anthropophagie, la nécrophilie…

    Structure du roman

    Publié sous le pseudonyme de M. Linguet,
    L’Anti-Justine ou Les Délices de l’amour est un récit autobiographique rapportant les expériences voluptueuses du narrateur Cupidonnet.
    Le but du livre, exprimé dans l’avant-texte est tout simplement d’offrir « à ceux qui ont le tempérament paresseux un Erotikon épicé qui leur fasse servir convenablement leur épouse qui n’est plus belle ».
    L’Anti-Justine va de pair avec un autre roman de Restif, Ingénue Saxancour ou la femme séparée, publié en 1789, par la description minutieuse et complaisante des brutalités qu’un mari odieux fait subir à sa jeune et naïve épouse.
    L’Anti-Justine comprend deux parties.
    • […].


    Restif intervient directement dans son texte et précise son projet tardivement dans le chapitre XXVI du livre,
    D’avis très utile au lecteur et à l’auteur. Il annonce la structure de l’histoire et explique les titres des chapitres :
    • […]

    • L’ouvrage aura deux parties [on rappelle que cette annonce est faite au chapitre XXVI du livre] : après le récit formant la première, succéderont des lettres, non moins assaisonnées, composant la deuxième. […]

    • La citation traduit aussi deux obsessions majeures de Restif, l’hygiène et le fétichisme du pied.

    Beaucoup d’histoires secondaires enchâssées varient sur le même thème de l’initiation érotique :
    • […]

    Les mémoires débutent classiquement par la présentation de l’origine, de l’hérédité et par l’esquisse de portrait. Il appartient à la famille Linguet, paysanne et nombreuse, ayant huit sœurs, dont cinq aînées et trois « puînées ». Le fétichisme du pied assure au narrateur une parenté flatteuse, le situant dans une lignée célèbre :

    "Je suis né dans un Village près de Reims, et je me nomme Cupidonnet. Dès mon enfance, j’aimais les jolies filles. J’avais surtout un faible pour les jolis pieds et les jolies chaussures ; en quoi je ressemblais au grand Dauphin, fils de Louis XIV et à Thevenard, acteur de l’Opéra."

    Le récit des malheurs conjugaux de sa fille, récit de second degré, est reproduit en italiques.
    L’écoute des histoires perverses provoque un effet érotique saisissant sur le narrateur-auditeur, […]

    Le manuscrit est inachevé, il finit par « 
    Elle… ». C’est une fin assez mystérieuse. J.-M. Goulemot y voit « le signe d’une possibilité toujours présente de recommencer le roman érotique par un nouveau récit emboîté », ce qui est déjà annoncé quelques pages auparavant et qui comprendrait la redistribution inlassable des couples, des acteurs et des figures romanesques.

    Thèmes et obsessions du roman

    Restif veut gagner à tout prix le pari littéraire avec Sade qu’il dénigre grossièrement.
    Paradoxalement, en rejetant avec violence l’univers sadien, Restif fait de
    l’inceste le thème majeur de son livre, […]

    Pour lui, l’inceste est une passion très aimable, et dans
    L’Anti-Justine le meilleur antidote contre les perversions de Sade. Il réussit, par abus de mots, « à faire de la pureté l’alibi de l’impureté et à loger des sentiments extrêmement pervers sous l’enseigne la plus honnête » (Maurice Blanchot)

    Les thèmes dominants de l’œuvre rétivienne montrent un esprit agité de hantises profondes. À part l’inceste, il y apparaît d'autres obsessions du narrateur et de Restif, l’hygiène, mais surtout la polygamie, le masochisme, le fétichisme du pied, qui prennent toutes la dimension d’obsessions maladives. La morale rétivienne est que le bon et le bien sont synonymes du voluptueux.

    L’érotisme de Restif n’est jamais lié à la souffrance : la présence de la scène la plus atroce, la plus abominable du livre, se justifie par l’intention avouée de pasticher Sade. Restif le dépasse de loin et se dépasse lui-même. Il est très remarquable qu’ayant voulu affronter les obsessions de Sade, Restif se soit entraîné à décupler les siennes.

    Dans une préface à Sara, reprise dans Sade et Rétif, Éditions Complexe, 1986, Maurice Blanchot a fait trois observations importantes : la première que si Restif se déclare tellement indigné par les « sales ouvrages de l’infâme Sade », cette indignation « s’adresse plutôt à un rival trop estimé qu’à un auteur méprisable ». La deuxième est « l’influence incroyablement forte exercée sur Restif par les livres libertins ». La troisième, une férocité instinctive chez Restif, qu’il avoue et contre laquelle il s’efforce de lutter.

    Ces mémoires pornographiques sont un livre de l’excès gratuit, parce qu’à chaque page, on râle de plaisir grâce à toutes les perversités imaginables. On y blasphème en faisant participer tous les saints du Paradis aux orgies… Nous souscrivons à la conclusion du
    Dictionnaire érotique, Mercure de France, 1971, qui considère que « L’Anti-Justine révèle avec le comble de l’évidence la constante et corrosive mauvaise foi de Restif ».



    Le dossier de cette édition critique de l'Anti-Justine comprend :
    Le dossier téléchargeable de 297 pages en pdf contient:
    - l'introduction complète (10 pages)
    ;
    - le texte intégral du roman avec l'orthographe et la ponctuation actuelles
    ;
    - 132 notes de bas de page expliquant les noms propres, les lieux évoqués, les mots ayant changé de sens, les termes érotiques, les mots difficiles
    , certaines allusions à la biographie de Restif.



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