Éphéméride 3 avril 1862 publication des «Misérables» de V. Hugo

Victor Hugo a déjà fêté ses soixante ans lorsque sont publiés simultanément, le 3 avril 1862, à Bruxelles, chez Lacroix, Verboeckhoven et Cie, à Paris chez Michel Lévy et Pagnerre, les deux premiers volumes des Misérables.

Commencée en 1845, sous le titre
Les Misères, cette somme hugolienne, œuvre immense, classée au patrimoine littéraire national, jouit dès le début de sa publication d’un succès considérable.

Avec
Les Misérables, sa gloire va atteindre une dimension planétaire inconnue jusque-là dans le domaine littéraire. Et, plus important encore, une nouvelle conscience sociale va émerger dans la société occidentale.

Roman phare de Victor Hugo,
Les Misérables sont le fruit d’une longue gestation. Dès 1828, le jeune écrivain, tout royaliste qu’il est, envisage un grand roman sur le thème de la misère. Commence la période de la documentation avec collecte de coupures de presse, visite des lieux (bagnes, usines ou champ de bataille de Waterloo), et recueil de témoignages.

L’écriture elle-même commence le 7 novembre 1845, pour un premier jet se déroulant jusqu’en 1848.

Mais la politique interrompt l’œuvre de création d’Hugo qui assiste indigné à l’abdication de Louis-Philippe et plus tard au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte.

Avant d’être obligé de fuir, il court de barricade en barricade, expérience qui deviendra un des temps forts de son roman où il met en scène le petit Gavroche, tout droit sorti de
La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix, peint en 1830. L’exil lui offre le calme pour reprendre la plume, de 1860 à 1862.

Entre-temps, le projet a évolué, ses idées sociales étant devenues plus claires. Il ne s’agit plus des
Misères, abstraction de l’état de pauvreté d’une partie de la population, mais des Misérables, incarnation du peuple souffrant à travers quelques personnages types.

Il faut trois mois, d’avril à juin 1862, pour publier les dix volumes des
Misérables. Le peuple est séduit. On dit que dans les ateliers, les ouvriers se cotisent pour acheter les ouvrages et se les passer de main en main.

Mais les lettrés font la grimace. Peut-être parce que l’attente était énorme, la désillusion se révèle cruelle. Les critiques consternées se multiplient
: contre le style tout d’abord, « intentionnellement incorrect et bas » (Gustave Flaubert) censé plagier le parler populaire. Puis contre le fond, qui dérange: ne risque-t-il pas de donner de faux espoirs au peuple, de lui faire miroiter cette « passion de l’impossible […]: l’extinction de toutes les misères » (Alphonse de Lamartine)? Baudelaire confesse dans une lettre à sa mère: « Ce livre est immonde et inepte » (11 août 1862).
Les républicains lui reprochent de donner en exemple un prêtre (Monseigneur Bienvenu), les catholiques d’accuser Dieu d’être à l’origine de la misère. Voici Hugo vilipendé pour avoir engendré
« le livre le plus dangereux de ce temps » (Jules Barbey d’Aurevilly). Mais n’était-ce pas son but?

Les Misérables est un des premiers romans centré sur le peuple, non pour faire peur aux lecteurs, mais pour dénoncer les conditions de vie des plus humbles. Il n’a été précédé dans cette voie que par Les Mystères de Paris et en Angleterre par David Copperfield (1849, Charles Dickens).

À travers ses personnages, c’est l’homme dans sa diversité et sa fragilité qu’il dépeint
: Jean Valjean (Jean « V’la Jean ») le courageux, Fantine (« l’enfant ») la victime, Cosette (« la petite chose ») et Gavroche, les enfants martyrs, les Thénardier et Javert, la cruauté et l’acharnement.
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